« … Tout cela, c’est quand même l’or dont je parle… » Françoise Lefèvre (extrait)

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 » Il y a les travaux quotidiens, les repas, les vaisselles, les lessives.
Il y a les enfants que je prépare pour l’école chaque matin.
Il y a les travaux que je fais pour vivre, tout simplement.
Il y a ces instants volés où j’écris sur la table.
Il y a la table qu’il faut ensuite débarasser des feuillets, afin que les enfants y prennent leur repas.
Il y a la fatigue vaincue, chaque nuit, auprès de la lampe de chevet allumée.
Il y a mes lettres pour toi.
Il y a les arbres que je vois trop peu souvent.
Et tout cela, pourtant (et comment se fait-il ?), tout cela, c’est quand même l’or dont je parle. »
Extrait de « L’or des chambres » de Françoise Lefèvre
Je vous souhaite un très bon dimanche
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L’or des chambres de Françoise Lefèvre

  coeur[1] Plus qu’un coup de coeur, une évidence…

Lecture commune avec Claudialucia (avec un petit jour de retard, toutes mes excuses Claudialucia)

 «  On entre en écriture comme on entre en religion »

Le sujet peut être dit en quelques mots, une femme aime un homme, cet homme s’en va et il ne reste que l’absence… Ce que cette femme aura à faire avec cette absence, ce qu’elle en dira voilà le sujet du livre…

Le voici enfin ce livre qui donne son titre à mon blog :

« Ce titre : « L’or des chambres », clos sur lui-même et, dirais-je, couché en rond comme quelque un qui voudrait s’endormir, je l’ai choisi parmi les mots qui reviennent sans cesse avant le sommeil, quand tout est calme enfin, et que nous captons sous nos paupières un peu de cet or qui fait de nous des chercheurs d’éternité.

Je n’accepte pas toujours l’écriture et me révolte. Parfois aussi je me rends pieds et poings liés, et m’étonne de ce que l’âme ou le cœur récite en moi. Je le nie, puis je passe aux aveux. »

J’ai hésité pour mettre mon logo « coup de coeur » parce que ce livre, et cet auteur, sont bien plus qu’un coup de cœur pour moi… ça n’a rien à voir avec un coup de cœur… Ce livre (bien sur, ce n’est pas ma première lecture de ce titre) et surtout cet auteur, sont pour moi une évidence, une écriture que je reconnais, parce que lors de la première lecture, on aurait dit que je l’avais déjà lu, comme si ces mots ne m’étaient pas inconnus… Comme s’il venait d’un monde que j’aurais déjà visité, un voyage que j’aurais déjà fait… Ce livre, cet auteur, ce sont des phrases qui me parlent tant que j’aurais pu les écrire moi-même… Je peux l’a lire et l’a lire encore jamais je ne me lasse…

Encore moins que d’habitude c’est une lecture que je n’ai absolument pas envie d’analyser, je n’ai aucune envie de la disséquer ni de l’expliquer. C’est une musique qui ne s’explique pas mais qui se ressens… Ce n’est pas une lecture qui se cherche mais qui se trouve de suite… Je crois que je vais avoir du mal à parler de ce livre, tout simplement parce qu’il me parle tellement que je serais incapable d’expliquer pourquoi… Celles qui me suivent régulièrement savent que cet auteur est mon auteur number one, que c’est celle que je me mets tout en haut de ma longue liste d’auteurs aimés… Expliquer pourquoi serait peut-être un peu trahir cet amour que je ressens pour son écriture…

De toute façon ses mots sont tellement forts, que les mots pour l’accompagner paraîtraient forcément fades et sans aucun poids… Et sa façon de parler de l’écriture, je l’a reconnais tellement, c’est tout à fait ainsi que je l’a ressens moi-même… Mais dans ce livre on parle aussi du rapport que tout homme entretient avec la mort, avec la vie, avec l’amour et le sexe… Avec la douleur mais aussi avec la joie grandiose qu’apporte parfois la vie… Il parle du lien direct qu’à l’auteur avec la terre, avec les saisons, la nature et les arbres… Françoise Lefèvre aurait pu être une Séraphine qui enlace les arbres et communique avec le vent…

Elle qui écoute aussi sa part animale en elle et l’a laisse s’exprimer librement…

«  Ces arbres roux (ce n’est pas toujours l’hiver) sous lesquels je me couche pour mieux sentir passer la vie. Comme je me sens vivante. Vois-tu, il faut tellement croire à la vie pour écrire. Nous devrions tous faire un testament en nous imprimant dans la roche, la pierre, la terre. Personne ne nous gravera si nous ne retournons contre nous-mêmes le burin et le ciseau. Nous devrions tous vivre avec la mort »

«  J’aurais voulu que mes grossesses durent mille ans. J’aurais voulu connaître mieux les arbres et la terre et les grottes. J’aurais voulu étreindre tout ce que j‘ai envie d‘étreindre. Et d’abord, ce qu’il est impossible de prendre dans ses bras : les montagnes, les arbres et le vent. O vie terrestre et rampante, tu ne pourras nier que l’écriture est une consolation. Que l’écriture est une plage d’où l’on regarde la mort marcher vers soi. »

« Il faut se lever, travailler quand même. Puis, voilà le premier des bienfaits : des arbres nous parlent. Partout où nous allons, des murmures ou des voix fortes nous accompagnent. Nous sommes en dehors de nous et pourtant plus que jamais nous-mêmes. Nous vivons tous les souvenirs du monde à la fois. Nous sommes toutes les veuves et tous les soldats. Nous sommes tous les vaisseaux échoués. Tous les fonds de mer. Tous les vents. Ah! Mourir devient facile. Ne sommes-nous pas morts autrefois ? Il nous est donné par instants la lueur d’entrevoir.

Nous nous souvenons de chaque brin d’herbe, chaque ruine, chaque arbre. Le mot qu’on attendait était là, dans un de ces lieux secrets , au fond de notre mémoire. Nous l’écrivons » 

« Les paroles que je murmure dans le sommeil, lui appartiennent. Nées de mon ventre, elles me relient aux profondeurs de la terre. Je sens comme un feuillage bruire autour de moi. Je me sens bonne et pleine. Tantôt je fuis comme les eaux, tantôt je suis haute comme un arbre et quand je porte la main à mon front, je sens de jeunes ramures qui me poussent tout autour de la tête. Je regarde le ciel et lui dis avec les yeux : « Je t’aime de me laisser vivre. Ne me foudroie point encore. Merci pour mon ventre rond, merci de m’avoir fécondée. Merci pour le blé qui bouge au loin. Merci pour l’eau, pour le vent. Je suis venue pour que tu m’aides à me délivrer. Métamorphose-moi en femme. Je veux écrire une lettre si grande, que jamais elle en se terminera. Que longtemps il me croie ! Que longtemps il entende mon murmure, jusqu’en dessous les arbres quand il y reposera » 

Ce livre parle du poids délicieux des grossesses et des ventres habités… Il parle de la richesse de la présence des enfants qui mettent tant de vie dans l’ombre et le poids de nos jours… Ce livre parle aussi de la vie, riche, pleine… Sous peu qu’on prenne le temps de l’écouter, de l’a sentir, de l’a ressentir…

«  Je crois qu’il existe un cloître en chacun de nous. Moi, je m’y suis laissée enfermée. »

«  Qui n’a écrasé sa langue contre les murs ne sait rien de l’absence »

«  Comprends-tu, je ne veux pas que les mots me quittent. Quand je vis, ils se perdent. Quand j’entre dans cette mortelle saison de la chambre close, ils me rejoignent. »

Je crois ne pas pourvoir rajouter grand-chose si ce n’est que ce livre ne me quitte plus… Il fait partie de moi comme un de mes prolongements… Il est, tout simplement, un de mes nombreux chemins…

D’autres extraits ici. Et là. Mais là aussi et ici !! Et là aussi !

Pascale l’a lu, et Cagire aussi. Rose aussi

Ce billet aura une suite parce que j’ai d’autres extraits encore à vous faire découvrir…

Tumblr_lntk5aox6i1qf1c04o1_500_largeSource

Read a thon du 22 octobre 2011+ Le bilan

Samedi 10h17 : Et voilà, on y est…. Top départ pour le RAT… Quelques minutes de retard mais c’est pas bien grave…. J’y vais cool !!!

A toutes les participantes je souhaites un excellent Read a Thon… J’ai un excellent thé noir qui m’attend et je commence par ça Un jour glacé en enfer ou alors par ça Hors saison Pour l’instant le calme règne encore dans la maison (pourvu que ça dure !!!), mon homme est encore au boulot (il rentre à 11 h) mais ça devrait aller jusqu’à là… A tout à l’heure…

Samedi 13 h 46 : Tout se passe bien pour moi… Très bien même… Finalement j’ai commencé par « Un jour glacé en enfer » et je suis toujours plongée dedans… C’est une lecture très dépaysante qui m’entraîne dans le froid glacial d’une forêt norvégiennes… Je viens de faire une petite pause de vingt minutes pour mon repas préparé par « l’homme », les garçons sont plutôt calmes, ils viennent tout juste de partir pour une petite heure… Là je compte me faire une pleine théière de thé vert et peut-être quelques bricoles sucrées… J’espère que tout va bien pour vous également… Je vais prendre quelques minutes pour passer chez quelques unes d’entre vous et je reprendrais ma lecture tranquillement… A tout à l’heure !!

Samedi 18 h 22: La journée s’écoule… tranquille et douce. Tout va bien. Je prends toujours autant de plaisir à ma journée Read A thon… Alors pour les lectures, j’ai fini « Un jour glacé en enfer »  une lecture très forte et que j’ai vraiment eu du mal à lâcher… Assez dure aussi… Mais je vous en parlerais plus en détail bientôt… J’avais besoin d’une transition après ça. J’ai donc enchainé sur Le sommet des dieux - Le sommet des dieux, T3 dont j’ai lu environ la moitié (toujours aussi bien…) et pour varier un peu j’ai commencé Apolline - Apolline, T2 et j’en suis à environ au 3/4 du livre. Une lecture vraiment délicieuse, des illustrations vraiment géniales, un livre très drôle… Bref je me régale… Je vous souhaites à toutes une bonne continuation et de merveilleuses lectures… Je viens de faire une pause gourmande avec un thé noir bien corsé et une torche aux marrons qui était une petite merveille de douceur et d’onctuosité..Je prends quelques minutes pour passer chez vous et je reprends mes lectures… Je ne lis pas très vite cette fois-ci, mais je passe une journée vraiment géniale et c’est l’essentiel !!! A tout à l’heure…

Samedi 20 h 30 : Un petit coucou rapide parce qu’il ne reste pas beaucoup de temps… Le temps passe très vite à partir de 19h… Pour l’instant j’ai fini « Apolline et le fantôme de l’école »  qui était vraiment très bien, mais je l’ai déjà dit… J’ai continué sur « Hors saison » Hors saison et il a été mon premier abandon lors d’un Read a Thon, j’ai abandonné page 68… Et maintenant j’en suis à la lecture de « La vieille anglaise et le continent » Jeanne-A Debats - La Vieille Anglaise et le continent. et je me retrouve au fond des océans dans la peau d’un grand cachalot… J’avoue que la fatigue commence à se faire sentir et mes yeux picotent… Mais ça devrait aller… Bonne continuation à toutes et bonnes lectures. A tout à l’heure !!

Samedi 22 h 17 :  J’ai pris le temps de me faire un petit thé et me voilà… Déjà la fin de mon troisième RAT… Là, maintenant, je peux dire que je suis contente d’arrêter ma lecture… Franchement, je serais incapable de faire le 24 h et ceci même s’il m’était pas devenu impossible pour moi de rattraper une nuit blanche… J’ai encore une fois passé une journée formidable et je me lasse toujours pas des Read a thon… Que s’est-il passé durant cette heure et demie qui me restait ?? Et bien, pas grand chose… J’ai lu quelques pages de « la vieille anglaise et le continent » mais, très vite, mes yeux n’en pouvait plus, c’était vraiment écrit trop petit pour mes yeux fatigués… Et c’est un texte qui demandait plus de concentration que mes autres lectures… Alors, avec toutes les heures de lectures que j’avais déjà derrière moi c’était sans doute un peu de trop… C’est une lecture qu’il aurait été plus facile d’aborder en premier… Je ne sais d’ailleurs pas pourquoi je n’y ai pas pensé plus tôt pour la police, j’avais déjà compris, même lors de mon premier Read a thon, qu’il était très important de choisir des livres écrits assez grand… Enfin bref, du coup j’ai repris mon « Sommet des Dieux » Le sommet des dieux - Le sommet des dieux, T3 Si j’ai eu le temps de le finir ce n’est malheureusement pas le cas de « La vieille anglaise et le continent » dont j’ai finalement lu, en tout, 40 pages… C’est dommage, il ne m’en restait plus que 30 et il était fini…

Quoi qu’il en soit j’ai passé une très belle journée et j’espère qu’il en a été de même pour vous… Je ne sais pas s’il faut envoyer les résultats à Tiboux dès ce soir, elle n’en a rien dit. Je vais aller voir ça. Si ce n’est pas le cas je vous donne alors rendez vous à demain pour savoir le nombre total de mes pages lues. Bonne nuit à toutes !!!!!!

Le bilan : Me revoilà après une bonne nuit de sommeil… (je me demande dans quel état sont celles qui ont fait le 24 h…!!!) Je me sens assez en forme, à part les yeux qui ont quand même assez souffert je crois… Et le dos… A partir de 20 h hier soir j’ai commencé à souffrir de douleurs dorsales et je dois dire que ma nuque aussi était en compote. Mais j’ai vraiment passé une journée superbe, c’était vraiment géniale… J’adore toujours autant !! Alors le voilà ce bilan, même s’il n’est pas génial, je suis très contente de moi… L’essentiel pour moi n’est pas le chiffre mais bien de lire toute une journée complète… Et surtout de réussir à en avoir envie jusqu’au bout… Et ça, c’est une réussite, donc…

– Un jour glacé en enfer de Anne B. Radge (lecture adulte) : 302 pages

– Apolline et le fantôme de l’école de Chris Riddel (lecture jeunesse) : 175 pages

– Le sommet des dieux Tome 3 de Jiro Taniguchi et de Baku Yumemakura (BD) : 333 pages

– Hors saison de Sylvain Coher (lecture adulte, non terminé) : 68 pages

– La vieille anglaise et le continent de Jeanne A. Debats (lecture adulte, non terminé) : 40 pages

Un jour glacé en enfer Apolline - Apolline, T2 Le sommet des dieux - Le sommet des dieux, T3 Hors saison Jeanne-A Debats - La Vieille Anglaise et le continent.

Pour un total de 918 pages !!! Voilà, je suis contente parce que j’ai fait mieux que la dernière fois… Même si je n’ai toujours pas réussi à battre mon propre record du premier RAT qui était de 1000 pages… Mais j’y arriverais… J’y arriverais… La prochaine fois peut-être ?? Et en plus, je n’ai lu qu’une seule BD (même si je dois avouer que la lecture d’Apolline est très aérée… il y a beaucoup d’illustrations). Pour mes lectures je peux dire que c’est « Un jour glacé en enfer » que j’ai le plus apprécié même si j’ai détesté la fin… J’ai vraiment adoré aussi « Apolline » et « le sommet des dieux » (j’espère très vite lire les deux autres tomes qu’il reste). « La vieille anglaise et le continent » est un livre qui me semble très intéressant aussi mais il n’est pas une lecture adapté au RAT.

Je retiendrais surtout qu’il faut choisir des livres écrits assez grands (et je m’étais déjà faite cette remarque lors de mes précédents RAT) et la deuxième chose est de très bien choisir ses lectures… Choisir des valeurs sûres pour ne pas être déçu… Rien de plus déstabilisant qu’une lecture qui ne emporte pas et que vous n’appréciez pas du tout… (« Hors saison » est mon premier abandon de tous mes RAT réunis) et ça peut vraiment freiner votre élan… Pour finir merci à toutes mes supportrices (et mon supporteur Richard  :0). Félicitations à toutes les participantes… (je conseille beaucoup de repos pour aujourd’hui !!) Un grand merci à Tiboux pour l’organisation de ce RAT !! Très bonne journée à toutes et à tous. Et à bientôt pour un prochain RAT   :0)

Source des photos : tumbl Winter

Nous nous connaissons déjà d’Anne Marie Garat

Nous nous connaissons déjàLecture commune avec Claudia Lucia et Ptitlapin

« J’ai de ce voyage impromptu un souvenir d’abandon comme on en connaît par parenthèses dans les convalescences, quand se volatilise la douleur pour laisser place à une sensation de faiblesse et de bien-être, d’autant plus merveilleuse qu’elle est encore menacée. » P89

Voilà une lecture qui m’a donné bien du fil à retordre… Je ne suis même pas sûre que j’aurais achevé ma lecture si cela n’avait pas été pour une lecture commune… Pourtant le talent est là, indéniable… Si vous recherchez une écriture travaillée comme de l’orfèvrerie, ce livre est pour vous. Mais justement je pense que le problème est là : elle l’est trop… Le texte est tellement travaillé que du coup les personnages perdent toute réalité, enfin, du moins, c’est l’impression que j’en ai eu…Sans doute pour ça que je n’ai pas adhéré, que je n’ai pas pu m’immerger dans ce texte. Les phrases sont longues, interminables… On n’en voit pas le bout. Et puis on s’y perd un peu dans ses allers retours dans le temps… J’avoue avoir eu un ,peu de mal à m’y repérer. Encore une fois j’ai cette impression désagréable d’être passé à côté d’un texte magnifique… Mais justement, il l’est trop… Il est tellement intellectualisé que, toutes émotions, toutes sensations, en ai annulés. C’est une lecture qui demande toute votre concentration, votre attention… Et du coup, ayant besoin d’un calme absolu (ce qui n’arrive pas souvent à la maison) je n’avançais pas très vite dans ma lecture. Tout commence par l’arrivée de narratrice dans le Sud-Ouest pour examiner un fonds de plaques photographiques trouvés dans le désordre et la poussière d’un grenier d’un vieux château du vignoble. C’est d’ailleurs un de mes passages préférés, la découverte du château et surtout, lors de son départ pour rechercher un endroit ou dormir et se restaurer, la découverte de la nature avoisinante qu’elle décrit remarquablement bien…

« …/… et je m’engageai bientôt sur une de ces routes rectilignes de forêt qui dardent vers l’océan, qu’encadre la haute futaie des pins bleuis par le soir, dont la hachure serrée des troncs feutre la profondeur d’une brume indécise, parfois entaillée d’une vaste clairière de jeunes plants ou d’une piste de sable filant au loin, qu’au passage j’entrevoyais du bord de l’œil, des percées rapides dans l’ombre grandissante tels les éclairs de soufre qui éclairent la pénombre des orages secs…/…» (P27)

Et puis il y a la rencontre avec une jeune femme, Laura, dans le noir complet, dans une forêt ou la narratrice était venu perdre ses pas, n’arrivant pas à trouver le sommeil après son repas dans une auberge au milieu de la pinède.

 « …/… l’élan forcé de la marche apprivoisant peu à peu ce petit simulacre d’exil volontaire qui ressemble tant à l’oubli et parfois, dans l’éloignement, quand s’épuise enfin le texte insomniaque, en moi comme au dehors, je ne perçois plus qu’un brouillard de grisaille diffuse à peine percé de halos jaunes, de pâles astres sans résistance perdus dans la sombre rumeur colmatée, la note basse et continue à quoi se résume le grondement des villes ou de nos vies, alors quand j’atteins cette zone d’anesthésie mentale j’ai un moment de bien-être parfait, la sensation toute provisoire d’avoir trouvé l’oubli, alors je rentre et je m’endors../… » (P37)

Mais est-ce qu’elles se « connaissaient déjà » cela, je ne le sais toujours pas, perdu comme je l’étais entre l’avant, l’après, le pendant… Bref, l’histoire est vite raconté… A cela se rajoute des photographies trouvés dans le château, terribles, d’une jeune femme suppliciée, et la recherche de la narratrice de l’auteur de ces photos… Il y a aussi les enfances de Laura et de la narratrice, toutes deux privés de mères et des vies familiales assez compliquées. Certains passages m’ont vraiment touchés, comme celui où le père de Laura la rejoint parce qu’il est inquiet pour sa fille et que l’on sent qu’il pourrait se passer quelque chose d’important, que la communication manqué depuis toujours, pourrait là, se faire enfin… Mais finalement non, Laura laisse partir son père sans avoir osé faire ou dire ce qui aurait pu amener les mots… Et puis il y a les passages ou la narratrice s’aperçoit qu’elle a été incapable de voir les infirmités de ceux qui ont comptés dans sa vie professionnelle et qu’elle s’interroge sur le pourquoi de la chose… Comme si elle était aveugle dans la perception de certaines réalités… D’ailleurs le livre, tout entier, ne semble pas tourné vers la réalité, on dirait que tout est entouré d’un halo, d’un brouillard qui entoure les personnages et leurs vies. Ce livre tourne aussi autour de la photographie et du souvenir. Là aussi, de très beaux passages…

 « Je crois que nous le savons, par ces voies imaginaires qu’emprunte la connaissance, qui sous leurs formes de fable ou de fiction enseignent autant à l’homme que les spéculations de l’algèbre et de la logique, nous savons aussi que le sommeil des images endormies, en attente de développement, a la même patience infernale que nos rêves et nos cauchemars pour nous révéler, longtemps après que nous les avons conçues, leurs figures immémoriales, de même le visage des morts que nous aimions comme celui de nos démons, et le nôtre dont la ressemblance nous tourmente. » (P125)

Beaucoup de passages aussi sur la lecture, sur les livres qui sont vraiment surprenants et qui m’ont vraiment interpellés…

 «  Les personnages de fiction ne nous éclairent pas, ils réfléchissent sur nous, ils nous réfléchissent, voilà qu’ils nous regardent. Ils nous engagent et nous baptisent dans la langue, apparitions. Parce que les mots sont plus forts que le monde, ils sont dangereux, ils nous obligent. A ce prix, l’art est l’exacte vérité du monde, l’impudeur extrême des constructions de notre imaginaire, qui est la forme, sous laquelle nous instruisons le réalité, aussi pouvons-nous dormir les yeux grands ouverts, le roman est une représentation vraie et nous y courons des périls extrêmes, parce que nous y sommes d’intelligence avec nous-mêmes. »(P92)

Au final je suis contente d’avoir été au bout de ma lecture mais je dois dire que je suis soulagée aussi de l’avoir finie, ce n’était pas une lecture qui allait de soi… C’est une lecture qui, il me semble, est, tout comme l’était celle de « Mrs Dalloway » , une lecture qui se déguste par petites bouchées sous peine d’indigestion. Mais je me rends compte aussi à relire tous les passages que j’ai notés et que j’ai envie de vous donner, que c’est une lecture qui m’a touché plus que je le croyais lors de ma lecture… Il y a parfois des romans comme ça, un peu éprouvants lors de la lecture, mais qui, par après, vous laissent un grand souvenir ému et, vous vous apercevez que ce livre, finalement, restera parmi ceux qui vous laissent une empreinte certaine… Un seul conseil, lisez le, parce que c’est un texte vraiment prometteur et extrêmement différent de ce que l’on peut lire d’habitude… Mais il demande que l’on prenne son temps… Ce n’est pas une lecture à bâcler.. Allez, un petit dernier, juste pour le plaisir…

 «  Ainsi, disait peut-être encore la voix sourde de Battistini, les hommes savent-ils que toute création exige un lien retiré de songerie sauvage où ne s’opposent plus, mais s’échangent et se marient, la raison logique et l’intuition, se fabriquent les opérations imaginaires par lesquelles ils consolent, à défaut de guérir, la désespérante condition humaine, aussi le regard oblique et bas de la « madonna del parto » donne-t-il à qui entre là, si ignorant ou savant soit-il, dans ce sentiment mêlé d’angoisse et de paix, la conviction qu’elle parle sa langue intime à tout un » (P100)

Image illustrative de l'article Madonna del Parto (Piero della Francesca) La Madonna del parto, Piero della Francesca (source)

Nous nous connaissons déjà, extraits

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« …/… En cela semblable au lecteur qui, par l’expérience intime de la lecture invente au livre le sens illisible qu’il ne peut avoir que pour lui seul, le libère de l’infinité de ses autres lectures, du classement des bibliothèques comme des prescriptions ou des jugements, et reconnaît sa propre langue, sa voix dans celle de l’écrivain, ainsi écoutons-nous vraiment les invraisemblables histoires comme étant les nôtres, comme si quelqu’un marchait sur notre tombe…/… »
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Nous nous connaissons déjà
Anne Marie Garat
Editions Actes Sud