Lecture addictive·Lecture jeunesse

Les 100 de Kass Morgan

« D’emblée, elle est frappée par les couleurs vives sans même distinguer de formes. Des bandes bleues, vertes et brunes d’ une radiance si intense que son cerveau a du mal à en faire sens. Une bourrasque de vent vient lui flatter les narines, charriant une fraîcheur et des odeurs que Clarke n’arrive pas à identifier. Lorsque sa vision se stabilise enfin, elle ne voit que les arbres. Il y en a des centaines, des milliers, comme s’ils s’étaient tous donné rendez vous pour accueillir leur retour sur terre. Leurs énormes branches sont dressées vers le ciel d’un bleu éclatant tels les bras levés d’une foule en délire. Et que dire du  sol… Il s’étend de tous côtés à perte de vue, d’une superficie au moins dix fois supérieure à celle du pont le plus long de la colonie. Cette quantité d’espace disponible reste encore inconcevable pour Clarke et elle se sent proche de l’étourdissement, comme si elle s’apprêtait à s’envoler et flotter;  » (p61)

J’ai procédé inversement de mes habitudes pour cette lecture ; j’ai d’abord regardé les épisodes de la série qui ont été tirés du roman. J’ai tellement aimé que j’ai eu envie de lire le livre. Ceci est le premier tome, il y en a 3 et le dernier vient juste de paraître. Pour l’instant je n’ai lu que le premier. Je dois dire avoir été assez déstabilisée par le fait que l’action, dans le livre, est bien inférieure à ce qui se passe dans la série. Mais en lisant le résumé des autres tomes j’ai compris que la saison 1 regroupe le tome 1 et 2, c’est donc beaucoup plus concentré en événements.  La série n’est pas tout à fait fidèle aux romans (comme d’habitude) c’est donc un peu surprenant de voir certains personnages disparaître bien plus vite que dans le livre, ou d’autres n’existant pas du tout dans le roman.

J’aurais donc préféré faire comme d’habitude, c’est à dire lire les romans avant. Ce roman est une dystopie (un genre que j’apprécie de plus en plus) la terre n’est plus habitée depuis des siècles, les terriens qui restent vivent dans une énorme station dans l’espace. Celle ci est gouverné comme la terre, il y a un chancelier qui régente tout et les règles sont très strictes, le moindre écart est sanctionné très sévèrement ; peines de prison et peines de mort. 100 jeunes, tous mineurs, tous promis à la mort après diverses entorses au règlement sont choisis pour être envoyés sur terre. Histoire de tester si la terre (prétendument radioactive) peut à nouveau être habitée.

J’ai beaucoup aimé cette lecture jeunesse, et j’ai très envie de lire la suite. Clarke est un personnage féminin très intéressant. C’est sur ses épaules que tout repose, sur le vaisseau, avant son arrestation (dont je vous laisserais découvrir la raison) elle étudiait la médecine, cela sera très utile pour la survie des 100. Bien sûr il sera question de rivalités, chacun voulant prendre le pouvoir, plus dans la série que dans le roman finalement. Dans le roman de fréquents retour en arrière viennent s’intercaler dans le récit de l’aventure, on en apprend ainsi beaucoup sur les différents protagonistes. Et puis, bien sûr, il y sera aussi question d’amour  mais ceci sans mièvrerie. Une lecture vraiment sympathique que je vous recommande. Les ados devraient apprécier eux aussi…

Lu par Mya Rosa ;  » C’est un livre qui se dévore. A aucun moment je n’ai trouvé le temps long. Je ne saurais vous dire quel personnage je préfère car ils ont tous su me toucher par leur histoire et leur façon de réagir face à cette situation exceptionnelle. J’ai aimé le courage de Clarke, la déterminations de Wells, l’amour sans faille de Bellamy pour sa petite soeur et j’ai été émue par l’histoire de Glass et de Luke. J’attends la suite avec impatience ! »

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Lecture jeunesse·Littérature

Nox, Ici-bas (1) d’Yves Grenet

  » Ce soir il semble tellement malheureux que je ne me sens pas autorisé à lui faire la morale ou à lui jeter à la figure un « Je te l’avais bien dit ». C’est trop tard et le mal est fait. Pouvait-il échapper à cette épreuve avec des parents qui le conditionnent depuis des années à suivre une voie toute tracée ? Nos vies seraient-elles décidées à l’avance ? Serons-nous obligés de les vivre malgré nous ? » (p178)

Ce roman c’est tout d’abord, de la même façon que l’était déjà « Combat d’hiver » de Mourlevat, un monde du futur extrêmement bien dépeint, c’est une atmosphère ténébreuse dans laquelle on plonge sans pouvoir s’extraire. Un monde dur, un monde pas très engageant, un monde pollué à l’extrême. Il y a la ville basse et la ville haute, dans la ville basse un brouillard appelé « La Nox » empêche de voir même à dix pas.

 » Ici les rues sont obscures même dans la journée car un brouillard noir et opaque enveloppe la ville basse en permanence. On appelle ça la nox. » (p7)  » Ce sont des nuages de pollution si denses qu’ils empêchent toute lumière de les traverser. » (p37)

Les hommes sont obligés de pédaler et de marcher sans cesse pour pouvoir s’éclairer. Ils sont équipés de chenillettes qui leur permet d’emmagasiner de l’énergie pour plus tard.«  Depuis qu’on sait marcher, on est tous équipés de chenillettes sous les chaussures. Leur frottement sous le sol entraîne un mécanisme qui conduit l’énergie produite jusqu’à une dynamo qui elle-même convertit notre force motrice en éclairage (p8). Ils peuvent aussi économiser cette énergie, se mettre en « mode stockage » et remplir des piles qu’ils utilisent ensuite pour alimenter diverses objets du quotidien, par exemple le frigo. Ce qu’ils font très souvent d’ailleurs, ils en ont l’habitude et vivent une grande partie de leur vie dans le noir complet. C’est invivable, mais pourtant ils survivent…

Là-haut chez les riches, il en est tout autre ; « Chez les riches, les lampes s’allument quand on appuie sur un bouton et brillent sans qu’on s’en occupe. On nous l’a expliqué à l’école professionnelle. Y en a qui ont de la chance » (p7). Et ils n’ont bien sûr pas d’autre choix que d’accepter cette situation et leur condition sociale. Cette « Nox » est bien évidemment toxique, leurs poumons sont mis à rude épreuve et  leur espérance de vie est courte, très courte. Dès que les bébés naissent on les habitue à ne pas respirer trop fort, à ne pas crier  » à ne pas trop ouvrir la bouche pour ne pas avaler d’air vicié, à parler bas, à ne jamais crier. Depuis leur enfance, on leur répète que, pour leur propre bien, ceux du bas ne doivent jamais se mettre en colère ou se révolter car ils s’exposeraient eux-mêmes physiquement à un grave danger. » Les bébés hurleurs ne dépassent pas  leur première année ! La conséquence de cette durée de vie limité est que les jeunes sont contraints de trouver très vite un compagnon ou une compagne, de se marier et de faire un enfant. Cela leur est obligatoire et cela dès leur 17ième année.

Dans la ville basse vit Lucen et ses amis. Et dans la ville haute vit Ludmilla, pour elle la Nox porte le beau nom poétique « des plaines mauves ». Nous avons donc les deux versions de la ville haute et basse. Bien sûr on ne dit pas toute la vérité aux enfants du ‘haut »  c’est par la voix de sa gouvernante Martha (qui elle vient de la ville basse) que Ludmilla apprendra que des gens vivent  là, dans la pénombre. Ce jour là elle comprend que son père est capable de mensonges et qu’il y a peut-être beaucoup à découvrir.

Mais pour autant ceux d’en bas ne sont pas tous des moutons, les pères des trois amis de Lucen sont tous engagés dans des camps différents. Le père de Gerges est le responsable de la milice des Caspistes (CASP pour chacun à sa place). C’est un parti radical qui lutte contre tous ceux qui veulent remettre en cause l’ordre fondé sur la séparation des riches et des pauvres. Ils sont violents, leurs actes sont protégés par les autorités. Le père de Jea appartient à l’autre camp ; le parti Coiviste (COIV pour Chacun où il veut) militent pour le droit de chacun à choisir son lieu de vie. Le père de Maurce a disparu depuis trois ans, il entretenait, selon les rumeurs, des liens étroits avec des terroristes proches des Coivistes radicaux.(p48). Tout ceci donc complique gravement leur amitié.

  » Nous avons donc décidé d’un commun accord d’éviter toutes les discussions qui touchent aux convictions de nos parents, mais c’est de plus en plus dur car, en vieillissant, mes copains brûlent de s’engager à leur tour. Ils m’en parlents parfois en secret car ils savent que je suis fiable. Peut-être aussi me croient-ils tous neutre parce mon père ne prend jamais parti. » (p49)

Vous l’avez déjà compris mais j’ai été totalement emportée par cette lecture. Elle m’a secouée, bousculée, émue… Bref une totale réussite pour moi  que ce roman jeunesse.

La tentatrice cette fois, celle qui m’a fait choisir ce livre là dans ma librairie, c’est Yulenka et voici un petit extrait de ce qu’elle en dit :  » C’est un roman qui se dévore. C’est un roman très intelligent, et très bien construit…/… l’aspect psychologique est la clef du récit. Il démontre que rien n’est tout noir ou tout blanc. Choisir le bon ou le mauvais camp peut parfois tenir à peu de choses. Les malentendus, la manipulation psychologique, l’identité, l’amitié, la loyauté, l’amour, la haine…. Autant de choses qui posent les personnages sur le fil… Que ferions-nous à leur place ?

C’est cette humanité qui m’a plue dans Nox. Ces aspects de l’humain imparfait, fragile, qui se débat avec lui-même. Quitter le monde de l’enfance avec ces certitudes et ces amitiés « à la vie à la mort », pour plonger dans un monde adulte binaire, trahir l’enfant qui est en soi, en étant persuadé d’agir au mieux pour les siens…

Lu par Moka et par George également. La suite est bien évidemment déjà dans ma PAL, j’attendais juste d’avoir rédigé mon avis pour pouvoir m’y mettre Nox Tome 2 : 'Ailleurs'. de Yves Grevet Voilà chose faite :0) Source des photos

Challenge Halloween Chez Lou et Hilde

Lecture jeunesse

La reine des mots d’Armand Cabasson

 Le mot de l’éditeur :  » Je m´appelle Jenny et, depuis quelques temps, je pars en vrille. Avant tout allait bien et maintenant tout va mal, tout va de pire en pire, je coule ! J´ai inondé mon lycée (on va dire que c´était presque involontaire), déclenché l´alarme incendie, je sème les catastrophes partout où je passe… Évidemment, mes parents paniquent. Ils se sont mis dans la tête de m´emmener voir un psy ! Me voilà face à ce type. Mais qu´est-ce que je fous là ? Il me dit que je ne suis pas folle (mais j´espère bien !). Il veut essayer de m´aider. Bon courage »

C’est George, qui, la première, m’a donné envie de lire ce livre. Et je l’en remercie parce que c’était une lecture très agréable. J’ai beaucoup aimé le style de l’auteur, l’humour, le jeu avec les mots… Et Jenny est un personnage très sympathique. C’est une lecture jeunesse vraiment très, très réussie.

« La reine des mots » : ce titre là ne pouvait que me parler, et le sujet m’a tout de suite interpellé. Et cette lycéenne amoureuse des mots, amoureuse des livres ne pouvait que me rappeler quelqu’un… Ce livre fait d’ailleurs référence à beaucoup de titres en littérature… ça m’a d’ailleurs redonné envie de relire, encore une fois, « Syngué Sabour », ainsi que de découvrir d’autres titres dont il est question.

Bon, en vrac, voilà ce que vous découvrirez dans ce livre :

Un père amoureux des chiffres et des étoiles qui rêvaient d’être un astronaute.

 » Lui, il racontait à sa minuscule Jenny enfouie sous la couette l’histoire d’Apollo 11, de Neil Armstrong s’extirpant de son module ce 21 juillet 1969  pour aller marcher sur la Lune. Avec de grands gestes, il me décrivait les formidables enjambées de cet astronaute, parce que la pesanteur est six fois plus faible là-bas que sur Terre… Il illustrait son récit de photos publiées dans d’énormes livres, si bien que tout cela était concret, tangible. Les princes dont il me parlait n’avaient que faire d’aller embrasser des princesses endormies, ils n’avaient pas de temps à perdre au bal, les dragons qu’ils combattaient s’appelaient Spoutnik ou pesanteur terrestre… Quand à ses grands méchants loups ils hurlaient à la lune. Ainsi, chaque soir, tandis que des millions de petites filles s’endormaient pour rêver de leur paradis (se marier avec un prince charmant, vivre heureuses, avoir beaucoup d’enfants), moi je relevais des défis insensés et je m’élançais à la conquète de l’Univers, pour cueillir des bouquets d’étoiles ou effeuiller la Voie lactée. »

Un psy super efficace, qui donne pour prescriptions des livres et des pages. Et qui lui offre à la fin de chaque séance un mot de psychiatre.

 » Les mots sont mes friandises et je n’ai jamais goûté celui-là, alors je le fais fondre dans ma bouche. « 

Une jeune fille un peu déboussolée mais tout de même assez mature.

 » La psychologue scolaire trouve que je suis hyper-mature. Elle a peut-être raison dans certains domaines, mais je sens aussi encore en moi de grands blocs d’enfance, des icebergs qui fondent et se fissurent. » 

Un très chouette week-end à la campagne passé au bord d’une mare à bouquiner et observer les grenouilles. A boire du café et se projeter dans une tapisserie représentant une forêt imaginaire peuplé d’oiseaux fantastique. Pour finir par une averse et une promenade dans une campagne mouillée et odorante.

 » Nous avons perdu le paradis mais nous en avons gardé le parfum »

 » J’atteins le secret du bosquet pour découvrir la mare verdâtre aux contours tourmentés. Plantes aquatiques et roseaux y prospèrent avec délice, se délectant d’eau croupie. Tout y est foisonnant et emmêlé, les plantes s’enchevêtrent et s’embronchent dans les racines des saules pleureurs, les bouleaux aux troncs en trait de craie rayent de blanc les verts acharnés… Tout de suite, j’aime cet endroit. C’est comme ça. Un coup de coeur pour ce grand désordre. Si j’étais peintre je le peindrais, photographe je le photographierais. Mais je ne suis qu’une jeune fille folle de lecture, alors je le mange des yeux et je le mange de mots.  » 

Une après midi douillette passé dans un salon de thé à se gaver de sucreries en compagnie d’une personne dont je ne vous donnerais pas l’identité.

 » Le gâteau se désagrège dans ma bouche, la vie ne devrait être rien d’autre qu’une mousse de noix riche en beurre »

En bref un style, une écriture, que j’ai adoré. Une vraie lecture bonheur, un livre qui se déguste doucement, à petites gorgées. Je vous le recommande fortement (et je m’arrête là parce que je me suis promis de faire des billets plus courts…). Liyah donne des liens, inutile de le faire, je vous donne juste ceux de George et de Mirontaine. Lu par Titou aussi. (billet du 03/05/11 réactualisé)

Lecture jeunesse·Littérature

3000 façons de dire je t’aime de Marie-Aude Murail

 » Affalés dans leur canapé, ses parents regardaient Jacques Villeret se démener au beau milieu du Dîner de cons. La tristesse saisit Bastien à la gorge sans crier gare. Il la délogea en secouant la tête et partit s’enfermer dans sa chambre. Il ferait rire. C’était sa vocation. Il ferait rire les gens fatigués qui s’affaissent le soir devant leur télé, la zappette à la main.

Le rire consolateur, le rire libérateur, le rire médecin ! » (p48)

Aujourd’hui, ma douceur du jour sera une idée cadeau pour vos ados, avec ce titre vous devriez être sûre que ne pas faire de déçu. Voilà une lecture jubilatoire. Pleine de charme, bourrée de vitalité et d’optimisme. Un cocktail que l’on ne refuse pas… Marie-Aude Murail, de toute façon, a mon entière approbation. J’aime son écriture qui fait mouche à chaque fois, j’aime ses personnages, humains, touchants, même et surtout, avec leurs fêlures. Trois personnages se croisent dans ce roman, trois adolescents. Ils sont différents mais une amitié sincère les unis tous les trois. Chloé est assez timide, pas très sûre d’elle, Bastien est le comique de la bande et Neville lui est le torturé, le romantique. Personnage le plus fragile certainement. Au collège ils font la rencontre d’une prof d’un genre très spéciale, elle est originale et leur inocule le virus de la passion du théâtre.

 » Madame Plantié, considérée comme folle par ses élèves et comme très compétente par les parents. Cette femme énergique et souriante était atteinte d’une allergie curieuse, elle ne supportait pas les romans qui finissent bien, qu’elle pensait écrits pour les imbéciles et les Américains. Tandis que nous autres, qui avions douze ou treize ans, des boutons d’acné, des règles douloureuses et des parents chiants, nous nous enfoncions dans la dépression de l’hiver, madame Plantié s’épanouissait en nous lisant La Mort d’Olivier Bécaille. (p10) »

C’est elle qui les emmènera voir Dom Juan, aucun des trois n’avait mis auparavant les pieds au théâtre. C’est la révélation !

 » Quand nous avons reparlé de cette soirée six ans plus tard, nous avons tous trois déclaré qu’elle avait décidé du reste de notre vie, que nous avions su, au baisser du rideau, que nous serions acteurs…/… Ce moment de théatre, sang et or, surgissant de nulle part, se planta en nous trois comme un éclat d’obus dans la tête d’un poilu ! Mais nous n’en avons rien su à l’époque parce que nous ne nous parlions pas. » (p12)

Sans même sans rendre compte, ils sont touchés, coulés… Impossible pour eux désormais de s’en défaire. Six ans plus tard ils se retrouvent au conservatoire d’art dramatique, et ils ont la chance de tomber sur un professeur d’exception ; Monsieur Jeanson. Très vite ils sont heureux, ils ont trouvés la passion, ils ont trouvés l’amitié…

 » Qui n’a voulu, une fois dans sa vie, arrêter le cours du temps ? Pour nous, ce fut ce matin-là, ensoleillé, sentant la savonnette et le  café, que nous aurions voulu faire durer une éternité » (p208)

Mon personnage préféré est certainement Neville, Neville qui a des tendances de cleptomane, Neville qui se laisse totalement envahir par sa passion du théatre. Neville qui, un jour lit un texte d’Apollinaire et qui tombe raide amoureux :

 » Ce fut l’électrochoc. Neville vola le recueil Alcools à la librairie et se dit les poèmes à mi-voix…/… Les larmes ruisselaient sur son visage. Guillaume Apollainaire parlait pour lui. Alors, il voulut tous les poètes, qu’il se procura gratuitement, et il fut…

– Le ténébreux, le Veuf, l’Inconsolé, Le Prince d’Aquitaine à la tour abolie

Il se murmura :

– Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne, Je partirais. Vois-tu, je sais que tu m’attends. » (p33)

 » Il avait dix-sept ans. Il arrêta de boire, il arrêta de fumer, et un demi-sourire énigmatique se posa sur ses lèvres

– J’ai tendu des cordes de clocher à clocher ; des guirlandes de fenêtre à fenêtre ; des chaînes d’or d’étoile à étoile, et je danse. » (p 35)

J’ai quitté ce livre le sourire aux lèvres. C’est un livre qui rend heureux. Oui les jeunes ont de l’avenir, oui les jeunes ont des passions et en veulent… Et non ils ne sont pas blasés comme certains grincheux le suggèrent… J’ai été ému, j’ai souri, j’ai même été jusqu’à rire à certaines pages. Ce livre m’a fait vivre de vrai belles émotions.

Allez, pour le plaisir un passage qui m’a vraiment fait rire :

 » Neville était Roméo. Comment le situer ? Quelque part entre George Clooney et Colin Firth. A treize ans. Bastien n’avait pas trouvé d’emploi et il restait un rôle dont personne ne voulait, celui de la nourrice de Juliette.

– Eh, mais, c’est bon, madame ! Je la fais, moi, la nourrice, dit Bastien. Avec une perruque à ma mère et des pamplemousses dans un soutif.

– Wah, la chouma ! s’esclaffa Kamel

– Ah, non, ça suffit, le rembarra madame Plantié. Pendant l’heure de théâtre, tu fais un effort pour parler normalement.

– Ah, wesh, votre shakespeare, là, madame, il parle grave normal, ironisa Erdogan.  » (p15)

Un coup de coeur !!

Lu par Nadael, Leiloona, Noukette, Hérisson, ClaireThalie

  2/6

 

Challenge Shakespeare pour les citations,  Challenge cartable et tableau noir, Challenge rentrée littéraire, Challenge littérature jeunesse.

Lecture jeunesse·Littérature

De grandes espérances de Charles Dickens, adapté par Marie-Aude Murail et illustré par Philippe Dumas

 coeur[1] Coup de coeur. Editions de l’école des Loisirs

Le mot de l’éditeur :  » Une rencontre dans un cimetière entre un enfant et un forçat évadé, traînant sa chaîne après lui. Ainsi commence l’histoire que nous raconte Pip. Il n’est alors qu’un orphelin de sept ans, tyrannisé par sa soeur et habitué aux mauvais traitements. Partagé entre la terreur et la pitié, il va aider un forçat en cavale sans rien dire à personne… Un an après ces terribles événements, le timide et trop sensible Pip est expédié par sa soeur chez une riche dame de la ville voisine, qui a le caprice bizarre de voir « jouer un petit garçon ». Miss Havisham, c’est son nom, n’a plus quitté sa robe de mariée depuis que son futur mari l’a abandonnée. Elle vit dans une inquiétante demeure fermée à la lumière du jour. C’est là que Pip fait une seconde et fatale rencontre, celle de la belle et froide Estella, une jeune demoiselle adoptée par MIss Havisham, qui la dresse à briser le coeur des hommes. Et il semble si facile de briser le coeur de Pip…

Mais un nouveau rebondissement va changer le cours de sa vie. Alors qu’il est devenu un apprenti forgeron mécontent de son sort, incapable d’apprécier à leur juste valeur l’affection de son maître, Joe Gargery, et celle de la charmante Biddy, à qui il doit de savoir lire et écrire, il apprend de la bouche d’un mystérieux homme de loi, venu tout exprès de Londres, qu’une personne , souhaitant garder l’anonymat, lui offre les moyens de se métamorphoser en gentleman. Si Pip accepte de quitter son village pour la capitale et d’y recevoir une véritable éducation, il a désormais devant lui … de grandes espérances! »

 » Le nom de famille de mon père était Pirrip, et mon nom de baptême, Philip, mais de ces deux mots ma langue enfantine ne sut rien faire de plus long que Pip. C’est ainsi que je me donnai le nom de Pip, et que tout le monde m’appela Pip. »(p9)

Tout d’abord parlons du côté esthétique de l’objet livre lui-même, c’est indéniable, c’est vraiment un très beau travail des éditions « Ecole des loisirs », le papier est superbe, épais, un peu jauni comme les livres anciens. Et il y a les illustrations qui donnent un charme certain au texte de Charles Dickens. Elles s’accordent à merveille… J’ai vraiment admiré les dessins de Philippe Dumas. C’est vraiment là le summum d’un travail commun, l’exemple type d’une association heureuse entre un auteur mort, un éditeur, un illustrateur et enfin une auteur qui là, pour ce livre, adapte pour la jeunesse. Je n’ai jamais lu la version original de Charles Dickens aussi je ne peux faire de comparaison mais ce que je peux dire c’est que l’adaptation est une réussite et cela donne un texte tout à fait accessible à nos ados et même aux plus jeunes.

La lecture est très agréable, je n’avais pas envie de le lire trop vite, tout comme je l’avais fait pour Hugo Cabret, j’ai pris mon temps, histoire de savourer ma lecture. Il n’y aucun moment perdu, aucun ennui (et pourtant c’est un sacré pavé : 526 pages :0). On est totalement transporté dans une autre époque et l’histoire est beaucoup moins dramatique que l’idée que je m’en faisais. On ressort de cette lecture le coeur léger, heureux du dénouement… J’ai vraiment savouré cette lecture jusqu’au bout, un vrai petit délice de lecture que je vous recommande d’ailleurs chaudement pour la période des vacances d’été ou encore celles de Noël, parce que c’est la période pendant laquelle je l’ai lu moi même et c’était tout à fait magique (j’ai juste un petit retard pour la parution de mon billet dont le brouillon était près depuis longtemps ;0)

Pip, orphelin depuis tout petit, est élevé par sa soeur et on ne peut pas dire qu’elle soit d’une douceur folle :

 » Ma soeur, Mrs Joe Gargery, avait vingt ans de plus que moi, et elle s’était fait une réputation auprès des voisins pour m’avoir « élevé à la main ». Obligé de trouver par moi-même la signification de cette expression, et sachant que ma soeur avait la main lourde, qu’elle la laissait facilement retomber sur son mari, je supposai que Joe Gargery avait été, lui aussi élevé à la main. » (p15)

 » Mrs Joe était une femme d’une extrème propreté, mais elle s’arrangeait pour la rendre moins confortable que la saleté. La propreté est comme la religion, bien des gens la rendent insupportable en l’exagérant » (p34 j’adore la dernière phrase de cet extrait)

Pip fait la rencontre dans un cimetière d’un forçat en cavale et il va l’aider en lui apportant de la nourriture; Tout en se sentant, évidemment, coupable de le faire… Redoutant la réaction de son dragon de soeur.

 » C’était une matinée de gelée blanche très humide. Le brouillard s’épaississait à mesure que j’approchais des marais, de sorte qu’au lieu de courir vers les choses il me semblait que c’étaient elles qui accouraient vers moi, sensation extrêmement désagréable pour un esprit coupable. Les barrières, les fossés et les talus s’élançaient à ma poursuite à travers le brouillard, et je croyais les entendre crier : « Arrêtez-le ! Il emporte un pâté qui n’est pas à lui ! » (p25)

Heureusement Pip baigne dans l’affection et la bienveillance de Joe, le mari du dragon. Joe qui toujours, lui témoignera de sa tendresse et de son attention. Un bien beau personnage Joe… On avance un peu dans le temps et les pages et il y a la rencontre avec Miss Havisham, une mariée pour l’éternité :

 » Je n’avais jamais vu, et je ne verrais jamais, de femme plus étrange. Elle portait de riches étoffes, dentelles, satins et soies, tout en blanc. Elle avait sur la tête un long voile blanc et des fleurs de mariée, mais ses cheveux étaient blancs. De beaux diamants étincelaient à ses mains et à son cou et quelques autres étaient restés sur la table…/… Je ne remarquai pas tout de suite ces détails, mais je m’aperçus bien vite que ce qui m’avait paru d’une blancheur extrème ne l’était plus depuis longtemps. Tout était fané et jauni et, dans sa robe nuptiale, la fiançée était flétrie. » (p71)

Et la rencontre, plus agréable celle là (quoi que), avec la belle Estella au coeur glaçé. L’insolente, la cruelle, la très jolie Mademoiselle Estella. Le reste il vous faudra le découvrir vous même…

Lu par Nadael, Clara et Theoma.  Merci à Doriane et aux éditions de l’Ecole des loisirs. Merci à Nadaël aussi, qui m’a autorisé très gentiment à utiliser les photos des illustrations de son billet :0)

Lecture addictive·Lecture jeunesse

La 5e vague de Rick Yancey

Le mot de l’éditeur :  » 1re Vague : extinction des feux. 2e Vague : déferlante. 3e Vague : pandémie. 4e Vague : silence. La 5e Vague arrive…
Le premier tome de la trilogie phénomène, bientôt adapté au cinéma par Tobey Maguire et les producteurs de World War Z, Argo, Hugo Cabret, Aviator, Gangs of New York, Ali ! À l’aube de la 5e Vague, sur une autoroute désertée, Cassie tente de Leur échapper… Eux, ces êtres qui ressemblent trait pour trait aux humains et qui écument la campagne, exécutant quiconque a le malheur de croiser Leur chemin. Eux, qui ont balayé les dernières poches de résistance et dispersé les quelques rescapés. Pour Cassie, rester en vie signifie rester seule. Elle se raccroche à cette règle jusqu’à ce qu’elle rencontre Evan Walker. Mystérieux et envoûtant, ce garçon pourrait bien être son ultime espoir de sauver son petit frère. Du moins si Evan est bien celui qu’il prétend…

Ils connaissent notre manière de penser.
Ils savent comment nous exterminer.
Ils nous ont enlevé toute raison de vivre.
Ils viennent maintenant nous arracher ce pour quoi nous sommes prêts à mourir… »

592 pages qui se lisent toutes seules. Voilà encore un roman faisant parti des lectures complètement addictives. Le début surtout est fascinant. L’auteur rend très bien compte du quotidien banal, que nous vivons tous les jours, qui tout à coup se transforme en véritable cauchemar.

 » C’est dur à croire aujourd’hui, mais ma famille, ainsi que la grande majorité des Terriens, a continué à vaquer à ses occupations comme si l’événement le plus monumental de toute l’histoire de l’humanité n’était pas en train de se dérouler au-dessus de nos têtes. Papa et maman allaient travailler, déposaient Sammy à la garderie, pendant que, de mon côté,  je me rendais au lycée, à mes cours de karaté, et que je jouais au foot. Tout était à la fois si normal et si étrange. A la fin du Premier Jour, chaque humain âgé de plus de deux ans avait vu le ravitailleur un bon millier de fois. Cet énorme truc scintillant d’un vert tirant vers le gris, d’environ la taille de Manhattan, tournait à quatre cents kilomètres d’altitude autour de la terre. La NASA avait fini par annoncer son intention de faire reprendre du service à une de ses vieilles navettes spatiales pour tenter d’établir un dialogue » (p43)

Les premières scènes se passent dans la forêt, une jeune fille, Cassie, est seule, se cache et ne fait visiblement confiance à personne.

 » C’est une des pensées qui m’obsèdent durant la nuit. Vous savez, ce genre de truc qui vous réveille en sursaut à trois heures du matin, quand vous vous dites : « Oh, mon dieu, je suis foutue ! » Quand je me recroqueville dans mon sac de couchage, tellement effrayée que je ne parviens pas à fermer les yeux, envahie d’une peur si intense que je dois me forcer à respirer, priant que mon coeur continue à battre. Quand mon esprit, incapable de se contenir, ne cesse de m’assener tel un CD rayé : seule, seule, seule, Cassie, tu es seule. » (p19)

Peu à peu nous comprenons le pourquoi du comment. « Les autres » ne nous ont laissés aucune chance de survie. « Les autres » sont très intelligents. « Les autres » n’ont même pas besoin de se montrer pour nous anéantir ; « La vérité, c’est qu’une fois qu’ils nous eurent trouvés, nous étions foutus ». Tout commence par la simple vision dans le ciel d’un « ravitailleur », un énorme vaisseau qui fait des kilomètres de largeur. Il ne se passe rien tout d’abord, puis, au bout de quelques jours, il y a la 1ière vague, une impulsion électromagnéfique qui met tout hors circuit ;  » Si tu en déclenches une assez puissante, tu peux griller tout le réseau. L’électricité. Les communications. Les transports. Tout ce qui vole ou se conduit est mis hors service » (p63). Cassie est en classe quand elle se manifeste :

 » La 1ière Vague a alors surgi sans faire de bruit. Il ne s’est rien passé de dramatique. Non. Aucun choc, aucune raison d’être terrifiés. Les lumières se sont juste éteintes. Le plafonnier au-dessus de la tête de Mme Paulson a cessé d’éclairer le tableau. L’écran de mon téléphone est devenu noir. Au fond de la classe, quelqu’un a crié. Classique. Quel que soit le moment de la journée où cela arrive, dès que l’électricité ne fonctionne plus, quelqu’un hurle comme si l’immeuble entier s’écroulait. » (p56)

La 2ième Vague détruit les continents et trois milliards de personnes. La 3ième est une pandémie apporté par les oiseaux et appelé par les humains « la mort rouge ». Je ne vous dirais rien des autres vagues. Sachez seulement que c’est une lecture très intéressante qui vous interpelle sur le fait que tout est fragile et donc friable. Qui nous interpelle aussi sur l’humanité et ce qu’elle représente finalement. Parce que si tout humain perd confiance en tout autre, qu’en reste t-il ?? J’ai trouvé l’idée très originale… Et rajoutez à cela un style très très efficace, l’auteur vous met tout de suite dans un état de peur, de stress, il vous déstabilise… Quand les choses arrivent ainsi, tout doucement, il est sans doute encore plus difficile de réagir et après il est trop tard (mais de toute façon que faire dans ce genre de situation ?!!).

Cassie de petit lycéenne a la vie tranquille, devient une espèce de machine à survie. Il n’y a plus que ça qui compte ; continuer, ne pas tomber, lutter encore. Pour sa vie, mais aussi pour cette humanité qu’elle représente.

 » Quand vous affrontez la mort, quelque chose change en vous. La partie rationnelle de votre cerveau s’efface pour laisser le contrôle à la partie animale, celle qui gère vos battements de coeur, de paupières, et votre respiration. Cet instinct de survie, qui étire le temps comme un morceau de caramel mou géant, transformant une seconde en heure, et donnant à une minute la longueur d’un après-midi ensoileillé. » (p72)

« Ok je suis peut-être la dernière femme vivante, mais je suis encore debout. Je suis celle qui fait face au tireur sans visage dans les bois, sur l’autoroute abandonnée. Je suis celle qui ne s’enfuit pas, qui ne se contente pas de rester là, mais qui affronte. 

Parce que, si je suis la dernière, alors je suis l’humanité.

Et si c’est notre ultime guerre, je suis son champ de bataille. » (p148)

Je n’ai parlé là que des premières centaines de pages, il vous reste encore énormément à découvrir puisque le livre en fait 592. Ce livre sera apparemment une trilogie et le prochain tome sort en mai 2014, ça va être long ;0) Je remercie MyaRosa car c’est elle qui m’a donné envie de me jeter sur ce livre.

Et c’est étrange, mais je me fais la réfléxion de constater que je lis toujours des histoires de combat quand j’ai moi même quelque chose à combattre…