Aquarelle des prés de Grantchester – Sylvia Plath

  

 » Dans l’enclos les agneaux de printemps se pressent. Silence

De l’air, argenté comme de l’eau dans un verre.

Ni près, ni loin.

La musaraigne couine dans son fouillis

De hautes herbes et on l’entend.

Chaque petit oiseau à tire d’ailes.

File dans les buissons avec sa parure.

Torturés de nuages, des saules sans effraies inclinent

Leurs troncs creux au-dessus de la Granta, redoublant

Leur monde blanc et vert dans l’eau transparente

Qui le reflète à l’envers.

Le canotier conduit à la perche

Dans l’étang de Byron

Les herbes s’écartent là où godillent les couvées de cygnes.

  

C’est un paysage dans une chambre d’enfants.

Des vaches tachetées mâchent en ruminant

Du trèfle rouge ou rongent des betteraves

Dans un halo de soleil  lustré comme un bouton d’or.

Bordant les champs

D’un doux vert d’Arcadie

L’épine aux baies sanglantes cache ses dards dans le blanc.

Drôle, végétarien, le rat d’eau

Coupe un roseau, nage hors de son refuge,

Les étudiants déambulent ou s’assoient,

Se tenant par la main dans l’indolence lunaire de l’amour

Vêtus de robes noires, mais ignorant

La douceur qui règne dans l’air :

Du clocher la chouette fondra, le rat poussera un cri. »

Sylvia Plath, poème faisant partie du recueil « Le colosse » 1960

 

A tous et toutes, je souhaite de très joyeuses fêtes de Pâques !!!

David Kroll  Hummingbird 2008 Source

Source des photos et là aussi

« Alors, j’ouvre une page au hasard…  » par Juliette

« …/…Depuis dès que mes yeux se posent
Entre les lignes, entre les pages
Mêmes effets et mêmes causes
Je fais surgir les personnages
Pour mon malheur, je lis beaucoup
Et c´est risqué, je le sais bien,
Mes hôtes peuvent aussi être fous
Ou dangereux, ou assassins

J´ai fui devant des créatures
Repoussé quelques décadents
Échappe de peu aux morsures
D´un vieux roumain extravagant
J´évite de lire tant qu´à faire
Les dépravés et les malades
Les histoires de serial-killers
Les œuvres du Marquis de Sade

Ils jacassent
A voix basse
Dès que j´ouvre mon bouquin
Je délivre
De leurs livres
Des héros ou des vauriens…/…

« …/…Malgré les monstres et les bizarres
Je me suis fait quelques amis
Alors, j´ouvre une page au hasard
D´un livre usé que je relis
Et puis -j´attends je dois l´avouer-
Au coin d´un chapitre émouvant
Que vienne, d´un prince ou d´une fée,
Un amour comme dans les romans
Comme dans les romans

A voix basse
Qu´il me fasse
Oublier tous mes chagrins
Qu´il susurre
Doux murmures
Des « toujours » et des « demain »
Qu´il m´embrasse
Qu´il m´enlace
Et quand viendra le mot « fin »
Je promets
De n´jamais
Plus refermer le bouquin…/… »

A voix basse, extrait 

Juliette (clic)

Y’a t’il une chanson dont les paroles nous correspondrait plus que celles là, à nous lectrice compulsive ?? Je ne crois pas ;0)Merci à Za de m’avoir fait découvrir cette superbe chanson.

Très bon dimanche !!

Est-ce ainsi que les hommes vivent ? Louis Aragon – Extrait, chanté par Léo Ferré

« Tout est affaire de décor
Changer de lit changer de corps
À quoi bon puisque c’est encore
Moi qui moi-même me trahis
Moi qui me traîne et m’éparpille
Et mon ombre se déshabille
Dans les bras semblables des filles
Où j’ai cru trouver un pays…/…
 
Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent…/…
 
Le ciel était gris de nuages
Il y volait des oies sauvages
Qui criaient la mort au passage
Au-dessus des maisons des quais
Je les voyais par la fenêtre
Leur chant triste entrait dans mon être
Et je croyais y reconnaître
Du Rainer Maria Rilke. »
 
Texte Louis Aragon (adaptation Léo Ferré)

Photo Robert Doisneau – Le manège de Mr. Barré – 1954

J’ai choisi cette superbe photo de Doisneau parce que,

La vie est un manège,
elle tourne,
elle virevolte,
elle donne le tournis.
Il faut suivre, ne pas se laisser éjecter…
Il faut suivre le mouvement,
et cela même si,
parfois,
elle donne un peu mal au coeur
La vie est un manège…
Billet de mon ancien blog du 19 septembre 2010 remis à l’honneur

La cueillette des mûres, Sylvia Plath, extrait

 « Personne sur le chemin, et rien, rien sinon des mûres,

Des mûres de chaque côté, des mûres partout,

Une allée de mûres, qui descend en crochet, et une mer

Quelque part au bout, qui se soulève. Des mûres

Aussi grosses que mon pouce, aussi muettes que des yeux

Ebène dans les haies, et pleines
De jus bleu-rouge, qu’elles abandonnent sur mes doigts.

Je n’avais pas demandé de telles soeurs de sang ; elles doivent m’aimer.

Elles sont accommodantes, elles se font toutes petites pour tenir dans ma bouteille de lait…/… »

Sylvia Plath

Poèmes

1959-1963          Source des photos

Couchée à plat ventre sur la roche chaude… Sylvia Plath

« Couchée à plat ventre sur la roche chaude, je laissais pendre mon bras sur le côté, caressant de la main les contours arrondis de la pierre bouillante sous le soleil, les ondulations lisses. Le rocher brûlant offrait un tel confort, rude et chaud, qu’on aurait dit un corps humain. La chaleur intense me brûlait à travers le tissu de mon maillot de bain, et irradiait tout mon corps ; mes seins, contre la pierre dure et plate, me faisaient mal. Il soufflait un vent moite et salé qui détrempait mes cheveux – à travers leur masse brillante, j’apercevais le scintillement bleu de l’océan. Le soleil s’infiltrait par chaque pore, comblait chacune des fibres douloureuses de mon corps, pour me plonger dans une quiétude dorée, rayonnante. Je m’étirais sur le rocher, corps tendu, puis relâché, sur cet autel ; j’avais l’impression d’être délicieusement violée par le soleil, remplie de chaleur intense par le dieu impersonnel et colossal de la nature. Sous moi, le corps de mon amant était chaud et pervers, la sensation de sa chair sculptée à nulle autre pareille ; ni douce ni malléable, ni trempée de sueur, mais sèche et dure, lisse, propre et pure. Et moi, noble, d’une blancheur d’ossements, j’avais été rejetée par l’océan, une fois lavée, baptisée et lustrée, entièrement asséchée par le soleil. Le corps de mon amant était comme les algues, tranchant, cassant, à l’odeur puissante ; comme la pierre, il était net et arrondi, incurvé, ovale ; comme le vent, âcre et salé – le corps de mon amant était ainsi. C’était un sacrifice orgiaque sur un autel de pierre et de soleil, et je me suis relevée luisante de siècles d’amour, purifiée et rassasiée par le feu dévorant de son désir fortuit et intemporel…/… »

Journal extrait,

Sylvia Plath,

Swanpscott – Eté 1951

Source photo

Joyeuses Pâques !!!

 » Les matins qui m’éloignent de toi sont des nuits

Il y a des heures sans fond, des journées blanches,

perdues, à vivre loin de toi. Chaque jour de la semaine, 

la buée sur les vitres de ta voiture et ta main qui s’en va.

L’odeur de ton écharpe et de ton rouge à lèvres.

Des kilomètres de lumière qui nous éloignent. Le bruit

rouge du réveil. Le temps qui manque, ce précipice. 

Et d’autres fois plus rien qui avance. L’impression 

persistante d’habiter dans une faille. Le soir, casser

des brindilles, souffler sur des braises et recoller nos

morceaux.  » (p79)

Thomas Vinau, extrait de « Nos cheveux blanchiront avec nos yeux », éditions de l’Alma

Encore une fois cette année j’ai choisi de passer ces fêtes de Pâques avec Thomas Vinau dont j’ai tellement aimé ce texte ; Nos cheveux blanchiront avec nos yeux.

Je vous souhaites de Joyeuses fêtes !!

David Kroll – White Rabbit – 2007 (source)

Source des photos

Le braconnier – Sylvia Plath

« C’était un bastion de violence

Me bâillonnant de mes cheveux

Le vent dépenaillait ma voix, la mer

M’éblouissait, les vies des morts

Se déroulant dans sa lumière en huile

Je subissais la malveillance des ajoncs,

Leurs piquants noirs,

Le chrême onctueux de leurs fleurs de cierge,

Leur force efficace et leur beauté vraie

Mais forcenées comme un supplice…/…

Ce fut comme un effort, une hâte immobile,

Des mains serrées autour d’un bol de thé,

Un cercle obtus, brutal, sur le blanc de la porcelaine

C’est lui qu’elles attendaient, ces morts fragiles,

L’attendaient en fiancées, l’excitaient.

Et nous étions, lui, moi, liés aussi

Fils de fer tirés entre nous,

Piquets trop enfoncés pour pouvoir s’arracher,

Esprit comme un anneau

Coulissant soudain sur un long corps souple

Et la contraction m’étranglant d’un coup. « 

« Le braconnier », Sylvia Plath (extrait). « Ariel » recueil de poèmes 1960 – 1962

Les derniers vers disent si bien les liens de l’amour…

Bon dimanche à toutes et à tous !!

(Source des photos)