Littérature·Policier ou thriller

L’hypnotiseur de Lars Kepler

 » Je citais souvent William Faulkner :  » Le passé ne meurt jamais ; il n’est même jamais passé. » J’entendais par là que chaque petite chose arrivée un jour à une personne la suit dans le présent. Chaque expérience influence chacun de nos choix, et, dans le cas d’expériences traumatiques, le passé prend pour ainsi dire le dessus sur le présent. » (p309)

Le mot de l’éditeur ;  » Erik Maria Bark, un psychiatre spécialisé dans le traitement des chocs et traumas aigus, a longtemps été l’un des rares véritables experts de l’hypnose médicale. Jusqu’au jour où une séance d’hypnose profonde a mal, très mal tourné. Sa vie a frôlé l’abîme et, depuis, il a promis de ne plus jamais hypnotiser. Dix années durant, il a tenu cette promesse. Jusqu’à cette nuit où l’inspecteur Joona Linna le réveille. Il a besoin de son aide. Josef, un adolescent, vient d’assister au massacre de sa famille. Sa mère et sa petite soeur ont été poignardées, mutilées et dépecées sous ses yeux. Le corps lardé de centaines de coups de couteau, Josef vient d’être hospitalisé, inconscient et en état de choc. Mais il est le seul témoin du carnage et Joona Linna, pris dans une course contre la montre, veut l’interroger sans tarder. Car tout indique que l’assassin est maintenant aux trousses de la soeur aînée de Josef, mystérieusement disparue. Et pour lui, il n’y a qu’une façon d’obtenir un quelconque indice de l’identité du meurtrier : hypnotiser Josef. Tandis qu’il traverse un Stockholm plus sombre et glacial que jamais, Erik sait déjà que, malgré toutes ses protestations, il brisera sa promesse pour tenter de sauver une vie. « 

Voilà une expérience de lecture assez forte. Le meilleur thriller que j’ai pu lire ses dernières années. D’ailleurs je tournais autour déjà depuis quelque temps. Les circonstances ont fait que ma soeur l’a emmené en vacances et j’ai enfin pu le lire. J’ai une attirance et une curiosité assez forte par rapport à l’hypnose depuis toujours, je dirais même plus ; une fascination certaine. Quand à cette évidence ; ce passé qui ne passe jamais, c’est juste une évidence pour moi… Le passé reste accroché à nous, tel de la mousse à des rochers, il ne nous quitte pas, il est là, on apprend juste à vivre avec. Avoir un passé qui ne passe pas est juste une phrase faite pour moi.

L’histoire est vraiment terrifiante, les corps retrouvés sont dans un sale état, c’est un massacre. C’est un peu ce qui me faisait peur et cela m’a longtemps fait hésiter à lire ce livre. Je n’aime pas les détails gores et la violence exacerbée. Mais j’ai été tellement entraînée par ces pages que je n’ai pas eu le temps de m’appesantir sur cela. Je l’ai presque lu en retenant mon souffle. Mais il faut bien l’avouer ; c’est noir, très noir… Il y est question de folie, d’obsessions, d’enfant qui disparaisse, de jeunes gens qui persécutent, bref c’est pas joyeux, joyeux. Néanmoins je conseille très fortement. On est loin de la Suède chaleureuse et douce d’Ikea, l’atmosphère est sombre, déprimante, les personnages sont de ceux que l’on a aucune envie de fréquenter, seuls l’hypnotiseur (ainsi que sa famille) et l’inspecteur semblent « normaux ». J’ai adoré la description des séances où l’hypnotiseur tombe dans l’hypnose avec ses patients avec sa propre perception qu’il en a, celle de descendre dans la mer, c’est très imagée et très beau ;  » Je me tournai vers l’intérieur, lâchai prise et plongeai à travers l’eau dans une cage d’ascenseur obscure. Nous nous trouvions dans une épave ou dans une maison inondée. Un courant d’eau frais remontait vers moi. Des bulles d’air et des petits bouts de varech dépassaient…/… Au bout de vingt minutes peut-être, nous étions tous au fond de l’eau, sur un sol en acier parfaitement lisse. ça et là, des coquillages isolés avaient trouvé prise sur le métal. Des algues s’étaient accumulés par endroits. Un crabe blanc traversa la surface plane.  » (p350) D’habitude j’oublie très vite les thrillers que je lis, celui ci me restera longtemps en mémoire.

 » Je n’avais jamais compris pourquoi ma propre transe, qui avait toujours lieu parallèlement à l’hypnose des patients, se déroulait invariablement sous l’eau. Mais j’aimais l’image de l’eau, elle était claire et confortable et j’avais pris l’habitude de lire à travers elle les nuances du cours des événements. Tandis que je plongeais dans la mer, mes patients voyaient tout autre chose, ils tombaient dans leurs souvenirs, dans leur passé, se retrouvaient dans la chambre de leur enfance, dans des endroits de leur jeunesse, dans le chalet d’été de leurs parents ou le garage de la fille d’à côté. Ils ignoraient que pour moi ils se trouvaient en même temps dans les profondeurs de la mer, tombant lentement d’un gigantesque récif corallien, d’une plaine abyssale ou de la paroi rocailleuse d’un rift océanique. Dans mon esprit, nous plongions maintenant tous ensemble dans l’eau bouillonnante. » (p311)

Littérature suédoise, traduit par Hege Roel-Rousson et Pascale Rosier

Editions Actes sud 2010, existe en Babel également

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Littérature·Policier ou thriller

Au lieu-dit Noir-Etang de Thomas H. Cook

 » Au bout du compte, j’ai préféré théoriser sur la vie plutôt que de la vivre. » (p168)

C’est une lecture très noire, presque glauque, dans laquelle j’ai plongé là. Les personnages ne sont pas très sympathiques mais il faut tout de même avouer que j’ai dévoré ce livre assez vite. Dès les premières pages on a envie de savoir comment tout cela va se terminer. Nous entrons de plein pied dans les souvenirs de jeunesse d’Henry. Très vite on comprend qu’un drame est advenu et peu à peu, au fil des pages, la trame devient de plus en plus serré, de plus en plus oppressante… On fait ses propres théories, parfois on se trompe, parfois non mais la fin m’a tout de même cueilli (même si j’avoue avoir eu un petit doute).  Je retiendrais surtout de ce livre cette atmosphère si bien rendu d’un hiver pris par la pluie et le vent. Par ses paysages malmenés, gris, tristes… Cette ville qui apparaît bien sinistre et morose.

 » Parfois, en ces tristes journées d’hiver si fréquentes en Nouvelle-Angleterre où le vent malmène autant les arbres que les arbustes, où la pluie tambourine contre les toits et les vitres, je me sens de nouveau happé par l’univers de mon père, par ma jeunesse, par la petite ville qu’il aimait tant et où je vis toujours. »

Henry, malgré les souvenirs qui le hantent à choisi de rester dans cette petite ville où tout est arrivé, il nous promène au gré de ses souvenirs, distillant au fur et à mesure le venin de toute cette triste histoire. Et tout finit par se mettre en place, telles les pièces d’un puzzle, très bien pensé.

Ce que je retiendrais encore de cette lecture ;

*L’image de ce cottage isolé, et ce Noir-Etang, écrasant…

 » Il paraissait minuscule comparé à notre maison de Myrtle Street, si écrasé par la forêt alentour qu’il semblait se tapir, apeuré, dans un point de verdure, juste devant une sombre étendue d’eau, plate, immobile, terne, aux profondeurs opaques, inexplorées, pareille à un grand trou dans le coeur des choses » (p29)

*Le regard d’une femme, au travers de la vitre d’une voiture.

*Des cris et une dispute fracassante dans le phare de Chatham… Et la silhouette d’une jeune femme qui en sort en courant, son écharpe rouge volant derrière elle…

Au bout du compte une lecture qui m’a laissé une empreinte assez forte…

Qui a fait le billet impulsion, celui qui m’a fait saisir ce livre lors d’une visite dans ma librairie ? (ou plutôt dans le supermarché du coin, lors de banales courses). Et bien cette fois c’est Margotte. Elle même avait été tenté par celui de Nadael.

Lu pour le challenge Petit bac 2014 petit bac 2014 catégorie « Lieu »

Policier ou thriller

Preuves d’amour de Lisa Gardner

Le mot de l’éditeur :  » Officier de police respecté, Tessa Leoni n’aurait pas supporté la violence de son mari et l’aurait froidement abattu de trois balles dans le corps avec son arme de service. C’est la version qu’elle donne à l’inspectrice D D Warren quand celle-ci arrive sur les lieux. Mais si les bleus sur son visage sont irréfutables, il y a une chose que D D Warren ne s’explique pas : la mystérieuse disparition de la petite fille de Tessa, que sa mère aime par-dessus tout, et au sujet de laquelle elle reste évasive. 
Au moment où l’enquête n’est plus qu’une terrible traque pour sauver la fillette, Tessa déclare soudain savoir où elle se trouve… Plus poignant que jamais, le nouveau suspense de Lisa Gardner, best-seller aux Etats-Unis, nous plonge avec un talent vertigineux au coeur du mensonge. »

Je lis de moins en moins de polars parce que je me rends compte qu’à chaque fois ils me font le même effet ; si je me laisse entraîner facilement et que je les lis plutôt rapidement, il me suffit de quelques jours pour me rendre compte que je les ai déjà oubliés. Et puis, à chaque fois je suis déçue par la fin. Je ne sais pas à quoi je m’attends mais c’est toujours pareil, je me dis ; tout ça pour ça… Mais si vous êtes friande du genre je dois avouer que celui ci est plutôt de bonne facture. On tourne les pages sans s’ennuyer, et on va de surprises en surprises. Plusieurs fois l’auteur nous ballade et nous emmène dans de mauvaises directions. Ce n’est que vers le milieu du livre que les premières pages prennent tous leurs sens et ce ne sont pas du tout les mêmes que lorsque nous les avions lus au début (j’y suis d’ailleurs retournée pour les relire). Ce que je retiendrais de cette lecture ;

La certitude que l’amour d’une mère est vraiment incommensurable et qu’il n’a pas de limite.

La pensée que nous aussi, peut-être,  nous deviendrions des lions pour défendre notre enfant et que nous chercherions en nous cette violence, celle cachée tout au fond, celle dont nous aurions douloureusement besoin pour le sauver. Que nous serions surpris de la trouver si facile à utiliser…

Extrait ;

 » Bobby quitta des yeux la nuit noire qui défilait à vitesse grand V pour jeter un regard vers elle.

 » Jusqu’où tu serais prête à aller ? demanda t-il d’une voix douce en baissant les yeux vers le ventre de D.D. Si c’était ton enfant, jusqu’où tu serais prête à aller ?

– J’espère ne jamais avoir à le découvrir.

– Parce que moi, je les tuerais tous, déclara-t-il tout net en crispant et décrispant les mains sur le volant. Si quelqu’un menaçait Annabelle, kidnappait Carina. Il n’y aurait pas assez de minutions dans tout l’état pour ce que je voudrais leur faire. »

Policier ou thriller

Avant d’aller dormir de S.J. Watson

Avant d'aller dormir Existe en poche aussi, aux éditions Pocket

Le mot de l’éditeur : « A la suite d’un accident survenu une vingtaine d’années plus tôt, Christine est aujourd’hui affectée d’un cas très rare d’amnésie : chaque matin, elle se réveille en croyant être une jeune femme célibataire ayant la vie devant elle, avant de découvrir qu’elle a en fait 47 ans et qu’elle est mariée depuis vingt ans. Son dernier espoir réside dans son nouveau médecin, Ed Nash. Celui-ci lui a conseillé de tenir un journal intime afin qu’elle puisse se souvenir de ce qui lui arrive au quotidien et ainsi reconstituer peu à peu son existence. Quand elle commence à constater de curieuses incohérences entre son journal, ce que lui dit son entourage et ses rares souvenirs, Christine est loin de se douter dans quel engrenage elle va basculer. Très vite elle va devoir remettre en question ses rares certitudes afin de faire la vérité sur son passé… et sur son présent. »

Il faut avouer que j’ai un peu été déçu par ce polar… Je m’attendais à vraiment frissonner… angoisser, trembler… Et puis finalement bof, bof… Je me suis même ennuyée pas mal les 100 premières pages, il ne se passe pas grand chose finalement. Christine se réveille le matin, elle est dans le flou complet. Dans les brumes… Alors elle voit son psy (qui l’appelle et se déplace pour finir chez elle parce qu’évidemment elle ne se rappelle être suivie par un psy). Elle lit son journal, elle parcoure la maison qu’elle ne reconnait pas.

Elle essaye d’apprivoiser la présence d’un mari qu’elle ne se rappelle même pas avoir aimé… On passe de la chambre au salon, de la salle de bain au bureau. C’est un peu statique et il manque certainement un peu d’énergie. Alors, oui, c’est vrai, elle va de surprise en surprise. Et vers la moitié du livre l’action se réveille enfin et j’ai dévoré la fin. Mais ce n’est pas un livre qui me laissera un grand souvenir.

Le début :

 » La chambre à coucher est étrange. Inconnue. Je ne sais pas où je me trouve, ni comment je suis arrivée ici. Je ne sais pas comment je vais rentrer à la maison.

J’ai passé la nuit ici. J’ai été réveillée par une voix de femme, au début, j’ai cru qu’elle était dans le lit avec moi, puis j’ai compris qu’elle donnait des informations, qu’elle sortait d’un radio-réveil, et, quand j’ai ouvert les yeux, je me suis découverte ici. Dans cette chambre, que je ne connais pas.

Mes yeux s’habituent à la pénombre et je l’explore du regard. Une robe de chambre est suspendue à la porte d’une armoire, une robe de chambre de femme, mais d’une femme bien plus agée que moi, et un pantalon bleu marine est soigneusement plié sur le dos d’une chaise devant la coiffeuse, mais je ne parviens pas à distinguer d’autres choses. Le réveil a l’air sophistiqué, mais je trouve le bouton qui a des chances de l’éteindre. Effectivement.

C’est alors que j’entends la vibration d’une inspiration derrière moi, et je me rends compte que je ne suis pas seule. Je me retourne. Je vois un morceau de peau et des cheveux noirs, parsemés de gris. Un homme. Son bras gauche est posé sur la couverture et une alliance en or entoure l’annulaire de sa main gauche. Je réprime un grognement. Celui-ci est non seulement vieux et grisonnant, me dis-je, mais en plus il est marié.  » 

A lire par curiosité surtout.

Pour vous donner un peu plus envie de le lire voilà quelques billets plus positifs :

PimprenelleEmeraude et Virginie,