Publié dans Policier ou thriller

Le doute de S.K. Tremayne

S-K Tremayne - Le doute.

Le mot de l’éditeur ;  » Un an après le décès accidentel de Lydia, l’une de leurs filles jumelles, Angus et Sarah Moorcroft quittent Londres pour oublier le drame. Ils s’installent sur une petite île écossaise, qu’ils ont héritée de la grand-mère d’Angus, au large de Skye. Mais l’emménagement ne se passe pas aussi bien que prévu. Le comportement de Kirstie, leur fille survivante, devient étrange : elle se met à affirmer qu’elle est en réalité Lydia. 
Alors qu’un brouillard glacial enveloppe l’île, l’angoisse va grandissant… Que s’est-il vraiment passé en ce jour fatidique où l’une des deux soeurs a trouvé la mort ? « 

 » C’est incroyable, la vitesse à laquelle tout peut basculer… Quelle serait ma vie aujourd’hui si notre petite bande avait opté pour une table différente dans la salle, ou décidé d’aller dans un autre bar ? Mais voilà, nous avons choisi ce bar et cette table, et à minuit j’étais assise seule à côté d’Angus Moorcroft. Il m’a dit qu’il était architecte et célibataire. » (p14)

Si vous cherchez un thriller efficace pour cet été je pense que vous pouvez vous pencher sur celui là. Une fois qu’on y est, il est difficile de s’en libérer. C’est une lecture qui se fait rapidement ; forcément stressante, forcément troublante… certaines choses m’ont même mis mal à l’aise. Alors bien sûr, les thrilles c’est souvent assez ça ; la fin déçoit un peu (trop de suspens et de tension, redescendu en un plouf trop rapide et souvent tiré par les cheveux), on les oublies assez vite mais quand même, je dois avouer que pour celui là il y avait tout de même un grand plaisir de lecture, j’avais du mal à me détacher de ses pages.

L’île d’Eilean Sionnach à Skye dont l’autrice s’est inspiré (source de la photo ; Lucette)

Il y avait ce huis-clos sur l’île (et vous savez à quel point j’aime les huis-clos) et c’est sans doute ce qui m’a le plus accroché dans ce roman. Cela et son décor, cette petite île isolée, dangereuse (il y a les marées et les vasières), les tempètes, le vent et l’humidité. Ce n’est pas un climat facile et cette solitude, il faut en avoir envie. Pour les épauler il y a Josh, le meilleur ami d’Angus, il sera un soutien solide. Mais pour le reste… Leur fille survivante n’est pas bien accueilli par les autres enfants, c’est même de la peur qu’ils ressentent envers elle. Et le couple d’Angus et de Sarah n’est pas un modèle du genre, c’est un couple ankilosé, dont les ranceurs sont tenaces, ils ont beaucoup de mal à communiquer, à se soutenir mutuellement. Le deuil qu’ils ont à porter est tellement douloureux, compliqué aussi. C’est en effet un deuil encore plus difficile à accepter, à assimiler, puisque le double de la disparue reste sous leurs yeux. C’est difficile pour eux, c’est difficile pour l’enfant, qui est sans arrêt confronté à l’image de sa soeur morte.

La seule note de douceur dans tout cela c’est le chien de la famille ; Beano, que tout le monde adore et qui apporte tant d’affection. Je ne vais pas vous en dire plus, mais vraiment, l’atmosphère de cette île est vraiment à découvrir. On y ressent le froid, l’obscurité, la peur des miroirs, le dégout pour les rats, si nombreux « Il y en a partout. Je les entends la nuit, ils me réveillent quand ils piallent et se chamaillent dans les murs. A cause d’eux, nous avons fourré toutes nos provisions dans des paniers d’osier que nous avons accrochés à une corde à linge dans la cuisine. » (p99) Il y a l’humidité, les moisissures, et les peintures étranges, bizarres et angoissantes qui « représentent des sirènes et des guerriers écossais »des traces laissés par des squatteurs, qui se sont succédés dans la maison, alors qu’elle était abandonnée. Mais il n’y a pas que les mauvais côté bien sûr, il y a ce paysage sublime et grandiose ;

« S’il se réjouissait du bonheur de Josh et Molly, il jalousait la pureté de leur vie. Autour d’eux, rien d’autre que l’air, la pierre, le ciel, le verre, le sel, les rochers et la mer. Et le miel de bruyère des Hébrides. Angus lui aussi aspirait à cette pureté, il voulait plus que tout oublier les complications de la ville, retrouver la nature, la simplicité. De l’air frais, du bon pain, les embruns sur le visage » (p72).

On s’y croirait oui ; sentir le vent, la somptuosité du décor, les montagnes, la mer et ses eaux sauvages et non domptées. Et puis il y a cette langue gaéliques si poétiques, si mystérieuse et chantante. Rien que pour ce voyage dans les Hébrides et sa magnificence je ne regrette pas d’avoir plongé dans cette lecture !

Lu par Lucette, Clarabel, LewerentzRichard,

Lu pour le mois Anglais de Lou et pour l’objectif PAL d’Antigone

1546307567  

Publicités
Publié dans Lecture romanesque

Rendez vous au cupcake café de Jenny Colgan

Jenny Colgan - Rendez-vous au Cupcake Café.

Le mot de l’éditeur :  » Izzy est indéniablement douée pour la pâtisserie ! Ses collègues de la City se régalent chaque semaine des délicieux gâteaux qu’elle apporte au bureau. Elle tient ce talent de son grand-père qui a consacré sa vie entière à sa boulangerie. C’est à ses côtés, dans la chaleur des fournils, qu’Izzy a grandi et appris les secrets des cupcakes moelleux. Quand elle est brutalement licenciée, Izzy décide de suivre son cœur et de se consacrer à sa passion pâtissière.  C’est aussi pour elle une façon de rendre hommage à son grand-père dont la santé décline peu à peu… Mais ouvrir une boutique à Londres n’est pas de tout repos. La jeune femme découvre rapidement que de nombreuses personnes sont prêtes à lui mettre des bâtons dans les roues pour faire capoter son projet de Cupcake Café. Avec pour seules armes sa volonté sans faille et ses précieuses recettes, Izzy décide de se battre pour concrétiser son rêve. « 

 » Dans la cour, le bruit de la circulation semblait disparaître, comme si l’on se retirait dans une époque plus calme et plus douce. La petite rangée de boutiques, pêle-mêle, agglutinées les unes contre les autres, semblait sortie de « Harry Potter », et le numéro 4, avec sa porte basse en bois, ses angles biscornus et son ancienne cheminée, était la plus jolie d’entre toutes. « (p87)

Il y a des moments dans ma vie de lectrice où j’ai envie de lectures aussi légères qu’une meringue aérienne, de pages sucrées et gourmandes, de romances aussi délicates qu’un nuage de lait dans une tasse de thé, de miel et de douceur… Dans ces moments j’aime me tourner vers Jenny Colgan (entre autres). Depuis ma lecture de « La petite boulangerie du bout du monde », et de sa suite  » Une saison à la petite boulangerie », je suis fan de cette autrice ,ces romans faisait d’ailleurs partie de mon top 2016 de mes lectures bonbons au miel (clic). Elle sait donner une atmosphère délicieuse à ses romans, c’est toujours gourmand et réjouissant, et ceci d’autant plus que ses romans sont parsemés de recettes que l’on tester dans sa propre cuisine ;0) On se sent bien dans ses pages, A chaque fois que je me suis plongée dans un de ses romans je m’y suis sentie bien, un peu comme si j’étais installée sur une plage au sable fin, les doigts de pieds en éventail, avec une délicieuse friandise dans les mains. Vous voyez le topo ?!! Et bien oui c’est exactement ça pour moi un moment avec Jenny Colgan. Et encore une fois ça l’a fait :0) Alors bien sûr sa série de « La petite boulangerie » gardera sa place de choix dans mon coeur mais je garderais un très jolie souvenir de celui ci aussi.

Ce que j’ai adoré en particulier ;

* L’amitié et l’entraide entre copines ne sont jamais de vains mots chez Jenny Colgan, ça sonne beau, ça sonne juste. Alors que justement, dans la vie, c’est drôlement appréciable de se sentir soutenue et écoutée

* La situation de la petite boutique où Izzy choisit de faire son cupcake café, situé dans une petite ruelle, un peu reculée, à l’abri de l’agitation de la rue, comme un petit havre de paix où il fait bon de se refugier pour lire et déguster un bon café

* Le petit poirier « chétif et rabougri » installée devant son café, arbre aimé dans le quartier qui accueillera des petites tables et des chaises ainsi que des guirlandes électriques lors d’un anniversaire surprise ;  » C’était un lieu enchanté, un paradis privé regorgeant d’amis riants, de verres qui tintaient joyeusement, de gâteaux d’anniversaire, de tartes et de toutes sortes de cupcakes. » (p345)

* Le café lui même, incroyablement douillet et cosy, chaleureux en diable, avec ses vitrines remplies de bonnes choses, son canapé moelleux pour les couples et les enfants, sa cheminée « avec des livres sur son manteau », son percolateur orange et pop, son comptoir en marbre et ses gigantesques baies vitrées.

* Des personnages que l’on oublieras pas ; le grand père d’Izzy qui lui fait figure de père, l’adorable petit Louis, et celui d’un voisin commerçant, un homme qui cache bien des mystères.

* Et ses recettes de cupcakes, bien sûr ;0) Vous l’avez compris, l’histoire romantique n’est finalement que secondaire  ;0)

Franchement, une lecture savoureuse dont vous auriez tort de vous priver :0)

 » Mais ce qui comptait par-dessus tout pour Izzy, c’était ce qui se dégageait de ce lien : l’arôme de la cannelle généreusement saupoudrée sur de délicieux brownies fondants et moelleux, qui ne demandaient qu’à être engloutis quelques secondes après leur sortie du four (ce dont Louis se chargeait souvent), ou encore le parfum divin du coulis à la violette accompagnant le cheesecake aux myrtilles. (p175)

Lu par Bianca,  Capucine, Bidule et Cocotte, Et Soukee et Fondant ont adoré « La petite boulangerie du bout du monde » mais elle aussi le tome 2  » Une saison à la petite boulangerie » ; Soukee, Fondant. La lecture de Bianca du tome 1, la lecture de Bianca du tome 2. Si vous avez lu Jenny Colgan, n’hésitez à me donner le lien vers votre lecture en commentaire.

Lu pour le mois Anglais de Lou et pour le challenge Feel Good de Soukee

1546307567  109943791

 

Publié dans Littérature étrangère

Vacances à l’anglaise de Mark Haddon

 Le mot de l’éditeur ; « Pour se réconcilier avec sa soeur Angela, Richard a l’idée saugrenue de l’inviter à passer des vacances au pays de Galles en compagnie de sa petite famille. Mais dans ce coin du bout du monde, il pleut sans discontinuer, le premier village est à des kilomètres, et les portables ne fonctionnent pas ! Quatre adultes, trois ados et un enfant, qui se connaissent à peine, se retrouvent coincés là pour une semaine.
Jeux de société, conversations de circonstances, promenades… En apparence, la cohabitation semble bien se dérouler. Mais intérieurement, chacun rumine de vieux griefs. De toute part on fomente des alliances, des conquêtes et des trahisons… avant de prôner la réconciliation. Bref, le bonheur des vacances en famille. Une brillante comédie de moeurs, un regard irrésistible sur les relations familiales, où l’on retrouve la patte de l’auteur du Bizarre Incident du chien pendant la nuit. »

 » Il n’avait pas eu l’intention de mettre le sujet sur le tapis. C’était comme de la terre contaminée ; tant qu’on ne creusait pas, il n’y avait aucun danger. » (p78)

Voilà une expérience de lecture étrange et surréaliste mais tout à fait réussi au final. Pourtant au début je n’étais pas du tout convaincue (au début de ma lecture j’étais tombée sur un billet de Cathulu  (clic) et nous avions eu un échange de commentaires ou je lui disais que j’étais un peu déstabilisée), j’ai eu du mal à me faire au style de l’auteur, il passe d’un protagoniste à un autre sans que cela soit très clair. Mais maintenant que je l’ai fini je peux vous dire que les personnages vous resteront longtemps en tête. Ils sont atypiques, d’une certaine façon dysfonctionnels, si j’osais je dirais même un peu disjonctés mais terriblement humains dans leurs fragilités et leurs côtés, justement, un peu bancals. J’ai adoré aussi cette ambiance de maison de vacances, partagée en famille, si bien rendue. On a l’impression d’y être. Cette grande maison dans la campagne anglaise, où la pluie s’invite parfois, où on vit les uns à côté des autres et bien ça donne  quelque chose de pas vraiment serein, ça bouge, c’est mouvementée et chacun de son côté se bat avec quelque chose. Parfois évidemment tout cela se mélange et ça explose évidemment…

Autant au début c’était difficile mais vers la fin je freinais un peu, je n’avais tout simplement pas envie de le finir et de quitter cette maison et cette famille. J’ai trouvé les personnages adolescents vraiment réalistes et bien croqués. Les thématiques de leurs problèmes sont sérieuses et loin d’être frivoles (comme c’est parfois le cas avec les personnages d’ados). On y rencontre le spectre de l’homosexualité (pas clairement défini) et celui d’ un harcèlement scolaire avec une photo prise sur le vif et partagé sur le net. Quand aux adultes ce n’est guère plus réjouissant, une jeune femme se débat avec un deuil non digéré et une autre a honte de son passé. Les hommes ne sont pas en reste mais j’ai envie de rester flou histoire que vous découvriez tout cela par vous même. N’oublions pas aussi le personnage de Benjy, le plus petit, qui malgré son jeune âge est déjà un personnage complet et très intéressant. Et puis le cadre est beau, ce qui fait que l’on prolongerait bien le séjour ;  » à bien y réfléchir c’était vraiment beau ici, cette immense cuvette verdoyante, les nuages qui changeaient de forme en se déplaçant, l’odeur du feu de bois.«  (p 33) Moi qui aime la pluie, comment ne pas être charmée par ce passage là, si poétique ;

 » Elle arrive, tel un immense rideau gris traîné depuis le sommet des collines, les champs maculés, assombris. Un bruit de gravier mouillé qui viendrait s’écraser comme les vitres. Les gouttières se remplissent et glougloutent, l’eau jaillit du pied des tuyaux de descente. Les gouttes ricochent en éventail sur le dossier du banc, sur les marches de pierre et sur le toit, lustré de la Mercedes. L’eau se rassemble et s’écoule dans les ornières de l’allée, elle dégouline dans la cheminée, elle tinte et pétille sur le métal brûlant du poêle, elle se faufile à travers le vieux mastic qui maintient les vitres à petits carreaux et forme des flaques sur les appuis de fenêtre. La pluie presque horizontale maintenant, vivant graphique de la force du vent. Tous les repères extérieurs effacés, plus d’horizon, plus de lignes stables. La maison a décollé, l’orage l’emporte et la fait voler sur une substance qui n’est ni tout à fait de l’air ni tout à fait de l’eau…/…. » (p232)

Et puis j’ai adoré ce rapport si complice entre les frères et la soeur,  Alex, Daisy et le petit Benjy comme dans ces passages là ;

 » Alex lui prépara une assiette de fromage et de galettes d’avoine avec un assortiment de sauces et ils s’assirent côte à côté pour manger, leur solidarité rayonnante expulsant peu à peu tous les autres de la pièce, à part Benjy. » (p263)

Alors Benjy se leva du banc, fit le tour et vint s’asseoir de l’autre côté de Daisy, il passa son bras autour d’elle et dit ; Daisy sandwich, parce que c’était ce qu’ils lui faisaient, avant, quand il avait du chagrin. Ils se serrèrent les uns contre les autres, puis se lâcherent. » (p264)

Tellement émouvant le dessin, que Benjy lors du départ, laisse dans le livre d’or ;

 » Il passa vingt minutes à couvrir une double page d’un dessin compliqué de la maison et du jardin. Le crâne de cheval, la mare avec le frai de grenouilles, les lettres G et F entrelacées dans le fer forgé ornemental rouillé de la grille, au pied de la colline. Tout le monde admira le dessin, il était super, meilleur en un sens qu’un vrai dessin d’adulte, les lignes de traviole, l’échelle bizarre, les détails excentriques, parce c’était l’image qu’ils conserveraient tous de cet endroit, rien ne sera tout à fait conforme à la réalité, des éléments ajoutés, des éléments retirés. Le poêle occupera une grande place pour Angela, la remise pour Alex. Tout le monde oubliera la girouette en forme de renard. » (p338)

Je crois que j’ai eu autant de mal à partir que les personnages (peut-être plus ;0) D’autres passages que j’ai adorés ;

 » Elle se regarda dans la glace et reconnut l’animal enfermé en elle qui grandissait, qui mangeait, qui réclamait. Elle aurait tellement voulu avoir l’air quelconque pour que le regard des autres glisse sur elle. Maman avait tort. Le problème n’était pas de croire ceci ou cela, ce n’était pas une question de bien ou de mal, de justice ou d’injustice. Il s’agissait seulement de trouver la force de supporter l’embarras indissociable de l’existence dans ce monde.  » (p36)

 » Elle regarda autour d’elle. Un paysage nu et désolé, on ne voyait plus aucun champ désormais, juste une lande de montagne déserte, au loin, les collines noires sous le ciel massif blanc cassé. Où était sa veste ? L’enfer ressemblait peut-être à cela. Pas de feu, pas de cohorte de démons, mais un nulle part glacial et vide, le coeur aspirant désespérément à un peu de chaleur, un peu de compagnie, et l’esprit le sermonnant ; ne te leurre pas, tu ne les trouveras pas ici.  » (p203)

J’ai franchement adoré cette lecture et cette famille fera partie désormais de mes intimes, je ne les oublierais pas de sitôt. J’espère vous avoir convaincus de vous lancer dans cette lecture, oui vraiment…

Vacances à l’anglaise

Mark Haddon

Traduit de l’anglais par Odile Demange

Editions du Nil, 2014

 Pour le mois anglais chez  Lou, Titine et Cryssilda

 

Publié dans Littérature étrangère

Jumelles de Saskia Sarginson

 » Personne ne m’aimera comme ma mère m’aimait. Je ne peux être la fille de personne d’autre. Personne ne me verra comme John m’a vue. Dans son amour, il percevait la vérité de mon essence : le fait que j’étais constituée de plusieurs couches, comme une peinture. Il voyait mon moi séparé, résolument et délicatement solitaire, transparent comme une aquarelle. Mais il savait que l’existence de cette personne-là était indissolublement liée à l’attraction magnétique de l’image de Viola-et-Issy, présente en dessous, tracée à coups de pinceau hardis et fougueux. Il le comprenait parce que, comme moi, il était pris dans l’insoluble équation d’être deux. » (p381)

Il y a une enfance qui colle aux doigts, qui jamais n’en finira de peser… Une soeur qui ne mange plus parce qu’elle ne digère plus cette vie depuis… Un amour d’enfance bien moins anodin qu’on pourrait le croire… Il y a une mère qui désire plus que tout élever ses filles dans la liberté… Deux soeurs, des jumelles, petites filles sauvageonnes, qui se sentent jamais aussi vivante qu’au contact de la nature….

 » Au coeur de la forêt, nous devenions souples comme les branches d’un arbrisseau, nous fondant dans l’ombre comme des Peaux-Rouges, marchant sans faire de bruit. Nous nous barbouillions les joues de terre et décortiquions les pommes de pin pour imprégner nos doigts de leur résine odorante » (p31)…

 » Isolde a envie de lui dire qu’il est impossible de revenir en arrière. Que rien n’est pareil. Que tout s’altère. Qu’aucun acte ne peut-être effacé. Aucun mot ravalé. Qu’il n’y a que mouvement et changement, et l’espoir que le temps puisse éloigner suffisamment de l’horreur pour qu’elle finisse par pâlir et s’effacer » (p177)

Il y a des petites filles qui s’imaginent avoir pour père Jim Morrison.  Un environnement magique, des kilomètres de pinèdes, des chemins sablonneux, la mer à proximité… Des promenades en vélo les cheveux au vent… Il y a des petits garçons, deux frères, qui n’en finissent plus de se battre… Mais il y a aussi un égoïsme poisseux, un rejet nauséabond dont la bénéficiaire ne méritait rien…

Les plus beaux passages de ce livre sont les vagabondages des petites filles dans la forêt, cette nature dont on croirait sentir battre le coeur, tellement elle nous en devient proche. Une vie que ces jumelles voudraient éternelles, dans une petite maison, loin de tout, au milieu des bois ;

 » Au-delà, les troncs des pins formaient un mur dense qui s’étendait sur des kilomètres. La soirée était pleine de battements d’ailes. Des chauves-souris, presque invisibles, passaient en flèche au-dessus de nos têtes. Les hirondelles étaient de retour et rasaient la pelouse avec la précision d’un pilote de chasse. Nous nous mîmes au garde-à-vous pour regarder le soleil passer derrière les arbres et les ombres recouvrir le jardin comme de l »encre. Les tulipes luisaient dans la pénombre, les jonquilles brunissaient déjà sur les bords. Notre bouleau argenté se dressait, tout pâle, devant un bosquet de pins comme un doigt impérieux. Pendant un instant, je devins une créature tapie au milieux des arbres, observant le jardin.  » (p101)

Et puis il y a la révélation du secret, dont je ne dirais rien, mais c’est quelque chose que j’ai eu du mal à comprendre, cela m’a mise en colère, mais sans doute plus par rapport à mon histoire de maman, celles qui me lisent régulièrement comprendront certainement quand elles liront le livre. Mais je ne peux en dire plus sans risquer de spoiler… Au final un très beau livre qui me laissé un arrière goût amer. Mais une intensité et une atmosphère dont il est difficile de s’extraire après lecture. Je me rends compte que, finalement, j’en ai gardé un souvenir bien plus marqué que ce ma lecture m’avait laissé entendre. Il y a des livres parfois, qui de cette façon là, sont aimé plus dans leur décantation que dans leur dégustation. Un livre que je relirais très certainement un jour. Ma tentatrice était, cette fois encore, Mya Rosa.

 » En bas nous entendions maman fredonner, parler au chat, ouvrir et fermer des placards. L’obscurité poussait contre la fenêtre de la chambre, apportant les sons de la forêt : le doux hululement d’une chouette, un bruit d’animal soudain, alarmant mais lointain. Je me glissai plus avant dans la chaleur combinée de nos corps. Tout au fond de moi, j’avais encore froid de ma baignade, le sang bruissait dans mes veines, comme de l’eau de mer. » (p194)

ChallengeVoisinsVoisinespett bac 2014

Challenge voisins voisine d’ A propos de livres pour le Royaume Uni, Angleterre et le Challenge  Petit bac 2014 pour la catégorie « sphère familiale »

Publié dans Littérature étrangère

Les cinq quartiers de l’orange de Joanne Harris

Le mot de l’éditeur :  » Lorsque Framboise Simon revient dans le village de son enfance au bord de la Loire, personne ne reconnaît la scandaleuse Mirabelle Dartigen, tenue pour responsable de l’exécution de onze villageois pendant l’occupation allemande, cinquante ans auparavant. Framboise ouvre une auberge qui, grâce aux délicieuses recettes de sa mère, retient l’attention des critiques, mais suscite, les jalousies de sa famille. Le carnet de recettes de Mirabelle, recèle des secrets qui donneront à Framboise la clé de ces années sombres. Peu à peu, elle découvrira la véritable personnalité de sa mère, parfois si tendre, maternelle et sensuelle, subitement cruelle et tourmentée. En temps de guerre, les jeux d’enfants et les histoires d’amour ne sont Pas toujours innocents. Leurs conséquences peuvent même être tragiques. Joanne Harris fait preuve d’une grande maîtrise romanesque pour nous livrer son roman le plus accompli. Les Cinq Quartiers de l’orange décrit avec subtilité les relations mère-fille, les liens qui rattachent le présent au passé. C’est le roman de la passion, plein de sensualité, dans le décor bucolique d’un village bercé par le fleuve. »

 » Son visage vibrait de lumière. Je redécouvrais sur elle une odeur d’herbe fraîchement fauchée et de biscuit, cette merveilleuse odeur pénétrante, le parfum de la jeunesse. Les gens âgés ont besoin de la présence des petits pour se souvenir vous savez. » (p144)

Joanne Harris est une auteure aimée sur ce blog. C’est le quatrième tome que j’ai lu d’elle après « Chocolat », « Le rocher de Montmartre » (2ième tome de chocolat) et « Vin de bohème ». Pour l’instant mon chouchou et indétrônable reste « Chocolat » dont je n’ai même pas parlé ici (lu bien avant le blog).

Joanne Harris est une romancière qui parle très bien du côté sensuel de la cuisine. Avec elle les odeurs, les saveurs se font tellement alléchantes et poétiques que cela suffirait presque à apaiser et nourrir la gourmandise. C’est sans doute ce que j’apprécie le plus chez elle. Il y a la présence très forte aussi de la Loire, la narratrice s’y baigne, y passe beaucoup de son temps, la Loire devient aussi présente que les personnages. Tout cela fait que c’est une lecture idéale pour la saison d’été. Je n’ai pas tout aimé dans cette lecture mais je n’arrivais pas vraiment à mettre le doigt sur ce qui m’avait déplu. En cherchant vos liens pour mon billet, j’ai trouvé celui de Cécile qui n’a pas aimé mais dont l’avis est très intéressant, donne une autre facette de cette lecture et soulève des questions pertinentes. Mais vous me connaissez, je préfère parler des choses que j’ai aimés, je préfère garder de ma lecture ce que j’ai apprécié et goûté…

La narration se divise en deux parties, il y a l’enfance de Framboise, et Framboise devenue une femme âgée, revenue dans son village d’enfance mais incognito. J’avoue avoir préférée les pages parlant de l’enfance de Framboise… Les enfants sont élevés à la dure par leur mère, une femme dure, dont j’aurais aimé en connaître plus. Son attitude reste non-expliquée tout comme son aversion envers cette fameuse odeur d’orange. Les enfants sont souvent seuls, livrés à eux-même, et c’est une chose qu’ils apprécient. Le reste du temps le travail à la ferme est intense et leur laisse peu de répit.

 » Dès qu’elle sentait une migraine approcher, elle s’enfermait dans sa chambre, sans rien nous dire, nous livrant à notre liberté. C’est ainsi que nous en étions venus à considérer ses crises comme des vacances, allant de quelques heures à une journée entière, peut-être deux, pendant lesquelles nous faisions ce que nous voulions. C’était merveilleux. Nous aurions voulu qu’elles n’aient pas de fin. Nous allions nous baigner, attraper des écrevisses dans les ruisseaux, nous courions les bois, nous nous gorgions de cerises, de prunes ou de groseilles, nous nous battions, nous jouions au soldat avec des fusils à patate, nous décorions les Pierres Levées du butin de nos aventures.  » (p51)

Leur mère a pour passion la cuisine, et ses arbres fruitiers, à qui elle prodigue plus de soins et d’attentions qu’à ses propres enfants.

 » Ma mère jalonnait sa vie de recettes, de mets de son invention, de vieilles préparations auxquelles elle ajoutait son tour de main personnel. Elle en marquait ainsi les grands événements. La nourriture représentait sa nostalgie. C’était sa façon à elle de célébrer la vie. Les soins avec lesquels elle la préparait représentaient l’unique forme de sa créativité.  » (p10)

 » A une époque nous avions bien plus d’une centaines d’arbres (des pommiers, poiriers, pruniers, des reines-claudes et des cognassiers) sans parler des framboises, des fraisiers, des groseilliers et des cassissiers dont on faisait sécher les fruits, dont on faisait des conserves, de la confiture, des liqueurs et de délicieuses tartes décorées comme des roues de charrette sur des fonds de pâte brisée garnis de crème patissière ou de frangipane. Le parfum de ces fruits embaume encore mes souvenirs, leur robe les colore et leurs noms les font vivre dans ma mémoire. Ma mère veillait à leurs besoins comme s’ils eussent été ses enfants préférés. » (p16)

Framboise, devenue adulte, est une meilleure grand-mère que mère. Elle a eu deux filles avec qui, aussi, les rapports sont difficiles

«  Prune m’offrit un bouquet de fleurs qu’elle avait ramassé dans les champs et, pendant un moment, je fus submergée par une terreur soudaine. Je me conduis comme ma mère, pensais-je, sévère, impassible comme elle, mais aussi dévorée de craintes et d’un sentiment de vulnérabilité. J’aurais voulu lui ouvrir les bras, lui expliquer qu’elle n’était responsable de rien, mais, d’une certaine façon, j’en étais incapable. Nous avions été élevés à garder pour nous nos problèmes, nos soucis. On ne perd pas facilement cette habitude là. » (p167)

Framboise n’a pas été élevé dans la douceur ni dans l’écoute et donc, forcément, elle ne sait pas faire. Framboise était une petite fille qui a eu ses règles pour la première fois sans même savoir ce que ça veut dire, elle croit à ce moment là, qu’elle est « contaminée » par le mal « qui finira par sortir ». Framboise était une petite fille élevée par une femme qui n’hésite pas à les battre de temps en temps. Comme quand, par exemple, elle fouette Reinette parce qu’elle ne pouvait ramasser des prunes infectées par des guêpes (elle a les insectes en horreur). Mais il y a de l’amour quand même, Framboise le découvrira en lisant l’album de sa mère ;

 » J’ai eu le tort de penser que les enfants étaient comme des arbres. Plus on les taille et meilleurs sont leurs fruits. Mais ce n’est pas vrai ! Pas vrai du tout ! A la mort de Y. je les ai forcés à grandir trop vite. Je ne voulais pas qu’ils restent enfants. A présent, ils sont plus endurcis que je ne le suis. Ils sont comme des animaux et j’en suis responsable. Je les ai fait devenir ainsi. » (p226)

Vous trouverez dans ce livre :

* Une mère pas très maternelle ni très affectueuse mais dont les enfants se défendent bien (surtout Framboise).

* Une enfance qui dérape, bousculée par des faits pas toujours voulu (mais d’autres pleinement assumée)

* Une femme dont l’odeur d’orange rend malade (mais comme le remarque Cécile j’aurais aimé en savoir plus là dessus)

* La présence de la guerre et des agissements peu reluisants des uns et des autres

* Une petite fille qui a pour obsession d’attraper un énorme brochet nommé Génitrix

* Un carnet de recettes qui cache des petits morceaux de journal intime

 » …/… des remarques et des commentaires notés en marge des recettes, des coupures de journaux et des potions à base d’herbes médicinales. Pas exactement un journal intime, n’est ce pas ? Il n’y a presque aucune date dans l’album, aucun ordre précis. On y a ajouté des pages au hasard, des feuilles détachées, cousues plus tard à petits points, minutieusement. » (p10)

* Des enfants à qui l’on donne des noms de fruits ; Cassis, Framboise, Reinette mais aussi Prune, Pistache et Noisette

* Un « jeu des racines » qui se joue dans la Loire et qui est un jeu bien dangereux…

* De très belles pages (en plus de celles sur la cuisine) sur la fabrication de la liqueur à la griotte (p17) et sur la vigne et le vin (p233)

Ect, ect…  Mais là il faut peut-être que je freine mon enthousiasme (j’ai tout de même noté 27 passages) et vous laisser découvrir le reste par vous même !

Traduit de l’anglais par Jeannette Short-Payen

Lu par ; AlexClochette, A propos de livres, Chaperlipopette, Vanessa, Cécile. Source des photos

Lu pour le mois Anglais  chez LouCryssilda et Titine.

LOGO coupe du monde des livres CHALLENGE papierPALété

* Challenge PAL d’antigone.  * Issu de ma PAL Noire. * Lu pendant le challenge coupe du monde. * Et pour celui de ma Pal fond au soleil. * Et évidemment, pour finir, le  challenge de Syl des livres gourmands.

Publié dans Littérature étrangère

Le manoir de Tyneford de Natasha Solomons

Le mot de l’éditeur : « Au printemps 1938, l’Autriche n’est plus un havre de paix pour les juifs. Elise Landau, jeune fille de la bonne société viennoise, est contrainte à l’exil. Tandis que sa famille attend un visa pour l’Amérique, elle devient domestique à Tyneford, une grande propriété du Dorset. C’est elle désormais qui polit l’argenterie et sert à table. Au début, elle se fait discrète, dissimule les perles de sa mère sous son uniforme, tait l’humiliation du racisme, du déclassement, l’inquiétude pour les siens, et ne parle pas du manuscrit que son père, écrivain de renom, a caché dans son alto. 
Peu à peu Elise s’attache aux lieux, s’ouvre aux autres, se fait aimer… Mais la guerre gronde et le monde change. Elise aussi doit changer. C’est à Tyneford pourtant qu’elle apprendra qu’on peut vivre plus d’une vie et aimer plus d’une fois. Par l’auteur du délicieux Jack Rosenblum rêve en anglais. »

 » Les photos sont étranges : elles restent dans le présent, les sujets captés dans un moment qui ne reviendra jamais. Nous les prenons en prévision de l’avenir : alors que clique  l’obturateur, nous pensons aux futures versions de nos personnes se rappelant cet événement. » (p47)

S’il n’y avait pas eu les mots d »AifelleTheoma et Keisha je ne pense pas que je me serais penché sur cette lecture. Mais justement il y a eu leurs mots, leurs billets, pour me convaincre totalement. Cuné appelle cela ses lectures récompense (lu après une lecture plus difficile ou plus sérieuse), Aifelle ses « lectures récréations » et je trouve cela très juste. Une lecture bonheur, dont les pages se tournent toutes seules. Je l’ai lu avec délice et délectation. Elise est un personnage très sympathique, tout en fraîcheur, qui mélange à la fois confiance en soi et déstabilisation rapide par l’attitude de ceux qui l’entourent. Cette jeune fille déracinée, arrachée malgré elle de son pays natal (et cela pour son bien) apparait au début fragile et malheureuse. Mais au fil des pages on découvre une autre jeune fille, heureuse de vivre, qui montre des signes certains d’assurance. Elle a de la personnalité et n’a pas froid aux yeux.

La preuve en est avec cette scène qui est la première rencontre avec le fils du maître. C’est d’ailleurs une scène très drôle ; alors qu’elle est en colère et occupée à dire une flopée d’injures, profitant du bruit des vagues pour couvrir sa voix, Christopher fait sa rencontre. Sa tenue est plus que sommaire puisqu’elle est dans l’eau jusqu’aux genoux en petite culotte et pull. Mais elle s’en sort plutôt bien et ne se laisse pas démonter… J’ai beaucoup aimé aussi l’omniprésence de la mer. Elle s’y réfugie souvent lorsqu’elle a besoin de respirer. La beauté de la côte l’apaise et lui redonne cette énergie qu’elle perd un peu parfois. On pourrait presque sentir les embruns nous fouetter le visage…

 » Devant moi, la mer se brisait et écumait. L’eau claquait sur la grève, puis on entendait crisser les galets que les vagues, en refluant, entrechoquaient. » (p120)

 » La mer sombre semblait absorber toute la lumière du monde : comme suspendu au dessus de l’eau, le ciel était d’un gris menaçant. (p234)

Elise, qui est embauchée en tant que femme de chambre, doit apprendre à s’occuper des autres alors que jusqu’à présent on s’était toujours occupé d’elle. Elle apprend très vite qu’il est essentiel qu’elle soit invisible lors de l’accomplissement de ses tâches. Et puis il y a le manque de sa famille, la peur de la guerre et des dégâts qu’elle causera forcément… Le personnage principal à mon sens est ce manoir de Tynefort, il a une telle présence, il est si bien décrit que là aussi  on s’y croirait, il est, au même titre que la mer, indéniablement  la star du roman 

Et puis il y a aussi un petit goût de Rebecca de Daphné du Maurier avec ces premières pages qui forcément, nous y font songer… Il y a le dernier manuscrit de son père, qu’il cache dans un alto, et confie à Elise pour qu’elle l’emporte en Angleterre… Il y a la riche voix de mezzo-soprano de sa mère… Il y a une mémorable fête du maquereau auquel elle participe pour la première fois… Il y a une flambée, dans un énorme âtre de pierre, qui se transforme en veillée, on y boit du gin, on y danse sur les notes d’un vieux gramophone et ça se termine sur une très mauvaise nouvelle ; Hitler vient d’envahir la Tchécoslovaquie… Mais aussi des moments moins graves où l’on fait griller des tartines dans la cheminée du salon en écoutant le Nocturne en fa mineur de Chopin… Il y a Elise qui joue pendant
des heures, dans sa petite chambre sous les toits, du Vivaldi, Donizetti, Bing Crosby…

 » Je passai les jours suivants à jouer de l’alto ou à biner le potager avec le vieux Billy. Je désherbai les rangées de plants de laitue bien alignés, pilant des coquillages pour décourager les escargots ; je creusai des sillons pour y semer des betteraves et des blettes. De la sueur coulait de mon front et tombait sur la terre. Tout en travaillant, j’entendais l’étrange son de l’alto dans ma tête. Il emplissait mon esprit comme le bruit de la mer dans un rêve ; je bougeais, taillais, piochais, plantais à son rythme. Au crépuscule, je descendais à la plage et m’asseyais avec Burt sur des cassiers à homards, devant sa hutte. Le vieux pêcheur bourrait sa pipe et nous regardions la mer monter dans un silence convivial. L’eau envahissait la grève avec une implacable constance. A marée haute, elle battait les grands rochers plats au-delà de la chaumière, transformant la pierre gris pâle en une surface d’un noir luisant et la vase craquelée en velours vert. A marée basse, l’eau se retirait jusqu’à l’extrémité de la baie, les galets secs prenaient des teintes or,  jaune et rouille à la lumière du couchant. Je savais que quelque part, au loin, des plages résonnaient de coups de feu, de tirs d’obus, de hurlements d’hommes et de sirènes, mais ici à Worbarrow, les vagues léchaient le rivage et les seuls cris qu’on entendait étaient ceux des mouettes. » (p363)

Comme vous pouvez le constater, j’ai gardé des images très fortes de cette lecture… Ce roman m’a fait l’effet d’un charme et d’un ensorcellement certain.

Lu également par Aifelle et TheomaKeishaSous les galets et Syl. (source des photos)

Et ma première participation au mois Anglais  chez LouCryssilda et Titine.

Le challenge voisins voisine d’ A propos de livres ChallengeVoisinsVoisines pour le royaume uni Angleterre

Et le Challenge  Petit bac 2014 pour la catégorie « bâtiment ».pett bac 2014

Publié dans Littérature étrangère

Quand j’étais Jane Eyre de Sheila Kohler

 » Charlotte regarde ses soeurs, assises aux côtés de la vieille femme qui s’est occupée d’elles pendant tant d’années. Elle voit soudain qui sauvera Jane lorsqu’elle quittera Mr. Rochester : des soeurs, bien sûr, deux soeurs comme les siennes, ou deux femmes comme Mary et Ellen, ses meilleures amies de pension. Chacune à sa manière lui a remonté le moral, par son exemple et son affection. Elles l’ont souvent sauvée du désespoir. Ce sont les femmes, songe-t-elle en regardant ses soeurs belles et courageuses ainsi que la vieille servante, qui lui ont permis de survivre. » (p126)

Lecture commune avec Fondant au Chocolat (merci Fondant :0)

Lire ce livre de Sheila Kohler c’est d’abord se plonger dans l’univers des soeurs Brontë. Elles sont trois soeurs (mais il y a un frère aussi) et toutes les trois écrivent. C’est leur quotidien qui est conté là, un quotidien pas facile. D’abord par l’époque, et cette douleur omniprésente, avec sa mère d’abord qui meurt après avoir passé des mois à souffrir. Et puis son père, opéré des yeux sans être endormi. Et puis on a froid, on mange avec frugalité. On ne vit peut-être pas une époque formidable mais tout de même bien plus douce (quoi que cela dépende d’où l’on est placé, que ce soit par pays ou par statut).

Mais surtout on écrit sans même avoir le droit de publier sous son vraie nom. Etre une femme et écrivain n’est pas du tout tolérée, voire méprisée, même par leur propre père :

 » Il a parfois soupçonné ses pauvres filles d’essayer de se faire publier. Quelle est cette manie familiale d’aspirer à la célébrité et à la gloire ? Pourquoi n’acceptent-elles pas, en bonnes chrétiennes, leur pauvreté, leur insignifiance, comme l’avait fait leur mère ? Quelle folie ! Qui pourrait s’intéresser à leur écrits ? Il a bien vu des lettres expédiées depuis le presbytère, des paquets arriver. Il a vu le papier brun avec les nombreuses adresses barrées les unes après les autres. Pauvres filles égarées ! Par qui espéraient-elles être publiées ? » (p188, tous les passages entre guillemets sont de l’auteur)

Jane EyreWe love Movies

La première partie ne m’a pas convaincue, surtout ses pages dans lesquelles Charlotte veille sur son père, le révérend, qui vient de se faire opérer des yeux. Mais on voit naître aussi le personnage de Jane Eyre, ce sont les pages qui m’ont le plus emportée dans cette partie. L’histoire, les scènes se mettent en place et, pour qui a déjà lu le roman, c’est intriguant de voir le roman prendre corps. La deuxième partie m’a touchée bien plus. Il y a ces trois soeurs liées déjà par leur passion et leur enfance commune, par leurs liens familial. La voix de la servante :

 » Depuis son arrivée dans la famille, ces filles ont toujours été proches. Elles se sont mutuellement maintenues en vie, et leur frère aussi, par leur affection. Elle les revoit tous, petits, se tenant par la main et sortant en courant sur la large allée ensoleillée. Ils allaient gambader dans la lande, le garçon en tête, pas bien grand pourtant, sa tête rousse enflammée par le soleil. » (p112)

Liées aussi par ce combat qu’elles mènent, pour sauver ce frère touchant le fond, alcoolique, drogué, passant ses journées dans les bars. Emily semble la plus forte, c’est elle qui ramène son frère de ses beuveries, elle qui le traîne dans l’escalier, elle qui le couche dans son lit. C’est elle encore qui les sauvent tous quand le garçon met le feu à ses couvertures. Pourtant malgré tout cela c’est lui qui garde le plus d’attention de la part de leur père. Il ne fait pas bon être fille, et femme, à cette époque. Et pourtant leur anonymat à toutes finira par être levé. « Pourquoi une femme ne serait-il pas libre de s’exprimer ? » (p197)

Ce qui m’a touché le plus dans ce livre ? Les liens très forts qui unissent les soeurs Brontë, tous les mots sur la création littéraire, sur cette petite couture qu’elles font entre les mots et les personnages, et ce décor des landes  tourmenté par les vents et les pluies… Ce roman donne envie de se replonger (encore une fois) dans Jane Eyre, Les hauts de hurle-Vent, et même, m’a donné envie de découvrir les écrits d’Anne, que je n’ai encore pas découverte.

Jane Eyre 2Untitled

Pour finir, ces très beaux mots de la bouche d’Emily :

 » Nous avons notre travail, personne ne peut nous enlever cela. Peu importe que je sois triste ou épuisée ; nous avons l’écriture, ce qui change tout. Et puis, nous nous avons, nous. » (p112)

Et ceux de Charlotte :

 » Les péripéties tintent à ses oreilles telle la musique, elles la soutiennent, la ravissent, l’apaisent dans sa détresse. Elle vit pour ces histoires, pour l’instant où ils croiseront leurs fils.

Il lui arrive d’imaginer qu’elle nage, bien qu’elle n’ait jamais nagé. Elle se figure plongeant dans les fraîches profondeurs vert pâle de la mer avec son frère, de la même façon qu’ils se jettent dans le vent, bras en croix, leurs vêtements collés à la peau, comme dans l’eau, pour courir dans la lande. Telles des sirènes, songe-t-elle, corps et esprits joyeusement entremêlés dans leurs univers de grottes ombreuses, où ne pénètrent que de faibles et vacillantes lueurs souterraines. » (p138)

Lu aussi par Cathulu, Theoma, Sylire,  Allie, Yspaddaden et Joëlle. Merci à toi Fondant pour cette lecture commune et à bientôt pour la prochaine, le 15 juin :0) Source des photos

Editions 10/18, traduit de l’anglais par Michèle Hechter

Challenge  Petit bac 2014 pett bac 2014 catégorie « Prénom »

Challenge PAL d’antigone  

Et challenge voisins voisine d’ A propos de livres ChallengeVoisinsVoisines pour le Royaume Uni, Angleterre