Littérature

Fugue d’Anne Delaflotte Mehdevi

Fugue     coeur[1] Gros, gros coup de coeur !!!

Quatrième de couverture :  « Madeleine s’enfuit de l’école le jour de la rentrée. Sa mère, folle d’angoisse, crie son nom le long de la rivière. L’enfant est saine et sauve, mais Clothilde y perd la voix. Sa voix du quotidien, sa voix de mère, de fille, d’amie et d’amante lui fait désormais défaut. Clothilde consulte, se refuse aux traitements, se heurte à l’incompréhension de tous. Et, contre toute attente, prend des cours de chant. La voix chantée de Clothilde est belle, sublime même. Passionnée de musique depuis l’enfance, comment pourrait-elle se détourner de ce talent qui affleure ? Un portrait de femme d’une tonalité bouleversante. »

Un livre, que pour ma part, je range dans la catégorie livres au miel. Le genre de livre ou l’on voudrait se vautrer encore et encore tellement on y est bien… Un de ceux qui garderont une place particulière, celle des livres qui font du bien, et qui mettent le cœur au chaud, un peu comme une bouillotte que l’on garderait au cas où… De ceux qui réconfortent, qui dorlotent et que nous relirons encore et encore… C’est un livre douillet, moelleux, chaleureux… Clothilde a perdu la voix, mais elle ne dégringole pas, bien au contraire… Clothilde chante et elle s’élève, grandit. Elle sait ce qu’elle veut, ne faiblira pas. Ce livre nous parle d’une femme qui commence à penser à elle-même sans être égoïste pour autant. Elle se recentre sur elle-même et cela sans mettre de côté ou oublier ceux qu’elle aime et qui l’entoure.

Ce livre nous parle de l’amitié, de la vie qui va vite… Il nous parle de la nostalgie que nous ressentons à voir nos enfants grandir trop vite. De l’importance qu’ont, dans nos vies, nos animaux familiers et la tristesse de les voir nous quitter un jour. De la richesse de nos souvenirs et de l’or de ces photos d’enfances de nos enfants que nous chérissons. Il nous parle de ces Noëls passés à faire des bonhommes de neige, de la luge, qui se terminent par un goûter pris au chaud, composés de bûche et de chocolat chaud et qui resteront dans nos cœurs, bien à l’abri. Il nous parle des rapports que nous avons avec notre corps, qui sont plus ou moins sereins, ou l’inverse, selon les jours et nos humeurs. Ce livre nous parle aussi de la musique et de la façon dont elle nous enivre, de la volupté qu’elle nous offre…

«  Sur ce chemin qui la ramenait vers l’école, elle se refit le film du matin. Elle se revit, toujours dotée de sa voix, ce qui lui paraissait déjà presque inconcevable, préparant les enfants. Elle n’aurait pas eu besoin de la fugue de Madeleine pour que cette rentrée scolaire entre toutes soit mémorable. C’était d’une certaine manière la première et la dernière rentrée. La première pour les jumeaux, Adèle et David enterraient leurs de vies de petits et c’était donc pour la mère, la « dernière ». Le temps de la toute petite enfance de sa progéniture était révolu. Dès le lever, elle s’était dit : « Vivement demain que la cérémonie des adieux soit finie. ». Elle s’était contrôlée au mieux mais n’avait pas caché aux enfants la nervosité qui l’étreignait : « Petite fille, j’aimais la rentrée, j’aimais l’école… mais comme maman, ces jours-là sont curieux, je vous vois grandir d’un coup… c’est bien comme ça mes enfants, un temps commence, un autre finit, je dois en prendre acte. Voilà. Ce soir, vous aurez des tas de choses à me raconter. « 

 » Elle, qui, pendant sa première grossesse, n’avait pas eu la moindre envie de fraises, avait décidé au cœur de la nuit, son premier enfant à peine né, qu’elle aurait un chien, qu’il serait le plus grand et le plus blanc possible. « 

Le lendemain de sa sortie de l’hôpital, le bébé dans une poche façon kangourou calé entre ses seins, elle était partie en chasse de chien. Le soir même, un chiot des Pyrénées intégrait la famille, un pastou, un berger. Il était « Beau ».  »

  » Au titre 1, L’air de la paix de Scarlatti, All’s arme si accesi guerrieri che fate, une cape sonore lourde comme le plomb venait de se poser sur les épaules de Clotilde, elle lui couvrait tout le dos. Tout en elle écoutait, guettait les sons, les assimilait, ses doigts, son ventre. Des voiles de couleurs tranchées dansaient devant ses yeux. Elle s’assit à l’aveugle sur son radeau. Ses pieds semblaient s’enraciner dans le sol, le creuser, chacun de ses cheveux, se faisait antenne. Au titre 2 deScarlatti, L’air de l’espérance, elle s’absenta dans un pays où le temps n’existait pas, en apnée dans un monde de sons. Au titre 3 de Haendel, Un pensiero nemi di pace, air de la beauté, triomphe du temps et de la désillusion, elle revint au monde pour prendre conscience de son système nerveux assiégé, elle aurait crié si elle avait pu. « 

 «   »Je respire donc je chante «  , se répétait Clothilde. En bas de chez Mme Maisonneuve, elle passa devant sa voiture garée là sans s’arrêter. Elle descendit et remonta d’un pas rapide et rythmé la petite rue pentue de derrière le centre-ville qui liait le presbytère de la cathédrale aux quais en contrebas. Pour se dégriser. Elle aurait volé tant elle se sentait légère et chargée d’énergie tout à la fois. A cette femme qui n’avait parlé depuis deux mois que par rébus, le souffle contrarié toutes les trois syllabes cette heure de chant, ses vibrations aiguës, sombres, longues dans ses os, réinsufflaient une deuxième vie.   »Je respire donc je chante »

  » Existait-il une musique constituée d’une seule note égarée entre deux plages de silence illimité ? N’était-ce pas cela une photo ? Une image comme une brèche où l’imagination engouffrait drames, joies, expériences vraies ou fabulées. Un puits sans fond, une note hors mesure, sans tempo et sans clé. Une photo, de ce qu’elle révèle, ne dit rien ou trop ? Pourtant si la maison brûlait, Clothilde sauverait les photos et les films de ses enfants avant leurs papiers d’identité ou ses partitions. Elle sauverait les photos de ses enfants et le portrait de sa mère à l’entrée de sa chambre. Déraison ? « 

 » Ce qu’elle voulait c’était « faire » de la musique et comme l’amour, et comme l’écriture peut-être pour qui écrit, ce n’est pas quelque chose à propos de quoi on parle. On la fait justement parce que la parole ne suffit pas. « 

Un livre vraiment très beau, émouvant et superbe…  Vous passerez un très beau moment avec ce roman, alors n’hésitez pas… Je pense même l’offrir à Noël, c’est dire à quel point je l’ai aimé…

Lu par SandrineCynthiaClaraAlexMirontaineSaxaoulEmilieCathuluMarie L et Aifelle. De plus, Saxaoul m’informe qu’elle en a fait un livre voyageur, il vous suffit d’aller chez elle et de lui laisser un commentaire…

Un grand grand merci au éditions Gaïa et à Marion Lassalle.

 Challenge 1 % littéraire 3/7

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Littérature

La voie marion de Jean-Philippe Mégnin

La voie Marion    coeur[1] Gros coup de coeur

Le mot de l’éditeur : « Marion a réalisé son rêve : elle a ouvert sa librairie, bien à elle, au coeur du Chamonix de ses vacances de petite fille. Elle croit à la promesse d’une vie heureuse, avec son guide de mari. Au fil du temps, pourtant, le ciel s’assombrit au-dessus des neiges éternelles. Et encore… elle ne sait pas ce que le passé lui réserve.  » Ce qui me fascinait le plus, ce qui m’attirait comme la lampe du jardin attire le papillon de nuit, c’étaient les grandes neiges d’altitude, les pentes lascines qui mènent aux cols, les arêtes dessinées, comme un corps de femme qui filent dans un ciel d’indigo. La neige toujours… La neige éternelle… »

Marion aime les livres, les pages, l’odeur de la colle et de l’encre.

Lui est un amoureux de l’immensité de la montagne et des neiges éternelles.

Ces deux là se rencontrent et leurs coeurs battent plus fort.

Une atmosphère feutrée, douce, sereine et paisible

Mais tout ceci ne dure pas évidemment, ça serait trop simple…

Leur amour rencontre des obstacles, des bosses et des dénivelés…

Cela accroche, cela résiste…

Il y a quelque chose de très fort dans ce petit livre (j’aurais bien lu quelques pages de plus…)

Quelque chose de l’ordre de la vie et de l’amour…

Quelque chose qui a un goût amer, un goût qui a du mal à passer…

Et pourtant, au début, il y a le miel et le sucre des premiers temps et la douceur d’une rencontre belle et vraie…

Il y a un homme et une femme de passion…

Il y a l’éternité des grands glaciers qui portent des noms bizarres : les Aiguilles, les Petits et Grands Charmoz, le Grépon, Blaitière, les Ciseaux, le Fou…

Vous sentirez l’odeur de la neige, enivrante…

Lisez le, c’est un petit bijou…

Une écriture délicate et ciselée…

Un vrai bonheur de lecture…

 » Je me suis laissée aller avec délices dans la torpeur délicate qui naît du sentiment de ne plus être seule. J’ai dégusté jusqu’à l’ivresse la volupté d’une présence chaude près de moi, pour moi. Je n’ai jamais eu aucune réticence à le voir s’approprier mon chalet, au contraire ; et pourtant… et pourtant, bien plus que la « vraie » maison d’Annecy, c’était mon terrier ; mon antre, mon fief, mon territoire. Toute petite, j’avais noué avec cette maison magique des liens absolus. Parce qu’elle était, hors du temps, l’asile des vacances ; parce qu’elle ouvrait sur le plus délirant des paysages ; parce qu’on y voyait naître les tempêtes ; parce qu’elle était en bois, comme dans les livres d’histoires…

Il est arrivé, et il a fait partie de tout ça, parce que j’avais envie qu’il en fasse partie. « 

 » J’aime bien l’hiver. Je crois que quand on aime la nature on aime l’hiver. Du moins le vrai, celui d’ici, dans les montagnes ; parce que la grisaille et la pluie lancinante qui durent des semaines, merci bien… Non, ici, hiver ça veut dire les Aiguilles tout emmitouflées, les mélèzes tout givrés, les lumières des magazins dans les rues toutes blanches le soir, le vrai pays du Père Noël… « 

 » Il faisait grand beau, et j’ai senti le miracle opérer dès qu’on a eu quitté le Grand Balcon et tourné le dos au monde de la balade ordinaire. Sur le sentier, j’étais encore dans la vie normale ; en montant vers le glacier des Nantillons, sous le ciel très pur et pâlissant d’une aube d’octobre, j’entrais dans les livres de mon père, les livres qu’on sortait avec respect, après avoir demandé la permission, de la bibliothèque de noyer auburn ; les livres aux pages écrues et à la couverture enrichie d’une belle photographie en gris et blanc, les livres dont l’odeur de papier doucement vieilli semblait emplir la chambre dans la lumière blonde de la lampe de chevet. « 

Je pense que c’est le livre à ne pas louper de cette rentrée littéraire, un livre qui se démarque un peu par son originalité, il ne faudrait pas qu’il passe inaperçu…

Il vous faut le sortir de l’ombre et lui donner le succès qu’il mérite…

Sa page chez l’éditeur : le dilettante.

Et merci à Cécile qui m’a donné envie de le lire.

RAT_logo Lu pour le Read a Thon  Challenge 1% littéraire : 2/7

Littérature

Fantômes d’hiver de Kate Mosse

Quatrième de couverture : « La Grande Guerre a fauché toute une génération, tué net tant de futurs. Dans le cas de Freddie Watson, jeune Anglais du Sussex, elle lui a pris son frère bien-aimé et ce faisant, lui a volé la paix de l’esprit. Hanté par cette disparition, craignant pour sa santé mentale, il erre sans savoir comment échapper à cette douleur qui le paralyse. Durant l’hiver 1928, Freddie voyage dans le Sud de la France, une autre région qui a vu couler trop de sang au cours des siècles, quand sa voiture quitte la route durant la tempête. Encore sous le choc, il s’enfonce en chancelant dans les bois et trouve refuge dans un village isolé. Là, lors d’une étrange soirée, il rencontre Fabrissa, une belle jeune femme qui pleure elle aussi toute sa génération perdue. Au cours d’une seule et même nuit, Fabrissa et Freddie se confient mutuellement leur histoire. Au point du jour, Freddie se retrouve devant un mystère déchirant dont lui seul détient la clef. « 

Lu durant le Read a Thon et c’est une excellente lecture pour cela… Un excellent page turner, un livre entraînant à souhait.

Freddie est en deuil. La guerre lui a volé son frère. Pour se changer les idées il décide de voyager, de partir pour la vallée de l’Ariège. Il prend donc sa voiture mais celle ci quitte la route. Pour son excuse il faut dire que la neige tombe drû.

  » A peine avais-je parcouru plus d’un kilomètre qu’une rafale de neige fondue éclaboussait mon pare-brise. Je mis en marche l’essuie-glace, mais il ne fit que brouiller davantage ma vision. Abaissant ma vitre, je tendis la main pour essayer d’en enlever le plus gros avec mon mouchoir. Une violente bourrasque de vent frappa l’Austin de plein fouet. Je rétrogradai de troisième en seconde, bien conscient que les pneus ne tiendraient pas si la neige fondue se transformait en glace. Un flocon de la taille d’une pièce de six pence se posa sur le capot, bientôt suivi de nombreux autres, et en l’espace de quelques secondes, du moins c’est ce qu’il me sembla, je me retrouvai en pleine tempête de neige. Elle tournoyait dans les spirales du vent puis se déposait en couche épaisse sur le toit de la voiture, m’enfermant dans un cocon de silence. « 

Freddie est donc obligé de poursuivre à pied et encore vacillant et sans trop de force il marche dans le froid et trouve refuge dans un village complètement isolé. Après avoir repris des forces dans une auberge il décide d’aller à cette fête où il est invité à se rendre par Mme Galy, la femme qui tient la pension. Durant cette soirée étrange et mystérieuse il rencontre une jeune femme, Fabrissa, qui, elle aussi, pleure des êtres chers à son coeur… Le reste il vous faudra le lire !!!

Il y a là l’histoire d’un preux chevalier qui sauve une fragile jeune femme… Il y a là le mystère et le danger… De la neige et encore de la neige… Un village délicieusement décrit… Et les ravages de la guerre (toutes les guerres…). Comme dans le film « Les autres » tout est question d’atmosphère, d’ambiance. On a l’impression comme Freddie d’entrer dans un cocon ouaté de silence et de temps figé. Comme un arrêt sur image… Ou encore mieux, comme un retour sur image. Cette petite pause dans ce village permettra à Freddie de retrouver des souvenirs d’enfance et de se rémémorer des moments passés avec son frère. Ce qui l’aidera à faire la paix avec lui même et de dire adieu à ce frère si aimé. Pour moi un petit délice de lecture et d’atmosphère ténébreuse…

 « Quand je retournais à ma chambre après avoir macéré longtemps dans un bain bien chaud, un bon feu brûlait dans l’âtre. Sur l’effluve parfumé de résine de pin qui flottait dans la pièce, un souvenir vibrant me revint, celui de nos hivers dans le Sussex, quand j’étais un petit garçon et que George rentrait du collège pour passer les vacances de Noël avec nous.
Mme Galy avait apporté une lampe à pétrole qu’elle avait posée sur la table. Un plateau avec un verre et une bouteille à cul épais avait également fait son apparition sur la commode.
Tous ces petits détails formaient un décor sympathique et douillet.
Mes pantalons étaient pliés sur un séchoir à linge disposé en angle devant le feu ; ils étaient encore humides, mais en bonne voie d’être à nouveau portables. « 
 » C’était très beau, très calme. Eclairée par les flambeaux rougeoyants, la place de l’Eglise était déserte. Le sol durci déjà couvert de givre scintillait sous mes pieds. On aurait dit l’une de ces cartes de Noël décorées de petits cristaux brillants…/…
…/… L’air glacial me pinçait les joues et j’avais froid aux mains sans mes gants, aussi marchais-je à vive allure. Durant le peu de temps que je mis à traverser la place, une brume de montagne descendit bas sur le village, enveloppant tout d’une blancheur diaphane, mouvante. Elle s’enroulait autour des édifices, s’accrochait aux coins des rues. « 
Elles l’ont lues aussi : MarylinmPimprenelleStephie et c’est tout ?
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