Littérature

Arluk – Jorn Riel

 Coup de coeur, Editions Gaïa, octobre 2012, traduit du danois par Inès Jorgensen.

Le mot de l’éditeur« Par ses ancêtres, Arluk est investi d’une mission : traverser tous les merveilleux pays de la terre. C’est avec son clan qu’Arluk entreprend un périple autour du Groenland, voyage qui prendra une vie entière. Des pays « chauds et fertiles » du sud du Groenland, Arluk remonte la côte est, d’abord en y rencontrant des habitats dispersés, ensuite dans une nature totalement sauvage et inhospitalière. Une vie riche de rencontres, non seulement avec d’autres clans inuit, mais aussi avec les derniers colons nordiques qui, en cette fin du xve siècle, sont sur le déclin. Une vie d’épreuves aussi, le froid, la mort, mais Arluk est de ceux qui désirent vivre. Il en reviendra « le front plus large » et le cœur adouci. Une fabuleuse fresque du peuple inuit, portée par un souffle puissant. »  Quelques mots sur l’auteur (source Gaïa)  » Jørn Riel est né au Danemark en 1931. Parti avec l’expédition de Lauge Koch en 1950, il a vécu 16 ans au Groenland. Du fatras des glaces et des aurores boréales, il rapportera une bonne vingtaine d’ouvrages, soit à peu près la moitié de son œuvre à ce jour. »

 » Il naviguait dans l’eau calme et ses oreilles captaient tous les bruits. Le sifflement chuintant de la glace qui fondait, les grincements et les craquements des plaques qui frottaient l’une contre l’autre. Le ruissellement lointain d’une rivière, les cris d’oiseaux et le chuchotement de la proue du kayak qui fendait l’eau. » (p89)

Ce livre offre un dépaysement total. Si vous lisez, entre autres, pour connaître d’autres contrées, d’autres peuples, d’autres croyantes et d’autres mœurs, ce livre est pile pour vous. En le lisant je me disais que cela ferait un film magnifique et grandiose. Les éditions Gaïa sont pour moi comme les éditions Actes Sud, elles ne me déçoivent jamais. Tout d’abord parce qu’ils ont un choix incroyable en littérature Nordique, et vous savez comme j’en suis friande. Et tous les romans que j’ai lu chez eux, pour l’instant, ont été des coups de cœur. Nous suivons donc, dans ce roman, le périple d’Arluk dès sa petite enfance. Orphelin, il est élevé avec sa sœur, Isserfik, par leur grand-père Kajaka. La famine règne mais ils survivent en économisant leurs forces.

« Si Kajaka était parvenu à maintenir Arluk et Isserfik en vie, ce n’était pas parce qu’il avait davantage à leur donner à manger que les autres, mais parce qu’il leur parlait de façon à leur faire presque oublier la faim. Le vieil homme était allongé sur la couche, entouré des deux enfants, et la chaleur de leur corps maintenait ses pensées en vie. Il parlait beaucoup des ancêtres. Isserfik écoutait attentivement en mâchonnant un bout de semelle de kamick. Arluk fermait les yeux, car il lui semblait qu’il arrivait mieux à se représenter les récits de son grand-père derrière ses paupières closes. Kajaka savait qu’il ne survivrait pas à l’hiver. C’est pourquoi il s’agissait de préparer les enfants à une vie sans famille. Et c’est pourquoi il leur parlait beaucoup des ancêtres, car les mots sur les anciens contiennent une force plus grande que celle de la viande et de la chaleur. Une force donnée par les esprits. C’étaient des mots si puissants que les enfants pourraient s’en alimenter, lorsqu’il ne serait plus. » (p16)

Une de ses ancêtres est Tewee-soo « celle qui est toujours en route »

Arluk sera celui qui accomplira sa prophétie : «  Ceux d’entre vous qui sont de mon sang auront toujours une grande fébrilité dans le corps. Et l’un de vous devra traverser tous les merveilleux pays de la terre. Sur l’envers de ce monde-ci, il rencontrera les parents qui sont partis vers le nord en mon temps. C’est ainsi que je souhaite que je soit » (p25)

  

Très vite Arluk sera appelé à être un chaman, il sera même un Angagok Pulik (chaman ayant atteint le plus haut grade). (Petite précision : heureusement un lexique est à notre disposition dans les premières pages, j’avoue l’avoir consulté très souvent. Il est indispensable !!) Peu après le voyage commence, Arluk ne sera jamais seul il trouvera toujours des compagnons de voyage pour l’accompagner… Mais il en perdra beaucoup en cours de route, on meurt beaucoup dans ce livre, c’est désespérant. Un peu comme dans « le trône de fer » pour peu qu’on s’attache à un personnage, hop, il disparaît… Mais (heureusement) c’est un peuple qui ne craint pas la mort :

« Puis Tewee-soo parla de la mort. Elle en parla comme d’un parent aimé et attendu depuis longtemps, qui allait venir en voyage de visite. « La mort, dit-elle à Itiva, est le père de l’être humain. Ni sévère, ni injuste, mais tendre, chaleureux et compréhensif. Et pourtant l’être humain s’accroche à sa mère, qui est la vie. A ce qui est connu et compréhensible. Car tous, nous craignons l’inconnu. Nous ne savons pas mieux et ne pouvons rien faire d’autre. Mais l’âme appartient à la mort. C’est pourquoi nous redoutons les âmes des morts, comme nous redoutons tout ce qui est inconnu. La mort est le passage de la vie prisonnière à la liberté de l’âme. Manito qui est le père de l’âme nous offre une vie qui n’a pas de fin.» (p20)

      Source des photos 

Vous trouverez dans ce roman : Tout ce que vous vouliez savoir sur le chamanisme. Une cruauté certaine qui déstabilise pas mal dans les premières pages, et ça commence fort avec le premier chapitre où , parce que la famine règne, deux fillettes qui viennent juste de naître sont étranglées et déposées à l’écart des habitations et finissent dévorées par les loups. Il y a aussi cette jeune fille violée si violemment qu’elle restera paralysée du bas du corps pendant plusieurs jours. L’assurance qu’un végétarien ne s’en sortirait pas vivant, au Groenland, on ne mange pratiquement que de la viande. Une nouvelle façon de chasser et de tuer un ours ; en lui arrachant le cœur. Un monde où on perd ses oreilles pour un oui, pour un non. Des pirates pas sympathiques pour un sou. Une jeune femme née d’un père Islandais et d’une femme devenue esclave suite à son enlèvement à Constantinople. Cette jeune femme croisera la route d’Arluk. Vous apprendrez la technique de défense des bœufs musqués. Ainsi qu’à construire rapidement une maison en terre. Vous serez étonnés de savoir qu’en terme de modernité sexuelle, les habitants du Groenland ne sont pas en reste, bien au contraire. Vous en aurez la confirmation avec la description de ce drôle de jeu d’ «extinction des lampes» ; les enfants sont chassés de l’habitat, les lampes sont éteintes et dans l’obscurité il s’agit de tâtonner à la recherche d’un partenaire de l’autre sexe avec qui «on couche sous les rires et avec beaucoup de zèle» Bien sûr, plus il y a d’adultes, mieux c’est…

«de cette façon, on passa une grande partie de la nuit et on ouvrit le champ à de toutes nouvelles amitiés.» (p84)

Pour finir c’est un voyage fabuleux. Des rencontres, des partages se font, des amitiés naissent… Au final une lecture magnifique… J’y ai puisé des envies, des désirs d’horizon. J’y ai vu des paysages sublimes, des immensités de neige, d’eau et de glace. J’ai refermé la dernière page émerveillée, les yeux brillants d’avoir tellement rêvé… (Tous les passages entre guillemets sont de l’auteur Jorn Riel). Un grand merci aux éditions GaïaPas de billet lecture sur ce livre mais chez Florinette j’ai trouvé un très beau billet sur Jorn Riel

dc3a9fi_scandinavie_blanche Ma participation au challenge (repris par Lystig) : « Défi Scandinavie blanche » pour le danemark.  Challenge 1% rentrée littéraire 2012 d’Hérisson (un clic sur le logo)tour-du-monde-1 Challenge « Le tour du monde en 8 ans » (un clic sur le logo)

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Littérature

Les plumes du dinosaure de Sissel Jo Gazan

Les plumes du dinosaure Traduit du danois par Max Stadler et Magali Girault

Le mot de l’éditeur (source Serpent à plumes) : « Anna Bella, une jeune maman et chercheuse, élève seule la petite Lily. Elle vient de rendre son mémoire de maîtrise à Lars Helland et Erik Tybjerg, les deux professeurs qui vont lui faire passer l’examen final. Dans son mémoire, elle met en question la théorie du chercheur américain Clive Freeman, qui, malgré la découverte de nombreux squelettes de dinosaures à plumes, se refuse à affirmer que les oiseaux descendent des dinosaures. Son monde s’écroule lorsque Lars Helland est retrouvé mort dans son bureau. Plusieurs milliers d’œufs de cestodes ont été déposés dans son corps et dans ses muscles pour paralyser son système nerveux. Puis c’est son confident et ami, Johannes, que l’on trouve assassiné, le crâne défoncé. Pour clore le tout, Anna Bella découvre que sa propre mère lui a caché un secret de famille très lourd à porter.

Pourquoi ces meurtres et ces secrets ? La réponse se trouve-t-elle dans l’objet de son mémoire ? Anna Bella va puiser au fond de ses ressources les plus intimes pour tenter de démêler ces sombres histoires. Et seconder bien malgré elle l’agaçant commissaire Søren Marhauge. »

  Un enfant aime à partir du moment où il est lui-même aimé 

Je continue mon tour du monde avec bonheur. Après la Russiela Norvège, le Pays de Galles je fais un petit tour vers le Danemark. (et ma dernière lecture que j’ai fini hier soir m’a emporté très loin en Australie… Je peux vous dire que c’était magnifique…)

Je lis de moins en moins de thriller mais je dois dire que celui-ci en est un très bon exemplaire. Plus pour l’atmosphère et les personnages que la partie policière peut-être… Mais avec cette brochette de personnages vous allez vous régaler. Ils sont tous plus intéressants les uns que les autres. Ce que j’ai vraiment apprécié c’est qu’il n’y a pas que l’instant présent (c’est-à-dire ce qui se passe après la découverte du corps du scientifique) qui est décrit. Non, l’auteur s’intéresse aux protagonistes depuis leur enfance. Toute leur vie, ou presque, en fait. J’ai beaucoup aimé suivre Anna et sa vie plutôt agitée. Elle vit seule, avec sa petite fille Lily et sa mère est très (trop) envahissante (et l’on comprendra pourquoi plus tard). J’ai aimé aussi le personnage du policier ; Soren. Lui non plus n’a pas une histoire facile. Son mariage s’est soldé par un échec et il mettra des longues années à avouer à sa femme un évènement qu’il a toujours choisi de taire.

En fait tous les personnages ont ceci en commun ; ils ont tous vécu un drame dans leur enfance. Et ils sont, eux aussi, comme pour mon livre précédent : « La terre fredonne en si bémol » englués dans des secrets de famille qui les empêchent d’avancer correctement. C’est un très bon thriller, le milieu scientifique, où se situe l’action, est passionnant et il n’y aucun détail ennuyeux. C’est vraiment un livre bien fichu, au fur et à mesure de la progression dans ses pages, on y voit de plus en plus clair. Tout ce qui nous paraissait sombre et nébuleux s’éclaire, un peu comme les pièces d’un puzzle qui se mettrait doucement en place. Les personnages ont vraiment du corps et on est aspiré par leurs vies avec grand plaisir. Mais c’est un policier et, comme il serait dommage d’en dévoiler de trop, je serais assez brève (pour une fois !!!). Ce que j’ai surtout retenu de ce livre c’est le voyage exaltant que ’j’y ai fait au Danemark.

J’en ai conclu aussi qu’une enfance désastreuse à toujours des répercussions et qu’elles sont parfois dramatiques. Mais aussi, qu’à force de jouer à des jeux très dangereux, et avec le feu, on finit forcément par se brûler. Une de ses qualités, s’il en a besoin d’encore une, c’est d’être très bien écrit. (et encore une fois ses prénoms vous enchanterons !!!)

 Odense Danemark

Extraits :

«  Pour le Nouvel ans, Vibe et Soren allèrent passer quatre jours en Suède. L’associé de Vibe leur avait loué une ferme isolée. Il avait l’intention de tout avouer à Vibe et, à leur retour, Knud devait lui aussi apprendre l’existence de Maja. La forêt derrière la maison était immense et la neige ruisselait entre les arbres comme du cristal lorsqu’un écureuil faisait un bond ou que le vent se mettait à souffler. Soren coupait du bois pour la cheminée et observait la forêt, il rêvait de pouvoir échanger sa vie contre une autre moins compliquée, plus ordinaire. Vibe et lui jouaient à des jeux de société et lisaient, ils parlaient d’Elvira, c’était le premier Noël sans elle. Knud était confiant et avait insisté pour qu’ils partent. A deux reprises, Soren avait essayé de l’appeler, mais il était tombé sur le répondeur. Il commençait à s’inquiéter jusqu’à ce qu’il trouve un message sur son portable disant que tout allait bien. Vibe et Soren parlèrent très peu de leur relation, comme s’ils avaient tacitement signé un armistice. On est un peu comme un frère et une sœur, dit Vibe en penchant le livre qu’elle était en train de lire. Soren regardait le jardin sauvage, il pensait à Maja, à la façon dont il allait bien pouvoir annoncer la nouvelle à Vibe. Le moment semblait bien choisi. Maintenant. Mais Vibe était confortablement enveloppée dans une couverture, les joues rougis par la chaleur du poêle et le thé posé sur la table, elle avait l’air si sereine. Pour la première fois depuis longtemps. Ils firent l’amour une fois. Le soir de la Saint-Sylvestre. Après avoir mangé beaucoup de saumon et bu beaucoup de vin. Ce fut un moment intime et beau. Le 2 janvier, ils se mirent en route tôt le matin. Soren ne lui avait toujours rien dit. » (p68 et 69)

«  Le jeudi matin, Soren se réveilla beaucoup trop tôt. Il abandonna l’idée de se rendormir et se leva. Il alluma la lumière dans le salon, mit des petits pains surgelés au four et s’imposa dix minutes de vie privée sans penser à l’enquête. A 7h20, le jour commença à se lever. Soren enfila des chaussettes épaisses et se dit que pour un mois d’Octobre, il faisait déjà très froid. Cela annonçait peut-être un hiver particulièrement rigoureux.

 Soren ne se souvenait que d’un seul hiver glacial au cours duquel le Danemark et la Suède avaient été reliés par une plaque de glace pendant deux mois. C’était en 1987, Soren avait dix-sept. Knud l’avait emmené pêcher sous la glace. Ils avaient pris la route par un froid sibérien et sous un soleil radieux et avaient roulé sur la glace jusqu’en Suède à bord de la Citroën de Knud équipée de chaînes. L’état d’urgence régnait sur les routes improvisées. Les voitures se croisaient avec prudence, les parents tiraient leurs enfants sur des luges, certains faisaient du patin à glace, l’écharpe au vent. Alors qu’ils approchaient de la Suède et qu’ils étaient de nouveau sur la terre ferme, ils avaient bifurqué vers le Nord. Knud avait emprunté la cabane d’un ami située sur une île.

– Comment on va faire pour pêcher si le lac est complètement gelé ? Avait demandé Soren.

Knud s’était contenté de lui faire un clin d’œil. Ils n’avaient rien fait de tout le week-end. Ils étaient restés dans la cabane à jouer aux cartes et au Mastermind et à manger du chocolat. Ils entretenaient le feu dans la cheminée. Knud avait apporté des fléchettes et ils avaient accroché une cible devant la maison. Ils jouaient jusqu’à ce que le soleil se couche. Ils portaient des gants pour pouvoir boire de la bière sans avoir les doigts gelés. Knud avait demandé à Soren à quoi il pensait. Au début, Soren trouva cette question bizarre, puis il avait eu envie de tout raconter à son grand-père. De lui confier à quoi et à qui il pensait. Il lui avait parlé de ceux qu’il considérait ses amis, de ceux qu’il n’aimait pas. »

Si vous avez envie d’un thriller un peu différent et exceptionnel jetez-vous sur ce livre… Lystig l’a lu aussi et c’est elle, la première, qui m’a donné envie de lire ce livre. Un grand merci aux éditions du serpent à plumes et à Anne.

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Challenge scandinavie noire de Lystig  dc3a9fi_scandinavie_blanche pour le Danemark

Challenge Petit bac catégorie « Animaux »  laurier_couronne_fdb39

«  Il arrivait à Cécilie de se comporter comme si Anna était un objet dont elle pouvait disposer. Elle ne le faisait pas méchamment ou de manière calculatrice mais certaines situations ou confrontations se terminaient souvent par le même refrain : Oui, mais nous sommes mère et fille. Comme si la relation mère-fille justifiait tout. Cela ne voulait pas dire qu’on était autorisé à emprunter des raccourcis et à sauter par-dessus des barrières, ni qu’on pouvait intervenir dès qu’on en avait envie. »