Bande dessinée ou manga

Lorsque nous vivions ensemble, tome 2, de Kazuo Kamimura

Avec le deuxième tome nous plongeons encore plus profondément dans le drame.

Ce livre, ce manga, est remplie de larmes.
Il  y a  tellement de larmes que l’on pourrait s’y noyer…
Les illustrations restent d’une grande finesse. Elles sont d’une beauté ténébreuse.

Kyôko et Jirô vivent de biens sombres moments.
Kyôko tombe enceinte, mais, comme leur situation n’est pas l’idéale (ils ne sont pas mariés, faut-il le rappeler) elle décide de se faire avorter, sans même en parler à Jirô.
La réaction de Jirô, lorsqu’il l’apprend, est violente. Ils vivent alors un moment d’une grande douleur et cela tourne au drame. Kyôko se blesse sérieusement et elle est emmenée d’urgence à l’hopital.
C’est alors que Kyôko sombre dans une espèce de folie.
Elle se rétracte à l’intérieur d’elle même et refuse même de communiquer avec Jirô.
Il est alors décidé d’envoyer Kyôko dans un centre de thérapie. Un endroit très calme au milieu de nulle part dans les montagnes de Shinshû.
Quand elle arrive au centre, il neige, et il ne cessera pas de neiger…
Kyôko et Jirô sont donc séparés.

Même si ce manga est très sombre et assez déprimant, il faut bien le dire, je l’ai trouvée d’une grande beauté. Les pages se tournent très vite et j’étais impatiente de lire la fin. Dont je ne vous parlerais pas bien entendu. Je me suis déjà procurée le tome 3 et je suis en train de le lire. Suite donc au prochain numéro…

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Crédit photos : moi, éditions Kana, non libre de droit

Quelques extraits :

 » Je suis près de la source et pourtant je meurs de soif.
Chaud comme le feu, je claque des dents et je frémis.
Je suis dans notre pays, mais je pense à un autre pays.
Je brûle près de la cheminée mais je tremble de froid.
Je ris en pleurant.
J’attends sans espoir.
En plein désespoir, je saisis la joie.
Je me réjouis sans éprouver de plaisir.
Je ris en pleurant,
J’attends sans espoir.  »

 » Je vais te raconter, Jirô, comment la neige tombe ici.
Je vais te dire combien les étoiles sont belles lorsqu’on les voit entre des chutes de neige.
Je vais te parler de l’amertume des médicaments, de la gentillesse des infirmières, de la chaleur du poêle à vois.

Le docteur rirait peut-être si je lui demandais quand arrivera le printemps…
Pourtant je suis d’humeur à le faire…
Jirô, je t’aime…  »

 » J’ai vécu jusqu’ici en versant beaucoup de larmes.
J’ai perdu beaucoup de choses.
Toutes ces blessures qui ne guérissent pas.

L’amour se présente toujours comme un ensemble de fautes.

Et il existe toujours une terrible punition. « 

Un livre très fort et qui laisse une belle empreinte.

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Bande dessinée ou manga

Lorsque nous vivions ensemble, tome 1 de Kazuo Kamimura

Mon premier manga !
Un gros pavé de 700 pages, mais c’est très vite lue.
D’abord, je tiens à vous prévenir : surtout ne vous fiez pas à la couverture très joyeuse.
C’est une histoire assez sombre et plutôt pessimiste. Ces japonais ont vraiment une drôle de façon de voir l’amour (enfin, dans leurs oeuvres)…
Attention aussi, c’est un manga pour les adultes. D’un érotisme presque pervers parfois, comme dans ce chapitre où ce vieil homme poète fait l’amour avec une poupée. Ou cet autre chapitre ou un pervers cherche des proies dans le métro.
Il y a ce côté glauque et très cruel mais c’est un album qui contient aussi une grande poésie.
Mais passons à l’histoire centrale : Kyôko et Jirô, vivent en couple. Elle est graphiste dans une agence de pub et lui est illustrateur débutant.
Toute l’histoire est dans leur amour naissant et les problèmes qui en découlent. Ce qui m’a beaucoup étonnée c’est que toutes ces pages tournent autour du même sujet : le mariage.
En effet ils vivent ensemble sans être mariés et cela devient presque une obsession pour Kyöko. Bien sûr cela se passe dans les années 70 mais quand même.
L’on se croirait retourner au siècle dernier…

Les chapitres s’enchaînent (il y en a 27) et certains sont vraiment douloureux.
Les illustrations, elles, sont vraiment très belles :

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Crédit photos : moi, éditions Kana, non libre de droit

Cette phrase en leitmotiv, comme une petite ritournelle :

 » L’amour se présente toujours comme un ensemble de fautes.
S’il est beau malgré tout…
C’est certainement parce que les fautes commises par l’homme et la femme sont belles.
Et si l’amour se termine toujours par des larmes…
C’est certainement parce que l’amour lui-même est un réservoir de larmes.
Le gite de l’amour Lorsque nous vivions ensemble… »

et :

 » Le bonheur comme son absence
est toujours imprécis…
Mais c’est bien ainsi.
J’aime ce qui est incertain.
J’aime ce qui est fragile.
J’aime ces choses
que l’on ne peut atteindre,
comme des rêves incroyables…  »

La dernière :

« Tout le monde quelque part
ressent une gène vis-à-vis de son pays natal.
Peut-être est-ce dû au fait que c’est le lieu qui nous a vus naitre ?
Ou au fait que venir est un acte gênant en soi ?
Pourtant à la nostalgie à l’égard de la terre où nous sommes nés est bien réelle. »

Lorsque nous vivions ensemble Tome 1
Kazuo Kamimura
Editions Kana

Tableaux·Tags

Tag de l’amitié sincère

Laila m’a décernée elle aussi le certificat d’amitié sincère. Et cela me fait très plaisir. Nous partageons un bel échange. Oui, la toile permet de bien belles rencontres. Mais si j’en parle c’est surtout pour en profiter de rajouter deux autres blogs dont j’aimerais vous parler. Je suis donc ravie de pouvoir dire mon affection à ces blogs :

– D’un livre l’autre de Nanne link qui est un blog que je suis depuis très longtemps et dont j’apprécie les billets très complets et vraiment intéressants.

– Fenêtre sur la cour link, un blog d’une grande beauté et d’une belle profondeur, avec de superbes billets sur l’écriture et la peinture. Et parce qu’elle aussi aime Virginia Woolf, Sylvia Plath et Anaïs Nin, des femmes pour qui j’ai le plus d’admiration…

Je vous souhaite un très bon week end à toutes !
Un week end doux et apaisant ressemblant à cela :


Les dimanches de La Rochelle
1993

Francine Van Hove

Littérature

Les vies privées de Pippa Lee de Rebecca Miller

Et voilà mon premier abandon de l’année…
Arrivée à la page 153 j’abdique et je rends les armes.
Ce livre n’est, définitivement pas pour moi.
Je m’ennuie terriblement… La vie de cette Pippa Lee ne m’intéresse pas, point barre. Depuis six jours que je me traîne sur ce livre et ça, c’est un signe qui ne trompe pas. Quand je n’ai pas plaisir à reprendre un livre et que je trouve toujours quelque chose d’autre à faire c’est que je n’apprécie pas. Et là, je n’ai même pas le regret d’être passée à côté, il y a des livres comme ça, où rien ne vous attire. Je ne crois pas que c’est un livre qui a été beaucoup lue. Je crois avoir lue un billet chez Antigone. Mais je me rappelle surtout avoir lue des billets sur le film.

Et, d’une façon générale, le film avait été apprécié. J’aurais mieux fait de commencer par lui ! Bon, ce n’est pas bien grave. Nous avons toutes connues ça… Maintenant il n’y a plus qu’à passer à ma prochaine lecture !
Mais cela ne veut pas dire que c’est un mauvais livre, ce n’est tout simplement pas une lecture pour moi. Je vous donne tout de même le mot de l’éditeur :

À cinquante ans, Pippa Lee apparaît à tous ceux qui la connaissent comme « une des femmes les plus charmantes, les plus simples et les plus rassurantes qu’ils aient jamais vues ». Épouse parfaite d’un éditeur visionnaire et investi, mère dévouée de Ben et Grace, ses deux jumeaux aussi beaux que doués, femme d’intérieur accomplie et sereine, elle semble avoir tout pour être heureuse. Mais lorsqu’elle et Herb, son mari octogénaire, quittent New York pour s’installer dans une luxueuse banlieue pour retraités, cette belle façade se fissure. Sa sensualité mise en sommeil se réveille, et remonte à la surface un passé mystérieux et trouble fait de rébellions, de passions et de déchirements – un passé qu’elle avait enfoui en rencontrant Herb pour devenir sa chose, son épouse parfaite, une page blanche sur laquelle il a réécrit sa jeunesse.En réalité Pippa Lee porte la blessure d’une mère qui était tout pour elle et qu’elle n’a pas su aimer, et la culpabilité du suicide de Gigi, la première femme de Herb. En outre, la malédiction mère/fille s’est reportée sur la génération suivante. Elle et Grace, qui la méprise, finissent cependant par se réconcilier et s’aimer.Rebecca Miller vient d’adapter son livre à l’écran en tant que scénariste et réalisatrice. Le film sera projeté au festival de Deauville et distribué en France dès le 30 septembre 2009.

Quelques extraits :

 » Et parfois, dans la témérité de sa fille, dans son désir d’aventure, dans sa soif d’expériences, elle reconnaissait celle qu’elle avait été, une Pippa depuis longtemps disparue. Comment était-ce arrivé ? Comment avait-elle pu à ce point changer ? « 

 » Pippa souffrait d’un excès d’empathie. Elle trouvait parfois la contemplation du mystère des autres quasi insoutenable : en chacun d’eux, des chambres emboîtées les unes dans les autres, un labyrinthe sans fin de qualités contradictoires, de souvenirs, de désirs, des images en miroir comme sur un dessin d’Escher, déroutantes comme une énigme. Il y avait plus de gentillesse à percevoir les gens comme ils avaient envie d’être vus. Après tout, c’était ce qu’elle souhaitait pour elle-même : être acceptée pour ce qu’elle semblait être. »

 » Tout le monde à New-York semblait avoir un but, sauf moi. J’étais mue par un besoin sans objet, sans fin. Je cherchais l’amour, je crois, mais ce n’était pas ce que j’éprouvais à l’époque. A l’époque, je me sentais dure et froide comme un couteau dans la neige. « 

Désolé de ne pas vous en dire plus et de ne pas argumenter mais je parle très mal des livres que je n’ai pas aimée.
Et cela ne veut pas dire que vous ne l’apprécierez pas. Le mieux c’est d’aller voir des avis plus convaincus que moi.

Les vies privées de Pippa Lee
Rebecca Miller
Editions Seuil

Photos·Tags

Mon bureau !!!

D’après une super idée de Lisa qui dévoilait son bureau et proposait de voir les nôtres, voilà quelques photos de mon petit coin à moi. Comme vous pourrez le constater l’ordinateur n’y a pas sa place. Mon bureau est uniquement consacré à l’écrit…
L’ordi est en bas, dans le salon.

Alors voilà mon bureau tel qu’il est d’habitude (sauf que là, il est super bien rangé !) :

OLYMPUS DIGITAL CAMERAOLYMPUS DIGITAL CAMERAOLYMPUS DIGITAL CAMERAOLYMPUS DIGITAL CAMERAOLYMPUS DIGITAL CAMERAPhotos personnelles

En bonus : ma fée des livres que j’aime d’amoûûûûr……

Et un (tout petit) morceau de ma bibliothèque !!!

Rien ne vous empêche de participer à votre tour si l’envie vous en prend…

Littérature

Mères de Myriam Cohen – Welgryn

Mères

Mères
Myriam Cohen-Welgryn
Editions Arléa

Mon billet sera très bref parce que je n’ai pas aimée ce livre.
Et je parle très mal des livres que je n’ai pas appréciée.
Pourtant le sujet était très intéressant, extrèmement émouvant.
Le livre est découpé en deux parties.
Deux parties, deux femmes.
L’une désire un enfant plus que tout.
L’autre ne supporte pas d’être enceinte.
Qu’est ce qui m’a déplu dans ce roman ?
Bonne question mais je ne peux pas y apporter une réponse sensée. Tout simplement, je n’ai pas pû m’immerger dans ce roman.
Je n’ai pas ressentie d’empathie avec aucune de ces deux femmes.
Le seul problème est le style de l’auteur auxquel je n’ai pas réussi à adhérer. Mais cela ne veut pas dire que vous ne l’apprécierez pas. Je parle uniquement de mon ressentie.
J’en parlais justement dans une de mes réponses à un commentaire.
Je m’interroge souvent, ces derniers temps, sur ce qui fait qu’un livre va vous engloutir, vous prendre dans ses filets et vous éblouir totalement alors que d’autres, à l’inverse, n’auront aucun effet sur vous et ne réussiront pas du tout à vous émouvoir. Et que nous serons incapable d’un saisir le coeur.
Qu’est ce qui fait que nous restons totalement imperméables à certains livres ?
Quel écho peuvent-ils rencontrer en nous ?
Pourquoi certains livres nous parlent tellement, et d’autres pas du tout ?
Certainement une résonnance en certains points sensibles que nous portons en nous…
Bon, je n’ai pas de réponse mais ce que je sais c’est que je déteste passer à côté d’un livre sans en avoir saisi tout le sens.
Peut-être, dans celui là, une écriture un peu froide, un style trop policé…

Quelques extraits de la première partie :

«  Attendre est un mot tout en temps. J’attends et, ce faisant, je me heurte aux heures qui fuient, aux limites de mon corps, de nos corps. Je bute aux angles de nos envies sans pourtant ressentir de douleur. Car attendre est tendre aussi, et regorge de bonheur. Le bonheur d’être tendue vers un but : notre enfant. « 

 » J’ai laissé couler le sang et, à mesure que s’écoulait le sang, monter la tristesse. Encore un mois perdu ! Je me suis repliée sur le bidet de faïence blanche en observant les gouttes rebondir et se casser. Les larmes pourpres ont progressé lentement, comme si le grain de la céramique faisait obstacle à leur cheminement. Elles se sont peu à peu rejointes en un mince filet rouge avant de disparaître dans le trou d’évacuation.
J’ai observé fuir la vie en écoutant le battement sourd de mon coeur, tandis que ma tristesse coulait le long de mes joues, en silence. « 

 » Depuis deux jours, j’ai cessé d’être grosse. Ou plutôt, depuis deux jours, je suis encore grosse mais sans l’être plus. Il y a les femmes qui tombent enceintes et celles qui tombent tout court. Il y a les femmes qui donnent la vie et celles qui accouchent de la mort. Il y a toi et il y a moi. Et voilà qu’il s’est fait la belle, sans prendre la peine de me faire signe : il m’a laissée plantée là. Désemparée. « 

Et cette phrase :

 » Est-ce possible tout cet amour et pas d’enfant ? J’ai si peur ! « 

Comme si l’amour ne pouvait pas avoir lieu d’être, qu’il ne pouvait avoir de réalité qu’avec la naissance d’un enfant. Comme si l’amour était complètement inutile s’il n’y avait pas au bout la concrétisation d’un enfant.

Et quelques extraits de la seconde partie :

 » Je ne voulais pas d’un homme. Ni dans ma vie, ni dans mon corps. Il s’est imposé. Il est resté près de moi après avoir montré patte blanche. Longtemps, il a gardé ses distances : surtout ne pas m’effrayer. Pas d’exigences, pas d’attentes. Il s’est fait minuscule. Il s’est fondu dans le décor pour que j’oublie de le jeter, de le faire sortir de ma vie. Il s’est frayé un chemin jusqu’à moi et m’a prise par surprise…/…  » C’est à l’usure qu’il m’a eue. Au bout de quelques temps, j’ai même oublié sa présence. Je me suis habituée à le trouver, là, dans ma maison, toujours, comme le lit ou le tapis, à sa place. Et dans mon corps de temps et temps. « 

 » Il voulait m’émouvoir, me toucher. Il pensait accéder à mon coeur et le dégeler. Il n’y a en moi rien à découvrir. Je n’ai pas de coeur. J’ai voulu croire que j’étais autre chose qu’une sans-coeur. Il faut me rendre à l’évidence. Et faire cesser cette imposture. « 

Et, quand elle tombe enceinte :

 » J’ai cru. J’ai cru que la haine suffirait à le tuer, qu’il ne pourrait passer à côté, ni au travers. Je lui ai parlé. J’ai été dure, plus tranchante qu’un laser, plus féroce qu’une hyène, plus haineuse encore, et rien…/… J’ai sauté, j’ai dansé, dévalé les escaliers quatre à quatre, je me suis tapé sur le ventre. J’ai tourné à l’estourbir. Puis, parce que rien ne se produisait parce que j’avais besoin de concret, de palpable, j’ai fouillé avec mes doigts. A tâtons, mes ongles ont tenté de le dénicher. Ils n’ont rencontré que de la muqueuse molle. Consentante.
C’est pour ça que j’ai mangé à le faire éclater; J’ai englouti à le vomir. J’ai bu, aussi, pour le saouler, le noyer. Mais il s’est accroché comme une moule têtue, lové au fond de moi. Il a lutté contre les vagues qui se déversaient en flots bien décidés à l’emporter. Il a survécu. « 

Pour finir, ces phrases, terribles :

 » Jamais je n’accepterai que ce parasite, cette mauvaise graine ait décidé, contre mon gré, de vivre, de grandir et d’anéantir le travail acharné que je mène sur mon corps : ma seule réussite. Je me sens faible. Dépossédée. « 

Ne cherchez aucune lueur d’espoir dans ce livre. C’est noir, sinistre et glaçant.

Littérature

Grand-père de Marina Picasso

Ce livre est encore un récit. Il est écrit par Marina Picasso qui est la petite fille du grand peintre Picasso. Son enfance a été désastreuse et toxique. J’ai été un peu partagée en lisant ce livre, je pense qu’il fait partie de la catégorie des livres qui font plus de bien à l’auteur qu’au lecteur. Ce qui m’a un peu déplu c’est qu’avec ces pages on a un peu l’impression de passer du côté des voyeurs. Comme si vous étiez là, à regarder par le trou de la serrure, quelque chose qui ne vous regarde en rien. Il y a là l’amertume et la colère qui dérange et d’un autre côté il y a l’admiration pour Marina qui s’en sort d’une très belle façon. En effet j’ai trouvé la fin de cet ouvrage lumineuse et positive.

En préface une phrase de Picasso qui est une très bonne introduction pour la suite du livre :

 » Pour faire une colombe il faut d’abord lui tordre le cou. »

Premières lignes :
«  On ne s’évade pas de Picasso. Je le sais. Je n’y suis jamais parvenue mais, à l’instant où tout à basculé, je l’ignorais encore. »

Le livre commence par Marina adulte, qui craque un après-midi, alors qu’elle est au volant de sa voiture pour accompagner ses enfants à l’école. Elle a un malaise, suffoque, étouffe et stoppe sa voiture au beau milieu de la circulation. Au bout d’une demi-heure d’angoisse et de terreur elle parvient à se garer et a appeler à l’aide.
A partir de ce moment là elle comprend qu’elle ne s’en sortira pas seule et prend la décision de consulter, de voir un psy.
Son analyse durera quatorze ans…
Quatorze longues années où elle se battra contre ses démons et son mal être.

« Quatorze ans à me perdre dans mes larmes, à m’évanouir, à hurler, à me tordre de douleur, à remonter goutte à goutte le fil du temps, à revivre ce qui m’a détruite, à taire, à balbutier puis à exprimer tout ce que la petite fille puis l’adolescente avait été au plus profond d’elle-même… Ce qui l’avait rongée.
Quatorze ans de malheur pour tant d’années de disgrâce.
A cause de Picasso. « 

Bien sûr on peux y lire de la haine et y voir un règlement de compte nauséabond mais ce n’est pas cela du tout. La suite vous le dira.
Et le livre tout entier tourne, finalement, autour de cette question là, qui me semble tout à fait pertinente :

 » Les créateurs ont-ils le droit d’engloutir et de désespérer tout ceux qui les approchent ? Leur quête d’absolu doit-elle passer par une implacable volonté de puissance ? Leur oeuvre, fût-elle lumineuse, mérite-t-elle un aussi grand sacrifice de vies humaines ? »

Je trouve qu’elle pose là les bonnes questions… Et qui pourrait être, il me semble, relatives aux artistes en général.
D’autres diront aussi ; encore un livre sur la pauvre petite fille riche ! Et bien pas du tout. Marina Picasso et son frère ont vécu leur enfance dans la pauvreté, aussi incroyable que cela puisse paraître :

 » Les jours après les jours, les semaines après les semaines, les mois après les mois… et toujours les vaches maigres. Faire attention à tout.
– Pablito, prends soin de tes vêtements, Marina, n’abîme pas tes chaussures. Pour le dessert, une banane pour deux.
Les repas irréguliers, les tartines sans beurre trempées dans le lait chaud, les oeufs brouillés à la pulpe de tomate, les pâtes sauce misère, le riz des sans-le-sou. »

Le livre continue donc sur les souvenirs d’enfance de Marina.
Leur père, le fils de Picasso doit mendier pour avoir le droit de voir « le maître » :

 » Mon père sonne à la grille. J’ai peur comme à chaque fois. Un bruit de pas, une clef que l’on tourne dans la serrure, et apparaît, dans l’entrebâillement d’un des vantaux de la grille, le concierge de « la californie », un viel Italien usé par l’âge et par la servitude. Il nous jauge du regard et dit à mon père ;
– Monsieur Paul, vous aviez rendez-vous à cette heure ?
– Oui, bredouille mon père.
Il a laché ma main pour que je ne sente pas à quel point la paume de la sienne est devenue moite.
– C’est bien, répond le vieux concierge, je vais voir si le maître peut vous recevoir. »

Une enfance douloureuse pour Marina et son frère :

« Dès le départ, nos biberons ne contenaient pas du lait mais un venin que l’on nous distillait chaque jour davantage : celui de Picasso, de la puissance de Picasso, celui d’un surhomme qui pouvait tout se permettre et nous écrasait tous, celui de ce génie dont nous étions les otages. Comment se construire à travers de telles images ? Comment se sentir sereins devant un grand-père qui occupe tout l’espace ? Devant un père qui baisse l’échine ? Devant une mère qui, tout à l’heure, lorsque nous rentrerons, nous harcelera de questions sur la « visite du siècle » à laquelle, bien sûr, « personne n’a voulu la convier » ?

Marina, parlant de son père :

« Aujourd’hui, je devine ses affres lorsqu’il venait affronter mon grand-père. Lui qui avait été adulé et choyé aux jeunes heures de sa vie, ne représentait plus grand-chose aux yeux de Picasso. Qu’était devenu « l’Arlequin » qui avait posé pour lui dans son costume en losanges jaunes et bleus, une ruche de tulle autour du cou ? Les inconditionnels de Picasso ont-ils remarqué à quel point cet « Arlequin » est triste sur la toile ? A quel point son regard mendie un peu d’amour ? A quel point, à l’époque, il savait qu’il ne devait pas grandir ? »

  » Paul en Arlequin » Picasso

La seule à leur offrir l’affection dont ils ont besoin, Marina et Pablito, c’est leur grand-mère Olga. Une femme pour qui Marina a beaucoup de respect :

 » Ma grand-mère Olga reste pour moi l’idéal des grand-mères, une sorte de magicienne qui avait le don d’aplanir toutes les difficultés, d’apprivoiser les démons de ma mère, de rehausser l’image de mon père, de nous apporter l’harmonie et le calme. Nous aimions le parfum de son eau de toilette, son accent mélodieux, ses gestes élégants, ses yeux pleins de caresses et son respect des autres. « 
 Olga peinte par Picasso

Quelle opinion avoir de Picasso quand il est votre grand-père et qu’il ne vous voit pas…

«  – Monseigneur ne veut pas qu’on l’ennuie.
Tête basse, nous rebroussions chemin. Grand-père appartenait aux autres. Il n’était pas pour nous.
Nous n’arrivions pas à comprendre pourquoi tant de gens l’admiraient. A t-on le droit d’admirer une personne qui refuse sa porte à des enfants ? »

Marina et Pablito grandissent. Pablito et elle sont très proches l’un de l’autre ! Mais Pablito devient fugueur et cela se renouvele de plus en plus.

 » Avec l’analyse, j’ai compris bien plus tard, hélas bien trop tard, qu’il n’avait plus d’espoir. Incapable de mettre des mots sur sa souffrance, il avait besoin de sortir du carcan de cette souffrance. Marcher à l’infini, dormir dans le creux d’un rocher, repartir au hasard des chemins le déchargeait du fardeau du réel. La recherche du vide. Le désir d’un ailleurs impalpable. « 

Heureusement Marina s’accroche, elle a un but. Elle veux faire sa médecine et devenir pédiatre.

«  Après une analyse, les voies que l’on a choisies cessent d’être impénétrables.
Ce n’est pas un hasard si j’ai fait ce travail. Ce n’est pas un hasard si l’on part au Viêt-nam aider des enfants en détresse. »

Dimanche 8 avril 1973 : la mort de Picasso. C’est à la radio que Marina et Pablito apprennent la mort de Picasso. Ils n’ont pas revu leur grand-père depuis bien longtemps. Pablito se précipite pour voir le corps de son grand-père et lui dire adieu. Jacqueline, la dernière compagne de Picasso a donnée des ordres et on lui refuse l’entrée.
Quelques jours plus tard Pablito se suicide à l’eau de javel.
Il mourra le 12 Juillet après avoir agonisé trois longs mois.
Sa sépulture sera payé par l’argent collecté par des étudiants, ses amis du cours Chateaubriand…
La mère de Marina a ces mots, terribles :

 » – Il n’y a pas de justice. C’est toi qui aurais dû mourir. « 

L’ironie de la situation voudra que c’est Marina qui hérite de Picasso une fortune.

Les dernières pages du livre se termine pourtant d’une manière optimiste. Marina s’en sortira d’abord grâce à son analyse. Et elle puise sa force avec ses enfants, deux naturels et trois adoptés. Même sa colère envers Pablo Picasso s’apaisera :

 » Muré dans son oeuvre, il avait perdu tout contact avec la réalité et s’était replié dans un monde intérieur impénétrable. Cette oeuvre était son seul langage, sa seule vision du monde…/…
Lui qui a traversé son siècle ne vivait pas comme ses contemporains. D’ailleurs, il ne les voyait pas. La vie n’était pour lui qu’un carnet de dessins, un livre d’images « croquées » au fil de sa fulgurante créativité…/…
Qui étions nous pour prétendre violer l’arène dans laquelle il combattait…/…
A la fin de sa vie, pour rester seul et créer avec ses dernières forces, il avait rejeté tout le monde. Nous en faisions partie. « 

Ce qui importe, finalement, c’est ce qu’elle fera de l’héritage de Picasso, comme pour l’alléger…
L’ argent servira à construire une fondation au Viêt-nam, elle fera batir un village qui accueillera des enfants dévaforisés, c’est là qu’elle y adoptera ses trois derniers enfants.

Son action ne s’arrête pas là, elle fait creuser des puits, s’occupe des retraités et des anciens combattants et fait percevoir des bourses à deux cents étudiants. Elle fait restaurer des hopitaux, ect…
Au final, devient une femme formidable…

Image manquante
Grand-père
Marina Picasso
Editions Denoel et Folio