Publié dans Littérature Française

La vie en mieux d’Anna Gavalda

 Mais seulement pour la deuxième nouvelle !

« Mathilde a 24 ans. Elle a abandonné ses études d’histoire de l’art pour un petit boulot sans intérêt et vit en colocation avec deux sœurs jumelles. Elle dit qu’elle est heureuse, mais est toujours obligée de boire pour s’en souvenir. Un jour, elle oublie son sac à main dans un café. Un homme le lui rend la semaine suivante. Plusieurs mois plus tard et à cause de cet homme justement, elle envoie tout balader et décide de changer de vie.
Yann a 26 ans. Il est aussi diplômé qu’on puisse l’être, mais n’a pas trouvé de travail. En attendant des jours meilleurs, il est vendeur dans un magasin d’électroménager Hi-Tech. Il vit en couple avec Mélanie et ne dit pas qu’il est malheureux, mais souvent, quand il traverse la Seine, il s’imagine qu’il saute et se voit en noyé. Un soir, alors qu’il est seul, il rend service à son voisin de palier.
Pour le remercier ce dernier l’invite à dîner. Le lendemain matin, il envoie tout balader et décide de changer de vie. »

Ce dernier roman de Gavalda sont en fait deux nouvelles. Je m’attendais à ce que les nouvelles soient reliées entre elles mais il n’en est rien. Ce sont vraiment deux nouvelles très distinctes. Je l’ai déjà dit et je le redis ; j’aime le style d’Anna Gavalda, c’est frais, c’est tendre, ça parle de tout à chacun… Bref je lui suis fidèle et j’ai lu tous ces romans et nouvelles, sauf « La consolante » qui m’attend encore dans ma PAL. J’ai même aimé Billie qui pourtant a été beaucoup critiquée. D’ailleurs je vais tâcher de vous en parler le plus vite possible. Mais revenons en à ce recueil, la première m’a franchement déplu, au point que j’ai failli abandonner ma lecture mais je me suis accroché et je l’ai fini péniblement pour au final ne pas l’avoir apprécié du tout. Cette fois je n’ai pas du tout aimé l’écriture d’Anna, elle ne me convenait pas du tout, je perdais le fil et je me sentais même molestée par ses mots. Heureusement j’ai persévéré et j’ai décidé de lire la deuxième nouvelle. Je dis heureusement parce que cette deuxième nouvelle a été un vrai coup de coeur. J’ai retrouvé la voix d’Anna, celle que j’aime, celle qui me bouleverse, celle qui me bouscule mais d’une façon bienveillante.

Yann est l’exemple type de quelqu’un qui s’endort dans sa propre vie. Il n’y voit plus grand intérêt, il est totalement désenchanté. Et puis il y a cette rencontre qui change tout, cette soirée, qui se termine fort tard, et qui lui fait connaître mieux ses voisins. Un couple avec deux petites filles. Une famille heureuse qui ne ressemble à aucune autre,  n’a rien de plus qu’une autre mais pourtant qui se distingue par sa faculté au bonheur. J’ai vécu de la même façon que Yann l’a ressenti avec cette famille ma rencontre avec cette nouvelle ; vous savez c’est quelque chose comme ; des mots, des notes de musique, une peinture… Qu’importe finalement… Mais ce quelque chose qui se trouve sur votre route vous picote, vous bouscule. Un peu comme le ferait l’acidité du citron sur votre langue et votre palais, ça vous fait grimacer mais vous le trouvez tout de même délicieux. C’est là, ça vous a réveillé aussi sûrement qu’un grand cri libérateur. Cela vous a rendu plus vivant que jamais et vous êtes reconnaissant à cette rencontre, à ces mots, à cette musique de s’être trouvés là, sur votre chemin pour vous apporter cette intensité que vous aimez tant…

Il a quelque jours j’ai eu la chance de ressentir cela à deux reprises dans ma journée ; avec cette nouvelle et avec un film ; « Bienvenue parmi nous » qui n’a aucun rapport mais qui m’a réveillé tant autant. Mais c’est une autre histoire dont je vous parlerais plus tard…

Pour Yann le déclic a lieu alors qu’il aide ses voisins de palier à monter une simple armoire jusqu’à chez eux. Pour le remercier ces derniers l’invite à boire un verre et finalement tout ça évolue vers une invitation à dîner. Il découvre alors une douceur de vivre, une simplicité tranquille mais sûre d’elle… Un couple, une famille, bien dans ses baskets.

 » Que leur resterait-il pour plus tard après une enfance pareille ? me demandais-je. Une vie d’ennui ou le goût de la fête ? Une crise de foie carabinée ou un toupet du diable ? 

Dieu sait si j’aimais mes parents, ces gens posés, tranquilles et discrets, mais comme j’aurais apprécié qu’ils me confient ce secret en plus de leur affection… Que le bonheur était dans les escaliers et qu’il ne fallait pas avoir peur. Peur de faire du bruit, peur d’être heureux, peur de déranger les voisins et de jurer toute la sainte tripaille de son coeur. Peur de la vie, de l’avenir, de la crise et de toutes ces boîtes de pandore made in china que des vieux cons encore plus peureux que nous ne l’étions déjà entrouvraient sans cesse pour nous démotiver et garder ainsi tout le magot pour eux seuls.

Oui, peut-être que ces petites filles déchanteront un jour, peut-être qu’elles mangent leur pain blanc trop tôt et beaucoup trop vite et peut-être qu’elles se sentent déjà écrasées par ce mini-papa tout-puissant, mais en attendant… en attendant… quels beaux souvenirs elles engrangeaient… » (p192, 193)

 » Cette fille qui m’aura permis de prendre conscience que l’on se tenait beaucoup moins bien dans ma famille que dans la sienne, mais que l’on s’y comportait mieux. Qu’on y mettait moins les formes, mais que la chaîne était plus longue et l’ancre plus sûre. Et qu’on n’y disait pas autant de mal des autres. Que les autres nous obsédaient moins. Peut-être parce qu’on était trop bêtas pour voir plus loin que le bout de notre nez ou peut-être parce qu’au bout de notre nez justement, il y avait l’horizon.

Peut-être que cette ligne, là, que ce trait infini entre le ciel et la mer depuis la nuit des temps, ça vous façonnait des êtres humains moins arrogants… » (p276)

Des mots qui me parlent terriblement… Je suis rassurée, Anna Gavalda n’en a pas fini avec cette tendresse qu’elle ressent pour le genre humain…

La fin est un peu facile mais je l’ai aimé quand même et puis finalement, qu’importe, le livre m’a apporté ce qu’il devait… Lu aussi par « Un autre endroit ».  Source des photos

 

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