Publié dans Littérature étrangère

J’ai toujours ton coeur avec moi de Sofia Bjarnadottir

Soffia Bjarnadottir - J'ai toujours ton coeur avec moi.

Source éditeur ;  » Phénix excentrique tant de fois ressurgi de ses cendres, Siggy n’est plus. Elle qui n’a jamais été là pour personne a légué à sa fille Hildur son mal étrange et une petite maison jaune sur l’île de Flatey. Une lettre de sa mère pour seul viatique, Hildur s’embarque vers ce point minuscule perdu dans l’océan. Avec pour ange tutélaire l’homme aux yeux vairons. Et une foule de souvenirs sans pareils – les extravagances de Siggy et de son voisin Kafka, les mantras de grand-mère Laretta contre les idées noires, l’appel des phoques sacrés ou les fantômes de la rue Klapparstigur… Qui tous portent la promesse d’une singulière renaissance. Comme une consolation venue d’ailleurs, J’ai toujours ton coeur avec moi est la belle chronique de ces jours sans boussole – mélancolique, insolite et décalée. »

 » La neige qui recouvre la petite île de Flatey m’oblige à regarder droit dans les yeux cette argile dont je suis issue. Je frissonne. Je me mets en chemin le long du sentier vers le petit village, la clé comme une arme serrée dans ma main. Théofilus m’a dit de ne pas m’inquiéter, que la maison jaune était libre. La seule chose qui compte, c’est que Siggy est passée dans l’au-delà et qu’elle ne reviendra pas. Ma maman qui jamais n’endossa le rôle de mère. (p35)

Vous le savez, j’ai une vraie fascination pour la littérature nordique. Il y a quelque chose de très particulier dans ces lectures, toujours une atmosphère très forte, c’est à chaque fois une véritable fascination qui opère. C’est encore une fois le cas pour ce roman là, il y a à la fois un côté extrêmement fantasque et étrange et un autre terriblement émouvant. Hildur à vécu des moments tellement durs et difficiles avec sa mère qu’elle nous apparaît forcément touchante.

Il faut accepter de se laisser porter par l’étrangeté de cette lecture, une fois cela fait il n’y aura plus rien qui vous empêchera de succomber à son charme. C’est beau, troublant, mais aussi d’une tristesse tenue. Il y a des pages qui flirtent sur le fil mince de la réalité mais aussi d’autres qui vous font pénètrer dans un monde éthéré et brumeux.

Il y a une enfance difficile à avaler, une mère qui ne semble pas être très doué pour ce rôle. Il y a une maison jaune, sur une île qui attend Hildur avec patience. Il y a un voyage sur un bateau, qu’Hildur prend pour rejoindre cette petite maison jaune, lèguée par sa mère tout juste décédée. Il y a ces pages où l’on comprend que cette mère était très singulière et qu’Hildur à du mal avec son enfance, qu’elle traine comme un boulet. Siggy et sa blessure, dont on ne saura rien.

Il y a la liberté, après laquelle Hildur coure, un peu jalouse justement de celle que possèdait sa mère, un peu folle peut-être mais affranchie.

Il y a des mouches noires et des plumes blanches sur les vitres des fenêtres, des araignées qui s’écrient ; « viens » et de la boue qui remplace le sang dans les veines. Des errances et des perditions donc.

Mais, et heureusement,  il y a aussi des petites lumières dans ses pages et dans la vie d’Hildur. Son frère Pétur qui la console, qui la protège. Pétur qui « fut mon père et ma mère lors des neuf premières années de ma vie » (p124). Il y a sa grand-mère Laretta, chez qui elle vivra quelque temps, qui lui offre solidité et affection  » Lorsque je n’avais personne vers qui me tourner, je savais qu’elle me prendrait sous son aile » (p68). Il y a l’ancien compagnon de sa mère, Kafka, avec qui elle échangera quelques mots, des souvenirs et avec lequel elle pourra peut-être se laisser aller à un peu de chagrin. Kafka, le seul finalement à à comprendre ce qu’elle ressent.

Il y a cet homme aux yeux vairons, rencontré sur le bateau, cet homme aux yeux lumineux qui enchantera quelques moments qu’Hildur passera sur l’île  » Je n’ai plus envie de lacher sa main. Je ne peux m’empêcher de fixer les lueurs de son regard. Cet homme est un phare que je dois suivre pour ne pas me laisser happer par les ténèbres » (p32). Et puis il y a la présence de cette maison, très forte et marquante. Cette maison jaune, comme un refuge pour Hildur, où elle se retrouvera enfin face à elle-même, à ses sentiments face à cette mère si particulière. Il y a ses promenades sur l’île, ses souvenirs marchant à ses côtés, tels des présences évanescentes. Il y a Tumi aussi, Tumi dont je ne vous dirais rien…

Au final de superbes pages, une écriture ciselée, de la poésie, de la mélancolie, de la grisaille parfois. Mais aussi de la luminosité. C’est ce mélange délicat qui donne un grand charme à ce roman. J’ai été totalement conquise, j’espère donc que vous le serez autant que moi. Je le relirais d’ailleurs avec grand plaisir ! (et finalement je me demande à quelle distance j’ai été d’un coup de coeur, pas très loin assurément. Mais peut-être, lors de mon bilan annuel, il en sera devenu un !)

 » Aussi loin que je me souvienne, maman a toujours brûlé de l’intérieur. Comme Narcisse, elle était en quête de sa propre flamme. Du feu originel. Dans ma jeunesse, elle possédait les pouvoirs caractéristiques du phénix. Un oiseau millénaire qui bat des ailes et renaît de sa propre déchéance. Régulièrement, elle rejaillissait des cendres, belle et fraîche, le soleil éclairant son visage. Impossible d’endurer la vie avec de tels personnages. Terre calcinée et odeur de brûlé à chaque pas » (p34)

Lu par Aifelle, CathuluAnne, Jérôme, Kathel,  Club boréal, Folavril

Lu pour le challenge « Objectif PAL » dAntigone  

Lu pour le challenge Littérature Nordique de Margotte

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Publié dans Lecture addictive, Littérature étrangère, Policier ou thriller

Snjor de Ragnar Jonasson

Le mot de l’éditeur ; « Siglufjördur, ville perdue au nord de l’Islande, où il neige sans discontinuer et où il ne se passe jamais rien. Ari Thór, qui vient de terminer l’école de police à Reykjavik, y est envoyé pour sa première affectation. Mais voilà qu’un vieil écrivain fait une chute mortelle dans un théâtre et que le corps d’une femme est retrouvé, à moitié nu, dans la neige. Pour résoudre l’enquête, Ari Th¿r devra démêler les mensonges et les secrets de cette petite communauté à l’apparence si tranquille. « 

« Les derniers kilomètres avant d’atteindre le tunnel ne ressemblaient à rien de ce qu’Ari Thor connaissait. La route sinuait à flanc de montagne en laissant juste assez de place pour un véhicule. A droite, les massifs blanchis par la neige, intimidants et magnifiques, et à gauche, une chute à pic, terrifiante, vers la vaste étendue du Skagafjordur balayé par les vents. Une erreur de conduite, une plaque de verglas et Ari Thor ne verrait jamais le lendemain. » (p39)

 Voilà, le décor est planté ! Moi qui aime tant la neige, le froid et les paysages tourmentés j’étais là plus que contentés, c’est un vrai rêve glacé que ce polar. En plus, cerise sur le gâteau, c’est un huis-clos et celles (et ceux) qui me lisent régulièrement savent à quel point les huis-clos me plaisent, j’adore les huis-clos, ils m’attirent d’une façon inconditionelles. Au départ c’était donc déjà gagné, ou presque :0)

Je ne suis pas sûre que l’enquête mené soit plus originale qu’une autre (quoi que les Nordiques excelent grandement dans les polars mais ce n’est qu’un avis personnel ;0) mais ce que j’ai adoré dans celui là c’est l’atmosphère, l’ambiance vraiment, vraiment tangible et prenante. J’y étais, et cela d’une façon certaine. J’avais froid (je grelottais même) je me sentais seule et perdue, j’avais même la même sensation de claustrophobie que ressentait Ari. J’ai adoré ce passage où la neige isole complètement cette petite ville perdu dans les montagnes. La route est coupé, il n’y a aucun moyen de quitter Siglufjördur.

Ari Thor est loin de tout, sa petite amie ne l’a pas suivi (en même temps en pouvait la comprendre et elle était tout de même prise de son côté par ses études), et suite à l’enquête, ces collègues ne prennent pas trop compte de son avis.  La grande maison dans lequel l’a installé Tomas, son chef, lui parait trop vaste et bien vide, il s’y sent seul. J’ai aimé ces passages de solitude où Ari cuisine du poisson, lit, dort. Le temps est comme figé dans la glace lui aussi. J’ai aimé cette neige qui tombe, tombe, sans faire du trève (oui, il neige énormément dans cette ville du Nord, je me suis régalée ;0) J’ai aimé cette lecture qui va lentement, qui prend son temps, et cela sans nous faire ressentir aucun ennui. Bref une vraie réussite pour moi. Le second tome, Mork, paraitra en poche début mars et je compte bien me jeter dessus.

«  Aussi loin que le regard portait, le monde était blanc. Le trottoirs des rues délavées étaient colonisés des congères aux reflets d’argent. Les montagnes étincelaient, l’étendue nacrée de leurs versants se tachetait par endroits de noir, le ciel pâle annonçait une chute de neige imminente. On aurait dit que la nature avait décrété une trêve, même si chacun savait que, tôt ou tard, le temps se couvrirait de nouveau. Aucune opération de déblayage de la route de Siglufjördur n’était prévue, du moins pour la journée. Les habitants étaient encore pris au piège. (p247) »

Lu par Margotte ;  « Détendez-vous ! ce nouvel auteur venu tout droit de l’Islande est pour vous ! Je vous garantis avec cette lecture deux ou trois jours frissonnants, entre congères et blizzards polairesComme l’annonce le sous-titre du roman, il s’agit d’un « huis-clos à l’islandaise ». Il se déroule à Siglufjördur, une petite ville perdue au nord de l’île. »

ClaudiaLucia ; « Ceci dit, un des intérêts du roman, entre autres, c’est ce dépaysement total dans une ville plongée dans la nuit hivernale, ensevelie sous des mètres de neige (Snjor, la neige) dont la seule voie de communication par la route est le plus souvent coupée par des avalanches, un lieu sans lien avec le reste du monde quand sévissent blizzards et tempêtes! Une ville où tout le monde se connaît avec ce que cela suppose de positif (l’amitié, la solidarité) mais aussi de négatif (le manque d’intimité, l’obligation des rapports sociaux même avec des gens que l’on n’aime pas, les racontars, les rumeurs malveillantes.). « 

Alex ;  » L’affaire en elle-même est assez classique. ce qui est intéressant, c’est le huit-clos créé par la tempête dans cette bourgade où tout le monde se connaît depuis la naissance. Un premier roman qui pose les bases du personnage sympathique et jeune du policier. »

Sandrion ;  » Le jeune Ari Thor, fraîchement sorti de l’école de police (après avoir longuement hésité à devenir prêtre, ce qui lui vaudra son surnom de « Révérend »), se voit proposer un poste à Siglufördur, au nord de l’Islande. Lorsqu’il annonce la nouvelle à sa petite amie Kristin, ça jette un froid (c’est le cas de le dire… on est en novembre et c’est parti pour un long hiver…) « 

Ma première participation au challenge littérature nordique de Margotte

Publié dans Littérature étrangère

Le cheval soleil de Steinunn Sigurdardottir

Le cheval de soleil

Roman Islandais
Ce livre là a une très grande présence, il ne peut pas laisser indifférent, ça c’est une évidence. Quelques heures après l’avoir terminé, il continue à faire son chemin et j’y suis restée très ancrée.
C’est un livre a la fois lumineux par l’écriture mais très sombre dans son propos.
Mais je ne sais pas si je pourrais classer ce livre là dans mes coups de coeur.

Féeries d'Islande - - Vos plus belles photos d'Islande

Je suis plutôt mitigée et hésitante, est ce que j’ai aimé ?
Bien sûr il contient des phrases magnifiques mais on dirait que quelque chose manque pour lier le tout. Un livre, je pense, qui mériterait une autre lecture de ma part, un peu plus tard, peut-être

.Féeries d'Islande - - Vos plus belles photos d'Islande

Lî vit à Reykjavik, dans ce pays magnifique qu’est Islande.
Lî ( son vrai prénom est Lilla mais son amoureux en décide autrement ) n’a pas eu une enfance très facile, ses parents sont plutôt déficients. Sa mère est très (trop) investie dans sa course contre la mort pour les enfants qu’elle soigne pour s’apercevoir qu’elle a des enfants.
Et son père est plutôt du genre immature et incapable de jouer son rôle de père…
Elle a un frère Mummi dont elle est très proche et ils ont une belle relation tout les deux, l’absence relative de leurs deux parents ne les empêche pas de vivre leurs vies d’enfants et de faire quelques bétises…
Le jour où Magda disparait sans qu’elle n’en ai aucune explication, c’est à Lî de s’occuper de la lessive et d’un minimum de l’entretien de la maison. On se demande d’ailleurs si sa mère se préoccupe de quoi que ce soit à ce sujet.
Un jour Haraldur rentre à la maison (elle appelle ses parents par leurs prénoms, preuve qu’ils n’ont pas ce statut là ) et sans aucune autre forme de procès, l’emmène chez le coiffeur pour lui faire couper ses superbes tresses. Tout ça parce qu’il n’y a plus personne pour lui natter les cheveux et qu’ils ne ressemblaient plus à rien. Bien sûr, cela ne se passe pas très bien et s’ensuit une scène plutôt éprouvante, avec une mère et une seringue, et la peur d’une anesthésie définitive.

…:/…  » – Ne bouge pas, dit Ragnhildur en me frottant la cuisse.
Je ne voyais pas ce qu’elle faisait et je ne sentis rien, mais elle m’avait naturellement fait une piqûre en commençant par frotter l’endroit pour que je ne sente pas la pénétration de l’aiguille.
Mais pourquoi faisait-elle cela ? J’avais lu des histoires d’injections mortelles dans des livres d’adultes et aussi qu’on éliminait des enfants, mais je ne connaissais pas d’exemples de mères qui s’en fussent rendues coupables, si ce n’est quand on exposait les enfants comme dans les légendes, et c’était fait alors dès la naissance…/…

Et plus loin :

…/… Les jours suivants, je fis gaffe à ne pas me trouver sur le chemin de Ragnhildur, des fois que l’anesthésie définitive aurait véritablement échoué. Si je me rappelais à son bon souvenir, je courrais encore plus le risque qu’elle ne recommence…/…

Bon, malgré tout cela Lî grandit, elle noue des rapports amicaux avec une mère de substitut qui lui apporte un peu de la chaleur dont elle manque.
Mais là aussi, cela tourne très mal.
Après Lî rencontre son amoureux , prend la décision de rompre avec lui (on se saura d’ailleurs jamais pourquoi), devient infirmière, travaille au service des soins palliatifs, se marie avec un autre et a deux petites filles. Plus tard son amoureux reviendra se mettre sur sa route et…!!!
Lisez le, pour vous faire votre propre opinion !
De très beaux passages :

…/… Je n’ai plus les mains jeunes ni les yeux transparents. Quiconque a vu mourir autant de gens que moi et essayé de leur faire du bien quand ils étaient vivants, à moitié morts et défunts, ne peut avoir les yeux limpides ni les mains soignées…/…

…/… La cuisine, royaume de Ragnhildur, s’éclaircit et je ressentis quelque chose qui ressemblait à de la gratitude tout en m’attardant sur le seuil à regarder le vieux visage de ma mère, de Ragnhildur, qui dans son entêtement à être bonne, l’était trop pour pouvoir penser à ses propres enfants en bonne santé aux dépens des enfants malades de l’hôpital, si tant est qu’elle fût consciente d’avoir des enfants…/…

…/… Toute l’existence, une tripotée de compensations pour quelque chose qui manque. Sauf que toi et moi à Fljotshlid, nous attraperons peut-être l’arc en ciel par la queue, et pas seulement son ombre…/…

…/… Elle se soupçonnait elle-même d’avoir choisi la profession d’infirmière, avec les soins palliatifs comme spécialité, pour estomper le regret qu’elle avait de son amoureux, la nostalgie des caresses justes et d’une présence à cent pour cent. Car c’était surtout au seuil de la mort des autres qu’elle oubliait de penser les pensées principales : ça me serait égal de n’avoir pas existé. Il aurait mieux valu ne pas avoir à exister…/…

et le dernier :

…/… Ce serait un matin de mai. Cela ne pouvait être le matin d’aucun autre mois. Après avoir hésité, s’être détournée avec dédain, être partie en claquant la porte, après avoir été d’une lenteur intolérable à passer et s’être finalement mise en route avec des secousses, la vie commençait enfin, elle était sur sa lançée et , qui plus est, un rêve s’était réalisé. Un seul rêve et il n’y en avait pas d’autres…/…

Bon, je me rends compte que j’ai notée beaucoup de pages et ça c’est un signe qui ne trompe pas… C’est un livre qui m’a marqué.
Je pense qu’il mérite vraiment que vous lui donniez sa chance. Mais il faut mieux y plonger en étant avertie : ce livre n’est pas d’une gaieté folle ! Je serais curieuse de voir ce que vous en penserez…
Je dois vous avertir que j’ai une grande passion pour les romanciers Islandais ou Irlandais, bref tous des auteurs du Nord. Il y en aura d’autres.
Une précision encore, pour moi la matière première d’un livre, son coeur, se trouve dans son contenu. C’est pourquoi vous trouverez toujours énormément d’extraits dans ce blog !