Françoise Lefèvre·Littérature

 » Comme ces heures sont précieuses… » Françoise Lefèvre

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Comme ces heures sont précieuses où il ne se passe rien. Comme elles coulent, passagères silencieuses. Comme elles coulent. Moissons. Dont je ne fais rien. Comme elles passent. Tasses fumantes… Bruits,petits bruits. Potage du soir. Gestes séculaires. Au siècle des siècles. Le pain est rompu. Les larmes aux yeux, je l’avale. Le vin est à mes lèvres. Il faut le boire. Enfants. Chauds enfants. Fumet de la soupe aux pois cassés. Soudain, la vie brûle comme un cierge inconsumable. Délire, petit délire, qui rendez l’instant immobile. Ce n’est pas de si tôt que je vais mourir.

Les enfants agrippent ma jupe et disent « bonsoir, bonsoir ». Et détalent. Leurs pieds nus frappent le plancher. J’entends leurs pas qui résonnent au fond du corridor. C’est une nuit d’hiver au chaud au fond des lits. Maintenant, ils dorment. Ah, gestes séculaires, vous revenez. Vous parlez à la femme qui se penche sur l’ouvrage. Sous la lampe. Un point. Un autre point. Un mot. Un autre mot. Froissement de papier. Deux larmes affleurent. Je vois tout en cristal. Vie, tu es là. Parle-moi de continuer. Parle-moi de reconstruire. Parle d’amour à cette femme solitaire.

Je continue.

Combien de fois ai-je rêvé que nous marchions sur les sillons des champs de l’hiver. Je me couchais sur la terre et te demandais l’enfant. Le ciel était par-dessus ton épaule. Aujourd’hui, dans la chambre, le temps passe. Et je l’aime. Puisqu’il est le temps. La mort nous prendra. Alors, il faut aimer ce qu’il nous reste. Ce qu’il nous reste, c’est le temps. Que veux-tu, j’entends des soupirs monter de la terre. Il faut bâtir sur ces soupirs. Il faut construire et reconstruire. Il faut tenir debout jusqu’à la fin.

Moi, j’essaie et je tangue. « 

P103 et 104, extrait de « L’or des chambres  » par Françoise Lefèvre, éditions du Rocher

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Extraits·Françoise Lefèvre·Musique

Ecrire, dit-elle

L’or des chambres (extrait) de Françoise Lefèvre
 » Ecrire. Comme d’une chapelle où le vent souffle par le trou de vitraux. Nous glissons vers d’autres mémoires. La nôtre nous est ôtée. Ou peut-être la dépassons-nous. Ecrire à perdre haleine. A tordre nos mains blanches dans la nuit.
Que veulent dire ces mots : écrire, aimer, mourir ? Dans quelle chapelle, dans quelle chambre, dans quelle tombe entrons-nous quand nous écrivons ?
Je ne connais que l’ardeur, la ferveur de ce mal qu’on est seule à partager dans la chambre close. Je veux bien payer en absence, en nuits solitaires pour être cette corde de violoncelle qu’on caresse, ou qu’on pince parfois…/… »
Françoise Lefèvre
Je vous souhaite un très bon dimanche
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Extraits·Françoise Lefèvre·Musique

« … Tout cela, c’est quand même l’or dont je parle… » Françoise Lefèvre (extrait)

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 » Il y a les travaux quotidiens, les repas, les vaisselles, les lessives.
Il y a les enfants que je prépare pour l’école chaque matin.
Il y a les travaux que je fais pour vivre, tout simplement.
Il y a ces instants volés où j’écris sur la table.
Il y a la table qu’il faut ensuite débarasser des feuillets, afin que les enfants y prennent leur repas.
Il y a la fatigue vaincue, chaque nuit, auprès de la lampe de chevet allumée.
Il y a mes lettres pour toi.
Il y a les arbres que je vois trop peu souvent.
Et tout cela, pourtant (et comment se fait-il ?), tout cela, c’est quand même l’or dont je parle. »
Extrait de « L’or des chambres » de Françoise Lefèvre
Je vous souhaite un très bon dimanche
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Françoise Lefèvre·Littérature

L’or des chambres de Françoise Lefèvre

  coeur[1] Plus qu’un coup de coeur, une évidence…

Lecture commune avec Claudialucia (avec un petit jour de retard, toutes mes excuses Claudialucia)

 «  On entre en écriture comme on entre en religion »

Le sujet peut être dit en quelques mots, une femme aime un homme, cet homme s’en va et il ne reste que l’absence… Ce que cette femme aura à faire avec cette absence, ce qu’elle en dira voilà le sujet du livre…

Le voici enfin ce livre qui donne son titre à mon blog :

« Ce titre : « L’or des chambres », clos sur lui-même et, dirais-je, couché en rond comme quelque un qui voudrait s’endormir, je l’ai choisi parmi les mots qui reviennent sans cesse avant le sommeil, quand tout est calme enfin, et que nous captons sous nos paupières un peu de cet or qui fait de nous des chercheurs d’éternité.

Je n’accepte pas toujours l’écriture et me révolte. Parfois aussi je me rends pieds et poings liés, et m’étonne de ce que l’âme ou le cœur récite en moi. Je le nie, puis je passe aux aveux. »

J’ai hésité pour mettre mon logo « coup de coeur » parce que ce livre, et cet auteur, sont bien plus qu’un coup de cœur pour moi… ça n’a rien à voir avec un coup de cœur… Ce livre (bien sur, ce n’est pas ma première lecture de ce titre) et surtout cet auteur, sont pour moi une évidence, une écriture que je reconnais, parce que lors de la première lecture, on aurait dit que je l’avais déjà lu, comme si ces mots ne m’étaient pas inconnus… Comme s’il venait d’un monde que j’aurais déjà visité, un voyage que j’aurais déjà fait… Ce livre, cet auteur, ce sont des phrases qui me parlent tant que j’aurais pu les écrire moi-même… Je peux l’a lire et l’a lire encore jamais je ne me lasse…

Encore moins que d’habitude c’est une lecture que je n’ai absolument pas envie d’analyser, je n’ai aucune envie de la disséquer ni de l’expliquer. C’est une musique qui ne s’explique pas mais qui se ressens… Ce n’est pas une lecture qui se cherche mais qui se trouve de suite… Je crois que je vais avoir du mal à parler de ce livre, tout simplement parce qu’il me parle tellement que je serais incapable d’expliquer pourquoi… Celles qui me suivent régulièrement savent que cet auteur est mon auteur number one, que c’est celle que je me mets tout en haut de ma longue liste d’auteurs aimés… Expliquer pourquoi serait peut-être un peu trahir cet amour que je ressens pour son écriture…

De toute façon ses mots sont tellement forts, que les mots pour l’accompagner paraîtraient forcément fades et sans aucun poids… Et sa façon de parler de l’écriture, je l’a reconnais tellement, c’est tout à fait ainsi que je l’a ressens moi-même… Mais dans ce livre on parle aussi du rapport que tout homme entretient avec la mort, avec la vie, avec l’amour et le sexe… Avec la douleur mais aussi avec la joie grandiose qu’apporte parfois la vie… Il parle du lien direct qu’à l’auteur avec la terre, avec les saisons, la nature et les arbres… Françoise Lefèvre aurait pu être une Séraphine qui enlace les arbres et communique avec le vent…

Elle qui écoute aussi sa part animale en elle et l’a laisse s’exprimer librement…

«  Ces arbres roux (ce n’est pas toujours l’hiver) sous lesquels je me couche pour mieux sentir passer la vie. Comme je me sens vivante. Vois-tu, il faut tellement croire à la vie pour écrire. Nous devrions tous faire un testament en nous imprimant dans la roche, la pierre, la terre. Personne ne nous gravera si nous ne retournons contre nous-mêmes le burin et le ciseau. Nous devrions tous vivre avec la mort »

«  J’aurais voulu que mes grossesses durent mille ans. J’aurais voulu connaître mieux les arbres et la terre et les grottes. J’aurais voulu étreindre tout ce que j‘ai envie d‘étreindre. Et d’abord, ce qu’il est impossible de prendre dans ses bras : les montagnes, les arbres et le vent. O vie terrestre et rampante, tu ne pourras nier que l’écriture est une consolation. Que l’écriture est une plage d’où l’on regarde la mort marcher vers soi. »

« Il faut se lever, travailler quand même. Puis, voilà le premier des bienfaits : des arbres nous parlent. Partout où nous allons, des murmures ou des voix fortes nous accompagnent. Nous sommes en dehors de nous et pourtant plus que jamais nous-mêmes. Nous vivons tous les souvenirs du monde à la fois. Nous sommes toutes les veuves et tous les soldats. Nous sommes tous les vaisseaux échoués. Tous les fonds de mer. Tous les vents. Ah! Mourir devient facile. Ne sommes-nous pas morts autrefois ? Il nous est donné par instants la lueur d’entrevoir.

Nous nous souvenons de chaque brin d’herbe, chaque ruine, chaque arbre. Le mot qu’on attendait était là, dans un de ces lieux secrets , au fond de notre mémoire. Nous l’écrivons » 

« Les paroles que je murmure dans le sommeil, lui appartiennent. Nées de mon ventre, elles me relient aux profondeurs de la terre. Je sens comme un feuillage bruire autour de moi. Je me sens bonne et pleine. Tantôt je fuis comme les eaux, tantôt je suis haute comme un arbre et quand je porte la main à mon front, je sens de jeunes ramures qui me poussent tout autour de la tête. Je regarde le ciel et lui dis avec les yeux : « Je t’aime de me laisser vivre. Ne me foudroie point encore. Merci pour mon ventre rond, merci de m’avoir fécondée. Merci pour le blé qui bouge au loin. Merci pour l’eau, pour le vent. Je suis venue pour que tu m’aides à me délivrer. Métamorphose-moi en femme. Je veux écrire une lettre si grande, que jamais elle en se terminera. Que longtemps il me croie ! Que longtemps il entende mon murmure, jusqu’en dessous les arbres quand il y reposera » 

Ce livre parle du poids délicieux des grossesses et des ventres habités… Il parle de la richesse de la présence des enfants qui mettent tant de vie dans l’ombre et le poids de nos jours… Ce livre parle aussi de la vie, riche, pleine… Sous peu qu’on prenne le temps de l’écouter, de l’a sentir, de l’a ressentir…

«  Je crois qu’il existe un cloître en chacun de nous. Moi, je m’y suis laissée enfermée. »

«  Qui n’a écrasé sa langue contre les murs ne sait rien de l’absence »

«  Comprends-tu, je ne veux pas que les mots me quittent. Quand je vis, ils se perdent. Quand j’entre dans cette mortelle saison de la chambre close, ils me rejoignent. »

Je crois ne pas pourvoir rajouter grand-chose si ce n’est que ce livre ne me quitte plus… Il fait partie de moi comme un de mes prolongements… Il est, tout simplement, un de mes nombreux chemins…

D’autres extraits ici. Et là. Mais là aussi et ici !! Et là aussi !

Pascale l’a lu, et Cagire aussi. Rose aussi

Ce billet aura une suite parce que j’ai d’autres extraits encore à vous faire découvrir…

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Extraits·Françoise Lefèvre

L’or des chambres… suite

Elles l’ont découverte grâce à moi et elles l’ont (beaucoup) aimées (youpi !!!) Je vous invite à découvrir le très beau billet de Pascale. Ainsi que celui de Cagire… Alors laquelle sera la prochaine (ou le prochain) qui lira « L’or des chambres » ??? J’en parlais moi aussi ici même. Françoise Lefèvre mériterait d’avoir beaucoup plus de succès qu’ellle ne le connait déjà… Faites lui une place de reine dans votre bibliothèque, croyez moi, elle est exceptionnelle… (merci à Pascale et à Cagire et de gros bisous…)

Voilà un des extraits que Pascale a donné :

 “Je sais qu’il y a de grandes douleurs, de longs temps d’austérité. L’écriture est une douleur. Mais elle n’est pas de celles dont je parle. Elle n’est pas cette rupture totale, incompréhensible qu’est la mort. Elle ressemble à l’attente. Et l’attente est bleue. Froide comme le bleu des membres bleuis. Elle laisse derrière la porte celle qui écrit. On en comprend rien à ce rendez-vous, à ce baiser d’aveugle. On ne peut l’éviter, pourtant. On pressent que la mort sera comme ce vide au bout des doigts.”

Extraits·Françoise Lefèvre·Musique

L’or des chambres (extrait) de Françoise Lefèvre

Françoise Lefèvre

L’or des chambres (extrait)

« Je suis rentrée dans la saison. J’oublie que la vie est bonne parfois, et le langage aussi simple qu’un chant d’oiseau, l’hiver derrière la fenêtre. La vie est bonne et bouillante comme les joues des enfants qui ont joué dehors. Comme le vin que je bois. Oui, j’oublie que la vie est bonne parfois. J’entre dans la saison, cette autre part de la vie où je descends. Cette autre part de moi où j’ai des secrets pour moi-même. Les écrivant, je te les livre.

Dans ce puits où je descends, c’est toujours l’hiver. La beauté du lieu n’a d’égal que son austérité. Il est pareil à une abbaye où jamais la messe n’est chantée. On y fait silence. Chacun écoute en soi. »

 » Il faut savoir qu’elle est incurable celle qui écrit : elle n’aime ni commencer, ni achever son livre. Et n’en veut rien garder. Elle écrit, comme on caresse avant la fin celui qui met si grand temps à s’éteindre. Elle n’écrit que pour en être aimée. »

Soleil caché sur le lac

Vous savez ce que je pense de Françoise Lefèvre… Pour moi la plus grande écrivain, la best, la number one… C’est comme ça, il n’y a rien à y changer… Entre elle et moi c’est une histoire qui dure… Il n’y a rien à dire de plus…

Ceci est ma participation aux dimanches poétiques de Celsmoon (qui malheureusement se met en pause très longue durée). Je compte continuer à participer mais de façon non systématique.. Cela sera donc de temps en temps, selon l’envie. Pascale va continuer, Lystig et Cagire aussi… Qui d’autres ?

Très bon dimanche à vous tous et toutes

(Si vous voulez en savoir un peu plus sur Françoise Lefèvre, faites un petit tour ici.)