Publié dans Lecture addictive, Littérature étrangère

Sleeping beauties de Stephen et Owen King

Stephen King et Owen King - Sleeping beauties. Le mot de l’éditeur ; « Un phénomène inexplicable s’empare des femmes à travers la planète : une sorte de cocon les enveloppe durant leur sommeil et si l’on tente de les réveiller, on prend le risque de les transformer en véritables furies vengeresses. Bientôt, presque toutes les femmes sont touchées par la fièvre Aurora et le monde est livré à la violence des hommes. A Dooling, petite ville des Appalaches, une seule femme semble immunisée contre cette maladie.  Cas d’étude pour la science ou créature démoniaque, la mystérieuse Evie échappera-t-elle à la fureur des hommes dans un monde qui les prive soudainement de femmes ? « 

Comme je le disais lors de mon dernier bilan Sleeping Beauties n’était pas du tout une lecture prévue et c’est tout à fait par hasard qu’il est arrivé dans ma PAL, j’avais bien d’autres projets lectures mais je me suis installée dans mon transat (c’est d’ailleurs une lecture que j’ai faite entièrement dans mon jardin, a l’ombre de mon noisetier), j’ai lu les premières pages et je me suis retrouvée très vite à ne plus pouvoir le lâcher. Entre le King et moi c’est tout de même une histoire d’amour qui dure depuis mon adolescence, à cette époque je l’ai énormément lu, et d’ailleurs je ne le lisais pas je le dévorais… Je me rappelle en particulier un dimanche d’hiver où j’ai lu en une longue après midi en une fois « Carrie ». Le problème c’est que le grand King (oui je l’appelle comme ça ;0) est très fort pour vous envelopper dans un espèce de brouillard dense et très inquiétant, une atmosphère glaciale, parfois même malsaine mais vous êtes incapable de vous détacher de son univers, l’a(uteur)nimal est très fort pour vous attraper dans ses filets et ne plus vouloir vous lâcher, un peu a l’image de. « Cujo » qui refermerait ses mâchoires sur votre bras sans vouloir à aucun moment desserrer sa prise. La seule différence c’est qu’avec votre lecture vous êtes une victime (plus que) consentante. Vous l’avez compris King avait à ce moment là une certaine emprise sur moi. Après l’adolescence j’ai continué à le lire mais plus sporadiquement, je testais quelques nouvelles lectures, je faisais quelques relectures (et j’étais toujours aussi envoutée mais toujours aussi mal à l’aise après mes lectures).

Stephen King - Carrie.  Stephen King - Cujo.

Là aussi j’ai un souvenir très fort d’une après midi de lecture (je lisais Les tommyknockers) et je l’ai tout juste fini avant le retour de l' »homme » à la maison (mon mari cet astre, comme dirait Alix Girod de l’Ain) et j’ai l’ai supplié (ou presque ;0) de m’emmener faire un tour, d’aller nous promener, n’importe où, où même simplement d’aller boire un café à quelque part, qu’importe mais me sortir de cet état où m’avait mis le King, un espèce de mal être qui collait à la peau, une glue grise et déprimante dont je voulais absolument me débarrasser (si vous pensez que j’exagère carrément lisez les Tommyknockers et on en reparle). Je pense que celles (et ceux) qui lisent Stephen King me comprendront, tandis que les autres resteront sans doute débutatifs. Le King est fort, très fort et de plus il écrit fort bien, ce n’est pas seulement inlâchable et envoutant c’est aussi bien écrit, ce qui en fait un grand auteur à mon sens, mais il porte sans doute le poids du genre qu’il a choisi, c’est à dire le fantastique et la terreur, genre plutôt dédaigné par les critiques, ce qui a certainement empêché le King d’avoir quelques prix qu’il aurait bien mérité (mais ceci n’est qu’une parenthèse). Vous devez vous dire que cette introduction est bien longue mais j’avais envie de commencer par ça ; mon histoire personnelle avec cet auteur.

Stephen King - Les Tommyknockers.  Stephen King - Shining.

Pour celui ci il n’a pas écrit seul, c’est un roman à quatre mains qu’il a écrit avec son propre fils ; Owen King. Je ne sais pas si ce fils a déjà écrit quelque chose d’autre (est-ce vraiment important ?) mais j’ai bien l’impression que ce fils là apporte un certain adoucissement. J’aimerais bien avoir l’avis d’autres lectrices ou lecteurs mais j’ai, pour ma part, trouvé que ce titre là était bien plus soft, plus tempéré, bien moins gore et violent ou alors le King s’est un peu calmé, peut-être même, oserais je le dire il a peut-être acquis une certaine sérénité (bon, là peut être j’abuse un peu 😉
Je crois que ce King là peut être lu par tout le monde, il y a certes beaucoup de personnages mais personnellement je n’ai pas trouvé qu’on s’y perdait. Je préfère bien sûr quand le King reste plus dans l’intime, par exemple comme pour « Sac d’os » (beaucoup beaucoup aimé) ou « Shining » (mon préféré je crois, à mon sens un grand livre) et ce n’est certainement pas son meilleur mais tout de même je vous conseillerais de lui donner sa chance. Comme je le disais précédemment c’est inlâchable et vraiment on le dévore sans s’ennuyer une seule seconde. Je n’ai bien sûr pas tout aimé, comme par exemple la dernière partie qui tourne un peu au western, mais je ne regrette absolument pas le temps que j’ai passé dans ces huit cent pages et quelques.

J’ai adoré le personnage d’Evie, mystérieux, terrifiant même dans une des premières scènes du livre, mais tout à fait intéressant. D’ailleurs j’aurais peut-être aimé qu’elle ait beaucoup plus de place dans le roman, et que l’on ai un peu plus d’explication par rapport à elle. Tout reste beaucoup dans le flou et à mon sens, c’est un peu dommage.  J’ai vraiment trouvé que c’était une très belle idée que ce personnage féminin et (très) énigmatique. J’ai beaucoup aimé aussi le côté féministe du bouquin (je ne sais pas si je vous l’ai déjà dit mais j’adore les hommes féministes ;0) même si je ne suis pas sûre (pas sûre du tout même) que la théorie inclue dans le roman soit très réelle et vérifiable, mais bon vous découvrirez tout ça par vous même, je ne peux guère en dire plus. J’ai oublié aussi de vous parler aussi de son côté très écologique et c’est aussi quelque chose que j’ai beaucoup apprécié. Il y a la présence très étrange d’un arbre somptueux, entre autres, qui ne ressemble à aucun autre. J’espère que mon billet ne vous paraîtra pas trop confus et fouillis, parce que j’aimerais vraiment vous donner envie de le lire. Ce n’est pas là son meilleur, la dernière partie et la fin n’étaient pas vraiment ce que j’attendais mais l’idée générale du livre et le sujet sont vraiment géniaux, et vraiment ; ça se dévore ;0)

Et comme il fait 828 pages il me permet très largement de participer au challenge pavé de l’été de Brize

Et ce roman fait parti de mes lectures estivales.

Publicités
Publié dans Littérature étrangère

J’ai toujours ton coeur avec moi de Sofia Bjarnadottir

Soffia Bjarnadottir - J'ai toujours ton coeur avec moi.

Source éditeur ;  » Phénix excentrique tant de fois ressurgi de ses cendres, Siggy n’est plus. Elle qui n’a jamais été là pour personne a légué à sa fille Hildur son mal étrange et une petite maison jaune sur l’île de Flatey. Une lettre de sa mère pour seul viatique, Hildur s’embarque vers ce point minuscule perdu dans l’océan. Avec pour ange tutélaire l’homme aux yeux vairons. Et une foule de souvenirs sans pareils – les extravagances de Siggy et de son voisin Kafka, les mantras de grand-mère Laretta contre les idées noires, l’appel des phoques sacrés ou les fantômes de la rue Klapparstigur… Qui tous portent la promesse d’une singulière renaissance. Comme une consolation venue d’ailleurs, J’ai toujours ton coeur avec moi est la belle chronique de ces jours sans boussole – mélancolique, insolite et décalée. »

 » La neige qui recouvre la petite île de Flatey m’oblige à regarder droit dans les yeux cette argile dont je suis issue. Je frissonne. Je me mets en chemin le long du sentier vers le petit village, la clé comme une arme serrée dans ma main. Théofilus m’a dit de ne pas m’inquiéter, que la maison jaune était libre. La seule chose qui compte, c’est que Siggy est passée dans l’au-delà et qu’elle ne reviendra pas. Ma maman qui jamais n’endossa le rôle de mère. (p35)

Vous le savez, j’ai une vraie fascination pour la littérature nordique. Il y a quelque chose de très particulier dans ces lectures, toujours une atmosphère très forte, c’est à chaque fois une véritable fascination qui opère. C’est encore une fois le cas pour ce roman là, il y a à la fois un côté extrêmement fantasque et étrange et un autre terriblement émouvant. Hildur à vécu des moments tellement durs et difficiles avec sa mère qu’elle nous apparaît forcément touchante.

Il faut accepter de se laisser porter par l’étrangeté de cette lecture, une fois cela fait il n’y aura plus rien qui vous empêchera de succomber à son charme. C’est beau, troublant, mais aussi d’une tristesse tenue. Il y a des pages qui flirtent sur le fil mince de la réalité mais aussi d’autres qui vous font pénètrer dans un monde éthéré et brumeux.

Il y a une enfance difficile à avaler, une mère qui ne semble pas être très doué pour ce rôle. Il y a une maison jaune, sur une île qui attend Hildur avec patience. Il y a un voyage sur un bateau, qu’Hildur prend pour rejoindre cette petite maison jaune, lèguée par sa mère tout juste décédée. Il y a ces pages où l’on comprend que cette mère était très singulière et qu’Hildur à du mal avec son enfance, qu’elle traine comme un boulet. Siggy et sa blessure, dont on ne saura rien.

Il y a la liberté, après laquelle Hildur coure, un peu jalouse justement de celle que possèdait sa mère, un peu folle peut-être mais affranchie.

Il y a des mouches noires et des plumes blanches sur les vitres des fenêtres, des araignées qui s’écrient ; « viens » et de la boue qui remplace le sang dans les veines. Des errances et des perditions donc.

Mais, et heureusement,  il y a aussi des petites lumières dans ses pages et dans la vie d’Hildur. Son frère Pétur qui la console, qui la protège. Pétur qui « fut mon père et ma mère lors des neuf premières années de ma vie » (p124). Il y a sa grand-mère Laretta, chez qui elle vivra quelque temps, qui lui offre solidité et affection  » Lorsque je n’avais personne vers qui me tourner, je savais qu’elle me prendrait sous son aile » (p68). Il y a l’ancien compagnon de sa mère, Kafka, avec qui elle échangera quelques mots, des souvenirs et avec lequel elle pourra peut-être se laisser aller à un peu de chagrin. Kafka, le seul finalement à à comprendre ce qu’elle ressent.

Il y a cet homme aux yeux vairons, rencontré sur le bateau, cet homme aux yeux lumineux qui enchantera quelques moments qu’Hildur passera sur l’île  » Je n’ai plus envie de lacher sa main. Je ne peux m’empêcher de fixer les lueurs de son regard. Cet homme est un phare que je dois suivre pour ne pas me laisser happer par les ténèbres » (p32). Et puis il y a la présence de cette maison, très forte et marquante. Cette maison jaune, comme un refuge pour Hildur, où elle se retrouvera enfin face à elle-même, à ses sentiments face à cette mère si particulière. Il y a ses promenades sur l’île, ses souvenirs marchant à ses côtés, tels des présences évanescentes. Il y a Tumi aussi, Tumi dont je ne vous dirais rien…

Au final de superbes pages, une écriture ciselée, de la poésie, de la mélancolie, de la grisaille parfois. Mais aussi de la luminosité. C’est ce mélange délicat qui donne un grand charme à ce roman. J’ai été totalement conquise, j’espère donc que vous le serez autant que moi. Je le relirais d’ailleurs avec grand plaisir ! (et finalement je me demande à quelle distance j’ai été d’un coup de coeur, pas très loin assurément. Mais peut-être, lors de mon bilan annuel, il en sera devenu un !)

 » Aussi loin que je me souvienne, maman a toujours brûlé de l’intérieur. Comme Narcisse, elle était en quête de sa propre flamme. Du feu originel. Dans ma jeunesse, elle possédait les pouvoirs caractéristiques du phénix. Un oiseau millénaire qui bat des ailes et renaît de sa propre déchéance. Régulièrement, elle rejaillissait des cendres, belle et fraîche, le soleil éclairant son visage. Impossible d’endurer la vie avec de tels personnages. Terre calcinée et odeur de brûlé à chaque pas » (p34)

Lu par Aifelle, CathuluAnne, Jérôme, Kathel,  Club boréal, Folavril

Lu pour le challenge « Objectif PAL » dAntigone  

Lu pour le challenge Littérature Nordique de Margotte

Publié dans Lecture addictive, Littérature étrangère, Policier ou thriller

Snjor de Ragnar Jonasson

Le mot de l’éditeur ; « Siglufjördur, ville perdue au nord de l’Islande, où il neige sans discontinuer et où il ne se passe jamais rien. Ari Thór, qui vient de terminer l’école de police à Reykjavik, y est envoyé pour sa première affectation. Mais voilà qu’un vieil écrivain fait une chute mortelle dans un théâtre et que le corps d’une femme est retrouvé, à moitié nu, dans la neige. Pour résoudre l’enquête, Ari Th¿r devra démêler les mensonges et les secrets de cette petite communauté à l’apparence si tranquille. « 

« Les derniers kilomètres avant d’atteindre le tunnel ne ressemblaient à rien de ce qu’Ari Thor connaissait. La route sinuait à flanc de montagne en laissant juste assez de place pour un véhicule. A droite, les massifs blanchis par la neige, intimidants et magnifiques, et à gauche, une chute à pic, terrifiante, vers la vaste étendue du Skagafjordur balayé par les vents. Une erreur de conduite, une plaque de verglas et Ari Thor ne verrait jamais le lendemain. » (p39)

 Voilà, le décor est planté ! Moi qui aime tant la neige, le froid et les paysages tourmentés j’étais là plus que contentés, c’est un vrai rêve glacé que ce polar. En plus, cerise sur le gâteau, c’est un huis-clos et celles (et ceux) qui me lisent régulièrement savent à quel point les huis-clos me plaisent, j’adore les huis-clos, ils m’attirent d’une façon inconditionelles. Au départ c’était donc déjà gagné, ou presque :0)

Je ne suis pas sûre que l’enquête mené soit plus originale qu’une autre (quoi que les Nordiques excelent grandement dans les polars mais ce n’est qu’un avis personnel ;0) mais ce que j’ai adoré dans celui là c’est l’atmosphère, l’ambiance vraiment, vraiment tangible et prenante. J’y étais, et cela d’une façon certaine. J’avais froid (je grelottais même) je me sentais seule et perdue, j’avais même la même sensation de claustrophobie que ressentait Ari. J’ai adoré ce passage où la neige isole complètement cette petite ville perdu dans les montagnes. La route est coupé, il n’y a aucun moyen de quitter Siglufjördur.

Ari Thor est loin de tout, sa petite amie ne l’a pas suivi (en même temps en pouvait la comprendre et elle était tout de même prise de son côté par ses études), et suite à l’enquête, ces collègues ne prennent pas trop compte de son avis.  La grande maison dans lequel l’a installé Tomas, son chef, lui parait trop vaste et bien vide, il s’y sent seul. J’ai aimé ces passages de solitude où Ari cuisine du poisson, lit, dort. Le temps est comme figé dans la glace lui aussi. J’ai aimé cette neige qui tombe, tombe, sans faire du trève (oui, il neige énormément dans cette ville du Nord, je me suis régalée ;0) J’ai aimé cette lecture qui va lentement, qui prend son temps, et cela sans nous faire ressentir aucun ennui. Bref une vraie réussite pour moi. Le second tome, Mork, paraitra en poche début mars et je compte bien me jeter dessus.

«  Aussi loin que le regard portait, le monde était blanc. Le trottoirs des rues délavées étaient colonisés des congères aux reflets d’argent. Les montagnes étincelaient, l’étendue nacrée de leurs versants se tachetait par endroits de noir, le ciel pâle annonçait une chute de neige imminente. On aurait dit que la nature avait décrété une trêve, même si chacun savait que, tôt ou tard, le temps se couvrirait de nouveau. Aucune opération de déblayage de la route de Siglufjördur n’était prévue, du moins pour la journée. Les habitants étaient encore pris au piège. (p247) »

Lu par Margotte ;  « Détendez-vous ! ce nouvel auteur venu tout droit de l’Islande est pour vous ! Je vous garantis avec cette lecture deux ou trois jours frissonnants, entre congères et blizzards polairesComme l’annonce le sous-titre du roman, il s’agit d’un « huis-clos à l’islandaise ». Il se déroule à Siglufjördur, une petite ville perdue au nord de l’île. »

ClaudiaLucia ; « Ceci dit, un des intérêts du roman, entre autres, c’est ce dépaysement total dans une ville plongée dans la nuit hivernale, ensevelie sous des mètres de neige (Snjor, la neige) dont la seule voie de communication par la route est le plus souvent coupée par des avalanches, un lieu sans lien avec le reste du monde quand sévissent blizzards et tempêtes! Une ville où tout le monde se connaît avec ce que cela suppose de positif (l’amitié, la solidarité) mais aussi de négatif (le manque d’intimité, l’obligation des rapports sociaux même avec des gens que l’on n’aime pas, les racontars, les rumeurs malveillantes.). « 

Alex ;  » L’affaire en elle-même est assez classique. ce qui est intéressant, c’est le huit-clos créé par la tempête dans cette bourgade où tout le monde se connaît depuis la naissance. Un premier roman qui pose les bases du personnage sympathique et jeune du policier. »

Sandrion ;  » Le jeune Ari Thor, fraîchement sorti de l’école de police (après avoir longuement hésité à devenir prêtre, ce qui lui vaudra son surnom de « Révérend »), se voit proposer un poste à Siglufördur, au nord de l’Islande. Lorsqu’il annonce la nouvelle à sa petite amie Kristin, ça jette un froid (c’est le cas de le dire… on est en novembre et c’est parti pour un long hiver…) « 

Ma première participation au challenge littérature nordique de Margotte

Publié dans Littérature étrangère

Les nuits de laitue de Vanessa Barbara

Vanessa Barbara - Les nuits de laitue.

Le mot de l’éditeur ; « Otto et Ada partagent depuis un demi-siècle une maison jaune perchée sur une colline et une égale passion pour le chou-fleur à la milanaise, le ping-pong et les documentaires animaliers. Rien de ce que leurs voisins disent ou font ne leur échappe. Sans compter qu’Ada participe intensément à la vie du village, microcosme baroque et réjouissant – autant dire joyeusement peuplé de doux dingues. Il y a d’abord Nico, préparateur en pharmacie obsédé par les effets secondaires indésirables ; Aníbal, facteur fantasque qui confond systématiquement les destinataires pour favoriser le lien social ; Iolanda, propriétaire de chihuahuas neurasthéniques et portée sur la sagesse orientale ; M. Taniguchi, centenaire japonais persuadé )que la Seconde Guerre mondiale n’est pas finie ; Marina, anthropologue amateur qui cite Marcel Mauss en exterminant méthodiquement les cafards de sa voisine… Quant à Otto, lecteur passionné de romans noirs, il combat avec un succès mitigé ses insomnies à grandes gorgées de tisane à la laitue, tout en soupçonnant à juste titre les autres habitants du village de lui cacher quelque chose… 

 » Il trouvait déconcertant que sa femme ait disparu comme ça, du jour au lendemain ; c’est vrai, elle était vivante le lundi et, le mardi, elle n’existait plus. Comme ça, d’un coup. (p39) »

C’ est un vrai concentré vitaminé que ce roman, il est pétillant, et complètement loufoque. C’est un joyeux fouillis, un peu roman a suspense, roman a tiroirs, galerie de personnages gentiment décalés, ect. C’est original, joyeux et lumineux. C’est aussi tout à fait dépaysant, on passe dans un univers tout à fait particulier. Et puis c’est tendre avec ce couple de petits vieux, inséparables, collés l’un a l’autre, finissant par être presque identiques.

 » Ada et Otto avaient vieillis côte à côte et, à la fin, ils avaient pratiquement le même timbre de voix, le même rire, la même démarche. (p10)

A la fois doux et piquant, c’est touchant et drôle à la fois, émouvant avec les regrets d’Otto qui aurait bien passé encore beaucoup de temps avec son Ada.

 » C’était là une des plus grandes frustrations du viel homme ; tant de discussions inachevées, tant de choses interrompues, et elle n’avait même pas terminé de lui résumer l’épopée hindoue qu’elle lisait depuis le début de l’année. » (page 53)

C’est un joyeux quartier qu’habite Ada et Otto, Ada était à l’écoute de tout le monde et savait tous les petits secrets,  une joyeuse communauté, très spéciale aussi il faut l’avouer avec un pharmacien livreur dont la passion est de lire les notices, enfin surtout les effets indésirables des médicaments et la natation, même s’il est vraiment pas fait pour ça (c’est le cas de le dire puisqu’il manque de se noyer).  Il y a aussi un facteur qui est tellement doué (ou pas ;0) qu’ il se trompe et les courriers se mélangent et atterrissent au mauvais endroit, du coup les habitants du quartier entament des  correspondances avec des inconnus, ce qui est plutôt charmant. Il y a aussi les insomnies d’Otto qu’Ada essaye de soigner avec des infâmes tisanes aux laitues (d’où le titre ;0)

On ne s’y ennuie pas une seule seconde. Je dois avouer que c’est ce que j’ai apprécié le plus, ce couple tellement attendrissant, le reste pour moi était un peu secondaire, mais ce n’est qu’un avis personnel. Oh et j’oubliais, le personnage de M. Taniguchi m’a beaucoup ému également.

Un roman que j’ai vraiment aimé au final, qui faisait partie de mon top 10 2016 (clic) (Le livre date de 2015 mais je l’ai lu en 2016)

Lu par mots pour mots, Itzamna, Nadael, Cathulu, Lou, Des pages et des îles

 Ma participation a Mon challenge projet 52, billet rattrapage 1 /52 (je vous parle très vite de mon projet)

Publié dans Littérature étrangère

Délivrances de Toni Morrison

Editions Christian Bourgois, édition 2015, 197 pages. Traduit de                                                              l’anglais (Etats Unis) par Christian Laferrière

 » La haine qu’éprouvaient les Blancs, leur violence, était le carburant qui faisait tourner les moteurs du profit. Ainsi, après sa licence, il s’était tourné vers l’économie, son histoire, ses théories, afin d’apprendre comment l’argent avait déterminé chacune des formes d’oppression dans le monde et créé tous les empires, toutes les nations, toutes les colonies, en se servant de Dieu et de Ses ennemies pour récolter, puis masquer les richesses.  » ‘p129)

 Chez Toni Morrison vous êtes sûr de trouver des thèmes forts, des thèmes qui frappent secs. Bride n’a pas eu une enfance facile, ni heureuse. Elle a été élevé à la dure par une femme qui n’a jamais accepté sa couleur (sa mère était claire de peau). Pourtant Bride (nommé Lula Ann par sa mère) est superbe. Sa peau est noire bleutée, noir d’ébène. La rencontre avec un homme « créateur de personne totale » (un relookeur) est importante pour Bride. Dès lors, Bride ne s’habillera plus qu’en blanc.

 » Tu devrais toujours être en blanc, Bride. Rien qu’en blanc et tout en blanc, tout le temps » insistait Jeri…/… « Pas seulement à cause de ton nom, me disait-il, mais à cause de ce que ça fait à ta peau réglisse. Et le noir, c’est le nouveau noir. Tu vois ce que je veux dire ? Attends. T’es plus sirop de cacao que réglisse. Cela rappelle la crème fouettée et le soufflé au chocolat à chaque fois qu’on te voit. » (p45)

Bride prend conscience de sa beauté, les gens se retournent encore sur son passage, mais plus pour la même raison.

 » …/… ce n’étaient plus les regards légèrement dégoutés que je m’attirais quand j’étais gosse. Ces regards-ci étaient emplis d’adoration, stupéfaits, mais affamés. » (p46)

Le roman commence par l’effritement de Bride suite à deux évènements ; l’homme qui partage sa vie l’abandonne avec ses simples mots  » T’es pas la femme que je veux. » Pourtant il lui semblait que leur relation était sereine et simple. Cet abandon elle le vit très mal, cela bouscule ses certitudes. L’autre évènement est que Bride se fait copieusement casser la figure, mais je ne veux pas lever le mystère sur ce personnage qui lui inflige cela. Sachez juste que Bride a menti quand elle était enfant, un mensonge lourd de conséquences sur ce personnage là. Un mensonge qu’elle a fait pour avoir des miettes de tendresse et de reconnaissance de la part de sa mère. Après, c’est l’histoire d’un départ. Cette jeune femme prend la route pour retrouver l’homme qu’elle aime et qui l’a quitté d’une façon si brusque. Elle veut comprendre, elle veut savoir. Sur sa route il y aura une petite fille, dont l’enfance a été encore plus brutale que la sienne. Il y aura aussi de l’angoisse suite à quelque chose de très mystérieux ; son corps change, son corps évolu et elle ne maitrise ça en rien. Et puis on en apprend plus sur Booker, son homme, lui aussi traîne un passé douloureux, un deuil dans son enfance et dont il ne se remet pas.

Je me suis vraiment attachée aux personnages cabossés de Toni Morrison. C’est vraiment un roman qui vous emporte, qui vous empoigne. C’est douloureux, ça écorche mais c’est la vie, leurs vies… Un roman sur ce thème universel ; avoir un passé qui ne passe pas, et ça me touche à chaque fois… L’enfance, parfois, est une griffure qui peut peser sur toute une vie.

Lu pour les matchs de la rentrée littéraire 2015 Price Minister #MRL15 PM

Lu aussi par  Noukette ; « Toni Morrison occupe une place à part dans mon petit panthéon d’auteurs… C’est une voix qui m’a longtemps accompagnée, une voix forte, tantôt rageuse, tantôt caresse. Une voix qui dit les souffrances, la honte et les destins brisés comme personne. 

Philisine Cave ; « Toni Morrison peut écrire n’importe quel texte court, mon cœur de lectrice lui sera définitivement acquis. Elle a cette façon subtile d’aller à l’essentiel avec un phrasé travaillé mais d’une simplicité déconcertante. Il n’y a aucune vulgarité chez elle même lorsqu’elle relate des faits divers sordides. Et pourtant, on ne peut pas dire qu’elle ménage son lectorat avec Délivrances (titre sublime au pluriel : c’est volontaire et veut tout dire). »

Alex ;  » Un roman sur l’importance de la parole pour se délivrer du poids des secrets. »

Jérôme ;  » Dans ce roman choral, Toni Morrison s’écarte de ses travaux précédents autour de la mémoire collective pour s’intéresser à la mémoire individuelle à travers deux quêtes personnelles, celles de Bride et Booker.

Jostein ;  » Toni Morrison nous livre une nouvelle fois un roman sur l’enfance et la ségrégation. Car, là est la vocation de l’auteur, défendre cette cause, redonner la parole aux enfants meurtris à cause de leur couleur. Et pour dévier le drame ou peut-être lui donner une dimension supérieure, elle ajoute une pointe de mystère, de fantastique. Comme si le seul chemin de délivrance était de s’évader dans une autre dimension. »

Pour le challenge 1% rentrée littéraire chez Hérisson  RL2015 1/6

Et ce livre sera aussi ma première pépite chez Galea 

Publié dans Littérature étrangère, Policier ou thriller

L’hypnotiseur de Lars Kepler

 » Je citais souvent William Faulkner :  » Le passé ne meurt jamais ; il n’est même jamais passé. » J’entendais par là que chaque petite chose arrivée un jour à une personne la suit dans le présent. Chaque expérience influence chacun de nos choix, et, dans le cas d’expériences traumatiques, le passé prend pour ainsi dire le dessus sur le présent. » (p309)

Le mot de l’éditeur ;  » Erik Maria Bark, un psychiatre spécialisé dans le traitement des chocs et traumas aigus, a longtemps été l’un des rares véritables experts de l’hypnose médicale. Jusqu’au jour où une séance d’hypnose profonde a mal, très mal tourné. Sa vie a frôlé l’abîme et, depuis, il a promis de ne plus jamais hypnotiser. Dix années durant, il a tenu cette promesse. Jusqu’à cette nuit où l’inspecteur Joona Linna le réveille. Il a besoin de son aide. Josef, un adolescent, vient d’assister au massacre de sa famille. Sa mère et sa petite soeur ont été poignardées, mutilées et dépecées sous ses yeux. Le corps lardé de centaines de coups de couteau, Josef vient d’être hospitalisé, inconscient et en état de choc. Mais il est le seul témoin du carnage et Joona Linna, pris dans une course contre la montre, veut l’interroger sans tarder. Car tout indique que l’assassin est maintenant aux trousses de la soeur aînée de Josef, mystérieusement disparue. Et pour lui, il n’y a qu’une façon d’obtenir un quelconque indice de l’identité du meurtrier : hypnotiser Josef. Tandis qu’il traverse un Stockholm plus sombre et glacial que jamais, Erik sait déjà que, malgré toutes ses protestations, il brisera sa promesse pour tenter de sauver une vie. « 

Voilà une expérience de lecture assez forte. Le meilleur thriller que j’ai pu lire ses dernières années. D’ailleurs je tournais autour déjà depuis quelque temps. Les circonstances ont fait que ma soeur l’a emmené en vacances et j’ai enfin pu le lire. J’ai une attirance et une curiosité assez forte par rapport à l’hypnose depuis toujours, je dirais même plus ; une fascination certaine. Quand à cette évidence ; ce passé qui ne passe jamais, c’est juste une évidence pour moi… Le passé reste accroché à nous, tel de la mousse à des rochers, il ne nous quitte pas, il est là, on apprend juste à vivre avec. Avoir un passé qui ne passe pas est juste une phrase faite pour moi.

L’histoire est vraiment terrifiante, les corps retrouvés sont dans un sale état, c’est un massacre. C’est un peu ce qui me faisait peur et cela m’a longtemps fait hésiter à lire ce livre. Je n’aime pas les détails gores et la violence exacerbée. Mais j’ai été tellement entraînée par ces pages que je n’ai pas eu le temps de m’appesantir sur cela. Je l’ai presque lu en retenant mon souffle. Mais il faut bien l’avouer ; c’est noir, très noir… Il y est question de folie, d’obsessions, d’enfant qui disparaisse, de jeunes gens qui persécutent, bref c’est pas joyeux, joyeux. Néanmoins je conseille très fortement. On est loin de la Suède chaleureuse et douce d’Ikea, l’atmosphère est sombre, déprimante, les personnages sont de ceux que l’on a aucune envie de fréquenter, seuls l’hypnotiseur (ainsi que sa famille) et l’inspecteur semblent « normaux ». J’ai adoré la description des séances où l’hypnotiseur tombe dans l’hypnose avec ses patients avec sa propre perception qu’il en a, celle de descendre dans la mer, c’est très imagée et très beau ;  » Je me tournai vers l’intérieur, lâchai prise et plongeai à travers l’eau dans une cage d’ascenseur obscure. Nous nous trouvions dans une épave ou dans une maison inondée. Un courant d’eau frais remontait vers moi. Des bulles d’air et des petits bouts de varech dépassaient…/… Au bout de vingt minutes peut-être, nous étions tous au fond de l’eau, sur un sol en acier parfaitement lisse. ça et là, des coquillages isolés avaient trouvé prise sur le métal. Des algues s’étaient accumulés par endroits. Un crabe blanc traversa la surface plane.  » (p350) D’habitude j’oublie très vite les thrillers que je lis, celui ci me restera longtemps en mémoire.

 » Je n’avais jamais compris pourquoi ma propre transe, qui avait toujours lieu parallèlement à l’hypnose des patients, se déroulait invariablement sous l’eau. Mais j’aimais l’image de l’eau, elle était claire et confortable et j’avais pris l’habitude de lire à travers elle les nuances du cours des événements. Tandis que je plongeais dans la mer, mes patients voyaient tout autre chose, ils tombaient dans leurs souvenirs, dans leur passé, se retrouvaient dans la chambre de leur enfance, dans des endroits de leur jeunesse, dans le chalet d’été de leurs parents ou le garage de la fille d’à côté. Ils ignoraient que pour moi ils se trouvaient en même temps dans les profondeurs de la mer, tombant lentement d’un gigantesque récif corallien, d’une plaine abyssale ou de la paroi rocailleuse d’un rift océanique. Dans mon esprit, nous plongions maintenant tous ensemble dans l’eau bouillonnante. » (p311)

Littérature suédoise, traduit par Hege Roel-Rousson et Pascale Rosier

Editions Actes sud 2010, existe en Babel également

Publié dans Littérature étrangère

Vacances à l’anglaise de Mark Haddon

 Le mot de l’éditeur ; « Pour se réconcilier avec sa soeur Angela, Richard a l’idée saugrenue de l’inviter à passer des vacances au pays de Galles en compagnie de sa petite famille. Mais dans ce coin du bout du monde, il pleut sans discontinuer, le premier village est à des kilomètres, et les portables ne fonctionnent pas ! Quatre adultes, trois ados et un enfant, qui se connaissent à peine, se retrouvent coincés là pour une semaine.
Jeux de société, conversations de circonstances, promenades… En apparence, la cohabitation semble bien se dérouler. Mais intérieurement, chacun rumine de vieux griefs. De toute part on fomente des alliances, des conquêtes et des trahisons… avant de prôner la réconciliation. Bref, le bonheur des vacances en famille. Une brillante comédie de moeurs, un regard irrésistible sur les relations familiales, où l’on retrouve la patte de l’auteur du Bizarre Incident du chien pendant la nuit. »

 » Il n’avait pas eu l’intention de mettre le sujet sur le tapis. C’était comme de la terre contaminée ; tant qu’on ne creusait pas, il n’y avait aucun danger. » (p78)

Voilà une expérience de lecture étrange et surréaliste mais tout à fait réussi au final. Pourtant au début je n’étais pas du tout convaincue (au début de ma lecture j’étais tombée sur un billet de Cathulu  (clic) et nous avions eu un échange de commentaires ou je lui disais que j’étais un peu déstabilisée), j’ai eu du mal à me faire au style de l’auteur, il passe d’un protagoniste à un autre sans que cela soit très clair. Mais maintenant que je l’ai fini je peux vous dire que les personnages vous resteront longtemps en tête. Ils sont atypiques, d’une certaine façon dysfonctionnels, si j’osais je dirais même un peu disjonctés mais terriblement humains dans leurs fragilités et leurs côtés, justement, un peu bancals. J’ai adoré aussi cette ambiance de maison de vacances, partagée en famille, si bien rendue. On a l’impression d’y être. Cette grande maison dans la campagne anglaise, où la pluie s’invite parfois, où on vit les uns à côté des autres et bien ça donne  quelque chose de pas vraiment serein, ça bouge, c’est mouvementée et chacun de son côté se bat avec quelque chose. Parfois évidemment tout cela se mélange et ça explose évidemment…

Autant au début c’était difficile mais vers la fin je freinais un peu, je n’avais tout simplement pas envie de le finir et de quitter cette maison et cette famille. J’ai trouvé les personnages adolescents vraiment réalistes et bien croqués. Les thématiques de leurs problèmes sont sérieuses et loin d’être frivoles (comme c’est parfois le cas avec les personnages d’ados). On y rencontre le spectre de l’homosexualité (pas clairement défini) et celui d’ un harcèlement scolaire avec une photo prise sur le vif et partagé sur le net. Quand aux adultes ce n’est guère plus réjouissant, une jeune femme se débat avec un deuil non digéré et une autre a honte de son passé. Les hommes ne sont pas en reste mais j’ai envie de rester flou histoire que vous découvriez tout cela par vous même. N’oublions pas aussi le personnage de Benjy, le plus petit, qui malgré son jeune âge est déjà un personnage complet et très intéressant. Et puis le cadre est beau, ce qui fait que l’on prolongerait bien le séjour ;  » à bien y réfléchir c’était vraiment beau ici, cette immense cuvette verdoyante, les nuages qui changeaient de forme en se déplaçant, l’odeur du feu de bois.«  (p 33) Moi qui aime la pluie, comment ne pas être charmée par ce passage là, si poétique ;

 » Elle arrive, tel un immense rideau gris traîné depuis le sommet des collines, les champs maculés, assombris. Un bruit de gravier mouillé qui viendrait s’écraser comme les vitres. Les gouttières se remplissent et glougloutent, l’eau jaillit du pied des tuyaux de descente. Les gouttes ricochent en éventail sur le dossier du banc, sur les marches de pierre et sur le toit, lustré de la Mercedes. L’eau se rassemble et s’écoule dans les ornières de l’allée, elle dégouline dans la cheminée, elle tinte et pétille sur le métal brûlant du poêle, elle se faufile à travers le vieux mastic qui maintient les vitres à petits carreaux et forme des flaques sur les appuis de fenêtre. La pluie presque horizontale maintenant, vivant graphique de la force du vent. Tous les repères extérieurs effacés, plus d’horizon, plus de lignes stables. La maison a décollé, l’orage l’emporte et la fait voler sur une substance qui n’est ni tout à fait de l’air ni tout à fait de l’eau…/…. » (p232)

Et puis j’ai adoré ce rapport si complice entre les frères et la soeur,  Alex, Daisy et le petit Benjy comme dans ces passages là ;

 » Alex lui prépara une assiette de fromage et de galettes d’avoine avec un assortiment de sauces et ils s’assirent côte à côté pour manger, leur solidarité rayonnante expulsant peu à peu tous les autres de la pièce, à part Benjy. » (p263)

Alors Benjy se leva du banc, fit le tour et vint s’asseoir de l’autre côté de Daisy, il passa son bras autour d’elle et dit ; Daisy sandwich, parce que c’était ce qu’ils lui faisaient, avant, quand il avait du chagrin. Ils se serrèrent les uns contre les autres, puis se lâcherent. » (p264)

Tellement émouvant le dessin, que Benjy lors du départ, laisse dans le livre d’or ;

 » Il passa vingt minutes à couvrir une double page d’un dessin compliqué de la maison et du jardin. Le crâne de cheval, la mare avec le frai de grenouilles, les lettres G et F entrelacées dans le fer forgé ornemental rouillé de la grille, au pied de la colline. Tout le monde admira le dessin, il était super, meilleur en un sens qu’un vrai dessin d’adulte, les lignes de traviole, l’échelle bizarre, les détails excentriques, parce c’était l’image qu’ils conserveraient tous de cet endroit, rien ne sera tout à fait conforme à la réalité, des éléments ajoutés, des éléments retirés. Le poêle occupera une grande place pour Angela, la remise pour Alex. Tout le monde oubliera la girouette en forme de renard. » (p338)

Je crois que j’ai eu autant de mal à partir que les personnages (peut-être plus ;0) D’autres passages que j’ai adorés ;

 » Elle se regarda dans la glace et reconnut l’animal enfermé en elle qui grandissait, qui mangeait, qui réclamait. Elle aurait tellement voulu avoir l’air quelconque pour que le regard des autres glisse sur elle. Maman avait tort. Le problème n’était pas de croire ceci ou cela, ce n’était pas une question de bien ou de mal, de justice ou d’injustice. Il s’agissait seulement de trouver la force de supporter l’embarras indissociable de l’existence dans ce monde.  » (p36)

 » Elle regarda autour d’elle. Un paysage nu et désolé, on ne voyait plus aucun champ désormais, juste une lande de montagne déserte, au loin, les collines noires sous le ciel massif blanc cassé. Où était sa veste ? L’enfer ressemblait peut-être à cela. Pas de feu, pas de cohorte de démons, mais un nulle part glacial et vide, le coeur aspirant désespérément à un peu de chaleur, un peu de compagnie, et l’esprit le sermonnant ; ne te leurre pas, tu ne les trouveras pas ici.  » (p203)

J’ai franchement adoré cette lecture et cette famille fera partie désormais de mes intimes, je ne les oublierais pas de sitôt. J’espère vous avoir convaincus de vous lancer dans cette lecture, oui vraiment…

Vacances à l’anglaise

Mark Haddon

Traduit de l’anglais par Odile Demange

Editions du Nil, 2014

 Pour le mois anglais chez  Lou, Titine et Cryssilda