Littérature étrangère

Délivrances de Toni Morrison

Editions Christian Bourgois, édition 2015, 197 pages. Traduit de                                                              l’anglais (Etats Unis) par Christian Laferrière

 » La haine qu’éprouvaient les Blancs, leur violence, était le carburant qui faisait tourner les moteurs du profit. Ainsi, après sa licence, il s’était tourné vers l’économie, son histoire, ses théories, afin d’apprendre comment l’argent avait déterminé chacune des formes d’oppression dans le monde et créé tous les empires, toutes les nations, toutes les colonies, en se servant de Dieu et de Ses ennemies pour récolter, puis masquer les richesses.  » ‘p129)

 Chez Toni Morrison vous êtes sûr de trouver des thèmes forts, des thèmes qui frappent secs. Bride n’a pas eu une enfance facile, ni heureuse. Elle a été élevé à la dure par une femme qui n’a jamais accepté sa couleur (sa mère était claire de peau). Pourtant Bride (nommé Lula Ann par sa mère) est superbe. Sa peau est noire bleutée, noir d’ébène. La rencontre avec un homme « créateur de personne totale » (un relookeur) est importante pour Bride. Dès lors, Bride ne s’habillera plus qu’en blanc.

 » Tu devrais toujours être en blanc, Bride. Rien qu’en blanc et tout en blanc, tout le temps » insistait Jeri…/… « Pas seulement à cause de ton nom, me disait-il, mais à cause de ce que ça fait à ta peau réglisse. Et le noir, c’est le nouveau noir. Tu vois ce que je veux dire ? Attends. T’es plus sirop de cacao que réglisse. Cela rappelle la crème fouettée et le soufflé au chocolat à chaque fois qu’on te voit. » (p45)

Bride prend conscience de sa beauté, les gens se retournent encore sur son passage, mais plus pour la même raison.

 » …/… ce n’étaient plus les regards légèrement dégoutés que je m’attirais quand j’étais gosse. Ces regards-ci étaient emplis d’adoration, stupéfaits, mais affamés. » (p46)

Le roman commence par l’effritement de Bride suite à deux évènements ; l’homme qui partage sa vie l’abandonne avec ses simples mots  » T’es pas la femme que je veux. » Pourtant il lui semblait que leur relation était sereine et simple. Cet abandon elle le vit très mal, cela bouscule ses certitudes. L’autre évènement est que Bride se fait copieusement casser la figure, mais je ne veux pas lever le mystère sur ce personnage qui lui inflige cela. Sachez juste que Bride a menti quand elle était enfant, un mensonge lourd de conséquences sur ce personnage là. Un mensonge qu’elle a fait pour avoir des miettes de tendresse et de reconnaissance de la part de sa mère. Après, c’est l’histoire d’un départ. Cette jeune femme prend la route pour retrouver l’homme qu’elle aime et qui l’a quitté d’une façon si brusque. Elle veut comprendre, elle veut savoir. Sur sa route il y aura une petite fille, dont l’enfance a été encore plus brutale que la sienne. Il y aura aussi de l’angoisse suite à quelque chose de très mystérieux ; son corps change, son corps évolu et elle ne maitrise ça en rien. Et puis on en apprend plus sur Booker, son homme, lui aussi traîne un passé douloureux, un deuil dans son enfance et dont il ne se remet pas.

Je me suis vraiment attachée aux personnages cabossés de Toni Morrison. C’est vraiment un roman qui vous emporte, qui vous empoigne. C’est douloureux, ça écorche mais c’est la vie, leurs vies… Un roman sur ce thème universel ; avoir un passé qui ne passe pas, et ça me touche à chaque fois… L’enfance, parfois, est une griffure qui peut peser sur toute une vie.

Lu pour les matchs de la rentrée littéraire 2015 Price Minister #MRL15 PM

Lu aussi par  Noukette ; « Toni Morrison occupe une place à part dans mon petit panthéon d’auteurs… C’est une voix qui m’a longtemps accompagnée, une voix forte, tantôt rageuse, tantôt caresse. Une voix qui dit les souffrances, la honte et les destins brisés comme personne. 

Philisine Cave ; « Toni Morrison peut écrire n’importe quel texte court, mon cœur de lectrice lui sera définitivement acquis. Elle a cette façon subtile d’aller à l’essentiel avec un phrasé travaillé mais d’une simplicité déconcertante. Il n’y a aucune vulgarité chez elle même lorsqu’elle relate des faits divers sordides. Et pourtant, on ne peut pas dire qu’elle ménage son lectorat avec Délivrances (titre sublime au pluriel : c’est volontaire et veut tout dire). »

Alex ;  » Un roman sur l’importance de la parole pour se délivrer du poids des secrets. »

Jérôme ;  » Dans ce roman choral, Toni Morrison s’écarte de ses travaux précédents autour de la mémoire collective pour s’intéresser à la mémoire individuelle à travers deux quêtes personnelles, celles de Bride et Booker.

Jostein ;  » Toni Morrison nous livre une nouvelle fois un roman sur l’enfance et la ségrégation. Car, là est la vocation de l’auteur, défendre cette cause, redonner la parole aux enfants meurtris à cause de leur couleur. Et pour dévier le drame ou peut-être lui donner une dimension supérieure, elle ajoute une pointe de mystère, de fantastique. Comme si le seul chemin de délivrance était de s’évader dans une autre dimension. »

Pour le challenge 1% rentrée littéraire chez Hérisson  RL2015 1/6

Et ce livre sera aussi ma première pépite chez Galea 

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Littérature étrangère·Policier ou thriller

L’hypnotiseur de Lars Kepler

 » Je citais souvent William Faulkner :  » Le passé ne meurt jamais ; il n’est même jamais passé. » J’entendais par là que chaque petite chose arrivée un jour à une personne la suit dans le présent. Chaque expérience influence chacun de nos choix, et, dans le cas d’expériences traumatiques, le passé prend pour ainsi dire le dessus sur le présent. » (p309)

Le mot de l’éditeur ;  » Erik Maria Bark, un psychiatre spécialisé dans le traitement des chocs et traumas aigus, a longtemps été l’un des rares véritables experts de l’hypnose médicale. Jusqu’au jour où une séance d’hypnose profonde a mal, très mal tourné. Sa vie a frôlé l’abîme et, depuis, il a promis de ne plus jamais hypnotiser. Dix années durant, il a tenu cette promesse. Jusqu’à cette nuit où l’inspecteur Joona Linna le réveille. Il a besoin de son aide. Josef, un adolescent, vient d’assister au massacre de sa famille. Sa mère et sa petite soeur ont été poignardées, mutilées et dépecées sous ses yeux. Le corps lardé de centaines de coups de couteau, Josef vient d’être hospitalisé, inconscient et en état de choc. Mais il est le seul témoin du carnage et Joona Linna, pris dans une course contre la montre, veut l’interroger sans tarder. Car tout indique que l’assassin est maintenant aux trousses de la soeur aînée de Josef, mystérieusement disparue. Et pour lui, il n’y a qu’une façon d’obtenir un quelconque indice de l’identité du meurtrier : hypnotiser Josef. Tandis qu’il traverse un Stockholm plus sombre et glacial que jamais, Erik sait déjà que, malgré toutes ses protestations, il brisera sa promesse pour tenter de sauver une vie. « 

Voilà une expérience de lecture assez forte. Le meilleur thriller que j’ai pu lire ses dernières années. D’ailleurs je tournais autour déjà depuis quelque temps. Les circonstances ont fait que ma soeur l’a emmené en vacances et j’ai enfin pu le lire. J’ai une attirance et une curiosité assez forte par rapport à l’hypnose depuis toujours, je dirais même plus ; une fascination certaine. Quand à cette évidence ; ce passé qui ne passe jamais, c’est juste une évidence pour moi… Le passé reste accroché à nous, tel de la mousse à des rochers, il ne nous quitte pas, il est là, on apprend juste à vivre avec. Avoir un passé qui ne passe pas est juste une phrase faite pour moi.

L’histoire est vraiment terrifiante, les corps retrouvés sont dans un sale état, c’est un massacre. C’est un peu ce qui me faisait peur et cela m’a longtemps fait hésiter à lire ce livre. Je n’aime pas les détails gores et la violence exacerbée. Mais j’ai été tellement entraînée par ces pages que je n’ai pas eu le temps de m’appesantir sur cela. Je l’ai presque lu en retenant mon souffle. Mais il faut bien l’avouer ; c’est noir, très noir… Il y est question de folie, d’obsessions, d’enfant qui disparaisse, de jeunes gens qui persécutent, bref c’est pas joyeux, joyeux. Néanmoins je conseille très fortement. On est loin de la Suède chaleureuse et douce d’Ikea, l’atmosphère est sombre, déprimante, les personnages sont de ceux que l’on a aucune envie de fréquenter, seuls l’hypnotiseur (ainsi que sa famille) et l’inspecteur semblent « normaux ». J’ai adoré la description des séances où l’hypnotiseur tombe dans l’hypnose avec ses patients avec sa propre perception qu’il en a, celle de descendre dans la mer, c’est très imagée et très beau ;  » Je me tournai vers l’intérieur, lâchai prise et plongeai à travers l’eau dans une cage d’ascenseur obscure. Nous nous trouvions dans une épave ou dans une maison inondée. Un courant d’eau frais remontait vers moi. Des bulles d’air et des petits bouts de varech dépassaient…/… Au bout de vingt minutes peut-être, nous étions tous au fond de l’eau, sur un sol en acier parfaitement lisse. ça et là, des coquillages isolés avaient trouvé prise sur le métal. Des algues s’étaient accumulés par endroits. Un crabe blanc traversa la surface plane.  » (p350) D’habitude j’oublie très vite les thrillers que je lis, celui ci me restera longtemps en mémoire.

 » Je n’avais jamais compris pourquoi ma propre transe, qui avait toujours lieu parallèlement à l’hypnose des patients, se déroulait invariablement sous l’eau. Mais j’aimais l’image de l’eau, elle était claire et confortable et j’avais pris l’habitude de lire à travers elle les nuances du cours des événements. Tandis que je plongeais dans la mer, mes patients voyaient tout autre chose, ils tombaient dans leurs souvenirs, dans leur passé, se retrouvaient dans la chambre de leur enfance, dans des endroits de leur jeunesse, dans le chalet d’été de leurs parents ou le garage de la fille d’à côté. Ils ignoraient que pour moi ils se trouvaient en même temps dans les profondeurs de la mer, tombant lentement d’un gigantesque récif corallien, d’une plaine abyssale ou de la paroi rocailleuse d’un rift océanique. Dans mon esprit, nous plongions maintenant tous ensemble dans l’eau bouillonnante. » (p311)

Littérature suédoise, traduit par Hege Roel-Rousson et Pascale Rosier

Editions Actes sud 2010, existe en Babel également

Littérature étrangère

Vacances à l’anglaise de Mark Haddon

 Le mot de l’éditeur ; « Pour se réconcilier avec sa soeur Angela, Richard a l’idée saugrenue de l’inviter à passer des vacances au pays de Galles en compagnie de sa petite famille. Mais dans ce coin du bout du monde, il pleut sans discontinuer, le premier village est à des kilomètres, et les portables ne fonctionnent pas ! Quatre adultes, trois ados et un enfant, qui se connaissent à peine, se retrouvent coincés là pour une semaine.
Jeux de société, conversations de circonstances, promenades… En apparence, la cohabitation semble bien se dérouler. Mais intérieurement, chacun rumine de vieux griefs. De toute part on fomente des alliances, des conquêtes et des trahisons… avant de prôner la réconciliation. Bref, le bonheur des vacances en famille. Une brillante comédie de moeurs, un regard irrésistible sur les relations familiales, où l’on retrouve la patte de l’auteur du Bizarre Incident du chien pendant la nuit. »

 » Il n’avait pas eu l’intention de mettre le sujet sur le tapis. C’était comme de la terre contaminée ; tant qu’on ne creusait pas, il n’y avait aucun danger. » (p78)

Voilà une expérience de lecture étrange et surréaliste mais tout à fait réussi au final. Pourtant au début je n’étais pas du tout convaincue (au début de ma lecture j’étais tombée sur un billet de Cathulu  (clic) et nous avions eu un échange de commentaires ou je lui disais que j’étais un peu déstabilisée), j’ai eu du mal à me faire au style de l’auteur, il passe d’un protagoniste à un autre sans que cela soit très clair. Mais maintenant que je l’ai fini je peux vous dire que les personnages vous resteront longtemps en tête. Ils sont atypiques, d’une certaine façon dysfonctionnels, si j’osais je dirais même un peu disjonctés mais terriblement humains dans leurs fragilités et leurs côtés, justement, un peu bancals. J’ai adoré aussi cette ambiance de maison de vacances, partagée en famille, si bien rendue. On a l’impression d’y être. Cette grande maison dans la campagne anglaise, où la pluie s’invite parfois, où on vit les uns à côté des autres et bien ça donne  quelque chose de pas vraiment serein, ça bouge, c’est mouvementée et chacun de son côté se bat avec quelque chose. Parfois évidemment tout cela se mélange et ça explose évidemment…

Autant au début c’était difficile mais vers la fin je freinais un peu, je n’avais tout simplement pas envie de le finir et de quitter cette maison et cette famille. J’ai trouvé les personnages adolescents vraiment réalistes et bien croqués. Les thématiques de leurs problèmes sont sérieuses et loin d’être frivoles (comme c’est parfois le cas avec les personnages d’ados). On y rencontre le spectre de l’homosexualité (pas clairement défini) et celui d’ un harcèlement scolaire avec une photo prise sur le vif et partagé sur le net. Quand aux adultes ce n’est guère plus réjouissant, une jeune femme se débat avec un deuil non digéré et une autre a honte de son passé. Les hommes ne sont pas en reste mais j’ai envie de rester flou histoire que vous découvriez tout cela par vous même. N’oublions pas aussi le personnage de Benjy, le plus petit, qui malgré son jeune âge est déjà un personnage complet et très intéressant. Et puis le cadre est beau, ce qui fait que l’on prolongerait bien le séjour ;  » à bien y réfléchir c’était vraiment beau ici, cette immense cuvette verdoyante, les nuages qui changeaient de forme en se déplaçant, l’odeur du feu de bois.«  (p 33) Moi qui aime la pluie, comment ne pas être charmée par ce passage là, si poétique ;

 » Elle arrive, tel un immense rideau gris traîné depuis le sommet des collines, les champs maculés, assombris. Un bruit de gravier mouillé qui viendrait s’écraser comme les vitres. Les gouttières se remplissent et glougloutent, l’eau jaillit du pied des tuyaux de descente. Les gouttes ricochent en éventail sur le dossier du banc, sur les marches de pierre et sur le toit, lustré de la Mercedes. L’eau se rassemble et s’écoule dans les ornières de l’allée, elle dégouline dans la cheminée, elle tinte et pétille sur le métal brûlant du poêle, elle se faufile à travers le vieux mastic qui maintient les vitres à petits carreaux et forme des flaques sur les appuis de fenêtre. La pluie presque horizontale maintenant, vivant graphique de la force du vent. Tous les repères extérieurs effacés, plus d’horizon, plus de lignes stables. La maison a décollé, l’orage l’emporte et la fait voler sur une substance qui n’est ni tout à fait de l’air ni tout à fait de l’eau…/…. » (p232)

Et puis j’ai adoré ce rapport si complice entre les frères et la soeur,  Alex, Daisy et le petit Benjy comme dans ces passages là ;

 » Alex lui prépara une assiette de fromage et de galettes d’avoine avec un assortiment de sauces et ils s’assirent côte à côté pour manger, leur solidarité rayonnante expulsant peu à peu tous les autres de la pièce, à part Benjy. » (p263)

Alors Benjy se leva du banc, fit le tour et vint s’asseoir de l’autre côté de Daisy, il passa son bras autour d’elle et dit ; Daisy sandwich, parce que c’était ce qu’ils lui faisaient, avant, quand il avait du chagrin. Ils se serrèrent les uns contre les autres, puis se lâcherent. » (p264)

Tellement émouvant le dessin, que Benjy lors du départ, laisse dans le livre d’or ;

 » Il passa vingt minutes à couvrir une double page d’un dessin compliqué de la maison et du jardin. Le crâne de cheval, la mare avec le frai de grenouilles, les lettres G et F entrelacées dans le fer forgé ornemental rouillé de la grille, au pied de la colline. Tout le monde admira le dessin, il était super, meilleur en un sens qu’un vrai dessin d’adulte, les lignes de traviole, l’échelle bizarre, les détails excentriques, parce c’était l’image qu’ils conserveraient tous de cet endroit, rien ne sera tout à fait conforme à la réalité, des éléments ajoutés, des éléments retirés. Le poêle occupera une grande place pour Angela, la remise pour Alex. Tout le monde oubliera la girouette en forme de renard. » (p338)

Je crois que j’ai eu autant de mal à partir que les personnages (peut-être plus ;0) D’autres passages que j’ai adorés ;

 » Elle se regarda dans la glace et reconnut l’animal enfermé en elle qui grandissait, qui mangeait, qui réclamait. Elle aurait tellement voulu avoir l’air quelconque pour que le regard des autres glisse sur elle. Maman avait tort. Le problème n’était pas de croire ceci ou cela, ce n’était pas une question de bien ou de mal, de justice ou d’injustice. Il s’agissait seulement de trouver la force de supporter l’embarras indissociable de l’existence dans ce monde.  » (p36)

 » Elle regarda autour d’elle. Un paysage nu et désolé, on ne voyait plus aucun champ désormais, juste une lande de montagne déserte, au loin, les collines noires sous le ciel massif blanc cassé. Où était sa veste ? L’enfer ressemblait peut-être à cela. Pas de feu, pas de cohorte de démons, mais un nulle part glacial et vide, le coeur aspirant désespérément à un peu de chaleur, un peu de compagnie, et l’esprit le sermonnant ; ne te leurre pas, tu ne les trouveras pas ici.  » (p203)

J’ai franchement adoré cette lecture et cette famille fera partie désormais de mes intimes, je ne les oublierais pas de sitôt. J’espère vous avoir convaincus de vous lancer dans cette lecture, oui vraiment…

Vacances à l’anglaise

Mark Haddon

Traduit de l’anglais par Odile Demange

Editions du Nil, 2014

 Pour le mois anglais chez  Lou, Titine et Cryssilda

 

Littérature étrangère

Pete Fromm ou une rencontre fabuleuse…

Avant je prenais des notes lors de rencontres comme ça, mais j’ai remarqué que, du coup, je profitais bien moins du moment. Alors je n’en prends plus… Mais le problème c’est que j’ai une très mauvaise mémoire ;0) Je vais tout de même essayer de partager avec vous ce superbe moment. Pete Fromm est un homme qui m’a semblé vraiment formidable. Humain, très sympathique. Pas la grosse tête pour un sou, il pourrait presque (presque) vous donner l’impression qu’il est un de vos plus proches amis. Qu’ai je retenu encore ? A la question de ; comment avez vous fait pour vous mettre si bien dans la peau d’une femme, d’une façon si sensible il répond que pour lui il est surtout question de sentiments et que pour lui ça ne change pas tant que ça d’être une femme ou un homme. C’est de l’humain dont il s’agit, point. Pour lui ses personnages sont vraiment vivants, ils pourraient être ses enfants, tellement ils lui sont proches. Il s’attache à eux terriblement et en même  temps il n’a pas du tout l’impression de maîtriser leurs destins. Pour lui ils se détachent et prennent l’assaut pour prendre leurs propres décisions.

Quand ils parlent de sa « carrière » avec sa femme (je mets ce mots entre parenthèses parce qu’il l’a mis lui même entre parenthèses) elle rit, parce que pour elle il converse avec ses amis imaginaires, comme elle les appelle. Il s’émerveille aussi de ses rendez vous avec les français qui lui posent des questions si pertinentes parce qu’en Amérique on lui pose des questions plus terre à terre, du genre « combien gagnez vous » :0) Ce sont vraiment des questions qui l’interrogent, à la limite ce sont même des questions qu’il ne s’est jamais posé lui même ;0) C’est un homme dont l’humilité est vraiment grande. Il était ravi de voir autant de monde parce que, apparemment, en Amérique, lors de sa tournée promo, c’était plus restrein. C’est une chose qui m’étonne beaucoup, qu’il ne soit pas plus connu et qu’il n’ai pas plus de succès que ça en Amérique (ou alors modeste comme il est il a un peu minimisé ça). Chez nous en France ses romans semblent bien marcher (il en a vendu beaucoup hier soir, j’étais ravie) et sur les blogs il est beaucoup aimé. J’ai beaucoup pensé à Keisha d’ailleurs avant ce rendez vous (elle qui aime tant le « Nature Writing ») en me disant que j’aurais adoré y aller avec elle, mais heureusement il semblerait qu’elle devrait le rencontrer elle aussi.

Il est bien évident que j’avais emporté mon propre exemplaire (il était depuis vendredi dans ma PAL, je l’avais acheté d’avance pour être sûre d’en avoir un, pas folle la guêpe ;0) et j’ai eu ma propre dédicace (youpi). La traductrice était exceptionnelle elle aussi, elle a traduit tout ce qu’il disait d’une façon remarquable (elle prenait des notes d’une façon très rapide) et je pense qu’elle était vraiment au plus proche de ce qu’il voulait exprimer. C’était une très belle rencontre (une des plus belles je pense que j’ai eu, pourtant j’en ai vu pas mal des auteurs) tellement l’homme semblait proche de nous et adorable. C’était très drôle aussi, il a un humour ravageur ;0) Et vraiment, très très intéressant, on sent l’homme vrai et nature (oh le jeu de mots avec « Nature writing », sans même faire exprès ;0) Bref un moment exceptionnel qui m’a laissé sur un petit nuage (j’y suis encore). C’est une crème cet homme ;0) Et bien sûr je n’ai qu’une envie maintenant ; lire Lucy in the sky, tellement il rendait proche et amicale cette petite Lucy et son départ dans la vie.

Quelques infos sur le site de son éditeur Gallmeister

Littérature étrangère

Esprit d’hiver de Laura Kasischke

  » Poussière, épuisement, c’était dans l’air ; quelque chose les avait suivis depuis la Russie jusque chez eux, répète cette phrase, pensa Holly. C’est un refrain, comme dans un poème, écris là, écris de quelle manière un visage fantôme a finalement pointé son nez en ce matin de Noël (ils avaient dormi si tard) et s’est dévoilé. Quelque chose qui avait été là depuis le début. A l’intérieur de la maison, à l’intérieur d’eux mêmes. Cette chose les avait suivis depuis la Russie jusque chez eux. » (p17)

C’est le matin de Noël, Holly se réveille avec une impression désagréable, quelque chose lui colle à la peau, c’est glacial, diffus mais bien là. Elle voudrait s’ébrouer pour s’en débarrasser mais impossible, ça résiste, ça s’accroche. Il y a cette phrase leitmotiv qui lui revient sans arrêt ;  » Quelque chose les avait suivis depuis la Russie jusque chez eux. » Elle n’a qu’une envie ; avoir le temps de l’écrire, il n’y a que comme ça, s’imagine t’elle, qu’elle pourra voir plus clair en elle et comprendre ce que cette phrase signifie.

 » Et Holly pensa alors : je dois l’écrire avant que cela ne m’échappe. Elle avait déjà ressenti ça plus plus jeune, l’envie presque paniquée d’écrire à propos d’une chose qu’elle avait entraperçue, de la fixer sur la page avant qu’elle ne file à nouveau. Certaines fois, il avait failli lui soulever le coeur, ce désir d’arracher d’un coup sec cette chose d’elle et de la transposer en mots avant qu’elle ne se dissimule derrière un organe au plus profond de son corps, un organe un peu bordeaux qui ressemblerait à un foie ou à des ouïes et qu’elle devrait extirper par l’arrière, comme si elle le sortait du bout des doigts d’une carcasse de dinde, si jamais elle voulait l’atteindre une nouvelle fois, voilà ce que Holly avait ressenti chaque fois qu’elle écrivait un poème, et pourquoi elle avait cessé d’en écrire. » Mon dieu, cette pensée était pourtant comme un poème, un secret, une vérité, juste hors de portée, Holly allait avoir besoin de temps pour arracher d’elle cette pensée et l’examiner à la lumière, mais elle était en elle, qu’elle en ait eu ou pas conscience avant ce moment. Comme un poème aspirant à être écrit. Une vérité insistant pour être reconnue. » (p12)

Mais Holly n’a pas que ça à faire, il lui faut penser avant tout au repas de Noël qu’elle doit préparer pour ses invités. Et puis il y a Tatiana quinze ans, leur fille adoptive à Eric et elle. Eric est parti dès le réveil chercher ses parents à l’aéroport qui font partis des invités. Mais il y a la couche de neige et le blizzard qui deviennent de plus en plus épais. Les routes sont coupés, toute circulation est devenue impossible. Aucun des invités ne pourront venir. Eric est coincé à l’hopital avec ses parents, puisque, comme pour rajouter à toute la confusion de la journée, sa mère a eu une petite indisposition. Holly et Tatiana sont donc complètement isolés, il n’y a plus qu’elles dans la maison.

L’impression de malaise ne quitte pas Holly, sa fille n’est pas comme d’habitude, elle est agressive, boudeuse, étrange. Holly essaye de garder son calme mais au fur et à mesure des heures elle a l’impression de perdre pied. D’autant plus que durant la journée, des souvenirs liés à l’adoption de Tatiana reviennent la hanter. Eric et elle l’ont cherché en Russie, en Sibérie. Ils avaient fait d’abord un premier voyage. Puis 18 mois plus tard, avait réitéré le voyage, pour enfin repartir avec elle. Ses souvenirs là aussi sont sombres, étranges. Ce voyage là Holly ne l’avait pas imaginé ainsi.

 » Bien que Holly fût surprise par tout le reste, tout. Et plus particulièrement par les superstitions, à l’orphelinat Pokrvla n°2, comme les bébés toussaient et avaient de la fièvre, les infirmières avaient demandé à Holly et Eric de porter des colliers de gousses d’ail suspendues à des bouts de ficelle grise, pour repousser les microbes ? ou… ?  » (p23)

Ce sentiment de malaise Holly n’est pas la seule à le ressentir, le lecteur partage tout cela avec elle. On est avec elle, à ses côtés, inquiète comme elle, la respiration se suspend, se fait difficile. Je l’ai déjà dit ici très souvent mais j’adore les huis-clos, cela justifie souvent à lui seul mon envie de lecture. Je suis incapable de résister à un huis-clos. Et là il faut dire que j’ai été servie. Ce huis-clos est un des plus réussis que j’ai eu l’occasion de lire. J’avais l’impression d’avancer lentement dans un long couloir sombre, avec juste la lumière d’une bougie faible et vacillante. Alors forcément, on avance doucement, prudemment, sans se précipiter ni se hâter. C’était tellement pesant que j’avais besoin de reprendre mon souffle régulièrement. Bien sûr il y a aussi la présence de la neige, envahissante, qui donne encore une touche d’étrangeté et d’isolement…

Je ne vous en dirais pas plus parce la lecture doit s’apprécier dans tout son mystère, il est plus judicieux d’avancer dans la lecture comme dans un brouillard et de prendre les informations au fur et à mesure. Même si j’avais deviné la fin pour avoir déjà lu l’auteur (je me doutais bien qu’elle nous réservait quelque chose de ce style), mais il y a tout de même une chose auquel je ne m’attendais pas du tout, quelque chose qui s’est rajouté à ce dénuement. Et ça m’a bouleversé, anéantie…. Pour en dire deux mots il y a une porte interdite qui s’ouvre et un regard d’une petite fille et son sourire… Impossible de l’oublier… Celles et ceux qui l’ont lu comprendront…

Pour finir deux citations qui m’ont touchée et bousculée, celle de Rilke d’abord ;  » Si mes démons devaient me quitter, je crains que mes anges ne prennent à leur tour leur envol. » (p206) et celle qui lui a donné son titre (que je trouve magnifique et très bien trouvé) de Wallace Stevens ;  » Il faut posséder un esprit d’hiver » (p213).

 » L’eau de la douche continuait de dévaler en un petit ruisseau chaud le long de la colonne vertébrale de Holly et elle eut l’impression que cette chaleur, cette eau, pouvait l’ouvrir comme une fermeture éclair. Elle l’imaginait à l’oeuvre, la chair s’écartant le long de la colonne, et ce qu’elle ressentirait ensuite en s’extrayant de son corps. Qui serait-elle alors ? Où irait-elle ? Elle se souvint alors qu’elle avait eu l’impression, le regard baissé sur le visage inexpressif de sa mère défunte, que cela pouvait se produire. S’échapper de son corps. Que le corps était une manière de cage. Que le moi, l’âme, ne vivait pas en cage. Que ne pas avoir de cage était le but, atteint dans la mort. » (p56)
 » Personne ne naît sans héritage.  » (p228)

Lu aussi par Aifelle et AntigoneMilly,  Romanza, ClaudiaLuciaEnna,  Alex,  Un livre un thé, et ma tasse de thé

Lu pour le challenge « Halloween » de  Lou et  Hilde. Et pour le challenge Petit bac 2014 d’Enna lit, catégorie « Moment, temps »

Source des photos

Littérature étrangère·Littérature Française

Il pleuvait des oiseaux de Jocelyne Saucier

 » Le grand âge lui apparaissait comme l’ultime refuge de la liberté, là où on se défait de ses attaches et où on laisse son esprit aller où il veut. » (p92)

Une photographe roule dans une forêt, elle n’est pas sûre d’avoir pris le bon chemin, elle a pourtant suivi les indications mais… Elle est à la recherche d’un certain Ted Boychuck, une légende, un rescapé d’un des Grands feux. Quand elle trouve enfin une cabane au fond des bois ce n’est pas celle de Ted, c’est celle de Charlie et de son chien Chummy. Charlie l’héberge pour la nuit parce que l’orage éclate et qu’il pleut des trombes. Charlie lui apprend que Ted vient de mourir et qu’il n’y a plus rien à apprendre de lui.

Voilà le début de ce livre émouvant et sensible au possible. Il est tendre mais dur aussi parfois. Il nous fait fondre de tendresse pour ce petit monde qui vit au coeur d’une forêt.

Il y a une photographe que son reportage mènera bien plus plus loin qu’elle n’aurait pu imaginer.

Il y a la mort qui n’est jamais bien loin mais qui n’effraie pas plus que ça.

 » La mort ils en parlaient comme de la pluie et du beau temps, il a bien fallu m’y habituer.

– Belle journée

– Ouais belle journée pour mourir

Ce n’était ni triste ni douloureux, tout juste une éventualité qu’ils évoquaient comme n’importe quoi d’autre. Ils s’amusaient d’être devenus si vieux, oubliés de tous, libres d’eux-mêmes. Ils avaient le sentiment d’avoir brouillé les pistes derrière eux. » (p49)

Mais il y a aussi la sensation de la maîtriser un peu cette mort,  il y a une histoire de choix, de pacte, et de boite en fer blanc sur une étagère.

 » Une petite boite en fer-blanc de forme cylindrique. Elle contenait des cristaux blancs de la taille du sel à marinade. De la strychnine. Du poison à renard, m’ont-ils expliquer, un reliquat de trappe, ça vous tue un renard en trois secondes et un homme en moins de dix.  » (p42)

Il y a 3 petits vieux ; Charlie, Tom et Ted rescapé des grands feux et une légende  » la légende Boychuck. Le garçon qui avait marché dans les décombres fumantes, l’homme qui avait fui ses fantômes dans la forêt, un des derniers survivants du Grand Feu de Mathesons de 1916″ (p45). 3 petits vieux et leurs 3 chiens ;  » On ne vit pas en forêt sans un chien » (p69) qui ont fuit la société, qui vivent reclus dans la forêt, libres et heureux. 3 petits vieux qui ont leur protecteur ; « le gardien des clefs de leur ermitage » un gardien de leurs vies à la fois « libre et difficile au fond des bois » (p35)

 » Ils avaient laissé derrière eux une vie sur laquelle ils avaient fermé la porte. Aucune envie d’y revenir, aucune autre envie que se lever le matin avec le sentiment d’avoir une journée bien à eux et personne qui trouve à y redire. A eux trois, ils ont formé un compagnonnage qui avait assez d’ampleur et de distance pour permettre à chacun de se croire seul sur sa planète.  » (p44)

Il y a une vie, une autre encore, qui commence enfin… Il y a une petite vieille qui se donne un nouveau nom ; Marie-Desneige. Un nouveau nom pour une nouvelle vie, un nom qui lui va comme un gant :

 » Un ébouriffement de cheveux blancs…/… des cheveux tellement vaporeux, on aurait dit de la lumière, un éclaboussement de lumière blanche…/… » (p57)

Il y a un lit de pelleteries moelleux, chaud, douillet, un nid de fourrures ;

 » J’ai dormi dans un lit de fourrures comme une princesse des contes anciens. Une couche moelleuse d’ours noir, de renard argenté, de loup cendré et même de carcajou, un brun profond qui luisait d’un éclat très noir dans mon lit de pelleteries. » (p18)

Et puis il y a Les grands feux, gourmands de vies, détruisant tout sur leur passage ;  » C’était une mer de feu, un tsunami de flammes qui avançait dans un grondement d’enfer » (p75)

Il y a cette scène hallucinante avec trois hommes qui ont trouvés refuge dans un étang, de l’eau jusqu’aux aisselles, aux regards hébétés et avec eux un orignal et un oiseau perché sur l’épaule du plus jeune.

Il y a un garçon sans regard qui marche sans s’arrêter dans des décombres fumants.

Il y a ce titre que l’on prend d’abord dans le sens poétique alors qu’il est à prendre dans le sens littéral.

 » Il pleuvait des oiseaux, lui avait-elle dit. Quand le vent s’est levé et qu’il a couvert le ciel d’un dôme de fumée noire, l’air s’est raréfié, c’était irrespirable de chaleur et de fumée, autant pour nous que pour les oiseaux et ils tombaient en pluie à nos pieds. » (p91)

Il y a 367 tableaux qui contiennent toute une vie, qui seront décodés par une personne dont les sens ont été aiguisés par des années de jours aux aguets.

Il y a tant, encore et beaucoup dans ce roman… Il vous faut le lire absolument… Un coup de coeur ! Lu aussi par ; Liratouva, chez Anne, Karine, chez SandrionLouiseCathulu et Aifelle, Suzanne, Lewerentz, Antigone.

Lu (et relu) pour le mois du Québec en septembre chez Karine 

Et aussi pour le Challenge  Petit bac 2014 de Karine, catégorie « animal » 

Littérature étrangère

Jumelles de Saskia Sarginson

 » Personne ne m’aimera comme ma mère m’aimait. Je ne peux être la fille de personne d’autre. Personne ne me verra comme John m’a vue. Dans son amour, il percevait la vérité de mon essence : le fait que j’étais constituée de plusieurs couches, comme une peinture. Il voyait mon moi séparé, résolument et délicatement solitaire, transparent comme une aquarelle. Mais il savait que l’existence de cette personne-là était indissolublement liée à l’attraction magnétique de l’image de Viola-et-Issy, présente en dessous, tracée à coups de pinceau hardis et fougueux. Il le comprenait parce que, comme moi, il était pris dans l’insoluble équation d’être deux. » (p381)

Il y a une enfance qui colle aux doigts, qui jamais n’en finira de peser… Une soeur qui ne mange plus parce qu’elle ne digère plus cette vie depuis… Un amour d’enfance bien moins anodin qu’on pourrait le croire… Il y a une mère qui désire plus que tout élever ses filles dans la liberté… Deux soeurs, des jumelles, petites filles sauvageonnes, qui se sentent jamais aussi vivante qu’au contact de la nature….

 » Au coeur de la forêt, nous devenions souples comme les branches d’un arbrisseau, nous fondant dans l’ombre comme des Peaux-Rouges, marchant sans faire de bruit. Nous nous barbouillions les joues de terre et décortiquions les pommes de pin pour imprégner nos doigts de leur résine odorante » (p31)…

 » Isolde a envie de lui dire qu’il est impossible de revenir en arrière. Que rien n’est pareil. Que tout s’altère. Qu’aucun acte ne peut-être effacé. Aucun mot ravalé. Qu’il n’y a que mouvement et changement, et l’espoir que le temps puisse éloigner suffisamment de l’horreur pour qu’elle finisse par pâlir et s’effacer » (p177)

Il y a des petites filles qui s’imaginent avoir pour père Jim Morrison.  Un environnement magique, des kilomètres de pinèdes, des chemins sablonneux, la mer à proximité… Des promenades en vélo les cheveux au vent… Il y a des petits garçons, deux frères, qui n’en finissent plus de se battre… Mais il y a aussi un égoïsme poisseux, un rejet nauséabond dont la bénéficiaire ne méritait rien…

Les plus beaux passages de ce livre sont les vagabondages des petites filles dans la forêt, cette nature dont on croirait sentir battre le coeur, tellement elle nous en devient proche. Une vie que ces jumelles voudraient éternelles, dans une petite maison, loin de tout, au milieu des bois ;

 » Au-delà, les troncs des pins formaient un mur dense qui s’étendait sur des kilomètres. La soirée était pleine de battements d’ailes. Des chauves-souris, presque invisibles, passaient en flèche au-dessus de nos têtes. Les hirondelles étaient de retour et rasaient la pelouse avec la précision d’un pilote de chasse. Nous nous mîmes au garde-à-vous pour regarder le soleil passer derrière les arbres et les ombres recouvrir le jardin comme de l »encre. Les tulipes luisaient dans la pénombre, les jonquilles brunissaient déjà sur les bords. Notre bouleau argenté se dressait, tout pâle, devant un bosquet de pins comme un doigt impérieux. Pendant un instant, je devins une créature tapie au milieux des arbres, observant le jardin.  » (p101)

Et puis il y a la révélation du secret, dont je ne dirais rien, mais c’est quelque chose que j’ai eu du mal à comprendre, cela m’a mise en colère, mais sans doute plus par rapport à mon histoire de maman, celles qui me lisent régulièrement comprendront certainement quand elles liront le livre. Mais je ne peux en dire plus sans risquer de spoiler… Au final un très beau livre qui me laissé un arrière goût amer. Mais une intensité et une atmosphère dont il est difficile de s’extraire après lecture. Je me rends compte que, finalement, j’en ai gardé un souvenir bien plus marqué que ce ma lecture m’avait laissé entendre. Il y a des livres parfois, qui de cette façon là, sont aimé plus dans leur décantation que dans leur dégustation. Un livre que je relirais très certainement un jour. Ma tentatrice était, cette fois encore, Mya Rosa.

 » En bas nous entendions maman fredonner, parler au chat, ouvrir et fermer des placards. L’obscurité poussait contre la fenêtre de la chambre, apportant les sons de la forêt : le doux hululement d’une chouette, un bruit d’animal soudain, alarmant mais lointain. Je me glissai plus avant dans la chaleur combinée de nos corps. Tout au fond de moi, j’avais encore froid de ma baignade, le sang bruissait dans mes veines, comme de l’eau de mer. » (p194)

ChallengeVoisinsVoisinespett bac 2014

Challenge voisins voisine d’ A propos de livres pour le Royaume Uni, Angleterre et le Challenge  Petit bac 2014 pour la catégorie « sphère familiale »