Littérature

Quand j’étais Jane Eyre de Sheila Kohler

 » Charlotte regarde ses soeurs, assises aux côtés de la vieille femme qui s’est occupée d’elles pendant tant d’années. Elle voit soudain qui sauvera Jane lorsqu’elle quittera Mr. Rochester : des soeurs, bien sûr, deux soeurs comme les siennes, ou deux femmes comme Mary et Ellen, ses meilleures amies de pension. Chacune à sa manière lui a remonté le moral, par son exemple et son affection. Elles l’ont souvent sauvée du désespoir. Ce sont les femmes, songe-t-elle en regardant ses soeurs belles et courageuses ainsi que la vieille servante, qui lui ont permis de survivre. » (p126)

Lecture commune avec Fondant au Chocolat (merci Fondant :0)

Lire ce livre de Sheila Kohler c’est d’abord se plonger dans l’univers des soeurs Brontë. Elles sont trois soeurs (mais il y a un frère aussi) et toutes les trois écrivent. C’est leur quotidien qui est conté là, un quotidien pas facile. D’abord par l’époque, et cette douleur omniprésente, avec sa mère d’abord qui meurt après avoir passé des mois à souffrir. Et puis son père, opéré des yeux sans être endormi. Et puis on a froid, on mange avec frugalité. On ne vit peut-être pas une époque formidable mais tout de même bien plus douce (quoi que cela dépende d’où l’on est placé, que ce soit par pays ou par statut).

Mais surtout on écrit sans même avoir le droit de publier sous son vraie nom. Etre une femme et écrivain n’est pas du tout tolérée, voire méprisée, même par leur propre père :

 » Il a parfois soupçonné ses pauvres filles d’essayer de se faire publier. Quelle est cette manie familiale d’aspirer à la célébrité et à la gloire ? Pourquoi n’acceptent-elles pas, en bonnes chrétiennes, leur pauvreté, leur insignifiance, comme l’avait fait leur mère ? Quelle folie ! Qui pourrait s’intéresser à leur écrits ? Il a bien vu des lettres expédiées depuis le presbytère, des paquets arriver. Il a vu le papier brun avec les nombreuses adresses barrées les unes après les autres. Pauvres filles égarées ! Par qui espéraient-elles être publiées ? » (p188, tous les passages entre guillemets sont de l’auteur)

Jane EyreWe love Movies

La première partie ne m’a pas convaincue, surtout ses pages dans lesquelles Charlotte veille sur son père, le révérend, qui vient de se faire opérer des yeux. Mais on voit naître aussi le personnage de Jane Eyre, ce sont les pages qui m’ont le plus emportée dans cette partie. L’histoire, les scènes se mettent en place et, pour qui a déjà lu le roman, c’est intriguant de voir le roman prendre corps. La deuxième partie m’a touchée bien plus. Il y a ces trois soeurs liées déjà par leur passion et leur enfance commune, par leurs liens familial. La voix de la servante :

 » Depuis son arrivée dans la famille, ces filles ont toujours été proches. Elles se sont mutuellement maintenues en vie, et leur frère aussi, par leur affection. Elle les revoit tous, petits, se tenant par la main et sortant en courant sur la large allée ensoleillée. Ils allaient gambader dans la lande, le garçon en tête, pas bien grand pourtant, sa tête rousse enflammée par le soleil. » (p112)

Liées aussi par ce combat qu’elles mènent, pour sauver ce frère touchant le fond, alcoolique, drogué, passant ses journées dans les bars. Emily semble la plus forte, c’est elle qui ramène son frère de ses beuveries, elle qui le traîne dans l’escalier, elle qui le couche dans son lit. C’est elle encore qui les sauvent tous quand le garçon met le feu à ses couvertures. Pourtant malgré tout cela c’est lui qui garde le plus d’attention de la part de leur père. Il ne fait pas bon être fille, et femme, à cette époque. Et pourtant leur anonymat à toutes finira par être levé. « Pourquoi une femme ne serait-il pas libre de s’exprimer ? » (p197)

Ce qui m’a touché le plus dans ce livre ? Les liens très forts qui unissent les soeurs Brontë, tous les mots sur la création littéraire, sur cette petite couture qu’elles font entre les mots et les personnages, et ce décor des landes  tourmenté par les vents et les pluies… Ce roman donne envie de se replonger (encore une fois) dans Jane Eyre, Les hauts de hurle-Vent, et même, m’a donné envie de découvrir les écrits d’Anne, que je n’ai encore pas découverte.

Jane Eyre 2Untitled

Pour finir, ces très beaux mots de la bouche d’Emily :

 » Nous avons notre travail, personne ne peut nous enlever cela. Peu importe que je sois triste ou épuisée ; nous avons l’écriture, ce qui change tout. Et puis, nous nous avons, nous. » (p112)

Et ceux de Charlotte :

 » Les péripéties tintent à ses oreilles telle la musique, elles la soutiennent, la ravissent, l’apaisent dans sa détresse. Elle vit pour ces histoires, pour l’instant où ils croiseront leurs fils.

Il lui arrive d’imaginer qu’elle nage, bien qu’elle n’ait jamais nagé. Elle se figure plongeant dans les fraîches profondeurs vert pâle de la mer avec son frère, de la même façon qu’ils se jettent dans le vent, bras en croix, leurs vêtements collés à la peau, comme dans l’eau, pour courir dans la lande. Telles des sirènes, songe-t-elle, corps et esprits joyeusement entremêlés dans leurs univers de grottes ombreuses, où ne pénètrent que de faibles et vacillantes lueurs souterraines. » (p138)

Lu aussi par Cathulu, Theoma, Sylire,  Allie, Yspaddaden et Joëlle. Merci à toi Fondant pour cette lecture commune et à bientôt pour la prochaine, le 15 juin :0) Source des photos

Editions 10/18, traduit de l’anglais par Michèle Hechter

Challenge  Petit bac 2014 pett bac 2014 catégorie « Prénom »

Challenge PAL d’antigone  

Et challenge voisins voisine d’ A propos de livres ChallengeVoisinsVoisines pour le Royaume Uni, Angleterre

 

Publicités
Extraits

Repaire d’oiseaux de mer…

 » Je revenais alors à mon livre. C’était l’histoire des oiseaux de l’Angleterre par Berwick. En général je m’inquiétais assez peu du texte ; pourtant il y avait là quelques pages servant d’introduction, que je ne pouvais passer malgré mon jeune âge. Elles traitaient de ces repaires des oiseaux de mer, de ces promontoires, de ces rochers solitaires habités par eux seuls, de ces côtes de Norvège parsemées d’îles depuis leur extrémité sud jusqu’au cap le plus au nord, « où l’Océan septentrional bouillonne en vastes tourbillons autour de l’île aride et mélancolique de Thulé, et où la mer Atlantique se précipite au milieu des Hébrides orageuses ». 

Je ne pouvais pas non plus passer sans la remarquer la description de ces pâles rivages de la Sibérie, du Spitzberg, de la Nouvelle-Zemble, de l’Islande, de la verte Finlande ! J’étais saisie à la pensée de cette solitude de la zone arctique, de ces immenses régions abandonnées, de ces réservoirs de glace, où des champs de neige accumulées pendant des hivers de bien des siècles entassent montagnes sur montagnes pour entourer le pôle, et y concentrent toutes les rigueurs du froid le plus intense. »

Extrait de Jane Eyre de Charlotte Brontë

Suite de l’extrait que vous trouverez juste par là.

Bonne semaine !!

Source de la photo

Extraits

Jour de novembre…

 Source de l’image

 » Une petite salle à manger ouvrait sur le salon ; je m’y glissai. Il s’y trouvait une bibliothèque ; j’eus bientôt pris possession d’un livre, faisant attention à le choisir orné de gravures. Je me plaçai dans l’embrasure de la fenêtre, ramenant mes pieds sous moi à la manière des Turcs, et ayant tiré le rideau de damas rouge, je me trouvai enfermée dans une double retraite. Les larges plis de la draperie écarlate me cachaient tout ce qui se trouvait à ma droite ; à ma gauche, un panneau en vitres me protégeait, mais ne me séparait pas d’un triste jour de novembre. De temps à autre, en retournant les feuillets de mon livre, j’étudiais l’aspect de cette soirée d’hiver. Au loin, on voyait une pâle ligne de brouillards et de nuages, plus près un feuillage mouillé, des bosquets battus par l’orage, et enfin une pluie incessante que repoussaient en mugissant de longues et lamentables bouffées de vent. »

Extrait de Jane Eyre de Charlotte Brontë

Bon dimanche !!!