Littérature Française

Gabriële d’Anne et Claire Berest

 » Septembre 1908. Gabriële Buffet, femme de 27 ans, indépendante, musicienne, féministe avant l’heure, rencontre Francis Picabia, jeune peintre à succès et à la réputation sulfureuse. Il avait besoin d’un renouveau dans son oeuvre, elle est prête à briser les carcans : insuffler, faire réfléchir, théoriser. Elle devient  » la femme au cerveau érotique  » qui met tous les hommes à genoux, dont Marcel Duchamp et Guillaume Apollinaire.
Entre Paris, New York, Berlin, Zürich, Barcelone, Etival et Saint-Tropez, Gabriële guide les précurseurs de l’art abstrait, des futuristes, des Dada, toujours à la pointe des avancées artistiques. Ce livre nous transporte au début d’un xxe siècle qui réinvente les codes de la beauté et de la société. Anne et Claire Berest sont les arrière-petites-filles de Gabriële Buffet-Picabia. « 

 » Il est difficile de résister à quelqu’un qui vous veut terriblement. Il est impensable de résister à Francis Picabia » (p75)

Ce livre là aurait pu être un coup de foudre ; le thème de l’art, une femme à très forte personnalité, une vie exceptionnelle, bref, il avait tout. Ma gène est un peu par rapport au choix de style ; il est très journalistique, des faits et encore des faits ; c’est très factuel. J’aurais adoré que le livre soit entièrement construit comme les petites parenthèses d’Anne et Claire Berest. En effet a la fin de quelques chapitres les autrices rajoutent quelques remarques et analyses sur la dite Gabriële. Si le livre avait été tricoté de cette façon là, du début à la fin, il aurait été un véritable coup de cœur. (Estelle, elle, me retrouve par rapport à cette impression)

Ce que je retiendrais ; * le fait que Gabriele était déjà une femme au destin exceptionnel avant de rencontrer Picabia. En effet elle a été une des premières femmes à être admise à une école de musique, la Schola Cantorum, en classe de composition * un homme, sa passion des belles voitures (95) et opiomane * un amour surtout centré sur une complicité intellectuelle * Certains noms ; en effet on y rencontre ; Gabriel Fauré, Claude Debussy, Marcel Duchamp, Guillaume Apollinaire, ect (c’est un roman qui vous fait très souvent chercher des œuvres sur internet)

 » Jamais Gabriele ne parlera d’amour. Jamais elle ne dira : je l’aimais et il m’aimait. Ce qui se passe entre eux est un face-à-face d’où jaillissent la pensée et la création, c’est le début d’une infinie conversation, au sens étymologique du terme, aller et venir sur une même rivière, dans un même pays » (p27)

Ce que j’ai adoré  * une femme libre, refusant comme seul et unique choix et destin ; celui d’être une femme à marier * un homme dont on tombe un peu soi même amoureuse, un homme qui parle ainsi ;  » Il est des hommes qui tombent à genoux devant la jeunesse, d’autres devant la beauté, certains devant la gentillesse et la bonté, Francis Picabia, en ce mois de septembre 1908, succombe devant un esprit. » (p29)  Oui cet homme là me plait ;0) * l’art élevé à un niveau où il devient plus fort que tout * une femme intellectuelle pour qui la réflexion et la recherche du beau est dans les veines * la fugue et la petite parenthèse de plusieurs jours de quelques amis (Gabriele, Picabia, Marcel Duchamps et Apollinaire) à Etival (le village d’enfance de Gabriele) * Assister à la naissance d' »Alcools » le recueil de poèmes de Guillaume Apollinaire

 » La petite colonie prend ses habitudes. La journée, tout le monde travaille ou se promène dans les environs. Dès que la pluie cesse, ils partent en exploration vers la frontière « libre », en bordure de la Suisse. Ils s’habillent avec les manteaux en peau suspendus dans les couloirs de l’entrée, enfilent des pulls qui datent d’un autre siècle. Après leurs longues virées, ils rentrent trempés, jouent près du feu avec les enfants, aux jonchets, un jeu d’adresse composé de petits bâtons de bois, d’os ou d’ivoire, qui ressemble au mikado. Ils cuisinent sous les ordres de Guillaume, qui revêtu un tablier de servante, et retroussé ses manches, tandis que Marcel épluche avec concentration des légumes. Ces activités qui occupent les mains permettent aux esprits de se libérer, on parle poésie, peinture et révolution. Les heures les plus douces sont peut-être celles du silence partagé. Guillaume et Gabriële lisent avec tranquillité pendant que Marcel et Francis dessinent. Quelque chose de l’enfance est retrouvé, ils sont quatre frères et sœurs, quatre cousins, dans l’ennui des vacances. »   (p231 et 232)

Ce que j’ai détesté ; Qu’une femme, Gabriële, oublie ses ambitions et ses propres œuvres musicales pour un homme, si doué soit-il ! Est ce qu’un homme a déjà fait cela ??

 » Gabriële ferme les yeux, et soudain sous ses paupières surgit le train qu’elle devait prendre, ce train pour Berlin qui s’ébranle, emportant une partie d’elle-même, une idée d’elle, de cette musicienne qu’elle aurait pu être, et qu’elle ne retrouvera peut-être pas. » (p75)

Mais j’ai envie de quitter ce livre avec ces mots là ;

 » Arrivée dans le Jura Gabriële s’est mise à respirer. Elle peut enfin poser ses doigts sur le grand piano dans la salle à manger. Son esprit affüté dans les salons mondains demeure celui d’une montagnarde. Elle a besoin de rocaille, d’un ciel qui se mêle à la terre, d’épines des sapins, des grosses chaussures lacées jusqu’au mollets, de repas pris en silence après les efforts physiques de la marche et de la grimpe. Elle se lave de Paris. (p226)

Je finirais mon billet par cette remarque (d’Anne ou de Claire on ne le sait) qui me touche profondément, parce que je la sens mienne aussi ;

 » Je me sens regardée par des morts. Et je crois que, de façon générale, j’ai conduit toute ma vie de la sorte, depuis que je suis enfant.

En conclusion ;  des destins et des vies dédiés à l’art qui m’ont passionnés.

Lu par Antigone, Sylire, Saxaoul, Leiloona, Joëlle,

 Lu pour les matchs de la. rentrée littéraire 2017 Price Minister #MRL17

 Lu aussi pour le challenge de la rentrée littéraire 2017 chez Hérisson 1/6

 

 

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Lecture addictive·Littérature Française

Le temps est assassin de Michel Bussi

Le mot de l’éditeur :  » Eté 1989 La Corse, presqu’île de la Revellata, entre mer et montagne. Une route en corniche, un ravin de vingt mètres, une voiture qui roule trop vite… et bascule dans le vide. Une seule survivante : Clotilde, quinze ans. Ses parents et son frère sont morts sous ses yeux. Eté 2016 Clotilde revient pour la première fois sur les lieux de l’accident, avec son mari et sa fille ado, en vacances, pour exorciser le passé.
A l’endroit même où elle a passé son dernier été avec ses parents, elle reçoit une lettre. Une lettre signée de sa mère. Vivante ?  » (source Decitre)

Le temps est assassin est une de mes lectures de vacances de l’année dernière. Idéale à lire sous le soleil et sur une plage brûlante ☺ La couverture déjà est une incitation au farniente doré, une plage sublime, une eau couleur lagon, bref on s’y verrait bien. Et puis le sujet m’a semblé tout à fait sympa. Je n’avais jamais lu Michel Bussi et depuis le temps que je le voyais sur les blogs, le résumé me disait que celui ci était parfait pour une première approche. Et puis la Corse quoi….  comment résister franchement 😃

Alors verdict ?!! Et bien c’est assurément à classer dans le style addictif ! J’ai lu d’une traite la deuxième partie du roman sans pouvoir m’arrêter. Juste impossible à lâcher ! Clotilde et son histoire terrible, Clotilde la survivante, Clotilde qui en quelques secondes a perdu toute sa famille ; ses parents et son frère. Du temps d’après il n’est presque rien dit. Le livre commence alors que Clotilde revient en Corse, en vacances avec son mari et leur fille unique. Mais elle n’est pas seulement là pour bronzer, Clotilde est en quête de réponses, comment donner un sens à ce qui s’est passé quand elle était encore une simple ado ? Ni son mari ni son ado de fille ne semble vraiment touchés par le drame qu’elle a vécu, drame toujours non digéré par Clotilde (forcément, comment vivre après cela ?)). Clotilde se sent un peu seule, mais cela ne l’empêche pas de chercher la vérité malgré cela. Il y a le personnage du grand-père aussi, très fort et imposant, un homme de conviction, dans le genre solide et tête dur (très dur même ;0)

Dès son arrivée les évènements étranges commencent, et surtout le plus déstabilisant est là ; une lettre écrite par sa défunte mère. Comment sa mère pourrait-elle être encore en vie alors qu’elle est tombée dans le ravin avec les autres ? Mais si ce n’est pas elle, qui pourrait écrire ainsi à Clotilde et remuer le passé ? La vérité ne prendra corps que dans les dernières pages et je dois dire que le final m’a étonné, il est plutôt bien amené. La fin se dévore vraiment et on reste tout de même comme deux ronds de flan (😝 !!!)  devant ce dénouement qui nous est donné. En conclusion vous l’avez compris je recommande vraiment, une excellente lecture dans le genre addictif, à lire les pieds dans l’eau ; d’abord vous ferez un voyage tout à fait sublime dans cette Corse magnifiée, et puis c’est tout à fait entrainant (même si une histoire extrêmement cruelle, oui mais chut….)

Eté 2016, Presses de la cité

Littérature Française

Police d’Hugo Boris

Le mot de l’éditeur ;  » Ils sont gardiens de la paix. Des flics en tenue, ceux que l’on croise tous les jours et dont on ne parle jamais, hommes et femmes invisibles sous l’uniforme. Un soir d’été caniculaire, Virginie, Érik et Aristide font équipe pour une mission inhabituelle : reconduire un étranger à la frontière. Mais Virginie, en pleine tempête personnelle, comprend que ce retour au pays est synonyme de mort. Au côté de leur passager tétanisé, toutes les certitudes explosent. Jusqu’à la confrontation finale, sur les pistes de Roissy-Charles-de-Gaulle, où ces quatre vies s’apprêtent à basculer.  En quelques heures d’un huis clos tendu à l’extrême se déploie le suspense des plus grandes tragédies. Comment être soi, chaque jour, à chaque instant, dans le monde tel qu’il va ?  »

 » Elle s’était promis que sa vie ne changerait pas radicalement, qu’elle garderait du temps pour elle, ne se laisserait pas déborder. Sa mère, ses tantes, ses amies, peut-être, parce qu’elles avaient manqué de vigilance. Mais elle n’y avait pas coupé, elle non plus, sa vie avait été retourné comme un sac. »

Ce qui m’a attiré dans ce roman tout d’abord c’est ce huis-clos, en effet tout se passe (ou presque) dans une voiture de police. Ils sont trois pour reconduire un migrant à la frontière, via l’aéroport de Roissy Charles de Gaule. Mais c’est aussi un roman sur l’intime, Virginie est déstabilisée par l’acte qu’elle doit subir le lendemain (acte qu’elle a choisi) un avortement. Virginie est enceinte de son collègue Aristide mais il n’est pas son mari. Elle a pris cette décision mais ce n’est pas pour autant que cela  ne l’attriste pas, d’autant plus qu’Aristide vit très mal cet état de fait.

 » Il n’avait été qu’un homme pansement, une friandise, un tour de manège. Alors il était né à une douleur mystérieuse, sincère et profonde. Il s’était lassé de lui même, de son propre bruit, de ses plaisanteries usées, fatigué de lancer des Hola qué tal ? à tout va, de cette dissipation superflue de sève et d’énergie, pareil à un clown qui en aurait eu assez de chausser du 126, prisonnier de sa définition, de son inconsistance, épuisé d’être en représentation perpétuelle, sans fond ni réserve. »

Aristide qui apparaît au fil des pages bien plus sympathique que nous l’augurait les premières pages, il apparaît même très émouvant et bien plus fragile qu’il n’en a l’air (Aristide est du genre costaud ;0) Il y a aussi cette mission donné à Virginie et ses collègues (Aristide et Erik) qui font naitre des doutes et des sentiments mitigés, cet homme qu’ils doivent amener à l’aéroport est un homme en sursis. Elle sait pour avoir lu son dossier dans la voiture, et alors même que c’est interdit, que c’est la mort qui attend cet homme dans son pays. Toutes ses interrogations tournent sans relâche dans son esprit, elles lui mettent la tête à l’envers. Elle sait qu’elle ne peut pas se révolter et aller contre les ordres donnés. Mais elle sait aussi que c’est immoral de mettre cet homme dans cet avion en sachant ce qui l’attend là-bas.

Ce livre, j’avais vraiment envie de le lire après le billet d’Antigone (clic) (dont c’est un coup de cœur) tout m’attirait dans ce roman. Je l’ai lu en une journée (durant le dernier RAT) et je l’ai dévoré. Les pages se tournent toutes seules, il est difficile de se détacher de sa lecture et la fin m’a vraiment bouleversée. Pourtant quelques semaines après il ne m’en reste déjà pas grand chose. J’ai vraiment apprécié ma lecture sur le coup mais il ne m’a pas laissé une empreinte durable. J’aurais peut-être aimé que le personnage du migrant soit plus développé, que l’on entre dans ses pensées à lui aussi. Il me semble que ce personnage (qui est pourtant le centre du livre) est un peu laissé de côté. Le personnage de Virginie, celui d’Aristide, et même celui d’Erik même s’il est moins exploré,  sont bien représentés et restent attachants tout du long. Mais vraiment, il m’a manqué un petit quelque chose et surtout une présence plus forte du reconduit n’aurait pas été de refus. C’est un sujet qui me touche très fort, ce sort fait aux réfugiés en France (et ailleurs). cette inhumanité qui leur est apposée.

Bref, vous l’avez compris je suis un peu mitigée. Il n’empêche qu’il se lit très bien, la lecture est très agréable, et je me rends compte maintenant que je le relirais avec grand plaisir, à vous donc de vous faire votre propre idée.                                                                         #MRL16

Lu pour les matchs de la rentrée littéraire de Price Minister

Et pour le challenge de la rentrée littéraire chez Hérisson (clic)  ; 1/6

Challenges·Littérature Française

Le challenge d’halloween 2016

Edit du 02 décembre ;

Finalement je n’ai réussi à lire que ça ; « Minnow » et « Sacrées sorcières » pas de billets mais je n’ai même pas eu le temps de faire de billets, j’espère bien me rattraper l’année prochaine, mais je m’excuse auprès d’Hilde et de Lou, j’aurais vraiment aimé faire mieux :0( Les films dont je parle en bas du billet ont été tous vus, mais aucun billets de fait non plus, à part un brouillon pour « Only lovers left alive ».

A l’heure qu’il est le challenge d’Halloween est bientôt fini…. Pourtant j’ai tout de même envie de profiter des quelques jours qui restent (le challenge se termine le 02 novembre). J’avais prévu de me consacrer à la rentrée littéraire les deux premières semaines d’octobre puis, pour les 15 derniers jours, au challenge. J’ai malheureusement pris du retard, quelques soucis de santé m’auront à nouveau ralentis (toujours les mêmes évidemment, mais aussi une petite nouveauté guère sympathique ; une inflammation de la hanche et tout ce qui s’y colle ; des anti-inflammatoires et des séances d’ondes de choc chez le kiné ((même si elles soulagent il faut quand même les sentir passer, et ce n’est pas du tout une partie de plaisir)) mais bon, ça s’est tout de même arrangé depuis, puisque je supporte à nouveau la station debout, mais fermons la parenthèse). Tout cela pour dire que je n’ai même pas encore fini ma lecture en cours de cette rentrée littéraire (« Un paquebot dans les arbres ») mais j’espère tout de même lire une ou deux choses que j’avais prévu pour ce challenge de l’année 2016… Je vous redonne vite, en passant, les organisatrices qui sont toujours Lou et Hilde, voilà les liens vers leurs billets de récap. celui de Lou (clic), et celui  de Hilde (clic) 

Et mes lectures, qu’avais-je prévus alors me direz vous ?!! Et bien j’aurais pu tout simplement aller piocher dans ma liste de l’année dernière (clic) qui était déjà bien garni il faut le dire 😃 mais voilà, j’ai eu plusieurs nouvelles idées, et les voici ; « Docteur Sleep » de Stephen King, « Sommeil » de Haruki Murakami, « La dernière nuit à Tremore Beach » de Mikel Santiago, « Sacrées sorcières » de Roald Dahl (dont je suis en pleine lecture aussi), « Nous avons toujours vécu au château » de Shirley Jackson, et j’avais envie de relire aussi « Le passeur » de Loïs Lowry dont j’ai vu récemment le film, que j’ai adoré et qui m’a donné très envie de me replonger dans le roman. Pour finir une envie lecture de cette rentrée littéraire ; « Minnow » de James Mc. Teer II qui est une idée que j’ai puisé chez Claudia Lucia (clic) et qui semble avoir une jolie petite touche d’étrangeté et de fantastique.

Stephen King - Docteur Sleep. Haruki Murakami - Sommeil. Mikel Santiago - La dernière nuit à Tremore Beach. Roald Dahl - Sacrées sorcières.

Shirley Jackson - Nous avons toujours vécu au château. Lois Lowry - Le passeur. James McTeer II - Minnow.

Bon, si j’arrive à en lire deux d’entre eux je serais déjà satisfaite 😝 J’avais prévu de vous parler aussi des nombreux films que j’ai vu ces derniers temps, films vus à l’occasion du challenge. Il s’agit de « The secret » (beaucoup aimé), « Annabelle » (trop horrible pour moi),  » Only lovers left Alive » (coup de foudre total !! pour celui là j’ai déjà rédigé un p’tit brouillon)), « Le passeur » (très belle adaptation du roman), et j’ai prévu aussi de regarder « Insidious 3 ». Voilà, vous savez tout 🙂 Il reste encore quelques jours aussi pour le « Rat à week, happy Halloween«  (qui se termine lui le 05 novembre) et j’ai bon espoir de pouvoir participer la dernière semaine, mais je vous en reparlerais au cas où. Belle semaine et belles lectures !!

Humeurs·Littérature Française·Tentations de lectures

Trois grandes dames

Si vous n’avez pas vu l’émission de la semaine de la Grande librairie je vous conseille (très fortement) de regarder le replay (clic) Il y avait là 3 grandes dames de la littérature, tout d’abord Nancy Huston qui est une de mes autrices préférées (après Françoise Lefèvre :0) et que j’ai énormément lu (elle a écrit un de mes textes fondateurs ; « L’instrument des ténèbres ») qui est une femme dont l’intelligence n’est plus à prouver et que je prends toujours grand plaisir à écouter (et à lire ;0) ses propos sont toujours plus que pertinents. La preuve en est cette remarque qu’elle fait au présentateur, à savoir de s’interroger pourquoi on a séparés ainsi sur le plateau les auteurs et les autrices (clic) (c’est d’ailleurs aussi la remarque que je m’étais faite). Qui en fait une autre aussi sur Roman Polanski (et que d’ailleurs François Busnel va éluder très vite) qui a un rapport sexuel avec une jeune adolescente de 13 ans, consentante oui, mais de quelle façon ? N’a t’elle pas obéi elle aussi à une certaine pression (pas seulement celle que peut mettre un homme, mais celle aussi qui est plus générale) tout comme celle qu’à subi Annie Ernaux, dont le sujet de son dernier livre est justement celui ci (et qui était là d’ailleurs aussi hier soir).

Bref cette émission a fait naître en moi beaucoup d’interrogation, et pour cela je ne regrette en rien de n’avoir presque rien lu, je me suis régalée à écouter ces trois femmes qui ont vraiment fait monter le niveau très haut à cette émission (qui aura encore après cela le toupet de dire que les femmes sont des créatures inférieures ??!!). Bref je m’égare mais c’était ma minute de coup de gueule, parce qu’il y en a un peu marre de toute cette misogynie, parce qu’après avoir écouté Chahdortt Djavann (autrice que j’adore aussi, après l’excellente lecture de « Je ne suis pas celle que je suis ») – et qui depuis longtemps écrit sa révolte et qui prouve son courage à se lever contre ces hommes qui imposent aux femmes le voile, et qui voudrait bâillonner leur liberté – c’est vraiment cela que l’on ressent. Les femmes ont encore beaucoup de chemin à parcourir pour être enfin respectés au même titre que les hommes… ( à lire encore l’excellent billet d’Audrey sur les femmes et la BD clic)

L’actualité de Nancy Huston est avec deux livres, un roman et un textes divers (qui me tente beaucoup). Le roman ;  » Le club des miracles relatifs » et l’autre ;  » Carnets de l’incarnation textes choisis 2002-2015″Nancy Huston - Le club des miracles relatifs.  Nancy Huston - Carnets de l'incarnation - Textes choisis 2002-2015.

Celle d’Annie Ernaux ; « Mémoire de fille » Annie Ernaux - Mémoire de fille. lu déjà par ; Cathulu, Antigone, Clara, Saxaoul, Jérôme, Aifelle,

Celle de Chahdortt Djavann « Les putes voilées n’iront jamais au paradis ! » Chahdortt Djavann - Les putes voilées n'iront jamais au paradis !. lu par Joëlle

Source de la 1ière photo (clic) avec un article très complet sur cette grande dame qu’est Nancy Huston. A lire par ici sur Chahdortt Djavann (clic).

Petit bonus pour ce dimanche ; chez Aifelle un moment délicieux, sensuel et langoureux avec Gisela Joao (clic) (j’adore !!) (et parce que l’on peut-être féminine et sensuelle et féministe ;0)

Littérature Française

Zou ! d’Anne-Véronique Herter

 Le mot de l’éditeur ;  » Ce n’est pas seulement la maison de vacances appartenant à sa famille depuis plusieurs générations que Chance doit quitter, mais aussi tous les fantômes qui l’habitent, ceux de son imagination, ceux de son passé, ceux des histoires que lui racontait son père. Avec la perte de cette immense demeure, nichée dans un grand jardin séparé de la mer par un petit muret en pierre, lieu d’introspection privilégié de tous pour observer le bleu à l’infini, Chance perd également ses repères et se pose des questions quant à son identité.
Est-elle vraiment, comme l’a toujours dit sa grand-mère, la réincarnation de son frère qu’elle n’a pas connu ? « Zou », c’est le signal d’un nouveau départ, d’un renouveau qui s’impose comme une nécessité, un impératif de survie. « Zou », si simple à écrire, si court à prononcer et pourtant si difficile à accepter. »

 » Sa famille : le noeud gordien, à la fois l’oxygène et le poids qui l’étouffe. Le problème. » (p22)

On parle beaucoup de romans « Fell good » (des livres qui font du bien) en ce moment, je ne sais pas si ce roman peut être classé dans cette catégorie mais je sais qu’à moi il m’a fait beaucoup de bien… Je sais aussi que j’ai eu beaucoup de mal à me lancer à faire mon billet. Parce qu’il touche beaucoup trop de choses en moi, qu’il m’a touché au plus haut point et qu’il est très près de ma propre histoire. Alors vers quoi orienter mon billet sans que cela soit trop personnel ? Je ne le sais… Alors je vais juste être sincère et ne pas me me censurer. Alors ses mots là pourraient être les miens ;

« Petite dernière d’une fratrie de cinq enfants, son histoire est banale. Mortelle même ; elle est née trois ans après la mort de son frère, Frédéric. » (p46)

Mon frère ne s’appelle pas Frédéric mais je suis bien née trois ans après sa mort, et nous aussi sommes cinq, trois filles survivantes et deux frères morts. Mais je ne parlerais aujourd’hui que de celui qui est mort trois ans avant moi et qui aurait été si proche de moi en âge (mes soeurs ont toutes les deux rétrospectivement 10 et 12 ans de plus que moi). Cette phrase que j’ai donné en extrait dans le billet précédent (clic)  » j’ai appris très fort à aimer très fort quelqu’un que je n’ai jamais connu » est mienne. Il me manque… Il me manque infiniment et pourtant je ne l’ai jamais connu… Alors comment n’aurais-je pas pu être touché-coulé par cette lecture ??!! Et pourtant elle ne m’a pas plombé et c’est même tout l’inverse. Oui on peut avoir une histoire familiale lourde et oui on peut sortir la tête de l’eau. C’est ce que Anne Véronique m’a appris à sa façon… Chaque mot s’imprimait en moi, chaque mots (ou presque) étaient planqués en moi et n’attendait qu’à sortir prendre l’air… Anne-Véronique les avait écrits pour moi… Alors merci pour ça Anne-Véronique.

 » Quelle aurait été notre vie, si mon frère n’était pas mort, lui aussi ? Je me le demande souvent. Je l’ai imaginé mille fois : il devait être beau et secret, intelligent et courageux. Il devait être un ange. A neuf ans, on est forcément un ange. Je suis la seule de la famille à ne pas l’avoir connu, pourtant il me manque comme si c’était moi que je n’avais jamais connu. » (p30)

Cette question là moi aussi je me le l’a suis posé mille fois et comme le personnage je me suis souvent imaginée, lorsque nous partions à quelque part, en voiture, que s’il avait vécu nous pourrions être en train de rouler vers lui, vers sa maison pour passer une belle journée, ou quelques heures avec ce frère qui aurait pu être là, vivant parmi nous… Ou lors de fêtes familiales, avoir cette sensation de voir cette place vide, cette place vacante me fait souvent vaciller. Mon frère n’a pas eu la chance lui de vivre neuf ans, il est mort né, par conséquent personne dans la famille n’a eu la chance de l’avoir connu. C’est ma différence avec le personnage. Et d’autres aussi, mais dont je ne parlerais ici.

 » Le poids des choses, mes liens familiaux, ma grand-mère, mon frère, mon père, chez les morts. Ma mère, mes frères et soeurs, les gens que j’aime. Tous me lient. M’enchaînent. M’empêchent d’avancer dans ma propre histoire. Je dois m’en libérer. Je sais. Je dois me libérer. » (p73)

Nous avons tous nos valises familiales à porter, pour certains elles sont justes plus lourdes à porter que pour d’autres… Pour certains la sensation de liberté est peut-être plus facile à ressentir…

 » Du haut de mes vingt ans, je m’excuse encore d’être là;  » (p103)

Cette impression d’être là, alors que je ne le méritais pas plus que lui est quelque chose qui m’habite tous les jours…

Ces mots, page 105, que Frédéric adresse à sa soeur m’ont émue au plus haut point. Et ils m’ont fait du bien aussi, parce que si mon frère devait (pouvait) s’adresser à moi il aurait, j’en suis sûre, autant de bienveillance vers moi que cela…

 » C’est en respirant avec difficulté que l’on réalise que l’on respire. » (p120)

Oui sans doute… C’est aussi quand on ressent la douleur que l’on se rend compte le plus sûrement que l’on est vivant…

 » Est-ce toujours toi qui me parles, mon frère ? Celui que je ne connais pas, et qui me connaît si bien ? Est-ce toi qui te poses sur ma joue quand j’ai peur, quand je doute ? Est-ce toi qui me réchauffes de tout ton amour et de toute ta protection ? Est-ce toi à qui j’ai tant parlé, de qui j’ai tant rêvé ? (p137)

Et la réponse de Frédéric pour sa soeur, que j’ai décidé de prendre pour moi ;

 »  Regarde ta vie, regarde-la bien en face. Tu te laisses détruire par les vies des autres, celles des morts, celles d’avant, celles qui ne te concernent plus ! » (138)

 » Je vais te dire qui je suis, ma tendresse. Je suis qui tu veux que je sois. Je suis ton frère. Je peux même être ton père. Je peux même être ta grand-mère. Je peux être tous ceux que tu veux et qui t’ont aimée, car tu les portes, comme une preuve de ton origine. Je suis l’oeil bienveillant qui doit te dire d’avancer et de regarder devant toi, maintenant. Il est grand temps. » (p139)

Rien que pour cela ; merci Anne Véronique, ces mots m’ont donné l’impression d’un baume sur mon petit coeur ;0)

J’ai conscience que mon billet est peut-être décousu, un peu bancal et sans doute trop long mais j’espère que vous aurez eu la patience d’aller jusqu’au bout. Parce que c’est une lecture (même si votre histoire ne ressemble pas à la mienne) qui vous donnera du punch et du bien-être. Parce qu’elle est positive, bienveillante et réconfortante tout simplement. C’est lumineux, chaleureux, malgré la noirceur du sujet. On ressent tout l’amour dont la jeune femme à bénéficié toute sa vie. Une jeune femme dont j’aurais adoré me faire l’amie, on aurait des choses à se dire…. Elle pourrait être celle qui me donnerait ce petit coup vers l’avant, ce petit coup qui permet de rebondir… Cette lecture fait assurément partie de celles qui entrent dans votre vie, pour la changer indubitablement… Comme certaines petites bougies que l’on trouvent parfois sur le bord de son chemin… Cela m’a donné l’envie de prendre le taureau par les cornes, de parler (ou d’écrire) moi aussi de mon histoire familiale douloureuse… Il est peut-être temps…

Ce billet est naturellement adressé à mes deux frères dont l’absence m’accompagne tous les jours… Ceci est un peu la lettre que je ne pourrais jamais leur adresser…

Lu aussi par NouketteLeiloona, SophieStephie et l’Irrégulière, Saxaoul, Antigone,Sandrine

Et le site de l’auteure est juste par là (clic). Un grand merci aussi aux éditions Michalon clic) et un grand merci encore une fois à Anne Véronique pour ses mots et pour sa grande patience aussi ;0)

(pour laisser un commentaire cliquer sur le petit chiffre dans le petit rond, sous le billet)

Extraits·Littérature Française

 » L’écho des blessures familiales…  » extraits de Zou d’Anne Véronique Herter

« Notre maison bretonne. C’est chez moi. C’est beau, parfois effrayant. C’est gigantesque, mais suffisamment petite pour entendre l’écho des blessures familiales. Celles que l’on ne règle qu’en famille. Qui touchent le coeur des choses, les culpabilités, les remords, la responsabilité de chacun devant les morts.  » (p91)

 » Alors, tout naturellement, je parle aussi aux fantômes. Et naturellement, je les vois. Ils sont près de moi. Puisque j’ en suis aux confidences… Pour me calmer, je parle à Frédéric. Quand j’ai peur, je le sens contre ma joue. Quand je vacille, je le sens contre mon épaule. Quand je suis triste, je le sens derrière moi. Et quand je ferme les yeux, je le vois enfin. D’ailleurs, je l’ai toujours vu et je le verrai toujours. Des ombres qui passent, des souffles, il n’est distinct que dans mes rêves. » (p102)

 » Pour mes frères et soeurs, ça commence mal, mon premier grand frère étant mort avant que je n’arrive, j’ai appris à aimer très fort quelqu’un que je n’ai jamais connu. Il s’appelait Frédéric. C’est un prénom que j’articule rarement. C’est une photo en noir et blanc, figée sur le piano dans le salon, sur la coiffeuse dans la chambre, dans le bureau, à la campagne. Partout la même. Des anecdotes à son sujet et de belles histoires. On corrige l’injustice de sa mort par l’exagération de ses qualités. Dans la mémoire collective, c’est lui le plus intelligent, le plus beau, le plus réussi. En plus, je crois que c’est vrai. Nous avons tous essayé de mettre en avant un de ses traits de caractère, pour le refaire vivre à travers nous. Nous n’étions que de pâles copies. » (p 87)

Ce livre là est certainement celui qui m’a le plus bousculé, bouleversé, touché, l’année dernière. Cette histoire c’est un peu la mienne, certains mots je les reconnaissais comme si je les pensais moi même…

Je vous donne rendez vous demain ou après demain pour le billet complet.

Source des photos (clic)

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