Extraits·Humeurs·Photos·Poésie

Aquarelle des prés de Grantchester – Sylvia Plath

  

 » Dans l’enclos les agneaux de printemps se pressent. Silence

De l’air, argenté comme de l’eau dans un verre.

Ni près, ni loin.

La musaraigne couine dans son fouillis

De hautes herbes et on l’entend.

Chaque petit oiseau à tire d’ailes.

File dans les buissons avec sa parure.

Torturés de nuages, des saules sans effraies inclinent

Leurs troncs creux au-dessus de la Granta, redoublant

Leur monde blanc et vert dans l’eau transparente

Qui le reflète à l’envers.

Le canotier conduit à la perche

Dans l’étang de Byron

Les herbes s’écartent là où godillent les couvées de cygnes.

  

C’est un paysage dans une chambre d’enfants.

Des vaches tachetées mâchent en ruminant

Du trèfle rouge ou rongent des betteraves

Dans un halo de soleil  lustré comme un bouton d’or.

Bordant les champs

D’un doux vert d’Arcadie

L’épine aux baies sanglantes cache ses dards dans le blanc.

Drôle, végétarien, le rat d’eau

Coupe un roseau, nage hors de son refuge,

Les étudiants déambulent ou s’assoient,

Se tenant par la main dans l’indolence lunaire de l’amour

Vêtus de robes noires, mais ignorant

La douceur qui règne dans l’air :

Du clocher la chouette fondra, le rat poussera un cri. »

Sylvia Plath, poème faisant partie du recueil « Le colosse » 1960

 

A tous et toutes, je souhaite de très joyeuses fêtes de Pâques !!!

David Kroll  Hummingbird 2008 Source

Source des photos et là aussi

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Photos·Poésie

La cueillette des mûres, Sylvia Plath, extrait

 « Personne sur le chemin, et rien, rien sinon des mûres,

Des mûres de chaque côté, des mûres partout,

Une allée de mûres, qui descend en crochet, et une mer

Quelque part au bout, qui se soulève. Des mûres

Aussi grosses que mon pouce, aussi muettes que des yeux

Ebène dans les haies, et pleines
De jus bleu-rouge, qu’elles abandonnent sur mes doigts.

Je n’avais pas demandé de telles soeurs de sang ; elles doivent m’aimer.

Elles sont accommodantes, elles se font toutes petites pour tenir dans ma bouteille de lait…/… »

Sylvia Plath

Poèmes

1959-1963          Source des photos

Extraits·Littérature·Poésie

Couchée à plat ventre sur la roche chaude… Sylvia Plath

« Couchée à plat ventre sur la roche chaude, je laissais pendre mon bras sur le côté, caressant de la main les contours arrondis de la pierre bouillante sous le soleil, les ondulations lisses. Le rocher brûlant offrait un tel confort, rude et chaud, qu’on aurait dit un corps humain. La chaleur intense me brûlait à travers le tissu de mon maillot de bain, et irradiait tout mon corps ; mes seins, contre la pierre dure et plate, me faisaient mal. Il soufflait un vent moite et salé qui détrempait mes cheveux – à travers leur masse brillante, j’apercevais le scintillement bleu de l’océan. Le soleil s’infiltrait par chaque pore, comblait chacune des fibres douloureuses de mon corps, pour me plonger dans une quiétude dorée, rayonnante. Je m’étirais sur le rocher, corps tendu, puis relâché, sur cet autel ; j’avais l’impression d’être délicieusement violée par le soleil, remplie de chaleur intense par le dieu impersonnel et colossal de la nature. Sous moi, le corps de mon amant était chaud et pervers, la sensation de sa chair sculptée à nulle autre pareille ; ni douce ni malléable, ni trempée de sueur, mais sèche et dure, lisse, propre et pure. Et moi, noble, d’une blancheur d’ossements, j’avais été rejetée par l’océan, une fois lavée, baptisée et lustrée, entièrement asséchée par le soleil. Le corps de mon amant était comme les algues, tranchant, cassant, à l’odeur puissante ; comme la pierre, il était net et arrondi, incurvé, ovale ; comme le vent, âcre et salé – le corps de mon amant était ainsi. C’était un sacrifice orgiaque sur un autel de pierre et de soleil, et je me suis relevée luisante de siècles d’amour, purifiée et rassasiée par le feu dévorant de son désir fortuit et intemporel…/… »

Journal extrait,

Sylvia Plath,

Swanpscott – Eté 1951

Source photo

Photos·Poésie

Le braconnier – Sylvia Plath

« C’était un bastion de violence

Me bâillonnant de mes cheveux

Le vent dépenaillait ma voix, la mer

M’éblouissait, les vies des morts

Se déroulant dans sa lumière en huile

Je subissais la malveillance des ajoncs,

Leurs piquants noirs,

Le chrême onctueux de leurs fleurs de cierge,

Leur force efficace et leur beauté vraie

Mais forcenées comme un supplice…/…

Ce fut comme un effort, une hâte immobile,

Des mains serrées autour d’un bol de thé,

Un cercle obtus, brutal, sur le blanc de la porcelaine

C’est lui qu’elles attendaient, ces morts fragiles,

L’attendaient en fiancées, l’excitaient.

Et nous étions, lui, moi, liés aussi

Fils de fer tirés entre nous,

Piquets trop enfoncés pour pouvoir s’arracher,

Esprit comme un anneau

Coulissant soudain sur un long corps souple

Et la contraction m’étranglant d’un coup. « 

« Le braconnier », Sylvia Plath (extrait). « Ariel » recueil de poèmes 1960 – 1962

Les derniers vers disent si bien les liens de l’amour…

Bon dimanche à toutes et à tous !!

(Source des photos)

Poésie

Wuthering Heights – Sylvia Plath

mmorrow: Jane Eyre (2011) Background painting by Claude Lorrain (x)  ghost-man-blues: Eilean Donan Highland castle

 » Les horizons m’encerclent comme des fagots

Qui penchent, disparates, et pour toujours instables.

Il suffirait d’une allumette pour qu’ils me réchauffent

Et que leurs lignes fines

Rougissent l’air

wishuponacloud: There May Be Trouble Ahead by mark_mullen on Flickr.  

Lestant le ciel pâle d’une couleur plus sûre,

Avant que les lointains qu’elles fixent ne s’évaporent,

Mais ils ne font que se dissoudre et se dissoudre

Comme une succession de promesses, à mesure que j’avance…/…

 

 » Je rencontre des ornières, et de l’eau

Limpide comme les solitudes

Qui fuient entre mes doigts.
Des seuils creux tour à tour apparaissent dans l’herbe ;

Linteaux et perrons se sont désassemblés.

 elostirion: Duart Castle by gregheath on Flickr.

Des gens, l’air ne se souvient que

De quelques étranges sillabes.

Il les répète en gémissant :

Pierre noire, pierre noire.

 

Le ciel s’appuie sur moi, moi, la seule à être debout

Parmi toutes les horizontales.
Les herbes affolées battent et se cognent.
Elles sont trop délicates

Pour vivre en telle compagnie ;

L’obscurité les terrifie.
Maintenant, dans des vallées aussi étroites

Et sombres que des poches, les lumières des maisons

Luisent comme de la petite monnaie.

« Wuthering heights » extraits, Sylvia Plath

 storybook-magic: Connected to the forest by *MaaykeKlaver

Bon dimanche à toutes et tous…

(Photos source) 

Littérature

Les femmes du braconnier de Claude Pujade-Renaud

Les femmes du braconnier  Gros coup de coeur. Lecture commune avec ValérieThéoma , Aifelle AymelineMiss Orchidée et Hélène

Mot de l’éditeur : « C’est en 1956, à Cambridge, que Sylvia Plath fait la connaissance du jeune Ted Hughes, poète prometteur, homme d’une force et d’une séduction puissantes. Très vite, les deux écrivains entament une vie conjugale où vont se mêler création, passion, voyages, enfantements. Mais l’ardente Sylvia semble peu à peu reprise par sa part nocturne, alors que le “braconnier ” Ted dévore la vie et apprivoise le monde sauvage qu’il affectionne et porte en lui. Bientôt ses amours avec la poétesse Assia Wevill vont sonner le glas d’un des couples les plus séduisants de la littérature et, aux yeux de bien des commentateurs, l’histoire s’achève avec le suicide de l’infortunée Sylvia. Attentive à la rémanence des faits et des comportements, Claude Pujade-Renaud porte sur ce triangle amoureux un tout autre regard. Réinventant les voix multiples des témoins – parents et amis, médecins, proches ou simples voisins –, elle nous invite à traverser les apparences, à découvrir les déchirements si mimétiques des deux jeunes femmes, à déchiffrer la fascination réciproque et morbide qu’elles entretiennent, partageant à Londres ou à Court Green la tumultueuse existence du poète. L’ombre portée des oeuvres, mais aussi les séquelles de leur propre histoire familiale – deuils, exils, Holocauste, dont elles portent les stigmates –, donnent aux destins en miroir des “femmes du braconnier” un relief aux strates nombreuses, dont Claude Pujade-Renaud excelle à lire et révéler la géologie intime. « 

«  Écrire : lécher, panser ses plaies, interminablement, sans jamais cicatriser ? »

Ma fascination pour Sylvia Plath n’est pas du tout nouvelle… Je me rappelle avoir déjà été attiré par sa vie, pas son œuvre à l’adolescence déjà. Alors, évidemment, je ne pouvais qu’être attiré par ce titre là. Même si je n’avais jamais rien lu de l’auteur Claude Pujade-Renaud, je dois dire que j’ai beaucoup apprécié son écriture, sa fluidité. Les chapitres coulent tout seul. Et même si plusieurs personnages prennent leurs voix on est jamais perdu. J’ai adoré ce livre… Et plus encore… Il fait partie de ces livres dont on a du mal à se détacher même hors de la lecture. Il ne me quittait pas. Quoi que je fasse de ma journée, dans mon quotidien, mes heures… Il ne me quittait pas… J’y restais accroché comme une moule à son rocher. J’y pensais constamment… Alors que le sujet n’est pourtant pas franchement joyeux (le destin de ses personnages n’est pas tellement enviable) il n’est en rien plombant… A aucun moment. Et pourtant au départ j’étais un peu sceptique. Je l’ai déjà dit lors de ma lecture de Loving Frank, les lectures prenant source dans de vrais personnages me met mal à l’aise. Qu’en auraient pensés les protagonistes ? Que pouvons nous savoir de leurs vies, de leurs aspirations, de leurs sentiments alors que nous n’avons que des évènements, des dates, des faits pour le deviner…

Mais malgré cet a priori, je me suis laissé embarquer… Il y a beaucoup de voix qui se font entendre dans ce livre. Celle de Sylvia, de Ted mais aussi de la mère de Sylvia, le frère de Ted, la sœur d’Assia, bref je pourrais continuer ma liste encore longtemps… Tous ses personnages prennent corps et nous les suivons avec grand intérêt. Je me rends compte que ce n’est , finalement, pas évident de faire ce billet, de parler de ce livre. Peut-être qu’il touche trop de choses en moi. Sylvia était une femme incandescente, elle brûlait la vie de toutes les façons, ne vivait que, et pour, la passion. Elle était vibrante, incroyablement vivante malgré la douleur et le noir qui dormait en elle. Elle était entière, et se donnait à fond en tout ce qu’elle croyait. Mais ceci n’est finalement que ma propre version personnelle de Sylvia. Que pouvons nous vraiment savoir, nous, simples spectateurs tout à fait extérieur à sa vie, de ses envies, de son ressentie personnel. Comme nous est personnel à chacun notre propre intériorité… Parce que personne ne sait, au fond, ce qui se nous sommes vraiment. Et à cela se rajoute encore ce que pensons de nous même… Alors que la réalité est simplement multiples avec de nombreuses facettes. Mais je m’égare un peu là…

 L’auteur quand elle fait parler le petit ami de Sylvia, juste avant Ted :

«  Sylvia dévorait tout. Il m’est arrivé de ne pas me sentir au diapason de sa voracité, de son exaltation. »

Et quand elle fait parler la mère de Sylvia

«  Sylvia avait joint un autre poème, évoquant une traversée tumultueuse de la Manche, où elle parlait de mer affamée. Un fauve affamé, une mer affamée, de quoi a-t-elle faim, ma fille, ma Sivvy ? De quoi ne l’ai-je pas nourrie, comblée ? Quel est ce manque, qu’est-ce qui la dévore ? »

Il y a aussi dans leurs œuvres à tous deux, à Sylvia et Ted, un rapport extrême avec la nature, les animaux.

 » Tous deux sont d’excellents marcheurs. Ils avalent les miles à grandes enjambées, quittent la route de Grantchester pour prendre à travers prés. S’arrêtent afin d’écouter leur respiration spongieuse. Traversent une haie d’aubépines, lumineuse. Ted aide Sylvia à se dégager des ronces. Tout l’émerveille : les fleurs fragiles, la chute des pétales, les traces d’insectes qu’il lui signale. Tiens, ici, un passage de renard. Comment le sais-tu ? L’odeur, et cette minuscule touffe rousse accrochée aux épines. Magicien, il lui désigne un univers inconnu, là, juste à côté. Par la naiveté de son regard, elle le luii renvoie, plus frais, plus vrai. Il le savoure d’autant plus. »

Beaucoup de leurs textes, à tous deux, auront rapport avec la nature… Ted était un chasseur, il voyait des proies en toute chose, même, et surtout (il me semble) avec les femmes. Sylvia, quand à elle, avait une passion pour les abeilles et d’ailleurs, dans leur maison de Court Greeen, elle aura des ruches. Mais cela, bien sûr, est en rapport avec son père.  Père dont elle n’a jamais pu se détacher d’ailleurs, elle l’a perdu trop tôt, n’a jamais pu (ou voulu) faire son deuil… Il y a leurs longues promenades, l’osmose avec la forêt… Et entre ces deux là aussi, avant que ça ne se corse. Il y a aussi un épisode plutôt drôle, avec des rencontres avec les ours de Yellowstone :

«  familiers, urbains…/… les ours ressemblaient à d’énorme gadgets en caoutchouc, ils se faufilaient avec agilité et rebondissaient, véloces, au milieu des tentes, des caravanes, des boutiques et des installations sanitaires »

Dont un en particulier, venu se restaurer dans leur voiture en pleine nuit (Sylvia fera d’ailleurs de cet épisode une nouvelle). La rencontre avec un tamia, un écureuil d’Amérique qui a le même « regard ambré » que Sylvia. Celle avec un cerf majestueux, prince de la forêt « cet être parfait, surgi de quels ailleurs ? » Il y a aussi tout le long de ce livre une résonance avec l’œuvre de Sylvia Plath. Beaucoup de pages se rapportent à ses poèmes, son roman, ses écrits. Et il me semble que c’est un très bon choix (et tellement juste) de l’auteur. Et puis il y a cette maison de Court Green, les nombreuses pommes du verger, les mûres, les fraises d’un jardin nourricier et les truites que ted pêche dans la rivière avoisinante. Mais il y a aussi l’humidité d’une région froide

«  Bien que se balader soit devenu quasiment impossible, l’automne est excessivement pluvieux et les chemins boueux. Nuages bas, l’ardoise sombre des toits luisant de la dernière averse, gouttières débordantes, crépitements métalliques et ruissellements sur les vitres à longueur de journée, l’obscurité nocturne avant même l’heure du thé, bottes, parapluies et mackintoshs en permanence, laisser s’égoutter, faire sécher…»

Et les difficultés à se faire accepter dans un petit village. Et ses habitants « qui ne peuvent concevoir que pondre des poèmes soit un travail » Habitants qui acceptent mal une femme qui s’offre les services d’une femme de ménage trois fois par semaine et qui en plus dispose d’une machine à laver. Mais avec tout de même la chaleur, l’amitié et de la sage femme, Winifred Davies, qui s’occupera de son accouchement, lors de la naissance du petit Nicolas. Et qui lui assurera un soutien réel. Mais dans ce livre j’ai aussi découvert Assia, qui vivra dans l’ombre de Sylvia, dans le souvenir de Sylvia… Qui subira l’asphyxie, à vivre dans sa maison…

Un dernier passage ; Ted, qui se refugie souvent, après la mort de Sylvia dans son bureau :

 «  Un bureau bien ajustée à se taille. Où elle éprouverait de la joie à écrire. Au calme, feuillages et pierres anciennes devant sa fenêtre. Une chambre à soi, enfin, et une table, rien que pour elle. Où enfanter ces poèmes qu’il admirait. Solide, épaisse de deux pouces, conçue pour durer toute la vie et, de fait, elle avait duré toute la vie de celle à laquelle elle avait été destinée…/… Car sur ce bureau, écrit-il maintenant que la douleur a aiguisé la lucidité, la femme aimée se penchait « comme un animal à l’écoute de son propre mal ». Écrire lècher, panser ses plaies, interminablement, sans jamais cicatriser ? »

Voilà, mon billet se commence et se finit par cette phrase qui dit tout il me semble… Je n’ai pas du tout  l’impression d’avoir donné toute la pleine mesure de ce livre magnifique… J’espère tout de même avoir été suffisament persuasive… Un indispensable à mes yeux… Bien sûr, je ne vais pas m’arrêter là dans ma découverte de Sylvia Plath.

J’ai dans ma PAL bien au chaud : Froidure et Son mari Et ce week end je me suis offerte, avec un bon qui me restait, ceci :   Vous n’avez pas fini d’entendre parler de Sylvia Plath par ici !!!

Femmes du mondel ogo Challenge littérature au féminin.