Vacances à l’anglaise de Mark Haddon

 Le mot de l’éditeur ; « Pour se réconcilier avec sa soeur Angela, Richard a l’idée saugrenue de l’inviter à passer des vacances au pays de Galles en compagnie de sa petite famille. Mais dans ce coin du bout du monde, il pleut sans discontinuer, le premier village est à des kilomètres, et les portables ne fonctionnent pas ! Quatre adultes, trois ados et un enfant, qui se connaissent à peine, se retrouvent coincés là pour une semaine.
Jeux de société, conversations de circonstances, promenades… En apparence, la cohabitation semble bien se dérouler. Mais intérieurement, chacun rumine de vieux griefs. De toute part on fomente des alliances, des conquêtes et des trahisons… avant de prôner la réconciliation. Bref, le bonheur des vacances en famille. Une brillante comédie de moeurs, un regard irrésistible sur les relations familiales, où l’on retrouve la patte de l’auteur du Bizarre Incident du chien pendant la nuit. »

 » Il n’avait pas eu l’intention de mettre le sujet sur le tapis. C’était comme de la terre contaminée ; tant qu’on ne creusait pas, il n’y avait aucun danger. » (p78)

Voilà une expérience de lecture étrange et surréaliste mais tout à fait réussi au final. Pourtant au début je n’étais pas du tout convaincue (au début de ma lecture j’étais tombée sur un billet de Cathulu  (clic) et nous avions eu un échange de commentaires ou je lui disais que j’étais un peu déstabilisée), j’ai eu du mal à me faire au style de l’auteur, il passe d’un protagoniste à un autre sans que cela soit très clair. Mais maintenant que je l’ai fini je peux vous dire que les personnages vous resteront longtemps en tête. Ils sont atypiques, d’une certaine façon dysfonctionnels, si j’osais je dirais même un peu disjonctés mais terriblement humains dans leurs fragilités et leurs côtés, justement, un peu bancals. J’ai adoré aussi cette ambiance de maison de vacances, partagée en famille, si bien rendue. On a l’impression d’y être. Cette grande maison dans la campagne anglaise, où la pluie s’invite parfois, où on vit les uns à côté des autres et bien ça donne  quelque chose de pas vraiment serein, ça bouge, c’est mouvementée et chacun de son côté se bat avec quelque chose. Parfois évidemment tout cela se mélange et ça explose évidemment…

Autant au début c’était difficile mais vers la fin je freinais un peu, je n’avais tout simplement pas envie de le finir et de quitter cette maison et cette famille. J’ai trouvé les personnages adolescents vraiment réalistes et bien croqués. Les thématiques de leurs problèmes sont sérieuses et loin d’être frivoles (comme c’est parfois le cas avec les personnages d’ados). On y rencontre le spectre de l’homosexualité (pas clairement défini) et celui d’ un harcèlement scolaire avec une photo prise sur le vif et partagé sur le net. Quand aux adultes ce n’est guère plus réjouissant, une jeune femme se débat avec un deuil non digéré et une autre a honte de son passé. Les hommes ne sont pas en reste mais j’ai envie de rester flou histoire que vous découvriez tout cela par vous même. N’oublions pas aussi le personnage de Benjy, le plus petit, qui malgré son jeune âge est déjà un personnage complet et très intéressant. Et puis le cadre est beau, ce qui fait que l’on prolongerait bien le séjour ;  » à bien y réfléchir c’était vraiment beau ici, cette immense cuvette verdoyante, les nuages qui changeaient de forme en se déplaçant, l’odeur du feu de bois.«  (p 33) Moi qui aime la pluie, comment ne pas être charmée par ce passage là, si poétique ;

 » Elle arrive, tel un immense rideau gris traîné depuis le sommet des collines, les champs maculés, assombris. Un bruit de gravier mouillé qui viendrait s’écraser comme les vitres. Les gouttières se remplissent et glougloutent, l’eau jaillit du pied des tuyaux de descente. Les gouttes ricochent en éventail sur le dossier du banc, sur les marches de pierre et sur le toit, lustré de la Mercedes. L’eau se rassemble et s’écoule dans les ornières de l’allée, elle dégouline dans la cheminée, elle tinte et pétille sur le métal brûlant du poêle, elle se faufile à travers le vieux mastic qui maintient les vitres à petits carreaux et forme des flaques sur les appuis de fenêtre. La pluie presque horizontale maintenant, vivant graphique de la force du vent. Tous les repères extérieurs effacés, plus d’horizon, plus de lignes stables. La maison a décollé, l’orage l’emporte et la fait voler sur une substance qui n’est ni tout à fait de l’air ni tout à fait de l’eau…/…. » (p232)

Et puis j’ai adoré ce rapport si complice entre les frères et la soeur,  Alex, Daisy et le petit Benjy comme dans ces passages là ;

 » Alex lui prépara une assiette de fromage et de galettes d’avoine avec un assortiment de sauces et ils s’assirent côte à côté pour manger, leur solidarité rayonnante expulsant peu à peu tous les autres de la pièce, à part Benjy. » (p263)

Alors Benjy se leva du banc, fit le tour et vint s’asseoir de l’autre côté de Daisy, il passa son bras autour d’elle et dit ; Daisy sandwich, parce que c’était ce qu’ils lui faisaient, avant, quand il avait du chagrin. Ils se serrèrent les uns contre les autres, puis se lâcherent. » (p264)

Tellement émouvant le dessin, que Benjy lors du départ, laisse dans le livre d’or ;

 » Il passa vingt minutes à couvrir une double page d’un dessin compliqué de la maison et du jardin. Le crâne de cheval, la mare avec le frai de grenouilles, les lettres G et F entrelacées dans le fer forgé ornemental rouillé de la grille, au pied de la colline. Tout le monde admira le dessin, il était super, meilleur en un sens qu’un vrai dessin d’adulte, les lignes de traviole, l’échelle bizarre, les détails excentriques, parce c’était l’image qu’ils conserveraient tous de cet endroit, rien ne sera tout à fait conforme à la réalité, des éléments ajoutés, des éléments retirés. Le poêle occupera une grande place pour Angela, la remise pour Alex. Tout le monde oubliera la girouette en forme de renard. » (p338)

Je crois que j’ai eu autant de mal à partir que les personnages (peut-être plus ;0) D’autres passages que j’ai adorés ;

 » Elle se regarda dans la glace et reconnut l’animal enfermé en elle qui grandissait, qui mangeait, qui réclamait. Elle aurait tellement voulu avoir l’air quelconque pour que le regard des autres glisse sur elle. Maman avait tort. Le problème n’était pas de croire ceci ou cela, ce n’était pas une question de bien ou de mal, de justice ou d’injustice. Il s’agissait seulement de trouver la force de supporter l’embarras indissociable de l’existence dans ce monde.  » (p36)

 » Elle regarda autour d’elle. Un paysage nu et désolé, on ne voyait plus aucun champ désormais, juste une lande de montagne déserte, au loin, les collines noires sous le ciel massif blanc cassé. Où était sa veste ? L’enfer ressemblait peut-être à cela. Pas de feu, pas de cohorte de démons, mais un nulle part glacial et vide, le coeur aspirant désespérément à un peu de chaleur, un peu de compagnie, et l’esprit le sermonnant ; ne te leurre pas, tu ne les trouveras pas ici.  » (p203)

J’ai franchement adoré cette lecture et cette famille fera partie désormais de mes intimes, je ne les oublierais pas de sitôt. J’espère vous avoir convaincus de vous lancer dans cette lecture, oui vraiment…

Vacances à l’anglaise

Mark Haddon

Traduit de l’anglais par Odile Demange

Editions du Nil, 2014

 Pour le mois anglais chez  Lou, Titine et Cryssilda

 

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30 réflexions sur “Vacances à l’anglaise de Mark Haddon

  1. Oh oui, oui, oui, je suis convaincue ! Ce livre est dans ma PAL depuis sa sortie en GF. Oui, j’ai vraiment tardé à le lire, mais j’en ai maintenant très envie. Merci pour cette très belle chronique !

  2. Le style de l’auteur est particulier, en effet. Je n’ai pas lu celui-ci, ayant pas du tout aimé « Le bizarre incident du chien… ».
    A part cela, j’aime bien la nouvelle mise en place/disposition de ton blog mais l’image de fond; wow, je la trouve vraiment déprimante et à vrai dire, je suis étonnée; tu ne nous avais pas habitués à cela avec tes images toujours très champêtres et joyeuses.
    Bises.

    • Et bien j’ai changée ça ;0) Je l’aimais bien ce design mais j’ai pris note de vos remarques… Oui un style déconcertant mais une fois que l’on ai habitué c’est très réussi… Bises aussi

  3. Coucou l’Or j’ai loupé quelques billets pardon c’est peut être parce que
    j’ai du mal avec ton nouveau design blog !
    Juste par gout personnel je le trouve un petit peu tristounet mais ne t’inquiète pas ce n’est pas un reproche
    tu fais comme tu veux c’est ton blog !
    juste mon petit avis qui ne vaut pas grand chose !!
    Je t’embrasse je suis contente que tes lectures en ce moment t’inspire bien et te font faire de beaux billets !

    • Bon j’ai encore changé le design parce que beaucoup d’entre vous n’aimaient pas trop :0( J’espère que tu aimeras plus cette version ! Moi aussi je t’embrasse Marielle et merci

  4. Je voulais lire ce livre pour le mois anglais mais je l’ai abandonné au bout de 80 pages tellement je m’ennuyais… le style m’a agacée, je n’y comprenais rien… et quand je comprenais, ce n’était pas plus intéressant…

    • ça m’a fait ça au début un peu et puis finalement j’ai adoré, c’est caustique et ça sonne finalement tellement juste, la famille c’est jamais simple ;0)

  5. […] Vacances à l’anglaise de Mark Haddon (clic)  »  les personnages vous resteront longtemps en tête. Ils sont atypiques, d’une certaine façon dysfonctionnels, si j’osais je dirais même un peu disjonctés mais terriblement humains dans leurs fragilités et leurs côtés, justement, un peu bancals. J’ai adoré aussi cette ambiance de maison de vacances, partagée en famille, si bien rendue. » […]

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