Le temps est assassin de Michel Bussi

Le mot de l’éditeur :  » Eté 1989 La Corse, presqu’île de la Revellata, entre mer et montagne. Une route en corniche, un ravin de vingt mètres, une voiture qui roule trop vite… et bascule dans le vide. Une seule survivante : Clotilde, quinze ans. Ses parents et son frère sont morts sous ses yeux. Eté 2016 Clotilde revient pour la première fois sur les lieux de l’accident, avec son mari et sa fille ado, en vacances, pour exorciser le passé.
A l’endroit même où elle a passé son dernier été avec ses parents, elle reçoit une lettre. Une lettre signée de sa mère. Vivante ?  » (source Decitre)

Le temps est assassin est une de mes lectures de vacances de l’année dernière. Idéale à lire sous le soleil et sur une plage brûlante ☺ La couverture déjà est une incitation au farniente doré, une plage sublime, une eau couleur lagon, bref on s’y verrait bien. Et puis le sujet m’a semblé tout à fait sympa. Je n’avais jamais lu Michel Bussi et depuis le temps que je le voyais sur les blogs, le résumé me disait que celui ci était parfait pour une première approche. Et puis la Corse quoi….  comment résister franchement 😃

Alors verdict ?!! Et bien c’est assurément à classer dans le style addictif ! J’ai lu d’une traite la deuxième partie du roman sans pouvoir m’arrêter. Juste impossible à lâcher ! Clotilde et son histoire terrible, Clotilde la survivante, Clotilde qui en quelques secondes a perdu toute sa famille ; ses parents et son frère. Du temps d’après il n’est presque rien dit. Le livre commence alors que Clotilde revient en Corse, en vacances avec son mari et leur fille unique. Mais elle n’est pas seulement là pour bronzer, Clotilde est en quête de réponses, comment donner un sens à ce qui s’est passé quand elle était encore une simple ado ? Ni son mari ni son ado de fille ne semble vraiment touchés par le drame qu’elle a vécu, drame toujours non digéré par Clotilde (forcément, comment vivre après cela ?)). Clotilde se sent un peu seule, mais cela ne l’empêche pas de chercher la vérité malgré cela. Il y a le personnage du grand-père aussi, très fort et imposant, un homme de conviction, dans le genre solide et tête dur (très dur même ;0)

Dès son arrivée les évènements étranges commencent, et surtout le plus déstabilisant est là ; une lettre écrite par sa défunte mère. Comment sa mère pourrait-elle être encore en vie alors qu’elle est tombée dans le ravin avec les autres ? Mais si ce n’est pas elle, qui pourrait écrire ainsi à Clotilde et remuer le passé ? La vérité ne prendra corps que dans les dernières pages et je dois dire que le final m’a étonné, il est plutôt bien amené. La fin se dévore vraiment et on reste tout de même comme deux ronds de flan (😝 !!!)  devant ce dénouement qui nous est donné. En conclusion vous l’avez compris je recommande vraiment, une excellente lecture dans le genre addictif, à lire les pieds dans l’eau ; d’abord vous ferez un voyage tout à fait sublime dans cette Corse magnifiée, et puis c’est tout à fait entrainant (même si une histoire extrêmement cruelle, oui mais chut….)

Eté 2016, Presses de la cité

Police d’Hugo Boris

Le mot de l’éditeur ;  » Ils sont gardiens de la paix. Des flics en tenue, ceux que l’on croise tous les jours et dont on ne parle jamais, hommes et femmes invisibles sous l’uniforme. Un soir d’été caniculaire, Virginie, Érik et Aristide font équipe pour une mission inhabituelle : reconduire un étranger à la frontière. Mais Virginie, en pleine tempête personnelle, comprend que ce retour au pays est synonyme de mort. Au côté de leur passager tétanisé, toutes les certitudes explosent. Jusqu’à la confrontation finale, sur les pistes de Roissy-Charles-de-Gaulle, où ces quatre vies s’apprêtent à basculer.  En quelques heures d’un huis clos tendu à l’extrême se déploie le suspense des plus grandes tragédies. Comment être soi, chaque jour, à chaque instant, dans le monde tel qu’il va ?  »

 » Elle s’était promis que sa vie ne changerait pas radicalement, qu’elle garderait du temps pour elle, ne se laisserait pas déborder. Sa mère, ses tantes, ses amies, peut-être, parce qu’elles avaient manqué de vigilance. Mais elle n’y avait pas coupé, elle non plus, sa vie avait été retourné comme un sac. »

Ce qui m’a attiré dans ce roman tout d’abord c’est ce huis-clos, en effet tout se passe (ou presque) dans une voiture de police. Ils sont trois pour reconduire un migrant à la frontière, via l’aéroport de Roissy Charles de Gaule. Mais c’est aussi un roman sur l’intime, Virginie est déstabilisée par l’acte qu’elle doit subir le lendemain (acte qu’elle a choisi) un avortement. Virginie est enceinte de son collègue Aristide mais il n’est pas son mari. Elle a pris cette décision mais ce n’est pas pour autant que cela  ne l’attriste pas, d’autant plus qu’Aristide vit très mal cet état de fait.

 » Il n’avait été qu’un homme pansement, une friandise, un tour de manège. Alors il était né à une douleur mystérieuse, sincère et profonde. Il s’était lassé de lui même, de son propre bruit, de ses plaisanteries usées, fatigué de lancer des Hola qué tal ? à tout va, de cette dissipation superflue de sève et d’énergie, pareil à un clown qui en aurait eu assez de chausser du 126, prisonnier de sa définition, de son inconsistance, épuisé d’être en représentation perpétuelle, sans fond ni réserve. »

Aristide qui apparaît au fil des pages bien plus sympathique que nous l’augurait les premières pages, il apparaît même très émouvant et bien plus fragile qu’il n’en a l’air (Aristide est du genre costaud ;0) Il y a aussi cette mission donné à Virginie et ses collègues (Aristide et Erik) qui font naitre des doutes et des sentiments mitigés, cet homme qu’ils doivent amener à l’aéroport est un homme en sursis. Elle sait pour avoir lu son dossier dans la voiture, et alors même que c’est interdit, que c’est la mort qui attend cet homme dans son pays. Toutes ses interrogations tournent sans relâche dans son esprit, elles lui mettent la tête à l’envers. Elle sait qu’elle ne peut pas se révolter et aller contre les ordres donnés. Mais elle sait aussi que c’est immoral de mettre cet homme dans cet avion en sachant ce qui l’attend là-bas.

Ce livre, j’avais vraiment envie de le lire après le billet d’Antigone (clic) (dont c’est un coup de cœur) tout m’attirait dans ce roman. Je l’ai lu en une journée (durant le dernier RAT) et je l’ai dévoré. Les pages se tournent toutes seules, il est difficile de se détacher de sa lecture et la fin m’a vraiment bouleversée. Pourtant quelques semaines après il ne m’en reste déjà pas grand chose. J’ai vraiment apprécié ma lecture sur le coup mais il ne m’a pas laissé une empreinte durable. J’aurais peut-être aimé que le personnage du migrant soit plus développé, que l’on entre dans ses pensées à lui aussi. Il me semble que ce personnage (qui est pourtant le centre du livre) est un peu laissé de côté. Le personnage de Virginie, celui d’Aristide, et même celui d’Erik même s’il est moins exploré,  sont bien représentés et restent attachants tout du long. Mais vraiment, il m’a manqué un petit quelque chose et surtout une présence plus forte du reconduit n’aurait pas été de refus. C’est un sujet qui me touche très fort, ce sort fait aux réfugiés en France (et ailleurs). cette inhumanité qui leur est apposée.

Bref, vous l’avez compris je suis un peu mitigée. Il n’empêche qu’il se lit très bien, la lecture est très agréable, et je me rends compte maintenant que je le relirais avec grand plaisir, à vous donc de vous faire votre propre idée.                                                                         #MRL16

Lu pour les matchs de la rentrée littéraire de Price Minister

Et pour le challenge de la rentrée littéraire chez Hérisson (clic)  ; 1/6

Zou ! d’Anne-Véronique Herter

 Le mot de l’éditeur ;  » Ce n’est pas seulement la maison de vacances appartenant à sa famille depuis plusieurs générations que Chance doit quitter, mais aussi tous les fantômes qui l’habitent, ceux de son imagination, ceux de son passé, ceux des histoires que lui racontait son père. Avec la perte de cette immense demeure, nichée dans un grand jardin séparé de la mer par un petit muret en pierre, lieu d’introspection privilégié de tous pour observer le bleu à l’infini, Chance perd également ses repères et se pose des questions quant à son identité.
Est-elle vraiment, comme l’a toujours dit sa grand-mère, la réincarnation de son frère qu’elle n’a pas connu ? « Zou », c’est le signal d’un nouveau départ, d’un renouveau qui s’impose comme une nécessité, un impératif de survie. « Zou », si simple à écrire, si court à prononcer et pourtant si difficile à accepter. »

 » Sa famille : le noeud gordien, à la fois l’oxygène et le poids qui l’étouffe. Le problème. » (p22)

On parle beaucoup de romans « Fell good » (des livres qui font du bien) en ce moment, je ne sais pas si ce roman peut être classé dans cette catégorie mais je sais qu’à moi il m’a fait beaucoup de bien… Je sais aussi que j’ai eu beaucoup de mal à me lancer à faire mon billet. Parce qu’il touche beaucoup trop de choses en moi, qu’il m’a touché au plus haut point et qu’il est très près de ma propre histoire. Alors vers quoi orienter mon billet sans que cela soit trop personnel ? Je ne le sais… Alors je vais juste être sincère et ne pas me me censurer. Alors ses mots là pourraient être les miens ;

« Petite dernière d’une fratrie de cinq enfants, son histoire est banale. Mortelle même ; elle est née trois ans après la mort de son frère, Frédéric. » (p46)

Mon frère ne s’appelle pas Frédéric mais je suis bien née trois ans après sa mort, et nous aussi sommes cinq, trois filles survivantes et deux frères morts. Mais je ne parlerais aujourd’hui que de celui qui est mort trois ans avant moi et qui aurait été si proche de moi en âge (mes soeurs ont toutes les deux rétrospectivement 10 et 12 ans de plus que moi). Cette phrase que j’ai donné en extrait dans le billet précédent (clic)  » j’ai appris très fort à aimer très fort quelqu’un que je n’ai jamais connu » est mienne. Il me manque… Il me manque infiniment et pourtant je ne l’ai jamais connu… Alors comment n’aurais-je pas pu être touché-coulé par cette lecture ??!! Et pourtant elle ne m’a pas plombé et c’est même tout l’inverse. Oui on peut avoir une histoire familiale lourde et oui on peut sortir la tête de l’eau. C’est ce que Anne Véronique m’a appris à sa façon… Chaque mot s’imprimait en moi, chaque mots (ou presque) étaient planqués en moi et n’attendait qu’à sortir prendre l’air… Anne-Véronique les avait écrits pour moi… Alors merci pour ça Anne-Véronique.

 » Quelle aurait été notre vie, si mon frère n’était pas mort, lui aussi ? Je me le demande souvent. Je l’ai imaginé mille fois : il devait être beau et secret, intelligent et courageux. Il devait être un ange. A neuf ans, on est forcément un ange. Je suis la seule de la famille à ne pas l’avoir connu, pourtant il me manque comme si c’était moi que je n’avais jamais connu. » (p30)

Cette question là moi aussi je me le l’a suis posé mille fois et comme le personnage je me suis souvent imaginée, lorsque nous partions à quelque part, en voiture, que s’il avait vécu nous pourrions être en train de rouler vers lui, vers sa maison pour passer une belle journée, ou quelques heures avec ce frère qui aurait pu être là, vivant parmi nous… Ou lors de fêtes familiales, avoir cette sensation de voir cette place vide, cette place vacante me fait souvent vaciller. Mon frère n’a pas eu la chance lui de vivre neuf ans, il est mort né, par conséquent personne dans la famille n’a eu la chance de l’avoir connu. C’est ma différence avec le personnage. Et d’autres aussi, mais dont je ne parlerais ici.

 » Le poids des choses, mes liens familiaux, ma grand-mère, mon frère, mon père, chez les morts. Ma mère, mes frères et soeurs, les gens que j’aime. Tous me lient. M’enchaînent. M’empêchent d’avancer dans ma propre histoire. Je dois m’en libérer. Je sais. Je dois me libérer. » (p73)

Nous avons tous nos valises familiales à porter, pour certains elles sont justes plus lourdes à porter que pour d’autres… Pour certains la sensation de liberté est peut-être plus facile à ressentir…

 » Du haut de mes vingt ans, je m’excuse encore d’être là;  » (p103)

Cette impression d’être là, alors que je ne le méritais pas plus que lui est quelque chose qui m’habite tous les jours…

Ces mots, page 105, que Frédéric adresse à sa soeur m’ont émue au plus haut point. Et ils m’ont fait du bien aussi, parce que si mon frère devait (pouvait) s’adresser à moi il aurait, j’en suis sûre, autant de bienveillance vers moi que cela…

 » C’est en respirant avec difficulté que l’on réalise que l’on respire. » (p120)

Oui sans doute… C’est aussi quand on ressent la douleur que l’on se rend compte le plus sûrement que l’on est vivant…

 » Est-ce toujours toi qui me parles, mon frère ? Celui que je ne connais pas, et qui me connaît si bien ? Est-ce toi qui te poses sur ma joue quand j’ai peur, quand je doute ? Est-ce toi qui me réchauffes de tout ton amour et de toute ta protection ? Est-ce toi à qui j’ai tant parlé, de qui j’ai tant rêvé ? (p137)

Et la réponse de Frédéric pour sa soeur, que j’ai décidé de prendre pour moi ;

 »  Regarde ta vie, regarde-la bien en face. Tu te laisses détruire par les vies des autres, celles des morts, celles d’avant, celles qui ne te concernent plus ! » (138)

 » Je vais te dire qui je suis, ma tendresse. Je suis qui tu veux que je sois. Je suis ton frère. Je peux même être ton père. Je peux même être ta grand-mère. Je peux être tous ceux que tu veux et qui t’ont aimée, car tu les portes, comme une preuve de ton origine. Je suis l’oeil bienveillant qui doit te dire d’avancer et de regarder devant toi, maintenant. Il est grand temps. » (p139)

Rien que pour cela ; merci Anne Véronique, ces mots m’ont donné l’impression d’un baume sur mon petit coeur ;0)

J’ai conscience que mon billet est peut-être décousu, un peu bancal et sans doute trop long mais j’espère que vous aurez eu la patience d’aller jusqu’au bout. Parce que c’est une lecture (même si votre histoire ne ressemble pas à la mienne) qui vous donnera du punch et du bien-être. Parce qu’elle est positive, bienveillante et réconfortante tout simplement. C’est lumineux, chaleureux, malgré la noirceur du sujet. On ressent tout l’amour dont la jeune femme à bénéficié toute sa vie. Une jeune femme dont j’aurais adoré me faire l’amie, on aurait des choses à se dire…. Elle pourrait être celle qui me donnerait ce petit coup vers l’avant, ce petit coup qui permet de rebondir… Cette lecture fait assurément partie de celles qui entrent dans votre vie, pour la changer indubitablement… Comme certaines petites bougies que l’on trouvent parfois sur le bord de son chemin… Cela m’a donné l’envie de prendre le taureau par les cornes, de parler (ou d’écrire) moi aussi de mon histoire familiale douloureuse… Il est peut-être temps…

Ce billet est naturellement adressé à mes deux frères dont l’absence m’accompagne tous les jours… Ceci est un peu la lettre que je ne pourrais jamais leur adresser…

Lu aussi par NouketteLeiloona, SophieStephie et l’Irrégulière, Saxaoul, Antigone,Sandrine

Et le site de l’auteure est juste par là (clic). Un grand merci aussi aux éditions Michalon clic) et un grand merci encore une fois à Anne Véronique pour ses mots et pour sa grande patience aussi ;0)

(pour laisser un commentaire cliquer sur le petit chiffre dans le petit rond, sous le billet)

 » L’écho des blessures familiales…  » extraits de Zou d’Anne Véronique Herter

« Notre maison bretonne. C’est chez moi. C’est beau, parfois effrayant. C’est gigantesque, mais suffisamment petite pour entendre l’écho des blessures familiales. Celles que l’on ne règle qu’en famille. Qui touchent le coeur des choses, les culpabilités, les remords, la responsabilité de chacun devant les morts.  » (p91)

 » Alors, tout naturellement, je parle aussi aux fantômes. Et naturellement, je les vois. Ils sont près de moi. Puisque j’ en suis aux confidences… Pour me calmer, je parle à Frédéric. Quand j’ai peur, je le sens contre ma joue. Quand je vacille, je le sens contre mon épaule. Quand je suis triste, je le sens derrière moi. Et quand je ferme les yeux, je le vois enfin. D’ailleurs, je l’ai toujours vu et je le verrai toujours. Des ombres qui passent, des souffles, il n’est distinct que dans mes rêves. » (p102)

 » Pour mes frères et soeurs, ça commence mal, mon premier grand frère étant mort avant que je n’arrive, j’ai appris à aimer très fort quelqu’un que je n’ai jamais connu. Il s’appelait Frédéric. C’est un prénom que j’articule rarement. C’est une photo en noir et blanc, figée sur le piano dans le salon, sur la coiffeuse dans la chambre, dans le bureau, à la campagne. Partout la même. Des anecdotes à son sujet et de belles histoires. On corrige l’injustice de sa mort par l’exagération de ses qualités. Dans la mémoire collective, c’est lui le plus intelligent, le plus beau, le plus réussi. En plus, je crois que c’est vrai. Nous avons tous essayé de mettre en avant un de ses traits de caractère, pour le refaire vivre à travers nous. Nous n’étions que de pâles copies. » (p 87)

Ce livre là est certainement celui qui m’a le plus bousculé, bouleversé, touché, l’année dernière. Cette histoire c’est un peu la mienne, certains mots je les reconnaissais comme si je les pensais moi même…

Je vous donne rendez vous demain ou après demain pour le billet complet.

Source des photos (clic)

(pour laisser un commentaire cliquer sur le petit chiffre dans le petit rond, sous le billet)

La reine des mots d’Armand Cabasson

 Le mot de l’éditeur :  » Je m´appelle Jenny et, depuis quelques temps, je pars en vrille. Avant tout allait bien et maintenant tout va mal, tout va de pire en pire, je coule ! J´ai inondé mon lycée (on va dire que c´était presque involontaire), déclenché l´alarme incendie, je sème les catastrophes partout où je passe… Évidemment, mes parents paniquent. Ils se sont mis dans la tête de m´emmener voir un psy ! Me voilà face à ce type. Mais qu´est-ce que je fous là ? Il me dit que je ne suis pas folle (mais j´espère bien !). Il veut essayer de m´aider. Bon courage »

C’est George, qui, la première, m’a donné envie de lire ce livre. Et je l’en remercie parce que c’était une lecture très agréable. J’ai beaucoup aimé le style de l’auteur, l’humour, le jeu avec les mots… Et Jenny est un personnage très sympathique. C’est une lecture jeunesse vraiment très, très réussie.

« La reine des mots » : ce titre là ne pouvait que me parler, et le sujet m’a tout de suite interpellé. Et cette lycéenne amoureuse des mots, amoureuse des livres ne pouvait que me rappeler quelqu’un… Ce livre fait d’ailleurs référence à beaucoup de titres en littérature… ça m’a d’ailleurs redonné envie de relire, encore une fois, « Syngué Sabour », ainsi que de découvrir d’autres titres dont il est question.

Bon, en vrac, voilà ce que vous découvrirez dans ce livre :

Un père amoureux des chiffres et des étoiles qui rêvaient d’être un astronaute.

 » Lui, il racontait à sa minuscule Jenny enfouie sous la couette l’histoire d’Apollo 11, de Neil Armstrong s’extirpant de son module ce 21 juillet 1969  pour aller marcher sur la Lune. Avec de grands gestes, il me décrivait les formidables enjambées de cet astronaute, parce que la pesanteur est six fois plus faible là-bas que sur Terre… Il illustrait son récit de photos publiées dans d’énormes livres, si bien que tout cela était concret, tangible. Les princes dont il me parlait n’avaient que faire d’aller embrasser des princesses endormies, ils n’avaient pas de temps à perdre au bal, les dragons qu’ils combattaient s’appelaient Spoutnik ou pesanteur terrestre… Quand à ses grands méchants loups ils hurlaient à la lune. Ainsi, chaque soir, tandis que des millions de petites filles s’endormaient pour rêver de leur paradis (se marier avec un prince charmant, vivre heureuses, avoir beaucoup d’enfants), moi je relevais des défis insensés et je m’élançais à la conquète de l’Univers, pour cueillir des bouquets d’étoiles ou effeuiller la Voie lactée. »

Un psy super efficace, qui donne pour prescriptions des livres et des pages. Et qui lui offre à la fin de chaque séance un mot de psychiatre.

 » Les mots sont mes friandises et je n’ai jamais goûté celui-là, alors je le fais fondre dans ma bouche. « 

Une jeune fille un peu déboussolée mais tout de même assez mature.

 » La psychologue scolaire trouve que je suis hyper-mature. Elle a peut-être raison dans certains domaines, mais je sens aussi encore en moi de grands blocs d’enfance, des icebergs qui fondent et se fissurent. » 

Un très chouette week-end à la campagne passé au bord d’une mare à bouquiner et observer les grenouilles. A boire du café et se projeter dans une tapisserie représentant une forêt imaginaire peuplé d’oiseaux fantastique. Pour finir par une averse et une promenade dans une campagne mouillée et odorante.

 » Nous avons perdu le paradis mais nous en avons gardé le parfum »

 » J’atteins le secret du bosquet pour découvrir la mare verdâtre aux contours tourmentés. Plantes aquatiques et roseaux y prospèrent avec délice, se délectant d’eau croupie. Tout y est foisonnant et emmêlé, les plantes s’enchevêtrent et s’embronchent dans les racines des saules pleureurs, les bouleaux aux troncs en trait de craie rayent de blanc les verts acharnés… Tout de suite, j’aime cet endroit. C’est comme ça. Un coup de coeur pour ce grand désordre. Si j’étais peintre je le peindrais, photographe je le photographierais. Mais je ne suis qu’une jeune fille folle de lecture, alors je le mange des yeux et je le mange de mots.  » 

Une après midi douillette passé dans un salon de thé à se gaver de sucreries en compagnie d’une personne dont je ne vous donnerais pas l’identité.

 » Le gâteau se désagrège dans ma bouche, la vie ne devrait être rien d’autre qu’une mousse de noix riche en beurre »

En bref un style, une écriture, que j’ai adoré. Une vraie lecture bonheur, un livre qui se déguste doucement, à petites gorgées. Je vous le recommande fortement (et je m’arrête là parce que je me suis promis de faire des billets plus courts…). Liyah donne des liens, inutile de le faire, je vous donne juste ceux de George et de Mirontaine. Lu par Titou aussi. (billet du 03/05/11 réactualisé)

La vie en mieux d’Anna Gavalda

 Mais seulement pour la deuxième nouvelle !

« Mathilde a 24 ans. Elle a abandonné ses études d’histoire de l’art pour un petit boulot sans intérêt et vit en colocation avec deux sœurs jumelles. Elle dit qu’elle est heureuse, mais est toujours obligée de boire pour s’en souvenir. Un jour, elle oublie son sac à main dans un café. Un homme le lui rend la semaine suivante. Plusieurs mois plus tard et à cause de cet homme justement, elle envoie tout balader et décide de changer de vie.
Yann a 26 ans. Il est aussi diplômé qu’on puisse l’être, mais n’a pas trouvé de travail. En attendant des jours meilleurs, il est vendeur dans un magasin d’électroménager Hi-Tech. Il vit en couple avec Mélanie et ne dit pas qu’il est malheureux, mais souvent, quand il traverse la Seine, il s’imagine qu’il saute et se voit en noyé. Un soir, alors qu’il est seul, il rend service à son voisin de palier.
Pour le remercier ce dernier l’invite à dîner. Le lendemain matin, il envoie tout balader et décide de changer de vie. »

Ce dernier roman de Gavalda sont en fait deux nouvelles. Je m’attendais à ce que les nouvelles soient reliées entre elles mais il n’en est rien. Ce sont vraiment deux nouvelles très distinctes. Je l’ai déjà dit et je le redis ; j’aime le style d’Anna Gavalda, c’est frais, c’est tendre, ça parle de tout à chacun… Bref je lui suis fidèle et j’ai lu tous ces romans et nouvelles, sauf « La consolante » qui m’attend encore dans ma PAL. J’ai même aimé Billie qui pourtant a été beaucoup critiquée. D’ailleurs je vais tâcher de vous en parler le plus vite possible. Mais revenons en à ce recueil, la première m’a franchement déplu, au point que j’ai failli abandonner ma lecture mais je me suis accroché et je l’ai fini péniblement pour au final ne pas l’avoir apprécié du tout. Cette fois je n’ai pas du tout aimé l’écriture d’Anna, elle ne me convenait pas du tout, je perdais le fil et je me sentais même molestée par ses mots. Heureusement j’ai persévéré et j’ai décidé de lire la deuxième nouvelle. Je dis heureusement parce que cette deuxième nouvelle a été un vrai coup de coeur. J’ai retrouvé la voix d’Anna, celle que j’aime, celle qui me bouleverse, celle qui me bouscule mais d’une façon bienveillante.

Yann est l’exemple type de quelqu’un qui s’endort dans sa propre vie. Il n’y voit plus grand intérêt, il est totalement désenchanté. Et puis il y a cette rencontre qui change tout, cette soirée, qui se termine fort tard, et qui lui fait connaître mieux ses voisins. Un couple avec deux petites filles. Une famille heureuse qui ne ressemble à aucune autre,  n’a rien de plus qu’une autre mais pourtant qui se distingue par sa faculté au bonheur. J’ai vécu de la même façon que Yann l’a ressenti avec cette famille ma rencontre avec cette nouvelle ; vous savez c’est quelque chose comme ; des mots, des notes de musique, une peinture… Qu’importe finalement… Mais ce quelque chose qui se trouve sur votre route vous picote, vous bouscule. Un peu comme le ferait l’acidité du citron sur votre langue et votre palais, ça vous fait grimacer mais vous le trouvez tout de même délicieux. C’est là, ça vous a réveillé aussi sûrement qu’un grand cri libérateur. Cela vous a rendu plus vivant que jamais et vous êtes reconnaissant à cette rencontre, à ces mots, à cette musique de s’être trouvés là, sur votre chemin pour vous apporter cette intensité que vous aimez tant…

Il a quelque jours j’ai eu la chance de ressentir cela à deux reprises dans ma journée ; avec cette nouvelle et avec un film ; « Bienvenue parmi nous » qui n’a aucun rapport mais qui m’a réveillé tant autant. Mais c’est une autre histoire dont je vous parlerais plus tard…

Pour Yann le déclic a lieu alors qu’il aide ses voisins de palier à monter une simple armoire jusqu’à chez eux. Pour le remercier ces derniers l’invite à boire un verre et finalement tout ça évolue vers une invitation à dîner. Il découvre alors une douceur de vivre, une simplicité tranquille mais sûre d’elle… Un couple, une famille, bien dans ses baskets.

 » Que leur resterait-il pour plus tard après une enfance pareille ? me demandais-je. Une vie d’ennui ou le goût de la fête ? Une crise de foie carabinée ou un toupet du diable ? 

Dieu sait si j’aimais mes parents, ces gens posés, tranquilles et discrets, mais comme j’aurais apprécié qu’ils me confient ce secret en plus de leur affection… Que le bonheur était dans les escaliers et qu’il ne fallait pas avoir peur. Peur de faire du bruit, peur d’être heureux, peur de déranger les voisins et de jurer toute la sainte tripaille de son coeur. Peur de la vie, de l’avenir, de la crise et de toutes ces boîtes de pandore made in china que des vieux cons encore plus peureux que nous ne l’étions déjà entrouvraient sans cesse pour nous démotiver et garder ainsi tout le magot pour eux seuls.

Oui, peut-être que ces petites filles déchanteront un jour, peut-être qu’elles mangent leur pain blanc trop tôt et beaucoup trop vite et peut-être qu’elles se sentent déjà écrasées par ce mini-papa tout-puissant, mais en attendant… en attendant… quels beaux souvenirs elles engrangeaient… » (p192, 193)

 » Cette fille qui m’aura permis de prendre conscience que l’on se tenait beaucoup moins bien dans ma famille que dans la sienne, mais que l’on s’y comportait mieux. Qu’on y mettait moins les formes, mais que la chaîne était plus longue et l’ancre plus sûre. Et qu’on n’y disait pas autant de mal des autres. Que les autres nous obsédaient moins. Peut-être parce qu’on était trop bêtas pour voir plus loin que le bout de notre nez ou peut-être parce qu’au bout de notre nez justement, il y avait l’horizon.

Peut-être que cette ligne, là, que ce trait infini entre le ciel et la mer depuis la nuit des temps, ça vous façonnait des êtres humains moins arrogants… » (p276)

Des mots qui me parlent terriblement… Je suis rassurée, Anna Gavalda n’en a pas fini avec cette tendresse qu’elle ressent pour le genre humain…

La fin est un peu facile mais je l’ai aimé quand même et puis finalement, qu’importe, le livre m’a apporté ce qu’il devait… Lu aussi par « Un autre endroit ».  Source des photos

 

3000 façons de dire je t’aime de Marie-Aude Murail

 » Affalés dans leur canapé, ses parents regardaient Jacques Villeret se démener au beau milieu du Dîner de cons. La tristesse saisit Bastien à la gorge sans crier gare. Il la délogea en secouant la tête et partit s’enfermer dans sa chambre. Il ferait rire. C’était sa vocation. Il ferait rire les gens fatigués qui s’affaissent le soir devant leur télé, la zappette à la main.

Le rire consolateur, le rire libérateur, le rire médecin ! » (p48)

Aujourd’hui, ma douceur du jour sera une idée cadeau pour vos ados, avec ce titre vous devriez être sûre que ne pas faire de déçu. Voilà une lecture jubilatoire. Pleine de charme, bourrée de vitalité et d’optimisme. Un cocktail que l’on ne refuse pas… Marie-Aude Murail, de toute façon, a mon entière approbation. J’aime son écriture qui fait mouche à chaque fois, j’aime ses personnages, humains, touchants, même et surtout, avec leurs fêlures. Trois personnages se croisent dans ce roman, trois adolescents. Ils sont différents mais une amitié sincère les unis tous les trois. Chloé est assez timide, pas très sûre d’elle, Bastien est le comique de la bande et Neville lui est le torturé, le romantique. Personnage le plus fragile certainement. Au collège ils font la rencontre d’une prof d’un genre très spéciale, elle est originale et leur inocule le virus de la passion du théâtre.

 » Madame Plantié, considérée comme folle par ses élèves et comme très compétente par les parents. Cette femme énergique et souriante était atteinte d’une allergie curieuse, elle ne supportait pas les romans qui finissent bien, qu’elle pensait écrits pour les imbéciles et les Américains. Tandis que nous autres, qui avions douze ou treize ans, des boutons d’acné, des règles douloureuses et des parents chiants, nous nous enfoncions dans la dépression de l’hiver, madame Plantié s’épanouissait en nous lisant La Mort d’Olivier Bécaille. (p10) »

C’est elle qui les emmènera voir Dom Juan, aucun des trois n’avait mis auparavant les pieds au théâtre. C’est la révélation !

 » Quand nous avons reparlé de cette soirée six ans plus tard, nous avons tous trois déclaré qu’elle avait décidé du reste de notre vie, que nous avions su, au baisser du rideau, que nous serions acteurs…/… Ce moment de théatre, sang et or, surgissant de nulle part, se planta en nous trois comme un éclat d’obus dans la tête d’un poilu ! Mais nous n’en avons rien su à l’époque parce que nous ne nous parlions pas. » (p12)

Sans même sans rendre compte, ils sont touchés, coulés… Impossible pour eux désormais de s’en défaire. Six ans plus tard ils se retrouvent au conservatoire d’art dramatique, et ils ont la chance de tomber sur un professeur d’exception ; Monsieur Jeanson. Très vite ils sont heureux, ils ont trouvés la passion, ils ont trouvés l’amitié…

 » Qui n’a voulu, une fois dans sa vie, arrêter le cours du temps ? Pour nous, ce fut ce matin-là, ensoleillé, sentant la savonnette et le  café, que nous aurions voulu faire durer une éternité » (p208)

Mon personnage préféré est certainement Neville, Neville qui a des tendances de cleptomane, Neville qui se laisse totalement envahir par sa passion du théatre. Neville qui, un jour lit un texte d’Apollinaire et qui tombe raide amoureux :

 » Ce fut l’électrochoc. Neville vola le recueil Alcools à la librairie et se dit les poèmes à mi-voix…/… Les larmes ruisselaient sur son visage. Guillaume Apollainaire parlait pour lui. Alors, il voulut tous les poètes, qu’il se procura gratuitement, et il fut…

– Le ténébreux, le Veuf, l’Inconsolé, Le Prince d’Aquitaine à la tour abolie

Il se murmura :

– Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne, Je partirais. Vois-tu, je sais que tu m’attends. » (p33)

 » Il avait dix-sept ans. Il arrêta de boire, il arrêta de fumer, et un demi-sourire énigmatique se posa sur ses lèvres

– J’ai tendu des cordes de clocher à clocher ; des guirlandes de fenêtre à fenêtre ; des chaînes d’or d’étoile à étoile, et je danse. » (p 35)

J’ai quitté ce livre le sourire aux lèvres. C’est un livre qui rend heureux. Oui les jeunes ont de l’avenir, oui les jeunes ont des passions et en veulent… Et non ils ne sont pas blasés comme certains grincheux le suggèrent… J’ai été ému, j’ai souri, j’ai même été jusqu’à rire à certaines pages. Ce livre m’a fait vivre de vrai belles émotions.

Allez, pour le plaisir un passage qui m’a vraiment fait rire :

 » Neville était Roméo. Comment le situer ? Quelque part entre George Clooney et Colin Firth. A treize ans. Bastien n’avait pas trouvé d’emploi et il restait un rôle dont personne ne voulait, celui de la nourrice de Juliette.

– Eh, mais, c’est bon, madame ! Je la fais, moi, la nourrice, dit Bastien. Avec une perruque à ma mère et des pamplemousses dans un soutif.

– Wah, la chouma ! s’esclaffa Kamel

– Ah, non, ça suffit, le rembarra madame Plantié. Pendant l’heure de théâtre, tu fais un effort pour parler normalement.

– Ah, wesh, votre shakespeare, là, madame, il parle grave normal, ironisa Erdogan.  » (p15)

Un coup de coeur !!

Lu par Nadael, Leiloona, Noukette, Hérisson, ClaireThalie

  2/6

 

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