Lecture jeunesse·Littérature

3000 façons de dire je t’aime de Marie-Aude Murail

 » Affalés dans leur canapé, ses parents regardaient Jacques Villeret se démener au beau milieu du Dîner de cons. La tristesse saisit Bastien à la gorge sans crier gare. Il la délogea en secouant la tête et partit s’enfermer dans sa chambre. Il ferait rire. C’était sa vocation. Il ferait rire les gens fatigués qui s’affaissent le soir devant leur télé, la zappette à la main.

Le rire consolateur, le rire libérateur, le rire médecin ! » (p48)

Aujourd’hui, ma douceur du jour sera une idée cadeau pour vos ados, avec ce titre vous devriez être sûre que ne pas faire de déçu. Voilà une lecture jubilatoire. Pleine de charme, bourrée de vitalité et d’optimisme. Un cocktail que l’on ne refuse pas… Marie-Aude Murail, de toute façon, a mon entière approbation. J’aime son écriture qui fait mouche à chaque fois, j’aime ses personnages, humains, touchants, même et surtout, avec leurs fêlures. Trois personnages se croisent dans ce roman, trois adolescents. Ils sont différents mais une amitié sincère les unis tous les trois. Chloé est assez timide, pas très sûre d’elle, Bastien est le comique de la bande et Neville lui est le torturé, le romantique. Personnage le plus fragile certainement. Au collège ils font la rencontre d’une prof d’un genre très spéciale, elle est originale et leur inocule le virus de la passion du théâtre.

 » Madame Plantié, considérée comme folle par ses élèves et comme très compétente par les parents. Cette femme énergique et souriante était atteinte d’une allergie curieuse, elle ne supportait pas les romans qui finissent bien, qu’elle pensait écrits pour les imbéciles et les Américains. Tandis que nous autres, qui avions douze ou treize ans, des boutons d’acné, des règles douloureuses et des parents chiants, nous nous enfoncions dans la dépression de l’hiver, madame Plantié s’épanouissait en nous lisant La Mort d’Olivier Bécaille. (p10) »

C’est elle qui les emmènera voir Dom Juan, aucun des trois n’avait mis auparavant les pieds au théâtre. C’est la révélation !

 » Quand nous avons reparlé de cette soirée six ans plus tard, nous avons tous trois déclaré qu’elle avait décidé du reste de notre vie, que nous avions su, au baisser du rideau, que nous serions acteurs…/… Ce moment de théatre, sang et or, surgissant de nulle part, se planta en nous trois comme un éclat d’obus dans la tête d’un poilu ! Mais nous n’en avons rien su à l’époque parce que nous ne nous parlions pas. » (p12)

Sans même sans rendre compte, ils sont touchés, coulés… Impossible pour eux désormais de s’en défaire. Six ans plus tard ils se retrouvent au conservatoire d’art dramatique, et ils ont la chance de tomber sur un professeur d’exception ; Monsieur Jeanson. Très vite ils sont heureux, ils ont trouvés la passion, ils ont trouvés l’amitié…

 » Qui n’a voulu, une fois dans sa vie, arrêter le cours du temps ? Pour nous, ce fut ce matin-là, ensoleillé, sentant la savonnette et le  café, que nous aurions voulu faire durer une éternité » (p208)

Mon personnage préféré est certainement Neville, Neville qui a des tendances de cleptomane, Neville qui se laisse totalement envahir par sa passion du théatre. Neville qui, un jour lit un texte d’Apollinaire et qui tombe raide amoureux :

 » Ce fut l’électrochoc. Neville vola le recueil Alcools à la librairie et se dit les poèmes à mi-voix…/… Les larmes ruisselaient sur son visage. Guillaume Apollainaire parlait pour lui. Alors, il voulut tous les poètes, qu’il se procura gratuitement, et il fut…

– Le ténébreux, le Veuf, l’Inconsolé, Le Prince d’Aquitaine à la tour abolie

Il se murmura :

– Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne, Je partirais. Vois-tu, je sais que tu m’attends. » (p33)

 » Il avait dix-sept ans. Il arrêta de boire, il arrêta de fumer, et un demi-sourire énigmatique se posa sur ses lèvres

– J’ai tendu des cordes de clocher à clocher ; des guirlandes de fenêtre à fenêtre ; des chaînes d’or d’étoile à étoile, et je danse. » (p 35)

J’ai quitté ce livre le sourire aux lèvres. C’est un livre qui rend heureux. Oui les jeunes ont de l’avenir, oui les jeunes ont des passions et en veulent… Et non ils ne sont pas blasés comme certains grincheux le suggèrent… J’ai été ému, j’ai souri, j’ai même été jusqu’à rire à certaines pages. Ce livre m’a fait vivre de vrai belles émotions.

Allez, pour le plaisir un passage qui m’a vraiment fait rire :

 » Neville était Roméo. Comment le situer ? Quelque part entre George Clooney et Colin Firth. A treize ans. Bastien n’avait pas trouvé d’emploi et il restait un rôle dont personne ne voulait, celui de la nourrice de Juliette.

– Eh, mais, c’est bon, madame ! Je la fais, moi, la nourrice, dit Bastien. Avec une perruque à ma mère et des pamplemousses dans un soutif.

– Wah, la chouma ! s’esclaffa Kamel

– Ah, non, ça suffit, le rembarra madame Plantié. Pendant l’heure de théâtre, tu fais un effort pour parler normalement.

– Ah, wesh, votre shakespeare, là, madame, il parle grave normal, ironisa Erdogan.  » (p15)

Un coup de coeur !!

Lu par Nadael, Leiloona, Noukette, Hérisson, ClaireThalie

  2/6

 

Challenge Shakespeare pour les citations,  Challenge cartable et tableau noir, Challenge rentrée littéraire, Challenge littérature jeunesse.

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Lecture jeunesse·Littérature

De grandes espérances de Charles Dickens, adapté par Marie-Aude Murail et illustré par Philippe Dumas

 coeur[1] Coup de coeur. Editions de l’école des Loisirs

Le mot de l’éditeur :  » Une rencontre dans un cimetière entre un enfant et un forçat évadé, traînant sa chaîne après lui. Ainsi commence l’histoire que nous raconte Pip. Il n’est alors qu’un orphelin de sept ans, tyrannisé par sa soeur et habitué aux mauvais traitements. Partagé entre la terreur et la pitié, il va aider un forçat en cavale sans rien dire à personne… Un an après ces terribles événements, le timide et trop sensible Pip est expédié par sa soeur chez une riche dame de la ville voisine, qui a le caprice bizarre de voir « jouer un petit garçon ». Miss Havisham, c’est son nom, n’a plus quitté sa robe de mariée depuis que son futur mari l’a abandonnée. Elle vit dans une inquiétante demeure fermée à la lumière du jour. C’est là que Pip fait une seconde et fatale rencontre, celle de la belle et froide Estella, une jeune demoiselle adoptée par MIss Havisham, qui la dresse à briser le coeur des hommes. Et il semble si facile de briser le coeur de Pip…

Mais un nouveau rebondissement va changer le cours de sa vie. Alors qu’il est devenu un apprenti forgeron mécontent de son sort, incapable d’apprécier à leur juste valeur l’affection de son maître, Joe Gargery, et celle de la charmante Biddy, à qui il doit de savoir lire et écrire, il apprend de la bouche d’un mystérieux homme de loi, venu tout exprès de Londres, qu’une personne , souhaitant garder l’anonymat, lui offre les moyens de se métamorphoser en gentleman. Si Pip accepte de quitter son village pour la capitale et d’y recevoir une véritable éducation, il a désormais devant lui … de grandes espérances! »

 » Le nom de famille de mon père était Pirrip, et mon nom de baptême, Philip, mais de ces deux mots ma langue enfantine ne sut rien faire de plus long que Pip. C’est ainsi que je me donnai le nom de Pip, et que tout le monde m’appela Pip. »(p9)

Tout d’abord parlons du côté esthétique de l’objet livre lui-même, c’est indéniable, c’est vraiment un très beau travail des éditions « Ecole des loisirs », le papier est superbe, épais, un peu jauni comme les livres anciens. Et il y a les illustrations qui donnent un charme certain au texte de Charles Dickens. Elles s’accordent à merveille… J’ai vraiment admiré les dessins de Philippe Dumas. C’est vraiment là le summum d’un travail commun, l’exemple type d’une association heureuse entre un auteur mort, un éditeur, un illustrateur et enfin une auteur qui là, pour ce livre, adapte pour la jeunesse. Je n’ai jamais lu la version original de Charles Dickens aussi je ne peux faire de comparaison mais ce que je peux dire c’est que l’adaptation est une réussite et cela donne un texte tout à fait accessible à nos ados et même aux plus jeunes.

La lecture est très agréable, je n’avais pas envie de le lire trop vite, tout comme je l’avais fait pour Hugo Cabret, j’ai pris mon temps, histoire de savourer ma lecture. Il n’y aucun moment perdu, aucun ennui (et pourtant c’est un sacré pavé : 526 pages :0). On est totalement transporté dans une autre époque et l’histoire est beaucoup moins dramatique que l’idée que je m’en faisais. On ressort de cette lecture le coeur léger, heureux du dénouement… J’ai vraiment savouré cette lecture jusqu’au bout, un vrai petit délice de lecture que je vous recommande d’ailleurs chaudement pour la période des vacances d’été ou encore celles de Noël, parce que c’est la période pendant laquelle je l’ai lu moi même et c’était tout à fait magique (j’ai juste un petit retard pour la parution de mon billet dont le brouillon était près depuis longtemps ;0)

Pip, orphelin depuis tout petit, est élevé par sa soeur et on ne peut pas dire qu’elle soit d’une douceur folle :

 » Ma soeur, Mrs Joe Gargery, avait vingt ans de plus que moi, et elle s’était fait une réputation auprès des voisins pour m’avoir « élevé à la main ». Obligé de trouver par moi-même la signification de cette expression, et sachant que ma soeur avait la main lourde, qu’elle la laissait facilement retomber sur son mari, je supposai que Joe Gargery avait été, lui aussi élevé à la main. » (p15)

 » Mrs Joe était une femme d’une extrème propreté, mais elle s’arrangeait pour la rendre moins confortable que la saleté. La propreté est comme la religion, bien des gens la rendent insupportable en l’exagérant » (p34 j’adore la dernière phrase de cet extrait)

Pip fait la rencontre dans un cimetière d’un forçat en cavale et il va l’aider en lui apportant de la nourriture; Tout en se sentant, évidemment, coupable de le faire… Redoutant la réaction de son dragon de soeur.

 » C’était une matinée de gelée blanche très humide. Le brouillard s’épaississait à mesure que j’approchais des marais, de sorte qu’au lieu de courir vers les choses il me semblait que c’étaient elles qui accouraient vers moi, sensation extrêmement désagréable pour un esprit coupable. Les barrières, les fossés et les talus s’élançaient à ma poursuite à travers le brouillard, et je croyais les entendre crier : « Arrêtez-le ! Il emporte un pâté qui n’est pas à lui ! » (p25)

Heureusement Pip baigne dans l’affection et la bienveillance de Joe, le mari du dragon. Joe qui toujours, lui témoignera de sa tendresse et de son attention. Un bien beau personnage Joe… On avance un peu dans le temps et les pages et il y a la rencontre avec Miss Havisham, une mariée pour l’éternité :

 » Je n’avais jamais vu, et je ne verrais jamais, de femme plus étrange. Elle portait de riches étoffes, dentelles, satins et soies, tout en blanc. Elle avait sur la tête un long voile blanc et des fleurs de mariée, mais ses cheveux étaient blancs. De beaux diamants étincelaient à ses mains et à son cou et quelques autres étaient restés sur la table…/… Je ne remarquai pas tout de suite ces détails, mais je m’aperçus bien vite que ce qui m’avait paru d’une blancheur extrème ne l’était plus depuis longtemps. Tout était fané et jauni et, dans sa robe nuptiale, la fiançée était flétrie. » (p71)

Et la rencontre, plus agréable celle là (quoi que), avec la belle Estella au coeur glaçé. L’insolente, la cruelle, la très jolie Mademoiselle Estella. Le reste il vous faudra le découvrir vous même…

Lu par Nadael, Clara et Theoma.  Merci à Doriane et aux éditions de l’Ecole des loisirs. Merci à Nadaël aussi, qui m’a autorisé très gentiment à utiliser les photos des illustrations de son billet :0)