Délivrances de Toni Morrison

Editions Christian Bourgois, édition 2015, 197 pages. Traduit de                                                              l’anglais (Etats Unis) par Christian Laferrière

 » La haine qu’éprouvaient les Blancs, leur violence, était le carburant qui faisait tourner les moteurs du profit. Ainsi, après sa licence, il s’était tourné vers l’économie, son histoire, ses théories, afin d’apprendre comment l’argent avait déterminé chacune des formes d’oppression dans le monde et créé tous les empires, toutes les nations, toutes les colonies, en se servant de Dieu et de Ses ennemies pour récolter, puis masquer les richesses.  » ‘p129)

 Chez Toni Morrison vous êtes sûr de trouver des thèmes forts, des thèmes qui frappent secs. Bride n’a pas eu une enfance facile, ni heureuse. Elle a été élevé à la dure par une femme qui n’a jamais accepté sa couleur (sa mère était claire de peau). Pourtant Bride (nommé Lula Ann par sa mère) est superbe. Sa peau est noire bleutée, noir d’ébène. La rencontre avec un homme « créateur de personne totale » (un relookeur) est importante pour Bride. Dès lors, Bride ne s’habillera plus qu’en blanc.

 » Tu devrais toujours être en blanc, Bride. Rien qu’en blanc et tout en blanc, tout le temps » insistait Jeri…/… « Pas seulement à cause de ton nom, me disait-il, mais à cause de ce que ça fait à ta peau réglisse. Et le noir, c’est le nouveau noir. Tu vois ce que je veux dire ? Attends. T’es plus sirop de cacao que réglisse. Cela rappelle la crème fouettée et le soufflé au chocolat à chaque fois qu’on te voit. » (p45)

Bride prend conscience de sa beauté, les gens se retournent encore sur son passage, mais plus pour la même raison.

 » …/… ce n’étaient plus les regards légèrement dégoutés que je m’attirais quand j’étais gosse. Ces regards-ci étaient emplis d’adoration, stupéfaits, mais affamés. » (p46)

Le roman commence par l’effritement de Bride suite à deux évènements ; l’homme qui partage sa vie l’abandonne avec ses simples mots  » T’es pas la femme que je veux. » Pourtant il lui semblait que leur relation était sereine et simple. Cet abandon elle le vit très mal, cela bouscule ses certitudes. L’autre évènement est que Bride se fait copieusement casser la figure, mais je ne veux pas lever le mystère sur ce personnage qui lui inflige cela. Sachez juste que Bride a menti quand elle était enfant, un mensonge lourd de conséquences sur ce personnage là. Un mensonge qu’elle a fait pour avoir des miettes de tendresse et de reconnaissance de la part de sa mère. Après, c’est l’histoire d’un départ. Cette jeune femme prend la route pour retrouver l’homme qu’elle aime et qui l’a quitté d’une façon si brusque. Elle veut comprendre, elle veut savoir. Sur sa route il y aura une petite fille, dont l’enfance a été encore plus brutale que la sienne. Il y aura aussi de l’angoisse suite à quelque chose de très mystérieux ; son corps change, son corps évolu et elle ne maitrise ça en rien. Et puis on en apprend plus sur Booker, son homme, lui aussi traîne un passé douloureux, un deuil dans son enfance et dont il ne se remet pas.

Je me suis vraiment attachée aux personnages cabossés de Toni Morrison. C’est vraiment un roman qui vous emporte, qui vous empoigne. C’est douloureux, ça écorche mais c’est la vie, leurs vies… Un roman sur ce thème universel ; avoir un passé qui ne passe pas, et ça me touche à chaque fois… L’enfance, parfois, est une griffure qui peut peser sur toute une vie.

Lu pour les matchs de la rentrée littéraire 2015 Price Minister #MRL15 PM

Lu aussi par  Noukette ; « Toni Morrison occupe une place à part dans mon petit panthéon d’auteurs… C’est une voix qui m’a longtemps accompagnée, une voix forte, tantôt rageuse, tantôt caresse. Une voix qui dit les souffrances, la honte et les destins brisés comme personne. 

Philisine Cave ; « Toni Morrison peut écrire n’importe quel texte court, mon cœur de lectrice lui sera définitivement acquis. Elle a cette façon subtile d’aller à l’essentiel avec un phrasé travaillé mais d’une simplicité déconcertante. Il n’y a aucune vulgarité chez elle même lorsqu’elle relate des faits divers sordides. Et pourtant, on ne peut pas dire qu’elle ménage son lectorat avec Délivrances (titre sublime au pluriel : c’est volontaire et veut tout dire). »

Alex ;  » Un roman sur l’importance de la parole pour se délivrer du poids des secrets. »

Jérôme ;  » Dans ce roman choral, Toni Morrison s’écarte de ses travaux précédents autour de la mémoire collective pour s’intéresser à la mémoire individuelle à travers deux quêtes personnelles, celles de Bride et Booker.

Jostein ;  » Toni Morrison nous livre une nouvelle fois un roman sur l’enfance et la ségrégation. Car, là est la vocation de l’auteur, défendre cette cause, redonner la parole aux enfants meurtris à cause de leur couleur. Et pour dévier le drame ou peut-être lui donner une dimension supérieure, elle ajoute une pointe de mystère, de fantastique. Comme si le seul chemin de délivrance était de s’évader dans une autre dimension. »

Pour le challenge 1% rentrée littéraire chez Hérisson  RL2015 1/6

Et ce livre sera aussi ma première pépite chez Galea 

Esprit d’hiver de Laura Kasischke

  » Poussière, épuisement, c’était dans l’air ; quelque chose les avait suivis depuis la Russie jusque chez eux, répète cette phrase, pensa Holly. C’est un refrain, comme dans un poème, écris là, écris de quelle manière un visage fantôme a finalement pointé son nez en ce matin de Noël (ils avaient dormi si tard) et s’est dévoilé. Quelque chose qui avait été là depuis le début. A l’intérieur de la maison, à l’intérieur d’eux mêmes. Cette chose les avait suivis depuis la Russie jusque chez eux. » (p17)

C’est le matin de Noël, Holly se réveille avec une impression désagréable, quelque chose lui colle à la peau, c’est glacial, diffus mais bien là. Elle voudrait s’ébrouer pour s’en débarrasser mais impossible, ça résiste, ça s’accroche. Il y a cette phrase leitmotiv qui lui revient sans arrêt ;  » Quelque chose les avait suivis depuis la Russie jusque chez eux. » Elle n’a qu’une envie ; avoir le temps de l’écrire, il n’y a que comme ça, s’imagine t’elle, qu’elle pourra voir plus clair en elle et comprendre ce que cette phrase signifie.

 » Et Holly pensa alors : je dois l’écrire avant que cela ne m’échappe. Elle avait déjà ressenti ça plus plus jeune, l’envie presque paniquée d’écrire à propos d’une chose qu’elle avait entraperçue, de la fixer sur la page avant qu’elle ne file à nouveau. Certaines fois, il avait failli lui soulever le coeur, ce désir d’arracher d’un coup sec cette chose d’elle et de la transposer en mots avant qu’elle ne se dissimule derrière un organe au plus profond de son corps, un organe un peu bordeaux qui ressemblerait à un foie ou à des ouïes et qu’elle devrait extirper par l’arrière, comme si elle le sortait du bout des doigts d’une carcasse de dinde, si jamais elle voulait l’atteindre une nouvelle fois, voilà ce que Holly avait ressenti chaque fois qu’elle écrivait un poème, et pourquoi elle avait cessé d’en écrire. » Mon dieu, cette pensée était pourtant comme un poème, un secret, une vérité, juste hors de portée, Holly allait avoir besoin de temps pour arracher d’elle cette pensée et l’examiner à la lumière, mais elle était en elle, qu’elle en ait eu ou pas conscience avant ce moment. Comme un poème aspirant à être écrit. Une vérité insistant pour être reconnue. » (p12)

Mais Holly n’a pas que ça à faire, il lui faut penser avant tout au repas de Noël qu’elle doit préparer pour ses invités. Et puis il y a Tatiana quinze ans, leur fille adoptive à Eric et elle. Eric est parti dès le réveil chercher ses parents à l’aéroport qui font partis des invités. Mais il y a la couche de neige et le blizzard qui deviennent de plus en plus épais. Les routes sont coupés, toute circulation est devenue impossible. Aucun des invités ne pourront venir. Eric est coincé à l’hopital avec ses parents, puisque, comme pour rajouter à toute la confusion de la journée, sa mère a eu une petite indisposition. Holly et Tatiana sont donc complètement isolés, il n’y a plus qu’elles dans la maison.

L’impression de malaise ne quitte pas Holly, sa fille n’est pas comme d’habitude, elle est agressive, boudeuse, étrange. Holly essaye de garder son calme mais au fur et à mesure des heures elle a l’impression de perdre pied. D’autant plus que durant la journée, des souvenirs liés à l’adoption de Tatiana reviennent la hanter. Eric et elle l’ont cherché en Russie, en Sibérie. Ils avaient fait d’abord un premier voyage. Puis 18 mois plus tard, avait réitéré le voyage, pour enfin repartir avec elle. Ses souvenirs là aussi sont sombres, étranges. Ce voyage là Holly ne l’avait pas imaginé ainsi.

 » Bien que Holly fût surprise par tout le reste, tout. Et plus particulièrement par les superstitions, à l’orphelinat Pokrvla n°2, comme les bébés toussaient et avaient de la fièvre, les infirmières avaient demandé à Holly et Eric de porter des colliers de gousses d’ail suspendues à des bouts de ficelle grise, pour repousser les microbes ? ou… ?  » (p23)

Ce sentiment de malaise Holly n’est pas la seule à le ressentir, le lecteur partage tout cela avec elle. On est avec elle, à ses côtés, inquiète comme elle, la respiration se suspend, se fait difficile. Je l’ai déjà dit ici très souvent mais j’adore les huis-clos, cela justifie souvent à lui seul mon envie de lecture. Je suis incapable de résister à un huis-clos. Et là il faut dire que j’ai été servie. Ce huis-clos est un des plus réussis que j’ai eu l’occasion de lire. J’avais l’impression d’avancer lentement dans un long couloir sombre, avec juste la lumière d’une bougie faible et vacillante. Alors forcément, on avance doucement, prudemment, sans se précipiter ni se hâter. C’était tellement pesant que j’avais besoin de reprendre mon souffle régulièrement. Bien sûr il y a aussi la présence de la neige, envahissante, qui donne encore une touche d’étrangeté et d’isolement…

Je ne vous en dirais pas plus parce la lecture doit s’apprécier dans tout son mystère, il est plus judicieux d’avancer dans la lecture comme dans un brouillard et de prendre les informations au fur et à mesure. Même si j’avais deviné la fin pour avoir déjà lu l’auteur (je me doutais bien qu’elle nous réservait quelque chose de ce style), mais il y a tout de même une chose auquel je ne m’attendais pas du tout, quelque chose qui s’est rajouté à ce dénuement. Et ça m’a bouleversé, anéantie…. Pour en dire deux mots il y a une porte interdite qui s’ouvre et un regard d’une petite fille et son sourire… Impossible de l’oublier… Celles et ceux qui l’ont lu comprendront…

Pour finir deux citations qui m’ont touchée et bousculée, celle de Rilke d’abord ;  » Si mes démons devaient me quitter, je crains que mes anges ne prennent à leur tour leur envol. » (p206) et celle qui lui a donné son titre (que je trouve magnifique et très bien trouvé) de Wallace Stevens ;  » Il faut posséder un esprit d’hiver » (p213).

 » L’eau de la douche continuait de dévaler en un petit ruisseau chaud le long de la colonne vertébrale de Holly et elle eut l’impression que cette chaleur, cette eau, pouvait l’ouvrir comme une fermeture éclair. Elle l’imaginait à l’oeuvre, la chair s’écartant le long de la colonne, et ce qu’elle ressentirait ensuite en s’extrayant de son corps. Qui serait-elle alors ? Où irait-elle ? Elle se souvint alors qu’elle avait eu l’impression, le regard baissé sur le visage inexpressif de sa mère défunte, que cela pouvait se produire. S’échapper de son corps. Que le corps était une manière de cage. Que le moi, l’âme, ne vivait pas en cage. Que ne pas avoir de cage était le but, atteint dans la mort. » (p56)
 » Personne ne naît sans héritage.  » (p228)

Lu aussi par Aifelle et AntigoneMilly,  Romanza, ClaudiaLuciaEnna,  Alex,  Un livre un thé, et ma tasse de thé

Lu pour le challenge « Halloween » de  Lou et  Hilde. Et pour le challenge Petit bac 2014 d’Enna lit, catégorie « Moment, temps »

Source des photos

Nebraska Song – Tom Mc Neal

 

 (je ne peux résister à l’envie de vous donner la couverture en grand formal, elle est tellement belle)

Le mot de l’éditeur :

 » Judith Withman a toujours cru au grand amour. Un sentiment capable de vous transporter au bout du monde. Cette passion-là, elle l’a connue, à 17 ans, avec Willy. Mais leur histoire ne dure que le temps d’un été, Judith devant partir pour l’université.

Aujourd’hui, à 44 ans, Judith vit à Los Angeles auprès d’un mari qu’elle soupçonne d’infidélité et de leur fille, avec qui elle n’arrive plus à communiquer. Les souvenirs de son premier amour la hantent. C’est alors qu’elle retrouve le numéro de téléphone de Willy…

Quelle serait sa réaction si elle l’appelait, plus de vingt ans après ? L’a-t-il oubliée ? Peut-on rattraper le temps perdu, changer le cours des choses sans sacrifier ce que l’on a construit ? Revoir Willy permettra-t-il à Judith de sauver son couple ?

Un portrait de femme émouvant et juste, doublé d’une interrogation sur l’essence même du bonheur, avec pour décor les paysages grandioses du Nebraska. « 

Celle qui m’a donné envie de lire ce livre : La ruelle bleue et voilà le lien vers son billet

Comme je l’ai dit lors de mon bilan ce livre a été une déception. Je l’ai acheté pour les descriptions du Nebraska et en fait ses descriptions ne m’ont pas du tout convaincue ni transportée… Je n’ai pas réussi à m’immerger et me transporter dans cette magnifique région. Et je dois dire que, rien que cela, m’a déjà beaucoup frustrée… Comme vous le savez déjà j’aime beaucoup retrouver dans un livre un dépaysement complet, un voyage vers un ailleurs et d’autres paysages…

Mais là je suis restée dans mon canapé (ça m’avait déjà fait le coup avec « Sukkwan Island »)

Je n’ai pas aimé non plus le personnage féminin, cette Judith qui m’a souvent agacée, elle ne sait pas ce qu’elle veut et quitte son premier amour pour des raisons, il me semble, vraiment pas flagrantes.

Elle travaille dans un milieu qui ne m’attire pas des masses, celui du cinéma et des séries télé.

Ses rapports avec sa fille et leurs affinités inexistantes ne m’ont pas convaincue non plus.

Et le pire, c’est que cette histoire d’amour naissante avec Judith et Willy ne m’a pas transportée non plus (et pourtant Willy est plutôt craquant)

J’ai trouvé l’histoire plutôt lourde et vraiment triste, ce qui est quand même le comble pour un romanesque…

Le livre alterne entre la vie d’aujourd’hui de Judith, mariée, une fille et celui de sa rencontre avec Willy, lorsqu’elle était adolescente. Il y a de belles scènes, ça je dois y convenir, je pense à leur première soirée à la belle étoile avec Willy qui y a vraiment mis toute son originalité et son coeur… Mais le problème est justement que je n’y étais pas du tout…

La vie de Judith adulte m’a encore plus ennuyée, elle passe son temps dans une location de dépot, une espèce de grande pièce qu’elle meuble avec la chambre à coucher qui est la seule chose qui lui reste de son père et qui était sa chambre d’ado. Elle y passe beaucoup de temps à y rêvasser, y dormir, bref à mon sens à y fuir sa vie qui ne lui convient plus du tout…

Conclusion : si vous avez envie de lire ce livre je vous conseille plutôt de lire le billet de La ruelle bleue et lebillet de Madoka, et de ne pas faire attention au mien…

Je suis une légende de Richard Matheson

 Présentation de l’éditeur : (folio SF ) : « Chaque jour, il doit organiser son existence solitaire dans une cité à l’abandon, vidée de ses habitants par une étrange épidémie. Un virus incurable qui contraint les hommes à se nourrir de sang et les oblige à fuir les rayons du soleil… Chaque nuit, les vampires le traquent jusqu’aux portes de sa demeure, frêle refuge contre une horde aux visages familiers de ses anciens voisins ou de sa propre femme. Chaque nuit est un cauchemar pour le dernier homme, l’ultime survivant d’une espèce désormais légendaire. »

Noir, c’est noir. Si vous cherchez un livre « remonte moi le moral », ce n’est vraiment pas le livre idéal. Il n’y a pas d’espoir dans ces pages, pas un gramme d’optimisme… A côté, le film paraît (presque) joyeux… Ok, j’exagère certainement. J’ai commençé par voir le film (le dernier, celui avec Will Smith), puis j’ai lu le livre et j’ai encore un fois visionné le film. Ils sont extrêmements différents, la fin du film n’a absolument rien à voir avec celle du livre. Et le titre n’a plus du tout la même dimension. Bien sûr le livre est certainement d’une plus belle qualité. Mais je suis certainement une petite chose au coeur trop sensible. Le livre m’a vraiment bousculé, alors que le film n’a fait que me divertir (et en passant me faire admirer la plastique parfaite de Will Smith, oui je sais, c’est un détail). D’ailleurs la première différence sensible est que (et je ne vous apprends rien) dans le film Neville est noir, alors que dans le livre il est blond au yeux bleus (et là, encore une fois, je vous l’accorde, la différence n’est pas d’une importance capitale…) mais bon, ça surprend un peu lors de la lecture des premières pages.

Ce que je retiendrais surtout de ce livre c’est la détresse et la dramatique situation de Neville qui se retrouve seul survivant. Sa solitude est lourde, terrible, bouleversante… Qui oserait s’imaginer dans une telle situation ? Sa femme, sa fille sont mortes dans des conditions épouvantables, il a vu ce virus détruire ceux qui l’entourait les uns après les autres… Comment a t’il trouvé la force de survivre à tout cela ? Et pourquoi ? Je veux dire, est ce que cela vaut vraiment le coup de survivre si l’on doit se retrouver seul ? C’est certainement la question que je me poserais. Dans le livre et dans le film il y a la présence d’un chien mais les circonstances de leur rencontre ne sont pas du tout les mêmes… Dans le livre c’est à peine si Neville a le temps de profiter de cette présence réconfortante… Il y a aussi la rencontre avec une femme mais là aussi, tout est différent… Mais je ne dirais rien de plus, à vous de le lire, si cela vous tente…

Dans l’un comme dans l’autre les raisons de ce chaos sont les mêmes, c’est un virus qui transforme les hommes. C’est un virus qui est la cause de tout… Et dans le film comme dans le livre Neville essaye d’éliminer le plus possible de mutants. Mais finalement pour quel résultat ? Le monde, tel qu’il le connaissait, n’existe plus… Bien sûr c’est un livre dérangeant, angoissant… Neville se saoûle beaucoup dans le livre (et franchement qui ne le comprendrait pas…) et il écoute Brahms et Bernstein pour oublier… (à la différence du film où il écoute Bob Marley). Mais il ne fait pas que ça. Il cherche aussi, fait quelques découvertes intéressantes… Bien sûr il y a quelques clichés ; l’aïl tout d’abord et les pieux qu’il utilise pour tuer ces créatures… En bref c’est tout de même un livre dont je vous conseille la lecture, à condition de savoir où vous allez mettre les pieds. Et je vous conseille aussi de voir le film. C’est un film qui captive et en plus il y la présence de Will Smith (comment ça je l’ai déjà dit ???).

Dans cet extrait Neville est saoûl, voilà le genre de pensées qui le traversent quand il est saoûl : (et je vous laisse y méditer…)

  » Ma thèse tient en quelques mots : les vampires sont victimes d’un préjugé. Or, le source des préjugés raciaux réside dans le postulat que la peur engendre la haine. Il alla se verser un whisky ; un grand. En des temps reculés, disons, jusqu’à la fin du Moyen Age, le pouvoir du vampire était aussi grand que la terreur qu’il inspirait. C’est pourquoi on jeta l’anathème sur lui. La société ressent à son endroit une haine irrationnelle. Pourtant, en quoi ses habitudes sont-elles plus révoltantes que celles des autres hommes et animaux ? Ses crimes sont-ils plus graves que ceux des parents qui étouffent la personnalité de leur enfant ? Son seul nom provoque des réactions d’effrois. Mais est-il plus monstrueux que les parents d’un gosse névrosé, futur homme politique ? Que l’industriel distribuant à des oeuvres l’argent qu’il a amassé en fournissant en bombes et en fusils des terroristes kamikazes ?

(je vous laisse juger la pertinence de ces deux dernières phrases !!!)

Que le producteur de l’infâme tord-boyaux avec lequel s’abrutissent de pauvres types déjà incapables d’aligner deux idées à jeun (‘Mande pardon ; je suis en train de dénigrer le sein qui m’abreuve) ? Est-il pire enfin que le patron du torche-cul qui souille les présentoirs d’un flot de calomnies et d’obscénités ? Examinez bien vos consciences, mes petits coeur, et dites-moi si le vampire est tellement épouvantable. « 

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Jour de juin de Julia Glass

Jours de juin        Jours de Juin Lecture commune avec Theoma et Keisha

C’est ma deuxième lecture de cet auteur.  » Refaire le monde  » avait été un de mes coups de coeur de mon été 2009 et franchement je resigne direct pour un troisième roman avec elle… C’est un livre qui fait 656 pages mais on ne voit pas le temps passer ! Fenno est un personnage qui a une place assez importante aussi dans  » Refaire le monde « , mais ça n’est pas très important de commencer par l’un ou par l’autre.

  » A la condition d’y consacrer assez d’énergie, l’amour ne finit jamais. « 

Jim Harrison, La route du retour. Phrase en bonne place, avant les premières lignes du livre.

Ce roman se situe sur trois périodes, trois étés de la famille McLeod. Le premier en 1989. Paul vient de perdre sa femme Maureen et part en Grèce pour ne plus ressacer ses souvenirs encore et encore…

  » Paul avait choisi la Grèce pour sa blancheur annoncée : la chaleur incandescente du jour, l’affluence nocturne des étoiles, l’éclat des maisons chaulées le long de la côte. La Grèce aveuglante, brûlante, somnolente, fossilisée. « 

Grèce

 

 

 

leucade -grèce

Si Paul est malheureux, il n’a pas l’intention de faire une croix sur sa vie.

  » Paul soupire,  » Je ne suis pas un grand collectionneur.  » Plus exactement, il aurait pu dire qu’il n’est pas venu ici pour en rapporter des souvenirs mais pour les oublier, pour y apporter une partie des siens et les laisser tomber comme des pierres, un par un, dans la mer. « 

Cette première partie nous permet aussi de faire la connaissance de Maureen, une femme dynamique et déterminée. Elle tenait un élevage de Collies, des chiens, gardiens de moutons. Un rêve qui lui tenait à coeur et dont elle fait mention dès sa première rencontre avec Paul. Il est aussi question des derniers jours de Maureen qui mourra d’un cancer des poumons.

Notre deuxième partie est concentré sur Fenno, l’un de leurs trois fils. Dennis et David, sont ses frères jumeaux. Fenno se sent un peu à l’écart de cette famille, différent, mais est-ce seulement parce qu’il est homosexuel ? Fenno n’aura jamais l’occasion de parler de son homosexualité avec son père. C’est sans doute quelque chose qui lui pèsera toute sa vie. La deuxième partie commence sur les retrouvailles de nos trois frères, lors de l’enterrement de leur père, Paul. Fenno se sent plus à l’aise avec Dennis, cuisinier, que de David, un peu railleur…

  » Avant même que j’ai atteint la porte d’entrée, Dennis me serre dans un étau parfumé à l’ail. Dennis et David sont tous les deux sensiblement plus grands que moi, mais Dennis me dépasse presque d’une tête, et la sensation que me procure son étreinte est sans conteste fraternelle, dans le meilleur sens du terme…/… Toute la tendresse, toute la gentillesse des deux côtés de notre famille, présente chez nos parents, certes, mais pas à un tel degré, ont dû couler comme de la sève au travers de notre arbre généalogique pour se condenser dans le débordement affectueux de mon plus jeune frère. Dennis est ce rare cliché devenu réalité : un joyau, un diamant à l’état brut. « 

Là, nous voilà en plein coeur d’une belle histoire de fratrie. Dennis et David sont mariés, Dennis a des filles mais David et Lillian n’ont pas d’enfants… Ce qui donnera suite à un évènement important dont je ne vous parlerais pas ( je ne vais tout de même pas tout vous raconter…). A cela se rajoute aussi la rencontre de Fenno avec Mal, critique musical, atteint du sida. J’avoue que qu’il y a un passage qui m’a donné les larmes aux yeux, et c’est une chose qui m’arrive rarement lors de la lecture d’un livre. Il ne faut pas oublier non plus Felicity, l’oiseau tellement tendre et affectueux dont Mal fera cadeau à Fenno, (sans en avoir trop le choix.)

La troisième partie (mais je serais bien resté plus longtemps avec Fenno…) est  consacré à Fern. Cette jeune femme dont Paul avait fait connaissance lors de son voyage en Grèce. Bien sûr tout cela se regroupe et nous ne perdons pas de vue Fenno ni ses frères… L’histoire en elle même n’est pas la plus importante. L’important c’est le style de l’auteur et son lyrisme. Les pages s’enchainent les unes après les autres et il n’y a pas de temps mort. Je n’ai ressenti de l’ennui à aucun moment, ce qui n’est tout de même pas évident, vu le nombres de pages. Fenno est un personnage très attachant. Un homme que l’on aimera bien connaître et avoir pour ami.

Si  » Refaire le monde «  pouvait faire partie des livres que j’appelle  » bonbons au miel « ,  » Jours de juin  » est plus grave, plus triste. Attention, je ne dis pas du tout que c’est un livre déprimant mais le sujet est plus pesant que dans  » Refaire le monde « . Malgré ça je considère que ce livre est un petit délice, un vrai, vrai moment de bonheur… Vivement le prochain… C’est un livre doux, tendre, moelleux… Je vous le recommande fortement… Avec ce livre vous vous promenerez entre la Grèce, l’Ecosse et New York… Il y a aussi des pages délicieuses et gourmantes qui parlent de cuisine… Et sans oublier le monde des livres, parce que j’ai oublié de vous dire que Fenno tient une librairie avec passion… Bref, lisez le, vous ne le regretterez pas !

Un dernier passage, pour le plaisir :

Véronique, la femme de Dennis :

  » – Ce jardin, vois tu, me rappelle ma vie avant l’arrivée des filles. Oh, une vie délicieuse, une vie pleine de couleurs et de passions. Et ce petit bois de cerisiers, dirais-je, est à l’image de mon mariage avec Dennis. Mais avoir des enfants… avoir des enfants, c’est comme planter des roses, du muguet, des lavandes, du lilas, des gardénias, des giroflées, des tubéreuses, des jacinthes… C’est atteindre une sensation de plénitude, une sensation merveilleuse que l’on ne connaissait pas auparavant. C’est donner à son jardin une autre dimension. Le parfum de la vie même. « 

Un passage magnifique page 450, 451 et 452 (il est un peu trop long pour vous l’écrire), à lire absolument. Et quand à moi, je file lire l’avis de Theoma et de Keisha. Rajout ; celui de Kathel

Jours de juin

Julia Glass

Editions des deux terres et Points poche

Sukkwan Island de David Vann

Sukkwan island
Lecture commune avec Laila.

Alors là je suis bien embétée pour faire ce billet, cela n’a pas été le coup de coeur auquel je m’attendais. Je m’attendais à un livre coup de poing et j’ai été a peine soufflée.
Mais c’est peut-être de ma faute, j’ai peut-être gardée une certaine distance, une certaine froideur par rapport à ce livre, connaissant la fameuse scène. Par malchance, (je feuillete beaucoup les livres avant de me décider à les lire) je tombe sur la page 116 et là, évidemment je savais tout…
Mais il n’y a pas que ça…
Je m’attendais à de somptueuses descriptions de la nature sauvage de l’Alaska et j’ai été très déçue. Là aussi, lire ce livre après les superbes descriptions du livre de Hella S. Haasse n’était pas l’idéal.
Mais il y a aussi ce style assez terne et l’histoire tout de même très répétitive : ils coupent du bois, ils chassent, ils pêchent… En bref il ne se passe pas grand chose.
Si encore il y avait eu une psychologie des personnages plus poussées, ça aurait pû racheter tout ça à mes yeux. Mais là aussi je suis restée sur ma faim.
Je ne dirais pas de ce livre qu’il n’est pas bon (loin de moi cette idée) mais tout simplement qu’il n’était pas fait pour moi !
La meilleuse chose que je puisse vous conseiller c’est d’aller lire des avis plus positifs, la majorité des billets que j’ai pû lire étaient bien plus enthousiastes.
Je pense que tout le monde (ou presque) connait maintenant le sujet de ce livre mais je vous donne tout de même la 4ième de couverture :

« Une île sauvage du Sud de l’Alaska, accessible uniquement par bateau ou par hydravion, tout en forêts humides et montagnes escarpées. C’est dans ce décor que Jim décide d’emmener son fils de treize ans pour y vivre dans une cabane isolée, une année durant. Après une succession d’échecs personnels, il voit là l’occasion de prendre un nouveau départ et de renouer avec ce garçon qu’il connaît si mal. La rigueur de cette vie et les défaillances du père ne tardent pas à transformer ce séjour en cauchemar, et la situation devient vite incontrôlable. Jusqu’au drame violent et imprévisible qui scellera leur destin.

      Sukkwan Island est une histoire au suspense insoutenable. Avec ce roman qui nous entraîne au cœur des ténèbres de l’âme humaine, David Vann s’installe d’emblée parmi les jeunes auteurs américains de tout premier plan. »

Je pense aussi avoir ressenti une trop grande colère envers ce père pour pouvoir apprécier ce livre.
C’est vrai que, lorsque l’on connait l’histoire de l’auteur, le livre s’éclaire d’une autre façon. Je vous conseille d’ailleurs d’allez lire l’excellent interview qu’In Cold Blog a fait de l’auteur. Mais seulement après avoir lu le livre…

L’histoire est, évidemment, bouleversante et cela est indéniable…

Alaska

Voilà l’île de Sukkwan Island telle quelle est décrite au tout début du livre :

 » Elle était blottie dans un fjord, une minuscule baie du Sud-Est de l’Alaska au large du détroit de Tvevak, au nord-ouest du parc national de South  Prince of  Wales et à environ quatre vingts kilomètres de Ketchikan. Le seul accès se faisait par la mer, en hydravion ou en bateau. Il n’y avait aucun voisin. Une montagne de six cents mètres se dressait juste derrière eux en un immense tertre relié par des cols de basse altitude à d’autres sommets jusqu’à l’embouchure de la baie et au-delà. L’île où ils s’installaient, Sukkwan Island, s’étirait sur plusieurs kilomètres derrière eux, mais c’étaient des kilomètres d’épaisse forêt vierge, sans route ni sentier, où fougères, sapins, épicéas, cèdres, champignons, fleurs des champs, mousse et bois pourrissant abritaient quantité d’ours, d’élans, de cerfs, de mouflons de Dall, de chèvres de montagne et de gloutons. Un endroit semblable à Ketchikan, où Roy avait vécu jusqu’à l’âge de cinq ans, mais en plus sauvage et en plus effrayant maintenant qu’il n’y était plus habitué. « 

Ce qui m’a mise mal à l’aise et en colère,c’est que Roy, alors que cela devrait être l’inverse, porte à lui seul la responsabilité de son père :

 » Ils partirent en direction de la crête, de nouveau exposés au vent. Roy luttait pour rester à la hauteur de son père et ne pas être séparé de lui. Il savait que s’il le perdait de vue l’espace d’une minute, son père ne l’entendrait pas crier, qu’il s’égarerait et ne retrouverait jamais le chemin de la cabane. Observant l’ombre noire qui bougeait devant lui, il prit conscience que c’était précisément l’impression qu’il avait depuis trop longtemps ; que son père était une forme immatérielle et que s’il détournait le regard un instant, s’il l’oubliait ou ne marchait pas à sa vitesse, s’il n’avait pas la volonté de l’avoir là à ses côtés, alors son père disparaîtrait, comme si sa présence ne tenait qu’à la seule volonté de Roy. Roy était de plus en plus effrayé et fatigué, il avait le sentiment de ne plus pouvoir continuer et il commença à s’apitoyer sur son sort, à se répéter : Je ne peux plus supporter ça. »

Un autre exemple du père qu’est Jim :

« Ecoute dit son père. L’homme n’est qu’un appendice de la femme. Elle est entière, elle n’a pas besoin de l’homme. Mais l’homme a besoin d’elle. Alors c’est elle qui décide. C’est pour ça que les règles n’ont aucun sens et qu’elles changent sans cesse. On ne les établit pas ensemble.Je ne suis pas sûr que ce soit vrai, fit Roy.C’est parce que tu as grandi avec ta mère et ta soeur, et que je n’étais pas là. Tu es tellement habitué aux règles établies par les femmes que tu les trouves logiques. Cela te facilitera sûrement la tâche, mais ça veut aussi dire qu’il y a des choses que tu ne verras jamais clairement.C’est pas comme si j’avais eu le choix.Tu vois ? ça, c’est un exemple. J’essayais de faire passer un argument, mais tu l’as retourné pour me culpabiliser, pour me faire comprendre que je n’avais pas fait mon devoir, que j’avais enfreint les règles et n’avais pas été un bon père.Eh bien, peut-être que tu ne l’as pas été. Roy commençait à pleurer à présent, mais il aurait voulu se retenir.Tu vois ? fit son père. Tu ne connais que la manière féminine de te disputer. Tu chiales toutes les larmes de ton corps, putain.Seigneur, fit Roy.Peu importe, dit son père. Il faut que je sorte d’ici. Même si une putain de tornade souffle dehors, je vais marcher un peu.Il enfila son équipement, Roy faisait face au mur et s’efforçait de calmer ses pleurs, mais il ne pouvait plus s’arrêter tant la situation lui semblait injuste et brutale. Il pleurait encore après le départ de son père, puis il se mit à parler à haute voix. Qu’il aille se faire foutre. Putain, va te faire foutre, Papa. Va te faire foutre. Ses sanglots redoublèrent et il émit un étrange couinement en essayant de les ravaler. Arrête de chialer, putain, dit-il.Il s’arrêta enfin, se lava le visage, mit une bûche dans le poêle, s’allongea dans son sac de couchage et lut. Quand son père revint, plusieurs heures s’étaient écoulées. Il tapa ses bottes contre le porche, rentra et ôta son équipement, puis il s’approcha du poêle et prépara le diner…./…Et je ne vais pas m’excuser, dit son père. Je le fais trop souvent.OK. »

Alaska
(Photos magnifiques trouvés ici)

Je vais donc, de ce pas, lire le billet de Laila.
Rajout : il faut que vous alliez la lire, elle en a fait un très beau billet !

Sukkwan Island
David Vann
Editions Gallmeister

image_c1r    Challlenge 1er roman.

Les vies privées de Pippa Lee de Rebecca Miller

Et voilà mon premier abandon de l’année…
Arrivée à la page 153 j’abdique et je rends les armes.
Ce livre n’est, définitivement pas pour moi.
Je m’ennuie terriblement… La vie de cette Pippa Lee ne m’intéresse pas, point barre. Depuis six jours que je me traîne sur ce livre et ça, c’est un signe qui ne trompe pas. Quand je n’ai pas plaisir à reprendre un livre et que je trouve toujours quelque chose d’autre à faire c’est que je n’apprécie pas. Et là, je n’ai même pas le regret d’être passée à côté, il y a des livres comme ça, où rien ne vous attire. Je ne crois pas que c’est un livre qui a été beaucoup lue. Je crois avoir lue un billet chez Antigone. Mais je me rappelle surtout avoir lue des billets sur le film.

Et, d’une façon générale, le film avait été apprécié. J’aurais mieux fait de commencer par lui ! Bon, ce n’est pas bien grave. Nous avons toutes connues ça… Maintenant il n’y a plus qu’à passer à ma prochaine lecture !
Mais cela ne veut pas dire que c’est un mauvais livre, ce n’est tout simplement pas une lecture pour moi. Je vous donne tout de même le mot de l’éditeur :

À cinquante ans, Pippa Lee apparaît à tous ceux qui la connaissent comme « une des femmes les plus charmantes, les plus simples et les plus rassurantes qu’ils aient jamais vues ». Épouse parfaite d’un éditeur visionnaire et investi, mère dévouée de Ben et Grace, ses deux jumeaux aussi beaux que doués, femme d’intérieur accomplie et sereine, elle semble avoir tout pour être heureuse. Mais lorsqu’elle et Herb, son mari octogénaire, quittent New York pour s’installer dans une luxueuse banlieue pour retraités, cette belle façade se fissure. Sa sensualité mise en sommeil se réveille, et remonte à la surface un passé mystérieux et trouble fait de rébellions, de passions et de déchirements – un passé qu’elle avait enfoui en rencontrant Herb pour devenir sa chose, son épouse parfaite, une page blanche sur laquelle il a réécrit sa jeunesse.En réalité Pippa Lee porte la blessure d’une mère qui était tout pour elle et qu’elle n’a pas su aimer, et la culpabilité du suicide de Gigi, la première femme de Herb. En outre, la malédiction mère/fille s’est reportée sur la génération suivante. Elle et Grace, qui la méprise, finissent cependant par se réconcilier et s’aimer.Rebecca Miller vient d’adapter son livre à l’écran en tant que scénariste et réalisatrice. Le film sera projeté au festival de Deauville et distribué en France dès le 30 septembre 2009.

Quelques extraits :

 » Et parfois, dans la témérité de sa fille, dans son désir d’aventure, dans sa soif d’expériences, elle reconnaissait celle qu’elle avait été, une Pippa depuis longtemps disparue. Comment était-ce arrivé ? Comment avait-elle pu à ce point changer ? « 

 » Pippa souffrait d’un excès d’empathie. Elle trouvait parfois la contemplation du mystère des autres quasi insoutenable : en chacun d’eux, des chambres emboîtées les unes dans les autres, un labyrinthe sans fin de qualités contradictoires, de souvenirs, de désirs, des images en miroir comme sur un dessin d’Escher, déroutantes comme une énigme. Il y avait plus de gentillesse à percevoir les gens comme ils avaient envie d’être vus. Après tout, c’était ce qu’elle souhaitait pour elle-même : être acceptée pour ce qu’elle semblait être. »

 » Tout le monde à New-York semblait avoir un but, sauf moi. J’étais mue par un besoin sans objet, sans fin. Je cherchais l’amour, je crois, mais ce n’était pas ce que j’éprouvais à l’époque. A l’époque, je me sentais dure et froide comme un couteau dans la neige. « 

Désolé de ne pas vous en dire plus et de ne pas argumenter mais je parle très mal des livres que je n’ai pas aimée.
Et cela ne veut pas dire que vous ne l’apprécierez pas. Le mieux c’est d’aller voir des avis plus convaincus que moi.

Les vies privées de Pippa Lee
Rebecca Miller
Editions Seuil