Littérature

Orgueil et préjugés de Jane Austen

Le mot de l’éditeur :  » Mme Bennet a cinq filles et compte bien les marier toutes, ce qui n’est pas une tâche facile dans l’Angleterre du début du XIXe siècle. Non que les demoiselles Bennett soient laides, mais elles n’ont pas de fortune. Et cinq maris riches, ce n’est pas si facile à trouver. Surtout quand les filles en question s’en mêlent ; elles qui ont des préjugés, éprouvent des sentiments, et n’agissent pas forcément toujours pour trouver   »     

Voilà une lecture qui a été une très agréable surprise… Très franchement je ne pensais pas prendre autant de plaisir à lire cet « Orgueil et préjugés ». D’ailleurs pour emprunter un des mots du titre j’avais des préjugés sur cet œuvre, je m’attendais à quelque chose d’un peu démodée, d’un peu suranné… En effet pour moi cette époque à quelque chose de frivole, de ridicule. Et pourtant dès les premières pages je me suis laissée prendre et si je ne l’ai pas dévorée c’est parce que j’avais envie de ne pas l’engloutir trop vite, de prendre mon temps pour savourer ce moment de lecture… C’était vraiment une lecture délicieuse… Moi qui avait peur de m’ennuyer, de bailler et bien, que nenni… Je tournais les pages fascinées par ces scènes d’une grande perspicacité. 

J’ai trouvé très juste cette évolution des sentiments de deux principaux intéressés. J’ai adoré la personnalité d’Elisabeth, elle a du caractère, du répondant. Elle est très naturelle, mais aussi très sincère dans ses propos, elle ne se censure pas… Elle est vraiment bien plus intéressante que je ne me l’imaginais avant de lire ce livre… Quand à Darcy, au début il est insupportable, mais très vite, il évolue et devient émouvant en homme amoureux… Il a des failles bien sûr, comment as t-il pu en douter ?? Et puis, nos failles n’est-ce pas cela qui fait que nous ne sommes pas des êtres ennuyeux et inintéressants ?? Vraiment, je ne m’attendais pas à être aussi emballée par cette lecture, il y a de tout dans ce livre, du romanesque, de l’acidité, de l’amertume, de la gaieté et même de l’humour… En effet j’ai trouvé certains passages très drôles, très caustiques.

J’avais hâte, chaque jour, de me replonger dans ma lecture et de retrouver toute cette petite communauté. Je m’installais avec délice près du feu, m’enveloppais dans mon plaid et hop, j’étais partie vers le petit monde de Jane Austen… Si vous le l’avez pas déjà lu c’est le moment… En plus l’œuvre va bientôt fêter ses 200 ans… Je vous parle bientôt (j’espère) des deux adaptations que je compte regarder dans les prochains jours, la première avec Keira Knightley et l’autre avec Colin Firth. Ceci pour rester dans l’ambiance austennienne encore un peu…

 » – L’orgueil, observa Mary qui se piquait de psychologie, est, je crois, un sentiment très répandu. La nature nous y porte et bien peu parmi nous échappent à cette complaisance que l’on nourrit pour soi-même à cause de telles ou telles qualités souvent imaginaires. La vanité et l’orgueil sont choses différentes, bien qu’on emploie souvent ces deux mots l’un pour l’autre ; on peut être orgueilleux sans être vaniteux. L’orgueil se rapporte plus à l’opinion que nous avons de nous-mêmes, la vanité à celle que nous voudrions que les autres aient de nous. » (extrait)

Liste des participantsChallenge littéraire Challenge romantique de Claudia LuciaVoisins Voisines d’AnneGilmore Girls de KarineLa littérature fait son cinéma de Will

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Littérature

Cette nuit là d’Isabelle Minière

Cette nuit-là Editions le dilettante 2004

Mot de l’éditeur :

 » «J’ai peur» : c’est autour de ce peu de mots, de ce petit amas livide et atroce, tapi tout au centre, que va tourner, virer et tournoyer le livre d’Isabelle Minière. Sa Lisa est grosse de sa peur, la porte en elle tel un fruit suave et horrible. Peur de qui ? De l’autre, de Clément, son mari, devenu un autre, un «prince violent», un père-la-colère dont le retour est attendu comme l’éclair par la femme et l’enfant. «L’heure que papa rentre» dont l’attente dévide tout le jour l’angoisse, comme un long fil de bave dans laquelle elle se prend, revisite sa mémoire, récapitule. Violence plus lourde d’être latente. Arrive l’instant où il, cet «il» tant redouté, évoque le désir d’un nouvel enfant, désir que sa violence crue tente d’imposer. Lisa finira par fuir, s’extraire du piège. Clément, seul, tournera la violence contre lui-même. Une violence qui retournera à Lisa comme une bête fidèle, un remords tenace. Fallait-il partir plus tôt ? Qui est coupable ? Personne. «C’est comme ça». » 

 » Tu avais peur de le mettre en colère, de le mettre hors de lui. Tu avais peur de ces moments-là où ses yeux pointaient vers toi deux flèches, coupantes, tranchantes ;  des regards noirs, disais-tu ; des yeux qui tuent » (p13)

Comme je le disais dans mon bilan je n’ai pas vraiment réussi à adhérer à l’écriture… Peut-être est-ce tout simplement du à cette façon qu’à le personnage, Lisa, à s’adresser à elle-même en utilisant ce « tu » presque vindicatif, agressif en tout cas… Cela m’a déplu je dois l’avouer. J’aurais préféré une autre forme de narration. Le sujet, vous l’avez déjà compris, est celui de la violence conjugale, une violence sans coups, sans bleus. Une violence perverse, une violence des mots. Un sujet douloureux. Lisa ne comprend pas, Lisa est surprise, Lisa ne sait pas comment réagir. Elle veut croire encore à cet amour. Elle se raccroche aux éclaircies, en espérant que la violence de Clément ne se lèvera pas cette fois encore. Parce que, quand ça arrive, Clément hurle, Clément dit des choses terribles qui blesse Lisa aussi sûrement que des coups :

 » Un inconnu hostile, parfois, souvent, de plus en plus. Un homme qui parle durement quand tu n’es pas d’accord avec lui. Un homme qui crie quand tu ne veux pas la même chose que lui. Un homme qui crie fort, de plus en plus fort. Un homme qui hurle parfois. Là, Lisa, tu fais quoi à ce moment-là ? Est-ce que tu dis « tais toi! » ? Est-ce que tu dis « Ne crie pas ! Ne me parle pas comme ça ! » ? Penses-tu ! Tu penses, oui, tu penses tout ça. Et tu fais quoi ? » (p23)

Mais Lisa y croit encore, elle espère la douceur de Clément :

 » Lisa, faut-il que je te le dise ? Madame Bovary, c’était toi. Tu lisais trop, Lisa. Tu lisais mal. Tu mettais la douceur plus haut que tout. Tu voulais être cette femme-là, douce, douce, douce. Si douce qu’en retour on serait doux envers elle, toujours. La douceur, quelle erreur…. Avec des enfants, oui. Ou avec des gens âgés, trop âgés pour nuire, trop faibles pour frapper. La douceur, oui… Mais pas avec n’importe qui. La douceur, sûrement, mais pas n’importe comment. Lisa, tu as tout confondu. La douceur qui t’a manqué, qui t’a manqué tout le temps où tu étais enfant, cette douceur-là, sans condition, sans réflexion, tu as voulu la donner aux cheveux bouclés, au sourire ensoleillé. Ce n’était pas un enfant, c’était un homme. Il avait un prénom très doux, aussi doux que ses cheveux. Clément. Un prénom d’homme patient, indulgent…. »

Il y a le Clément que Lisa connaît et côtoie et celui que les autres s’imaginent, un tout autre Clément :

 » Tu n’étais pas la seule, tout le monde a cru à ce Clément-là, patient, indulgent, charmant. Tout le monde y croit encore. La preuve : ce sourire si plaisant, si charmant, qu’il affiche si souvent devant les gens. Tu es la seule désormais, à ne plus croire à cet homme-là. Lisa…. La seule  La seule à savoir que cet homme en cache un autre. La seule à savoir que sous ses habits d’apparat, sa magnificence, le prince charmant abrite un prince violent…./… Si tu usais du mot violent pour parler de Clément, c’est toi qui serais violente. Ou folle ? En tout cas, tu aurais perdu tout discernement aux yeux des gens, des braves gens, tous sous le charme de Clément. Clément le charmant. Quand on te parle de lui, c’est d’un autre qu’on te parle, que tu ne connais pas. Tu ne le connaîtras pas, jamais, tu sais cela. Et pour cause : cet homme là n’existe pas, c’est un mirage. Les gens se l’imaginent et croient à cette image » (p19,20)

Il y a un enfant en plus, celui de Lisa et de Clément. Celui que Lisa s’efforce de protéger. Parfois Lisa essaye de parler à Clément, de lui expliquer la peur de Lisa et la violence de Clément mais il retourne alors la situation à son avantage et fait finalement douter Lisa :

 » Il dit : « Tu te fais des idées, ma chérie… » Et puis : « Tu voudrais que je sois à tes genoux, à te dire oui à tout bout de champ ? Tu voudrais que je sois à tes genoux, à te dire oui à tout bout de champ ? Tu voudrais que je sois un paillasson ? En vérité, c’est toi qui es autoritaire à ta façon. Toujours à me faire du chantage aux sentiments… » Il relève les yeux au ciel. Il hausse les épaules. Il sourit à demi. Il se lève, te regarde de haut, « Réfléchis à ce que je t’ai dit, réfléchis, ma chérie… » Et puis s’en va. Et puis voilà. Et toi…. Et toi, tu ne sais pas. Est-ce toi qui déraisonnes ? Est-ce lui qui te manipule ? Est-ce que tu ne deviens pas paranoïaque ? Ou seulement un peu dérangée, à toujours tout exagérer ? Cet homme est certes coléreux, mais est-ce un crime ? Il ne t’a pas frappée. Il a levé la main vers toi, quelquefois, emporté par sa colère, mais il l’a toujours retenue, il a frappé des objets, oui, avec violence, mais pas toi. Tu as de la chance…. » (p32,33)

Voilà ce que peut faire un homme habile à la manipulation… Terrible !…. Finalement, à faire ce billet et à voir tous les extraits que j’ai noté, je me rends compte que cette lecture m’a bien plus marqué que je ne le croyais. Je me rends compte qu’elle m’a bouleversé… Peut-être une lecture trop douloureuse, trop glaçante et qui est peut-être venu pour moi au mauvais moment…

D’autres billets chez ClarabelGambadou.