Littérature

Vacances à l’anglaise de Mark Haddon

 Le mot de l’éditeur ; « Pour se réconcilier avec sa soeur Angela, Richard a l’idée saugrenue de l’inviter à passer des vacances au pays de Galles en compagnie de sa petite famille. Mais dans ce coin du bout du monde, il pleut sans discontinuer, le premier village est à des kilomètres, et les portables ne fonctionnent pas ! Quatre adultes, trois ados et un enfant, qui se connaissent à peine, se retrouvent coincés là pour une semaine.
Jeux de société, conversations de circonstances, promenades… En apparence, la cohabitation semble bien se dérouler. Mais intérieurement, chacun rumine de vieux griefs. De toute part on fomente des alliances, des conquêtes et des trahisons… avant de prôner la réconciliation. Bref, le bonheur des vacances en famille. Une brillante comédie de moeurs, un regard irrésistible sur les relations familiales, où l’on retrouve la patte de l’auteur du Bizarre Incident du chien pendant la nuit. »

 » Il n’avait pas eu l’intention de mettre le sujet sur le tapis. C’était comme de la terre contaminée ; tant qu’on ne creusait pas, il n’y avait aucun danger. » (p78)

Voilà une expérience de lecture étrange et surréaliste mais tout à fait réussi au final. Pourtant au début je n’étais pas du tout convaincue (au début de ma lecture j’étais tombée sur un billet de Cathulu  (clic) et nous avions eu un échange de commentaires ou je lui disais que j’étais un peu déstabilisée), j’ai eu du mal à me faire au style de l’auteur, il passe d’un protagoniste à un autre sans que cela soit très clair. Mais maintenant que je l’ai fini je peux vous dire que les personnages vous resteront longtemps en tête. Ils sont atypiques, d’une certaine façon dysfonctionnels, si j’osais je dirais même un peu disjonctés mais terriblement humains dans leurs fragilités et leurs côtés, justement, un peu bancals. J’ai adoré aussi cette ambiance de maison de vacances, partagée en famille, si bien rendue. On a l’impression d’y être. Cette grande maison dans la campagne anglaise, où la pluie s’invite parfois, où on vit les uns à côté des autres et bien ça donne  quelque chose de pas vraiment serein, ça bouge, c’est mouvementée et chacun de son côté se bat avec quelque chose. Parfois évidemment tout cela se mélange et ça explose évidemment…

Autant au début c’était difficile mais vers la fin je freinais un peu, je n’avais tout simplement pas envie de le finir et de quitter cette maison et cette famille. J’ai trouvé les personnages adolescents vraiment réalistes et bien croqués. Les thématiques de leurs problèmes sont sérieuses et loin d’être frivoles (comme c’est parfois le cas avec les personnages d’ados). On y rencontre le spectre de l’homosexualité (pas clairement défini) et celui d’ un harcèlement scolaire avec une photo prise sur le vif et partagé sur le net. Quand aux adultes ce n’est guère plus réjouissant, une jeune femme se débat avec un deuil non digéré et une autre a honte de son passé. Les hommes ne sont pas en reste mais j’ai envie de rester flou histoire que vous découvriez tout cela par vous même. N’oublions pas aussi le personnage de Benjy, le plus petit, qui malgré son jeune âge est déjà un personnage complet et très intéressant. Et puis le cadre est beau, ce qui fait que l’on prolongerait bien le séjour ;  » à bien y réfléchir c’était vraiment beau ici, cette immense cuvette verdoyante, les nuages qui changeaient de forme en se déplaçant, l’odeur du feu de bois.«  (p 33) Moi qui aime la pluie, comment ne pas être charmée par ce passage là, si poétique ;

 » Elle arrive, tel un immense rideau gris traîné depuis le sommet des collines, les champs maculés, assombris. Un bruit de gravier mouillé qui viendrait s’écraser comme les vitres. Les gouttières se remplissent et glougloutent, l’eau jaillit du pied des tuyaux de descente. Les gouttes ricochent en éventail sur le dossier du banc, sur les marches de pierre et sur le toit, lustré de la Mercedes. L’eau se rassemble et s’écoule dans les ornières de l’allée, elle dégouline dans la cheminée, elle tinte et pétille sur le métal brûlant du poêle, elle se faufile à travers le vieux mastic qui maintient les vitres à petits carreaux et forme des flaques sur les appuis de fenêtre. La pluie presque horizontale maintenant, vivant graphique de la force du vent. Tous les repères extérieurs effacés, plus d’horizon, plus de lignes stables. La maison a décollé, l’orage l’emporte et la fait voler sur une substance qui n’est ni tout à fait de l’air ni tout à fait de l’eau…/…. » (p232)

Et puis j’ai adoré ce rapport si complice entre les frères et la soeur,  Alex, Daisy et le petit Benjy comme dans ces passages là ;

 » Alex lui prépara une assiette de fromage et de galettes d’avoine avec un assortiment de sauces et ils s’assirent côte à côté pour manger, leur solidarité rayonnante expulsant peu à peu tous les autres de la pièce, à part Benjy. » (p263)

Alors Benjy se leva du banc, fit le tour et vint s’asseoir de l’autre côté de Daisy, il passa son bras autour d’elle et dit ; Daisy sandwich, parce que c’était ce qu’ils lui faisaient, avant, quand il avait du chagrin. Ils se serrèrent les uns contre les autres, puis se lâcherent. » (p264)

Tellement émouvant le dessin, que Benjy lors du départ, laisse dans le livre d’or ;

 » Il passa vingt minutes à couvrir une double page d’un dessin compliqué de la maison et du jardin. Le crâne de cheval, la mare avec le frai de grenouilles, les lettres G et F entrelacées dans le fer forgé ornemental rouillé de la grille, au pied de la colline. Tout le monde admira le dessin, il était super, meilleur en un sens qu’un vrai dessin d’adulte, les lignes de traviole, l’échelle bizarre, les détails excentriques, parce c’était l’image qu’ils conserveraient tous de cet endroit, rien ne sera tout à fait conforme à la réalité, des éléments ajoutés, des éléments retirés. Le poêle occupera une grande place pour Angela, la remise pour Alex. Tout le monde oubliera la girouette en forme de renard. » (p338)

Je crois que j’ai eu autant de mal à partir que les personnages (peut-être plus ;0) D’autres passages que j’ai adorés ;

 » Elle se regarda dans la glace et reconnut l’animal enfermé en elle qui grandissait, qui mangeait, qui réclamait. Elle aurait tellement voulu avoir l’air quelconque pour que le regard des autres glisse sur elle. Maman avait tort. Le problème n’était pas de croire ceci ou cela, ce n’était pas une question de bien ou de mal, de justice ou d’injustice. Il s’agissait seulement de trouver la force de supporter l’embarras indissociable de l’existence dans ce monde.  » (p36)

 » Elle regarda autour d’elle. Un paysage nu et désolé, on ne voyait plus aucun champ désormais, juste une lande de montagne déserte, au loin, les collines noires sous le ciel massif blanc cassé. Où était sa veste ? L’enfer ressemblait peut-être à cela. Pas de feu, pas de cohorte de démons, mais un nulle part glacial et vide, le coeur aspirant désespérément à un peu de chaleur, un peu de compagnie, et l’esprit le sermonnant ; ne te leurre pas, tu ne les trouveras pas ici.  » (p203)

J’ai franchement adoré cette lecture et cette famille fera partie désormais de mes intimes, je ne les oublierais pas de sitôt. J’espère vous avoir convaincus de vous lancer dans cette lecture, oui vraiment…

Vacances à l’anglaise

Mark Haddon

Traduit de l’anglais par Odile Demange

Editions du Nil, 2014

 Pour le mois anglais chez  Lou, Titine et Cryssilda

 

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Littérature

Jumelles de Saskia Sarginson

 » Personne ne m’aimera comme ma mère m’aimait. Je ne peux être la fille de personne d’autre. Personne ne me verra comme John m’a vue. Dans son amour, il percevait la vérité de mon essence : le fait que j’étais constituée de plusieurs couches, comme une peinture. Il voyait mon moi séparé, résolument et délicatement solitaire, transparent comme une aquarelle. Mais il savait que l’existence de cette personne-là était indissolublement liée à l’attraction magnétique de l’image de Viola-et-Issy, présente en dessous, tracée à coups de pinceau hardis et fougueux. Il le comprenait parce que, comme moi, il était pris dans l’insoluble équation d’être deux. » (p381)

Il y a une enfance qui colle aux doigts, qui jamais n’en finira de peser… Une soeur qui ne mange plus parce qu’elle ne digère plus cette vie depuis… Un amour d’enfance bien moins anodin qu’on pourrait le croire… Il y a une mère qui désire plus que tout élever ses filles dans la liberté… Deux soeurs, des jumelles, petites filles sauvageonnes, qui se sentent jamais aussi vivante qu’au contact de la nature….

 » Au coeur de la forêt, nous devenions souples comme les branches d’un arbrisseau, nous fondant dans l’ombre comme des Peaux-Rouges, marchant sans faire de bruit. Nous nous barbouillions les joues de terre et décortiquions les pommes de pin pour imprégner nos doigts de leur résine odorante » (p31)…

 » Isolde a envie de lui dire qu’il est impossible de revenir en arrière. Que rien n’est pareil. Que tout s’altère. Qu’aucun acte ne peut-être effacé. Aucun mot ravalé. Qu’il n’y a que mouvement et changement, et l’espoir que le temps puisse éloigner suffisamment de l’horreur pour qu’elle finisse par pâlir et s’effacer » (p177)

Il y a des petites filles qui s’imaginent avoir pour père Jim Morrison.  Un environnement magique, des kilomètres de pinèdes, des chemins sablonneux, la mer à proximité… Des promenades en vélo les cheveux au vent… Il y a des petits garçons, deux frères, qui n’en finissent plus de se battre… Mais il y a aussi un égoïsme poisseux, un rejet nauséabond dont la bénéficiaire ne méritait rien…

Les plus beaux passages de ce livre sont les vagabondages des petites filles dans la forêt, cette nature dont on croirait sentir battre le coeur, tellement elle nous en devient proche. Une vie que ces jumelles voudraient éternelles, dans une petite maison, loin de tout, au milieu des bois ;

 » Au-delà, les troncs des pins formaient un mur dense qui s’étendait sur des kilomètres. La soirée était pleine de battements d’ailes. Des chauves-souris, presque invisibles, passaient en flèche au-dessus de nos têtes. Les hirondelles étaient de retour et rasaient la pelouse avec la précision d’un pilote de chasse. Nous nous mîmes au garde-à-vous pour regarder le soleil passer derrière les arbres et les ombres recouvrir le jardin comme de l »encre. Les tulipes luisaient dans la pénombre, les jonquilles brunissaient déjà sur les bords. Notre bouleau argenté se dressait, tout pâle, devant un bosquet de pins comme un doigt impérieux. Pendant un instant, je devins une créature tapie au milieux des arbres, observant le jardin.  » (p101)

Et puis il y a la révélation du secret, dont je ne dirais rien, mais c’est quelque chose que j’ai eu du mal à comprendre, cela m’a mise en colère, mais sans doute plus par rapport à mon histoire de maman, celles qui me lisent régulièrement comprendront certainement quand elles liront le livre. Mais je ne peux en dire plus sans risquer de spoiler… Au final un très beau livre qui me laissé un arrière goût amer. Mais une intensité et une atmosphère dont il est difficile de s’extraire après lecture. Je me rends compte que, finalement, j’en ai gardé un souvenir bien plus marqué que ce ma lecture m’avait laissé entendre. Il y a des livres parfois, qui de cette façon là, sont aimé plus dans leur décantation que dans leur dégustation. Un livre que je relirais très certainement un jour. Ma tentatrice était, cette fois encore, Mya Rosa.

 » En bas nous entendions maman fredonner, parler au chat, ouvrir et fermer des placards. L’obscurité poussait contre la fenêtre de la chambre, apportant les sons de la forêt : le doux hululement d’une chouette, un bruit d’animal soudain, alarmant mais lointain. Je me glissai plus avant dans la chaleur combinée de nos corps. Tout au fond de moi, j’avais encore froid de ma baignade, le sang bruissait dans mes veines, comme de l’eau de mer. » (p194)

ChallengeVoisinsVoisinespett bac 2014

Challenge voisins voisine d’ A propos de livres pour le Royaume Uni, Angleterre et le Challenge  Petit bac 2014 pour la catégorie « sphère familiale »

Littérature

Les cinq quartiers de l’orange de Joanne Harris

Le mot de l’éditeur :  » Lorsque Framboise Simon revient dans le village de son enfance au bord de la Loire, personne ne reconnaît la scandaleuse Mirabelle Dartigen, tenue pour responsable de l’exécution de onze villageois pendant l’occupation allemande, cinquante ans auparavant. Framboise ouvre une auberge qui, grâce aux délicieuses recettes de sa mère, retient l’attention des critiques, mais suscite, les jalousies de sa famille. Le carnet de recettes de Mirabelle, recèle des secrets qui donneront à Framboise la clé de ces années sombres. Peu à peu, elle découvrira la véritable personnalité de sa mère, parfois si tendre, maternelle et sensuelle, subitement cruelle et tourmentée. En temps de guerre, les jeux d’enfants et les histoires d’amour ne sont Pas toujours innocents. Leurs conséquences peuvent même être tragiques. Joanne Harris fait preuve d’une grande maîtrise romanesque pour nous livrer son roman le plus accompli. Les Cinq Quartiers de l’orange décrit avec subtilité les relations mère-fille, les liens qui rattachent le présent au passé. C’est le roman de la passion, plein de sensualité, dans le décor bucolique d’un village bercé par le fleuve. »

 » Son visage vibrait de lumière. Je redécouvrais sur elle une odeur d’herbe fraîchement fauchée et de biscuit, cette merveilleuse odeur pénétrante, le parfum de la jeunesse. Les gens âgés ont besoin de la présence des petits pour se souvenir vous savez. » (p144)

Joanne Harris est une auteure aimée sur ce blog. C’est le quatrième tome que j’ai lu d’elle après « Chocolat », « Le rocher de Montmartre » (2ième tome de chocolat) et « Vin de bohème ». Pour l’instant mon chouchou et indétrônable reste « Chocolat » dont je n’ai même pas parlé ici (lu bien avant le blog).

Joanne Harris est une romancière qui parle très bien du côté sensuel de la cuisine. Avec elle les odeurs, les saveurs se font tellement alléchantes et poétiques que cela suffirait presque à apaiser et nourrir la gourmandise. C’est sans doute ce que j’apprécie le plus chez elle. Il y a la présence très forte aussi de la Loire, la narratrice s’y baigne, y passe beaucoup de son temps, la Loire devient aussi présente que les personnages. Tout cela fait que c’est une lecture idéale pour la saison d’été. Je n’ai pas tout aimé dans cette lecture mais je n’arrivais pas vraiment à mettre le doigt sur ce qui m’avait déplu. En cherchant vos liens pour mon billet, j’ai trouvé celui de Cécile qui n’a pas aimé mais dont l’avis est très intéressant, donne une autre facette de cette lecture et soulève des questions pertinentes. Mais vous me connaissez, je préfère parler des choses que j’ai aimés, je préfère garder de ma lecture ce que j’ai apprécié et goûté…

La narration se divise en deux parties, il y a l’enfance de Framboise, et Framboise devenue une femme âgée, revenue dans son village d’enfance mais incognito. J’avoue avoir préférée les pages parlant de l’enfance de Framboise… Les enfants sont élevés à la dure par leur mère, une femme dure, dont j’aurais aimé en connaître plus. Son attitude reste non-expliquée tout comme son aversion envers cette fameuse odeur d’orange. Les enfants sont souvent seuls, livrés à eux-même, et c’est une chose qu’ils apprécient. Le reste du temps le travail à la ferme est intense et leur laisse peu de répit.

 » Dès qu’elle sentait une migraine approcher, elle s’enfermait dans sa chambre, sans rien nous dire, nous livrant à notre liberté. C’est ainsi que nous en étions venus à considérer ses crises comme des vacances, allant de quelques heures à une journée entière, peut-être deux, pendant lesquelles nous faisions ce que nous voulions. C’était merveilleux. Nous aurions voulu qu’elles n’aient pas de fin. Nous allions nous baigner, attraper des écrevisses dans les ruisseaux, nous courions les bois, nous nous gorgions de cerises, de prunes ou de groseilles, nous nous battions, nous jouions au soldat avec des fusils à patate, nous décorions les Pierres Levées du butin de nos aventures.  » (p51)

Leur mère a pour passion la cuisine, et ses arbres fruitiers, à qui elle prodigue plus de soins et d’attentions qu’à ses propres enfants.

 » Ma mère jalonnait sa vie de recettes, de mets de son invention, de vieilles préparations auxquelles elle ajoutait son tour de main personnel. Elle en marquait ainsi les grands événements. La nourriture représentait sa nostalgie. C’était sa façon à elle de célébrer la vie. Les soins avec lesquels elle la préparait représentaient l’unique forme de sa créativité.  » (p10)

 » A une époque nous avions bien plus d’une centaines d’arbres (des pommiers, poiriers, pruniers, des reines-claudes et des cognassiers) sans parler des framboises, des fraisiers, des groseilliers et des cassissiers dont on faisait sécher les fruits, dont on faisait des conserves, de la confiture, des liqueurs et de délicieuses tartes décorées comme des roues de charrette sur des fonds de pâte brisée garnis de crème patissière ou de frangipane. Le parfum de ces fruits embaume encore mes souvenirs, leur robe les colore et leurs noms les font vivre dans ma mémoire. Ma mère veillait à leurs besoins comme s’ils eussent été ses enfants préférés. » (p16)

Framboise, devenue adulte, est une meilleure grand-mère que mère. Elle a eu deux filles avec qui, aussi, les rapports sont difficiles

«  Prune m’offrit un bouquet de fleurs qu’elle avait ramassé dans les champs et, pendant un moment, je fus submergée par une terreur soudaine. Je me conduis comme ma mère, pensais-je, sévère, impassible comme elle, mais aussi dévorée de craintes et d’un sentiment de vulnérabilité. J’aurais voulu lui ouvrir les bras, lui expliquer qu’elle n’était responsable de rien, mais, d’une certaine façon, j’en étais incapable. Nous avions été élevés à garder pour nous nos problèmes, nos soucis. On ne perd pas facilement cette habitude là. » (p167)

Framboise n’a pas été élevé dans la douceur ni dans l’écoute et donc, forcément, elle ne sait pas faire. Framboise était une petite fille qui a eu ses règles pour la première fois sans même savoir ce que ça veut dire, elle croit à ce moment là, qu’elle est « contaminée » par le mal « qui finira par sortir ». Framboise était une petite fille élevée par une femme qui n’hésite pas à les battre de temps en temps. Comme quand, par exemple, elle fouette Reinette parce qu’elle ne pouvait ramasser des prunes infectées par des guêpes (elle a les insectes en horreur). Mais il y a de l’amour quand même, Framboise le découvrira en lisant l’album de sa mère ;

 » J’ai eu le tort de penser que les enfants étaient comme des arbres. Plus on les taille et meilleurs sont leurs fruits. Mais ce n’est pas vrai ! Pas vrai du tout ! A la mort de Y. je les ai forcés à grandir trop vite. Je ne voulais pas qu’ils restent enfants. A présent, ils sont plus endurcis que je ne le suis. Ils sont comme des animaux et j’en suis responsable. Je les ai fait devenir ainsi. » (p226)

Vous trouverez dans ce livre :

* Une mère pas très maternelle ni très affectueuse mais dont les enfants se défendent bien (surtout Framboise).

* Une enfance qui dérape, bousculée par des faits pas toujours voulu (mais d’autres pleinement assumée)

* Une femme dont l’odeur d’orange rend malade (mais comme le remarque Cécile j’aurais aimé en savoir plus là dessus)

* La présence de la guerre et des agissements peu reluisants des uns et des autres

* Une petite fille qui a pour obsession d’attraper un énorme brochet nommé Génitrix

* Un carnet de recettes qui cache des petits morceaux de journal intime

 » …/… des remarques et des commentaires notés en marge des recettes, des coupures de journaux et des potions à base d’herbes médicinales. Pas exactement un journal intime, n’est ce pas ? Il n’y a presque aucune date dans l’album, aucun ordre précis. On y a ajouté des pages au hasard, des feuilles détachées, cousues plus tard à petits points, minutieusement. » (p10)

* Des enfants à qui l’on donne des noms de fruits ; Cassis, Framboise, Reinette mais aussi Prune, Pistache et Noisette

* Un « jeu des racines » qui se joue dans la Loire et qui est un jeu bien dangereux…

* De très belles pages (en plus de celles sur la cuisine) sur la fabrication de la liqueur à la griotte (p17) et sur la vigne et le vin (p233)

Ect, ect…  Mais là il faut peut-être que je freine mon enthousiasme (j’ai tout de même noté 27 passages) et vous laisser découvrir le reste par vous même !

Traduit de l’anglais par Jeannette Short-Payen

Lu par ; AlexClochette, A propos de livres, Chaperlipopette, Vanessa, Cécile. Source des photos

Lu pour le mois Anglais  chez LouCryssilda et Titine.

LOGO coupe du monde des livres CHALLENGE papierPALété

* Challenge PAL d’antigone.  * Issu de ma PAL Noire. * Lu pendant le challenge coupe du monde. * Et pour celui de ma Pal fond au soleil. * Et évidemment, pour finir, le  challenge de Syl des livres gourmands.

Littérature

Le manoir de Tyneford de Natasha Solomons

Le mot de l’éditeur : « Au printemps 1938, l’Autriche n’est plus un havre de paix pour les juifs. Elise Landau, jeune fille de la bonne société viennoise, est contrainte à l’exil. Tandis que sa famille attend un visa pour l’Amérique, elle devient domestique à Tyneford, une grande propriété du Dorset. C’est elle désormais qui polit l’argenterie et sert à table. Au début, elle se fait discrète, dissimule les perles de sa mère sous son uniforme, tait l’humiliation du racisme, du déclassement, l’inquiétude pour les siens, et ne parle pas du manuscrit que son père, écrivain de renom, a caché dans son alto. 
Peu à peu Elise s’attache aux lieux, s’ouvre aux autres, se fait aimer… Mais la guerre gronde et le monde change. Elise aussi doit changer. C’est à Tyneford pourtant qu’elle apprendra qu’on peut vivre plus d’une vie et aimer plus d’une fois. Par l’auteur du délicieux Jack Rosenblum rêve en anglais. »

 » Les photos sont étranges : elles restent dans le présent, les sujets captés dans un moment qui ne reviendra jamais. Nous les prenons en prévision de l’avenir : alors que clique  l’obturateur, nous pensons aux futures versions de nos personnes se rappelant cet événement. » (p47)

S’il n’y avait pas eu les mots d »AifelleTheoma et Keisha je ne pense pas que je me serais penché sur cette lecture. Mais justement il y a eu leurs mots, leurs billets, pour me convaincre totalement. Cuné appelle cela ses lectures récompense (lu après une lecture plus difficile ou plus sérieuse), Aifelle ses « lectures récréations » et je trouve cela très juste. Une lecture bonheur, dont les pages se tournent toutes seules. Je l’ai lu avec délice et délectation. Elise est un personnage très sympathique, tout en fraîcheur, qui mélange à la fois confiance en soi et déstabilisation rapide par l’attitude de ceux qui l’entourent. Cette jeune fille déracinée, arrachée malgré elle de son pays natal (et cela pour son bien) apparait au début fragile et malheureuse. Mais au fil des pages on découvre une autre jeune fille, heureuse de vivre, qui montre des signes certains d’assurance. Elle a de la personnalité et n’a pas froid aux yeux.

La preuve en est avec cette scène qui est la première rencontre avec le fils du maître. C’est d’ailleurs une scène très drôle ; alors qu’elle est en colère et occupée à dire une flopée d’injures, profitant du bruit des vagues pour couvrir sa voix, Christopher fait sa rencontre. Sa tenue est plus que sommaire puisqu’elle est dans l’eau jusqu’aux genoux en petite culotte et pull. Mais elle s’en sort plutôt bien et ne se laisse pas démonter… J’ai beaucoup aimé aussi l’omniprésence de la mer. Elle s’y réfugie souvent lorsqu’elle a besoin de respirer. La beauté de la côte l’apaise et lui redonne cette énergie qu’elle perd un peu parfois. On pourrait presque sentir les embruns nous fouetter le visage…

 » Devant moi, la mer se brisait et écumait. L’eau claquait sur la grève, puis on entendait crisser les galets que les vagues, en refluant, entrechoquaient. » (p120)

 » La mer sombre semblait absorber toute la lumière du monde : comme suspendu au dessus de l’eau, le ciel était d’un gris menaçant. (p234)

Elise, qui est embauchée en tant que femme de chambre, doit apprendre à s’occuper des autres alors que jusqu’à présent on s’était toujours occupé d’elle. Elle apprend très vite qu’il est essentiel qu’elle soit invisible lors de l’accomplissement de ses tâches. Et puis il y a le manque de sa famille, la peur de la guerre et des dégâts qu’elle causera forcément… Le personnage principal à mon sens est ce manoir de Tynefort, il a une telle présence, il est si bien décrit que là aussi  on s’y croirait, il est, au même titre que la mer, indéniablement  la star du roman 

Et puis il y a aussi un petit goût de Rebecca de Daphné du Maurier avec ces premières pages qui forcément, nous y font songer… Il y a le dernier manuscrit de son père, qu’il cache dans un alto, et confie à Elise pour qu’elle l’emporte en Angleterre… Il y a la riche voix de mezzo-soprano de sa mère… Il y a une mémorable fête du maquereau auquel elle participe pour la première fois… Il y a une flambée, dans un énorme âtre de pierre, qui se transforme en veillée, on y boit du gin, on y danse sur les notes d’un vieux gramophone et ça se termine sur une très mauvaise nouvelle ; Hitler vient d’envahir la Tchécoslovaquie… Mais aussi des moments moins graves où l’on fait griller des tartines dans la cheminée du salon en écoutant le Nocturne en fa mineur de Chopin… Il y a Elise qui joue pendant
des heures, dans sa petite chambre sous les toits, du Vivaldi, Donizetti, Bing Crosby…

 » Je passai les jours suivants à jouer de l’alto ou à biner le potager avec le vieux Billy. Je désherbai les rangées de plants de laitue bien alignés, pilant des coquillages pour décourager les escargots ; je creusai des sillons pour y semer des betteraves et des blettes. De la sueur coulait de mon front et tombait sur la terre. Tout en travaillant, j’entendais l’étrange son de l’alto dans ma tête. Il emplissait mon esprit comme le bruit de la mer dans un rêve ; je bougeais, taillais, piochais, plantais à son rythme. Au crépuscule, je descendais à la plage et m’asseyais avec Burt sur des cassiers à homards, devant sa hutte. Le vieux pêcheur bourrait sa pipe et nous regardions la mer monter dans un silence convivial. L’eau envahissait la grève avec une implacable constance. A marée haute, elle battait les grands rochers plats au-delà de la chaumière, transformant la pierre gris pâle en une surface d’un noir luisant et la vase craquelée en velours vert. A marée basse, l’eau se retirait jusqu’à l’extrémité de la baie, les galets secs prenaient des teintes or,  jaune et rouille à la lumière du couchant. Je savais que quelque part, au loin, des plages résonnaient de coups de feu, de tirs d’obus, de hurlements d’hommes et de sirènes, mais ici à Worbarrow, les vagues léchaient le rivage et les seuls cris qu’on entendait étaient ceux des mouettes. » (p363)

Comme vous pouvez le constater, j’ai gardé des images très fortes de cette lecture… Ce roman m’a fait l’effet d’un charme et d’un ensorcellement certain.

Lu également par Aifelle et TheomaKeishaSous les galets et Syl. (source des photos)

Et ma première participation au mois Anglais  chez LouCryssilda et Titine.

Le challenge voisins voisine d’ A propos de livres ChallengeVoisinsVoisines pour le royaume uni Angleterre

Et le Challenge  Petit bac 2014 pour la catégorie « bâtiment ».pett bac 2014

Littérature

Quand j’étais Jane Eyre de Sheila Kohler

 » Charlotte regarde ses soeurs, assises aux côtés de la vieille femme qui s’est occupée d’elles pendant tant d’années. Elle voit soudain qui sauvera Jane lorsqu’elle quittera Mr. Rochester : des soeurs, bien sûr, deux soeurs comme les siennes, ou deux femmes comme Mary et Ellen, ses meilleures amies de pension. Chacune à sa manière lui a remonté le moral, par son exemple et son affection. Elles l’ont souvent sauvée du désespoir. Ce sont les femmes, songe-t-elle en regardant ses soeurs belles et courageuses ainsi que la vieille servante, qui lui ont permis de survivre. » (p126)

Lecture commune avec Fondant au Chocolat (merci Fondant :0)

Lire ce livre de Sheila Kohler c’est d’abord se plonger dans l’univers des soeurs Brontë. Elles sont trois soeurs (mais il y a un frère aussi) et toutes les trois écrivent. C’est leur quotidien qui est conté là, un quotidien pas facile. D’abord par l’époque, et cette douleur omniprésente, avec sa mère d’abord qui meurt après avoir passé des mois à souffrir. Et puis son père, opéré des yeux sans être endormi. Et puis on a froid, on mange avec frugalité. On ne vit peut-être pas une époque formidable mais tout de même bien plus douce (quoi que cela dépende d’où l’on est placé, que ce soit par pays ou par statut).

Mais surtout on écrit sans même avoir le droit de publier sous son vraie nom. Etre une femme et écrivain n’est pas du tout tolérée, voire méprisée, même par leur propre père :

 » Il a parfois soupçonné ses pauvres filles d’essayer de se faire publier. Quelle est cette manie familiale d’aspirer à la célébrité et à la gloire ? Pourquoi n’acceptent-elles pas, en bonnes chrétiennes, leur pauvreté, leur insignifiance, comme l’avait fait leur mère ? Quelle folie ! Qui pourrait s’intéresser à leur écrits ? Il a bien vu des lettres expédiées depuis le presbytère, des paquets arriver. Il a vu le papier brun avec les nombreuses adresses barrées les unes après les autres. Pauvres filles égarées ! Par qui espéraient-elles être publiées ? » (p188, tous les passages entre guillemets sont de l’auteur)

Jane EyreWe love Movies

La première partie ne m’a pas convaincue, surtout ses pages dans lesquelles Charlotte veille sur son père, le révérend, qui vient de se faire opérer des yeux. Mais on voit naître aussi le personnage de Jane Eyre, ce sont les pages qui m’ont le plus emportée dans cette partie. L’histoire, les scènes se mettent en place et, pour qui a déjà lu le roman, c’est intriguant de voir le roman prendre corps. La deuxième partie m’a touchée bien plus. Il y a ces trois soeurs liées déjà par leur passion et leur enfance commune, par leurs liens familial. La voix de la servante :

 » Depuis son arrivée dans la famille, ces filles ont toujours été proches. Elles se sont mutuellement maintenues en vie, et leur frère aussi, par leur affection. Elle les revoit tous, petits, se tenant par la main et sortant en courant sur la large allée ensoleillée. Ils allaient gambader dans la lande, le garçon en tête, pas bien grand pourtant, sa tête rousse enflammée par le soleil. » (p112)

Liées aussi par ce combat qu’elles mènent, pour sauver ce frère touchant le fond, alcoolique, drogué, passant ses journées dans les bars. Emily semble la plus forte, c’est elle qui ramène son frère de ses beuveries, elle qui le traîne dans l’escalier, elle qui le couche dans son lit. C’est elle encore qui les sauvent tous quand le garçon met le feu à ses couvertures. Pourtant malgré tout cela c’est lui qui garde le plus d’attention de la part de leur père. Il ne fait pas bon être fille, et femme, à cette époque. Et pourtant leur anonymat à toutes finira par être levé. « Pourquoi une femme ne serait-il pas libre de s’exprimer ? » (p197)

Ce qui m’a touché le plus dans ce livre ? Les liens très forts qui unissent les soeurs Brontë, tous les mots sur la création littéraire, sur cette petite couture qu’elles font entre les mots et les personnages, et ce décor des landes  tourmenté par les vents et les pluies… Ce roman donne envie de se replonger (encore une fois) dans Jane Eyre, Les hauts de hurle-Vent, et même, m’a donné envie de découvrir les écrits d’Anne, que je n’ai encore pas découverte.

Jane Eyre 2Untitled

Pour finir, ces très beaux mots de la bouche d’Emily :

 » Nous avons notre travail, personne ne peut nous enlever cela. Peu importe que je sois triste ou épuisée ; nous avons l’écriture, ce qui change tout. Et puis, nous nous avons, nous. » (p112)

Et ceux de Charlotte :

 » Les péripéties tintent à ses oreilles telle la musique, elles la soutiennent, la ravissent, l’apaisent dans sa détresse. Elle vit pour ces histoires, pour l’instant où ils croiseront leurs fils.

Il lui arrive d’imaginer qu’elle nage, bien qu’elle n’ait jamais nagé. Elle se figure plongeant dans les fraîches profondeurs vert pâle de la mer avec son frère, de la même façon qu’ils se jettent dans le vent, bras en croix, leurs vêtements collés à la peau, comme dans l’eau, pour courir dans la lande. Telles des sirènes, songe-t-elle, corps et esprits joyeusement entremêlés dans leurs univers de grottes ombreuses, où ne pénètrent que de faibles et vacillantes lueurs souterraines. » (p138)

Lu aussi par Cathulu, Theoma, Sylire,  Allie, Yspaddaden et Joëlle. Merci à toi Fondant pour cette lecture commune et à bientôt pour la prochaine, le 15 juin :0) Source des photos

Editions 10/18, traduit de l’anglais par Michèle Hechter

Challenge  Petit bac 2014 pett bac 2014 catégorie « Prénom »

Challenge PAL d’antigone  

Et challenge voisins voisine d’ A propos de livres ChallengeVoisinsVoisines pour le Royaume Uni, Angleterre

 

Lecture romanesque

Pieds nus d’Elin Hilderbrand

 Roman traduit de l’anglais par Carole Delporte. Editions livre de poche et JC Lattès.

Le mot de l’éditeur :  » Cet été, tout va changer…Par une chaude journée de juin, trois femmes débarquent à Nantucket, avec leurs enfants en bas âge, leurs immenses chapeaux et leurs problèmes émotionnels. Vicki, la mère de deux jeunes garçons, tente de composer avec la terrible nouvelle de sa maladie. Sa sœur, Brenda, a dû quitter son poste de professeur à l’université, à cause de sa liaison avec un étudiant plus âgé qu’elle. Et leur amie Mélanie, après sept vaines tentatives de fécondation in vitro, se retrouve enceinte, alors qu’elle apprend que son mari la trompe. Elles sont venues à Nantucket pour s’évader et goûter la douceur de l’air d’été. Mais le petit cottage familial risque de ne pas être assez grand pour contenir l’ouragan d’émotions qui y déferle.
Josh Flynn, un jeune natif de l’île, s’insinue bientôt dans leur maison et dans leurs vies. Face à un travail qui l’ennuie et une ex-petite amie qui le harcèle, Josh est impatient de retourner à la faculté. Brenda lui ouvre une porte de sortie inattendue : et s’il devenait le baby-sitter des enfants ?
Très vite, les trois femmes ne peuvent imaginer leurs vies sans Josh. Il prodigue à Vicki une bouffée d’air, encourage Brenda à écrire et Mélanie à écouter son cœur. Il a aussi besoin d’elles. Mais est-il, comme l’été, une simple distraction à leurs dilemmes? Alors que Vicki, Brenda et Mélanie deviennent dépendantes de lui, une question se pose : parviendront-elles à survivre seules ?En mêlant le pouvoir de l’amour bouleversant et les liens puissants de la famille et des racines, Elin Hilderbrand nous livre un roman aussi drôle, doux et mémorable qu’une merveilleuse journée d’été. »

Trois femmes en vacances… Deux soeurs et l’amie de l’une d’entre elle… Alors, qu’est ce que ça peut donner ?!! Et bien un roman très agréable, pas si léger qu’il en a l’air. Ces femmes là ont toutes à combattre avec leurs désillusions, l’une d’elle doit affronter un cancer, une autre est enfin enceinte alors qu’elle vient de comprendre l’infidélité de son mari et la dernière a été renvoyé de l’université où elle enseignait, parce qu’elle entretenait une liaison avec un de ses élèves (plus âgé qu’elle soit dit en passant). Le sujet n’est pas des plus original mais je me suis vraiment laissé prendre dans son filet. Les rapports entre ses femmes malmenées sont plutôt bien vus, et les personnages secondaires bien croqués. Je l’ai lu en vacances les pieds dans l’eau ;0) et c’était une lecture parfaite pour cela !! On est à la plage, sur le sable, on découvre le Nantucket et ses paysages sublimes… Bref, ça sent l’huile solaire et le vent d’été. J’ai vraiment passé de beaux moments avec ce roman. Cela faisait un petit moment que j’avais envie de découvrir cet auteur et voilà chose faite. Je ne suis pas déçue, bien au contraire. Je compte bien renouveler avec elle, mais pas tout de suite, ça attendra l’été prochain… J’ai un peu ma dose des romanesques ;0)

J’ai aimé particulièrement :

* Qu’une femme soit à ce point attaché à un livre et à un auteur, qu’elle panique quand elle ne retrouve plus son vieil exemplaire.

* les auteurs que l’on dévorent comme des gourmandises :

 » Brenda avait revu les programmes. Ils allaient d’abord étudier Fleming Trainor, puis ils compareraient « L’imposteur innocent » à des oeuvres d’auteurs contemporains : Lorrie Moore, Richard Russo, Anne Lamott, Rick Moody, Adam Haslett, Antonia Nelson, Andre Dubus. La liste était si alléchante que Brenda aurait voulu la déguster avec un couteau et une fourchette » (p149)

  Oeuvres de Pollok

* Une évocation de la peinture moderne qui n’est pas toujours à la portée des novices mais qui nous touche quand même, et la découverte des peintures de Pollock :

 » Mais quand même, songea Brenda. Quand même, les oeuvres de Pollock n’étaient-elles pas juste un embrouillamini de taches de peintures ? Qui avait bien pu désigner Pollock comme un grand artiste ? Quelqu’un avait-il vu, au-delà de ce fouillis, une vérité universelle, ou bien n’était-ce qu’un non-sens, comme elle le suspectait ? La littérature, au moins, avait une vraie signification ; cela faisait sens. Une peinture devait faire sens, elle aussi, pensa Brenda, et si elle n’en avait pas, elle devait être belle. Pollock avait échoué sur les deux fronts. Pourtant, l’oeuvre était sous ses yeux, et Brenda se sentait impressionnée » (p151)

* La comparaison faite du corps d’un bébé potelé avec du pudding.

* Une définition de l’anesthésie avec laquelle je suis tout à fait d’accord :

 » L’anesthésie était déjà un problème en soi. Elle serait ailleurs, happée, pendant plus de six heures. Ce n’était pas un simple sommeil, elle s’en rendait compte. C’était une inconscience forcée, un lieu à égale distance entre le sommeil et la mort. Vicky serait maintenue là, dans ce purgatoire du néant…/… » (p544)

* L’amour inconditionnel que Ted a pour Vicky.

Lu par Cathulu, Jules, l’Irrégulière (qui l’a adoré), Cath et Isa.

Un livre qui fait 635 pages et me permet donc de compter cette lecture pour le challenge de Brize « Pavé de l’été » 

Une de mes lectures pour le challenge «  Ma PAL fond au soleil » 

Et cette lecture est parfaite pour le challenge des quatre saisons de  Nadael  

Lecture romanesque

Le langage secret des fleurs de Vanessa Diffenbaugh

 Editions presse de la cité et éditions poche Pocket  juin 2012. Le mot de l’éditeur :  » Ballottée depuis toujours de familles d’accueil en foyers, Victoria Jones est une écorchée vive que la vie n’a pas épargnée. Incapable d’exprimer ses sentiments à travers les mots, l’orpheline a appris à maîtriser le langage secret des fleurs, qui traduit parfaitement ses émotions extrêmes. A dix-huit ans, elle se retrouve à la rue et se réfugie dans un parc de San Francisco, où elle se crée un véritable jardin secret à partir de boutures volées au gré de ses errances. Sa rencontre avec Renata, une fleuriste, lui fait prendre conscience de son formidable pouvoir : celui d’aider les autres à communiquer leurs sentiments les plus profonds à travers des bouquets savamment composés. Pour la première fois, Victoria se sent à sa place. Il ne lui reste plus qu’à s’ouvrir au monde. Et à régler quelques comptes avec son passé… Vanessa Diffenbaugh est née à San Francisco. Diplômée de l’université de Stanford, elle a longtemps animé des ateliers d’écriture dans des quartiers défavorisés. Elle vit actuellement avec sa famille près de Boston. Le Langage secret des fleurs, son premier roman, est en cours de traduction dans vingt-sept pays. »

Je dois avouer que le premier critère qui m’a attiré vers ce livre est cette première couverture, en grand format. Et le sujet me semblait assez sympa pour quelques jours de vacances. Globalement j’ai assez apprécié ce livre, même si Victoria, m’a semblé être une adepte complète de l’adage « fuyons le bonheur de peur qu’il ne se sauve » !! En effet, chaque fois qu’une belle chose lui arrive, que ce soit une rencontre ou un évènement, elle fuit ou alors elle fait n’importe quoi. C’est une chose qui m’a vraiment agacé. Mais j’ai aimé ce côté un peu magique du roman, Victoria m’a fait un peu penser à Vianne de « Chocolat » (Joanne Harris). Alors que Vianne mettait de la magie dans les chocolats qu’elle créait et qui donnait du bonheur aux autres en y mettant des vertus magiques, Victoria est une petite fée dans la création des bouquets et des compositions florales qu’elle fait pour les clientes, et clients. Utilisant diverses propriétés des fleurs, qu’elle trouve dans ses dictionnaires de fleurs (inclus dans le roman, tout à la fin) elle crée des bouquets, sensés apporter à la personne demandeuse ce qu’elle recherche et ce qui manque à sa vie. Ainsi elle apporte du bonheur et des changements de vie plus que positif. J’ai vraiment aimé cet aspect du roman. De toute façon ça se lit très bien, une lecture facile, et qui emporte aisément. Vous découvrirez dans ce livre :  Des fleurs, des brassées de fleurs, des Ancolies, des Angéliques, des Bleuets, des Fleurs de cerisier, des Chardons, ect, ect…. Une jeune femme qui communique en offrant des fleurs et qui en fera son métier. Une orpheline dont le parcours est un peu caillouteux mais qui rencontrera une chance… Une chambre bleue toute petite mais qui servira de logement à Victoria :

 » Bleue comme la palette d’un peintre en plein océan, d’un bleu aussi scintillant qu’une étendue d’eau ensoleillée. La moquette à poils longs, on aurait dit de la fourrure blanche, paraissait vivante. Il y avait pas de fenêtre. La pièce était assez grande pour qu’on puisse s’y allonger, mais trop petite pour y installer un lit ou une commode, si tant est qu’on ai pu faire passer des meubles par la porte. » (p98).

  

Vous apprendrez aussi dans ce livre qu’un bouquet peut apporter l’amour et l’homme qu’on attend juste en achetant un bouquet adéquat, à condition qu’il soit fait par une magicienne avisée :

 » Je ramassai les roses et les lilas dans la réserve et passai du côté de la boutique. Devant la sortie, une femme aux épaules basses me tournait le dos, comme si elle s’apprêtait à partir. – « Je n’ai pas oublié », commençai-je. Elle me regarda arranger le lilas blanc autour des roses de manière à ce que le rouge ne soit plus visible. J’enroulai autour des tiges de longs brins de romarins, j’avais appris à la bibliothèque que cette herbe aromatique pouvait signifier fidélité en plus de souvenirs. Comme ils étaient frais et souples, les brins ne se cassèrent pas quand je les nouai. J’ajoutai un ruban blanc pour consolider ma composition et emballai le tout dans du papier kraft. – « Premiers émois, amour véritable et fidélité », énumérai-je en lui présentant les fleurs. Elle me tendit quarante dollars. Je rassemblai la monnaie à la caisse, mais quand je levai les yeux, je constatai qu’elle avait disparu. Je retournai au plan de travail où Renata m’accueillit avec un petit sourire. – « Qu’est ce que tu fabriques ? » –  » Je donne aux gens ce qu’ils veulent », répondis je…/… » (tous les passages entre guillemets sont de l’auteur)

En conclusion pas de coup de coeur mais une lecture très agréable, idéale pour une lecture dans un jardin !!