Ecrire, dit-elle

L’or des chambres (extrait) de Françoise Lefèvre
 » Ecrire. Comme d’une chapelle où le vent souffle par le trou de vitraux. Nous glissons vers d’autres mémoires. La nôtre nous est ôtée. Ou peut-être la dépassons-nous. Ecrire à perdre haleine. A tordre nos mains blanches dans la nuit.
Que veulent dire ces mots : écrire, aimer, mourir ? Dans quelle chapelle, dans quelle chambre, dans quelle tombe entrons-nous quand nous écrivons ?
Je ne connais que l’ardeur, la ferveur de ce mal qu’on est seule à partager dans la chambre close. Je veux bien payer en absence, en nuits solitaires pour être cette corde de violoncelle qu’on caresse, ou qu’on pince parfois…/… »
Françoise Lefèvre
Je vous souhaite un très bon dimanche
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Le rocher de Montmartre de Joanne Harris

 Le rocher de Montmartre Lecture commune avec Soukee , Tiphanie , Fransoaz et Mango

«  Le mensonge est une herbe folle dont on ne peut se débarrasser. A moins de pouvoir la contrôler dès le début, elle envahit tout, se propage, dévore et étouffe tout pour ne laisser derrière elle qu’un enchevêtrement stérile et sec. »

Ce livre n’est qu’autre que la suite de Chocolat, livre que j’ai vraiment adoré… (lu bien avant le blog, non chroniqué donc) Il y a eu une adaptation avec Juliette Binoche et Johnny Deep qu i a assez bien marché. Pour ma part je l’ai bien aimé mais sans plus, je l’ai trouvé plutôt fade par rapport au livre. Maintenant venons-en au « Rocher de Montmartre », Vianne Rocher est devenu Yanne Charbonneau. Mais il n’y a pas que son nom qui a changé, elle a décidé de se fondre dans le moule, de devenir anonyme parmi les anonymes. De devenir une petite souris grise qui se fond dans la masse et que personne ne remarque. Fini les vêtements et les bijoux colorés. Fini « Lansquenet » également, c’est maintenant à Montmartre qu’elles vivent. Mais c’est toujours d’une chocolaterie dont il est question. Anouk, sa fille, a bien grandi et est devenu à présent une jeune adolescente de 11 ans. Yanne a eu une deuxième petite fille, Rosette, qui a quatre ans. C’est une petite fille un peu spéciale, qui ne parle pas et qui vit dans sa propre petit monde. Yanne est désormais fiancé à Thierry, un riche entrepreneur, un homme plutôt banal et très terre à terre et qui ne sait rien de son passé ni de l’épisode « Lansquenet ».

Un nouveau personnage, qui prend beaucoup de place, puisqu’il fait partie des « trois voix » du livre, apparaît. Il s’agit de Zozie de l’alba, jeune femme très fantasque et originale, ressemblant un peu à la Vianne d’autrefois sauf que…. Les deux autres voix sont Yanne (alias Vianne) et Annie (alias Anouk). Le livre se partage entre ses trois là. Si j’ai aimé ce livre ?… Il est indéniable que j’ai pris beaucoup de plaisir à le lire mais il n’a pas le charme certain qu’avait « Chocolat ». Bien sûr il y a toujours ces passages délicieux concernant le chocolat et la façon de le cuisiner de Yanne, passages absolument alléchants et gourmands qui donnent l’eau à la bouche et font briller les yeux… (surtout pour une vraie fan du chocolat comme moi, qui en est dépendante au plus haut point…) Mais je ne sais pas, ce n’est plus la même chose… « Chocolat » a été un vrai coup de cœur pour moi, ce n’est pas le cas pour celui-ci. Peut-être en fait, ne suis-je pas si fan que ça des suites (ça n’avait déjà pas trop fonctionné pour la suite de « Le mec de la tombe d’à côté »). Je ne suis pas très sûre que les suites soient une si bonne idée que ça… Mais bon, comme je le disais, j’ai tout de même passé un très bon moment en leurs compagnies.

Et il a aussi autre chose qui m’a plus qu’agaçé, c’est la présence de la magie ; si elle était aussi douce et légère qu’un duvet moelleux dans « Chocolat », dans ce livre là elle devient vraiment trop lourde, comme si l’auteur en avait vraiment trop appuyé le trait… La magie devient, sous les doigts de Zozie quelque chose de sournois, de manipulateur, de vraiment perfide et traître… Cela m’a vraiment déplu… J’ai trouvé aussi que le personnage d’Anouk, petite fille absolument craquante dans « Chocolat » était vraiment devenue terne et presque ennuyeuse, avec ses problèmes d’ado plutôt banals et sans aucune originalités… Et il a Yanne aussi, qui est dépeinte comme une femme fragile, à la merci de la première venue… Elle n’a, en effet, plus grand chose de la Vianne de « Chocolat » qui ne s’en laissait pas conter si facilement. Mais c’est vrai qu’ici l’attaque est plus sournoise, le curé de « Lanquesnet » était bien plus prévisible, on le voyait venir avec ses grands sabots… Qu’importe, il me semble que la personnalité de Vianne soit un peu trop effacé dans ce « Rocher de Montmartre ».

Mais il a tout de même plusieurs points positifs que j’ai aimés dans ce livre. Tout d’abord les présences féeriques de Pantoufle et du petit singe de Rosette. Tous les passages sur la fabrication (et les dégustations) du chocolat :

« Ce n’est pas seulement leur goût vous savez, la somptuosité du chocolat noir parfumé au rhum avec un rien de piment rouge, le centre moelleux qui fond délicieusement dans la bouche, le goût amer de la poudre de cacao dans laquelle elles ont été roulées, non, tout cela ne suffit pas à expliquer l’étrange séduction des truffes au chocolat de Yanne Charbonneau. C’est l’effet qu’elles produisent sur ceux qui les mangent peut-être. On se sent plus fort, plus vigoureux, plus réceptif aux couleurs, plus tactile, plus conscient de son corps, de ce qu’on a là sous la peau, de sa langue, de sa bouche, de sa gorge. »

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Le traitement fait du rapport entre mère et fille et celui fait de la difficulté à voir nos enfants quitter la délicieuse période de l’enfance et leur prise d’indépendance.

«  Anouk a onze ans maintenant. Certains jours, je peux presque ressentir cette terrible conscience du monde qui s’agite en elle comme un animal en cage. Anouk, ma fille de l’été, qui autrefois n’aurait pas plus été capable de me mentir que d’oublier de me faire un sourire. Anouk qui, en public, me donnait un grand coup de langue sur la figure en me claironnant à l’oreille : « Je t’aime ! » Anouk, ma petite étrangère, maintenant ma grande étrangère, encore plus secrète, en proie à des changements d’humeur, à de mystérieux silences. Anouk, avec ses histoires fantasmagoriques et cette façon de me regarder parfois, les yeux plissés, comme si elle essayait d’apercevoir quelque chose qu’elle avait presque oublié là, dans le vide, derrière ma tête » (p27)

Sa définition de la maternité (là, elle a marqué plusieurs points d’un coup….) p42 qui parle de toutes les peurs d‘une mère (et elles sont nombreuses…) :

« La maternité est une condamnation à la peur à perpétuité »

et de tous ses petits moments dont on s’aperçoit, seulement, qu’ils nous manquent au moment où on les a perdus :

« l’histoire non réclamée à l’heure du coucher, le baiser non donné… »

Et cette perception là, douloureuse :

«… et le moment terrifiant où la mère comprend enfin qu’elle n’est plus le soleil rassurant autour duquel orbite le monde de sa fille mais seulement un autre satellite tournant autour d’un soleil moins puissant »

Quelques petits piques pas trop méchants sur la religion p252. Et le calendrier de Noël tellement génial,, fait avec une maison de poupée et qui offre tout les jours une autre scène :

« C’est une grande maison de poupée, assez large pour remplir l’étalage avec son toit en pente taillé en biseau et sa façade peinte découpée en quatre panneaux qui permettent, en les relevant, de jeter un coup d’œil à l’intérieur. Pour le moment, ces panneaux-là restent baissés mais, à travers les stores que j’ai posés aux fenêtres, on peut entrevoir la chaude lumière dorée qui baigne tout l’intérieur…/… J’ai commencé par installer le décor. Un parc miniature autour de la maison. Un étang de soie bleue sur lequel évoluent des canards de chocolat. Une petite rivière. Une allée de cristaux de sucre colorés, bordée d’arbustes et d’arbres de papier de soie et de cure-pipe, le tout saupoudré d’une neige de sucre glace sur laquelle de minuscules souris de sucre candi s’échappaient de la maison dans une scène digne d’un conte de fées. »

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Au final des passages vraiment délicieux, une lecture tout de même très agréable qui mérite sans doute que l’on se penche sur elle…

La séance de John Harwood

La séance halloween,challenge halloween Puisque le challenge Halloween prend fin aujourd’hui, il faut vite, vite, que je parle de ce livre, fini tout juste ce matin…

Quatrième de couverture : « Angleterre, fin de l’ère victorienne. Constance Langton reçoit la visite d’un avocat, John Montague. Celui-ci lui annonce qu’elle vient d’hériter d’un manoir de famille dans le Suffolk, Wraxford Hall, et lui conseille de vendre la propriété sans perdre une seconde. Wraxford Hall jouit en effet d’une sinistre réputation : ses précédents propriétaires y sont morts dans d’étranges circonstances et une jeune femme, Eleanor Unwin, y a mystérieusement disparu avec sa fille. Quels terribles secrets renferment Wraxfod Hall ? Au fil du journal intime d’Eleanor et des recherches de Constance, deux femmes dont le désir d’indépendance dénote en pleine époque victorienne, se lèvent peu à peu les mystères qui entourent l’étrange demeure. Pièges machiavéliques et coups de théâtre en cascade, terreurs intimes, étranges obsessions et secrètes inconvenances, tout est réuni pour faire de cet hommage très moderne au roman gothique et victorien un chef-d’œuvre du genre. »

Voilà une lecture assez prenante mais que je n’ai pas aimé autant que je le pensais… Qu’Est-ce qui m’a manqué au juste… Je ne sais pas trop, peut-être une atmosphère un peu moins vénéneuse que je m’y attendais… Et je pense que j’avais trop en tête ce livre que j’avais tant aimé de Kate Mosse : «Fantômes d’hiver» auquel je n’ai pas m’empêcher de faire le lien durant toute ma lecture… Je n’ai pas retrouvé dans celui-ci cette atmosphère particulière, ce charme délicieux que j’avais tant aimé dans «Fantômes d’hiver» Plusieurs voix se croisent dans « La séance », tout d’abord une jeune femme Constance Langton, qui va hériter d’un manoir dont l’histoire est sulfureuse : Wraxford Hall. A ceci se rajoute la voix d’un avocat John Montague, celui là même qui lui annonce son héritage. Ainsi que celle d’une jeune femme Eleanor, qui mal aimée et mal à l’aise dans sa famille rejoint sa meilleure amie et son mari dans le presbytère de Chalford (George est pasteur). Elle fuit surtout des « visitations » qu’elle voudrait oublier et dont elle voudrait surtout « guérir ». La première lui est venu après une chute dans les escaliers, suite à une crise de somnambulisme dont elle est sujette.

Voilà en quelques mots la trame du récit. Vous rencontrerez pêle-mêle dans ce livre : Un manoir sinistre et délabrée dans lequel il se passe de drôles de choses… Une galerie dans laquelle il ne fait pas bon se promener. Une armure qui renferme bien des secrets. Une famille, les Wraxford, dont les hommes sont vraiment, vraiment infréquentables… Des hommes qui jouent avec le feu du ciel et qui utilisent les éclairs et la foudre à des fins pas très catholiques. Une maison glaciale et très angoissante. Une jeune femme amoureuse qui fera un mariage contre son gré, sans même savoir comment ça a bien pu lui arriver. Et une autre qui aimerait bien démêler les fils de tous ces mystères… Au final, une lecture très victorienne…

«  J’étais de plus en plus convaincue de m’être trompé de chemin quand, sans le moindre avertissement, celui-ci contourna un énorme chêne et déboucha sur une vaste étendue en friche, envahie de mauvaises herbes et de ronces, qui avait dû être autrefois une pelouse. De l’autre côté, à une cinquantaine de mètres, se dressait un grand manoir de style élisabéthain, avec des murs d’un vert sale, traversés de poutres noircies, et couronnés par de multiples pignons…/… Je reportai mon attention sur l’habitation principale. Même à cette distance, les signes d’un abandon de longue date étaient évidents ; des fissures irrégulières dans la maçonnerie, une profusion de ronces et de rejets poussant par endroits contre le mur. Toutes les fenêtres étaient fermés par des volets, sauf une rangée au premier étage, qui paraissait être au moins à dix mètres de haut…/… Les volets au deuxième étage étaient beaucoup plus petits, avec, en surplomb, les greniers, chacun avec son propre pignon et tous à des niveaux différents. Une douzaine de cheminée en ruine se découpaient sur le ciel lumineux, dont jaillissaient des sortes de lances noircies braquées vers les cieux. Ces paratonnerres auguraient bien des étranges obsessions de la famille Wraxford » (p 71 et 72)

 «  Quinze jours plus tard environ, après que le médecin m’eut déclarée en voie de guérison, j’étais assise dans mon lit en train de lire, lorsque ma grand-mère entra dans la chambre et s’assit sur la chaise à côté de moi, exactement pareille à ce qu’elle était quand j’étais petite : même robe ouvragée en soie noire, cheveux blancs soigneusement fixés avec des épingles, même parfum familier d’eau de lavande et de violette. La chaise craqua quand elle s’y installa, puis elle me sourit et reprit son ouvrage comme si elle s’était absentée cinq minutes, au lieu d’avoir reposé au cimetière de Kensal Green pendant les quinze dernières années. J’étais vaguement consciente du fait que grand-maman devait être morte, mais curieusement, cela n’avait pas d’importance ; sa présence à mon chevet paraissait tout à fait naturelle et réconfortante. Cette façon tranquille dont j’acceptai sa visite me paraîtrait plus tard aussi curieuse que la visite elle-même : nous restâmes ensemble sans rien dire pendant un laps de temps indéterminé, puis ma grand-mère replia son ouvrage, me sourit à nouveau et sortit lentement de la chambre. » (p 118)

Lu par ClaraLeiloonaKeishaLou et Soukee.  Rajout : ouf, j’ai trouvé un billet qui rejoint un peu le mien, celui de Lilly (et elle en recense d’autres)