Les cinq quartiers de l’orange de Joanne Harris

Le mot de l’éditeur :  » Lorsque Framboise Simon revient dans le village de son enfance au bord de la Loire, personne ne reconnaît la scandaleuse Mirabelle Dartigen, tenue pour responsable de l’exécution de onze villageois pendant l’occupation allemande, cinquante ans auparavant. Framboise ouvre une auberge qui, grâce aux délicieuses recettes de sa mère, retient l’attention des critiques, mais suscite, les jalousies de sa famille. Le carnet de recettes de Mirabelle, recèle des secrets qui donneront à Framboise la clé de ces années sombres. Peu à peu, elle découvrira la véritable personnalité de sa mère, parfois si tendre, maternelle et sensuelle, subitement cruelle et tourmentée. En temps de guerre, les jeux d’enfants et les histoires d’amour ne sont Pas toujours innocents. Leurs conséquences peuvent même être tragiques. Joanne Harris fait preuve d’une grande maîtrise romanesque pour nous livrer son roman le plus accompli. Les Cinq Quartiers de l’orange décrit avec subtilité les relations mère-fille, les liens qui rattachent le présent au passé. C’est le roman de la passion, plein de sensualité, dans le décor bucolique d’un village bercé par le fleuve. »

 » Son visage vibrait de lumière. Je redécouvrais sur elle une odeur d’herbe fraîchement fauchée et de biscuit, cette merveilleuse odeur pénétrante, le parfum de la jeunesse. Les gens âgés ont besoin de la présence des petits pour se souvenir vous savez. » (p144)

Joanne Harris est une auteure aimée sur ce blog. C’est le quatrième tome que j’ai lu d’elle après « Chocolat », « Le rocher de Montmartre » (2ième tome de chocolat) et « Vin de bohème ». Pour l’instant mon chouchou et indétrônable reste « Chocolat » dont je n’ai même pas parlé ici (lu bien avant le blog).

Joanne Harris est une romancière qui parle très bien du côté sensuel de la cuisine. Avec elle les odeurs, les saveurs se font tellement alléchantes et poétiques que cela suffirait presque à apaiser et nourrir la gourmandise. C’est sans doute ce que j’apprécie le plus chez elle. Il y a la présence très forte aussi de la Loire, la narratrice s’y baigne, y passe beaucoup de son temps, la Loire devient aussi présente que les personnages. Tout cela fait que c’est une lecture idéale pour la saison d’été. Je n’ai pas tout aimé dans cette lecture mais je n’arrivais pas vraiment à mettre le doigt sur ce qui m’avait déplu. En cherchant vos liens pour mon billet, j’ai trouvé celui de Cécile qui n’a pas aimé mais dont l’avis est très intéressant, donne une autre facette de cette lecture et soulève des questions pertinentes. Mais vous me connaissez, je préfère parler des choses que j’ai aimés, je préfère garder de ma lecture ce que j’ai apprécié et goûté…

La narration se divise en deux parties, il y a l’enfance de Framboise, et Framboise devenue une femme âgée, revenue dans son village d’enfance mais incognito. J’avoue avoir préférée les pages parlant de l’enfance de Framboise… Les enfants sont élevés à la dure par leur mère, une femme dure, dont j’aurais aimé en connaître plus. Son attitude reste non-expliquée tout comme son aversion envers cette fameuse odeur d’orange. Les enfants sont souvent seuls, livrés à eux-même, et c’est une chose qu’ils apprécient. Le reste du temps le travail à la ferme est intense et leur laisse peu de répit.

 » Dès qu’elle sentait une migraine approcher, elle s’enfermait dans sa chambre, sans rien nous dire, nous livrant à notre liberté. C’est ainsi que nous en étions venus à considérer ses crises comme des vacances, allant de quelques heures à une journée entière, peut-être deux, pendant lesquelles nous faisions ce que nous voulions. C’était merveilleux. Nous aurions voulu qu’elles n’aient pas de fin. Nous allions nous baigner, attraper des écrevisses dans les ruisseaux, nous courions les bois, nous nous gorgions de cerises, de prunes ou de groseilles, nous nous battions, nous jouions au soldat avec des fusils à patate, nous décorions les Pierres Levées du butin de nos aventures.  » (p51)

Leur mère a pour passion la cuisine, et ses arbres fruitiers, à qui elle prodigue plus de soins et d’attentions qu’à ses propres enfants.

 » Ma mère jalonnait sa vie de recettes, de mets de son invention, de vieilles préparations auxquelles elle ajoutait son tour de main personnel. Elle en marquait ainsi les grands événements. La nourriture représentait sa nostalgie. C’était sa façon à elle de célébrer la vie. Les soins avec lesquels elle la préparait représentaient l’unique forme de sa créativité.  » (p10)

 » A une époque nous avions bien plus d’une centaines d’arbres (des pommiers, poiriers, pruniers, des reines-claudes et des cognassiers) sans parler des framboises, des fraisiers, des groseilliers et des cassissiers dont on faisait sécher les fruits, dont on faisait des conserves, de la confiture, des liqueurs et de délicieuses tartes décorées comme des roues de charrette sur des fonds de pâte brisée garnis de crème patissière ou de frangipane. Le parfum de ces fruits embaume encore mes souvenirs, leur robe les colore et leurs noms les font vivre dans ma mémoire. Ma mère veillait à leurs besoins comme s’ils eussent été ses enfants préférés. » (p16)

Framboise, devenue adulte, est une meilleure grand-mère que mère. Elle a eu deux filles avec qui, aussi, les rapports sont difficiles

«  Prune m’offrit un bouquet de fleurs qu’elle avait ramassé dans les champs et, pendant un moment, je fus submergée par une terreur soudaine. Je me conduis comme ma mère, pensais-je, sévère, impassible comme elle, mais aussi dévorée de craintes et d’un sentiment de vulnérabilité. J’aurais voulu lui ouvrir les bras, lui expliquer qu’elle n’était responsable de rien, mais, d’une certaine façon, j’en étais incapable. Nous avions été élevés à garder pour nous nos problèmes, nos soucis. On ne perd pas facilement cette habitude là. » (p167)

Framboise n’a pas été élevé dans la douceur ni dans l’écoute et donc, forcément, elle ne sait pas faire. Framboise était une petite fille qui a eu ses règles pour la première fois sans même savoir ce que ça veut dire, elle croit à ce moment là, qu’elle est « contaminée » par le mal « qui finira par sortir ». Framboise était une petite fille élevée par une femme qui n’hésite pas à les battre de temps en temps. Comme quand, par exemple, elle fouette Reinette parce qu’elle ne pouvait ramasser des prunes infectées par des guêpes (elle a les insectes en horreur). Mais il y a de l’amour quand même, Framboise le découvrira en lisant l’album de sa mère ;

 » J’ai eu le tort de penser que les enfants étaient comme des arbres. Plus on les taille et meilleurs sont leurs fruits. Mais ce n’est pas vrai ! Pas vrai du tout ! A la mort de Y. je les ai forcés à grandir trop vite. Je ne voulais pas qu’ils restent enfants. A présent, ils sont plus endurcis que je ne le suis. Ils sont comme des animaux et j’en suis responsable. Je les ai fait devenir ainsi. » (p226)

Vous trouverez dans ce livre :

* Une mère pas très maternelle ni très affectueuse mais dont les enfants se défendent bien (surtout Framboise).

* Une enfance qui dérape, bousculée par des faits pas toujours voulu (mais d’autres pleinement assumée)

* Une femme dont l’odeur d’orange rend malade (mais comme le remarque Cécile j’aurais aimé en savoir plus là dessus)

* La présence de la guerre et des agissements peu reluisants des uns et des autres

* Une petite fille qui a pour obsession d’attraper un énorme brochet nommé Génitrix

* Un carnet de recettes qui cache des petits morceaux de journal intime

 » …/… des remarques et des commentaires notés en marge des recettes, des coupures de journaux et des potions à base d’herbes médicinales. Pas exactement un journal intime, n’est ce pas ? Il n’y a presque aucune date dans l’album, aucun ordre précis. On y a ajouté des pages au hasard, des feuilles détachées, cousues plus tard à petits points, minutieusement. » (p10)

* Des enfants à qui l’on donne des noms de fruits ; Cassis, Framboise, Reinette mais aussi Prune, Pistache et Noisette

* Un « jeu des racines » qui se joue dans la Loire et qui est un jeu bien dangereux…

* De très belles pages (en plus de celles sur la cuisine) sur la fabrication de la liqueur à la griotte (p17) et sur la vigne et le vin (p233)

Ect, ect…  Mais là il faut peut-être que je freine mon enthousiasme (j’ai tout de même noté 27 passages) et vous laisser découvrir le reste par vous même !

Traduit de l’anglais par Jeannette Short-Payen

Lu par ; AlexClochette, A propos de livres, Chaperlipopette, Vanessa, Cécile. Source des photos

Lu pour le mois Anglais  chez LouCryssilda et Titine.

LOGO coupe du monde des livres CHALLENGE papierPALété

* Challenge PAL d’antigone.  * Issu de ma PAL Noire. * Lu pendant le challenge coupe du monde. * Et pour celui de ma Pal fond au soleil. * Et évidemment, pour finir, le  challenge de Syl des livres gourmands.

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32 réflexions sur “Les cinq quartiers de l’orange de Joanne Harris

  1. Je l’ai commencé et abandonné, je ne voyais pas du tout où l’auteur voulait en venir, ça me paraissait très brouillon. Je le reprendrai peut-être un jour.

  2. J’ai vu un film avec Juliette Binoche, il y a déjà un moment, qui s’appelait « Chocolat ». Une adaptation de son roman ?
    Sympa l’association roman-gourmandises 🙂

    • Je suis sûre que ce roman te plairait… N’hésite pas à le lire cet été, il est en Folio en plus… Oui la mère n’est pas un modèle de douceur, mais elle aime profondément ses enfants.

  3. Coucou ma Chère L’Or !
    J’espère que tu vas bien ! Tout comme aux autres copinautes, le bon air anglais te va bien au teint et j’ai fait de bien belles découvertes grâce à toi ces derniers temps !
    C’est drôle car j’avais repéré ce roman depuis un bout de temps dans ma librairie d’occasion, à un euro, mais je me tâtais, curieuse de découvrir l’auteure mais pas tout à fait convaincue par l’histoire. J’attendais impatiemment ton billet. Et, bizarrement (ou pas ^^) il m’a donné archi-mega-envie de lire Chocolat, dont j’ai l’adaptation en DVD (mais jamais regardée).
    Du coup, à tout hasard, je suis passée à la librairie aujourd’hui : Les Cinq quartiers d’orange n’était plus en rayon, après y avoir trainé des semaines, en revanche, Chocolat, qui n’y était pas, semblait n’attendre que moi !! C’est la magie du roman qui opère déjà, tu crois ?
    J’ai vu que la suite, Le Rocher de Montmartre mais également Des pêches pour Monsieur le Curé, étaient dispo a la bibli. Mais si je suis charmée par Chocolat, je vais vouloir posséder tous ces tomes !!
    Quoi qu’il en soit, j’ai incroyablement hâte de m’y plonger !!!
    Par chance, ma lecture du moment, L’Etang aux libellules, est un régal donc je devrais le dévorer au cours de ce week-end qui s’annonce tout grisou…

    Plein de gros gros bibis à toi et merci d’avoir mis ce roman sur mon chemin, tout comme Maison d’Hôtes, auparavant !

    Oh ! Dégoûtée par contre de ne pas avoir retrouvé l’exemplaire de Jonah à un euro le lendemain… J’aurais dû l’acheter dès que je l’ai vu… Quelle idiote….

    • Je suis bien contente pour toi, tu verras Chocolat est un petit délice et je suis sûre que tu vas l’adorer ! Je ne connais pas l’Etang aux libellules, j’ai hâte de lire ton billet sur cette lecture, ça sonne délicieusement bon l ‘été ;0) Oh, dommage pour Jonah, si tu as encore l’occasion de tomber dessus, n’hésite pas, c’est un très chouette roman jeunesse, je vais d’ailleurs bientôt lire le 2ième tome. Tu trouves des livres à un euro toi dans ta librairie ?!! Quelle chance ! Et en même temps, non, heureusement…. Ma PAL explose déjà bien assez comme ça ;0) Bises

  4. Oh mais je ne connaissais pas « Vin de bohème ». Je pensais que c’était « Des pêches pour Monsieur le curé » le troisième. Ce livre m’attire beaucoup et j’ai failli le prendre il y a peu de temps, mais je me suis abstenue parce que j’ai déjà « Chocolat » dans ma PAL. J’aime ces lectures qui parlent de cuisine, de famille et de la vie en général.

    • Tu avais tout à fait raison ; « Vin de bohème » n’est pas du tout une suite de Chocolat, c’est un roman tout à fait indépendant, tout comme Les cinq quartiers de l’orange ! Mais lis vite Chocolat, je suis sûre et certaine qu’il te plaira ;0)

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