Littérature

L’amour secret de Paola Calvetti

Ce livre a (pour l’instant) eu droit à pas mal de billets désabusés. Mais il y a aussi le billet de Pascale qui est plutôt enthousiaste. Pour ma part quand je l’ai commençé, je me suis dit; aie, ça va pas le faire… Et cela me semblait plutôt triste puisque c’était mon premier livre partenariat. Mais très vite, je me suis laissée entrainer par la douceur de ses pages. Le livre a su m’emporter… Je dois dire que j’ai un gros faible pour la littérature italienne… Il y a bien sûr Milena Agus qui m’a vraiment happé avec son livre « Battement d’ailes » et il y a aussi, et surtout, Simonetta Greggio dont j’adore les livres. Elle fait partie de ces auteurs dont j’achète le dernier livre sans hésiter, sans même lire le quatrième de couverture. Je suppose que j’étais prédisposé à apprécier ce livre là.

Certaines ont ressentis de l’ennui mais je dois dire que je n’ai pas du tout eu le même ressenti. De toute façon je trouve que les romans épistolaires sont, par nature, très entraînant et extrêmement facile à lire… Et cela même, s’il n’est pas composé que de lettres.On peut dire que ça coule tout seul… Chaque page entraîne une autre et on arrive à la fin sans même s’en apercevoir. Pour moi c’est un bon livre pour les vacances, à lire les doigts de pieds en éventail, planqués dans un sable tiède et douillet. Un livre détente que j’ai trouvé pour ma part très agréable. Il a l’avantage d’être court aussi, donc pas de problème de PAL qui pourrait trépigner et vous faire la tête…

 La montagne sainte victoire, Pays d’Aix

La présentation de l’éditeur : A la mort de son père, célèbre violoncelliste, Lucrezia met au jour dans les affaires du défunt une boîte remplie de lettres, toutes écrites par la même personne : une certaine Costanza qui, des années durant et dans le plus grand secret, fut la maîtresse du musicien.

Surprise de découvrir cette relation dont elle ne soupçonnait pas l’existence, Lucrezia décide de se rendre en Provence, chez Costanza, afin d’en apprendre d’avantage sur son père. Le temps d’un week-end, celle-ci va lui parler de l’homme qu’elle a aimé clandestinement.

 Photo de Martigues, la venise provençale

J’ai vraiment passé un moment très agréable avec ce livre, j’y étais installé douillettement. Je n’avais pas du tout envie de le quitter. J’appelle cela mes livres « récréation », juste là pour la détente et le plaisir de la lecture. Et cela ne se refuse pas, tout comme un grand verre de thé glaçé après une belle promenade au soleil. La musique tient une grande place dans ce roman, Brams, Debussy, Schubert et d’autres encore… Et le roman est découpé comme une symphonie, avec ces mouvements  et l’entracte.

Quelques extraits :

  » J’ai atteind l’objectif que je m’étais fixé : un travail que j’adore, un bon mariage, des enfants. Mon amour pour toi implique une urgence dont mon quotidien est exempt. Je n’ai pas l’étoffe d’une maîtresse. Ni même d’une amie. J’ai besoin d’appartenir à quelqu’un. Et je veux quelqu’un qui m’appartienne. Je ne partage rien. Tu as trouvé la case où me ranger. De mon côté, cela déborde. Une famille, j’en ai une. Et tu n’imagines pas à quel point je l’aime. Combien elle est extraordinaire, dans son imperfection. Et combien elle satisfait mon besoin d’une structure, d’un espace à remplir de gestes, de paroles, de tendresse, de sérénité. J’essaie d’apprendre à mes enfants à supporter la fragilité. Je voudrais n’avoir pas besoin que tu m’aimes. Mais l’amour me rend dépendante, exigeante, vulnérable. Les femmes qui ont un amant gèrent le temps, cela n’a rien à voir avec nous. Je me sens mal.

C.     « 

Une description de sa maison en provence, qui donne l’eau à la bouche : (ah, vivre en provence, le rêve !!!) :

  » La coulée de pins maritimes aux racines noueuses contrastait avec les épis de blé mûr et les buissons de lavande qui avaient poussé autour de la maison. En quelques années, j’ai aménagé ici un jardin sage et modeste. Il est accueillant, et j’aime à l’entretenir…/…

…/… La maison était éventrée par le temps, Lucrezia. Le jour où je l’ai vue pour la première fois, je me suis représenté le jardin sans les mauvaises herves et les plantes sauvages, jolies mais inutiles. Je l’ai tout de suite imaginé tel que vous le voyez. Il s’est transformé au fil des jours et au rythme de mes envies. Vous devriez venir en juin, quand le parfum de la lavande pénètre les narines, se glisse sous la peau, envahit les pièces. A la fin de l’été, je la cueille et je mets ces graines violettes dans des sachets de toile. « 

Et puis il y a cette magnifique parenthèse que vivent les amoureux en Bretagne et les quelques lignes que Constanza écrit pour garder des traces de ce séjour et les offrir à son amant. Ce sont mes pages préférés. Elles sont très douces, mélancoliques et désenchantés à la fois. A ces lettres s’ajoutent les souvenirs que Constanza raconte à Lucrezia, en les égrenant doucement, comme les perles d’un collier précieux  :

  » Nos petits déjeuners étaient interminables, Lucrezia. Nous restions des heures à table. Sur la nappe immaculée s’offrait tout un assortiment de confitures dans des coupelles de porcelaine. Il mangeait de tout, goulûment. Je n’ai jamais compris comment il pouvait avaler des oeufs au plat, des croissants chauds et plusieurs tasses de lait à la suite, mélangeant goûts et couleurs au mépris de l’esthétique. Pour moi, la nourriture est le reflet de l’âme. Tristesse est synonyme de diète. En Bretagne, j’ai grossi. Alourdie par la tendresse. Dans ce cadre, il était simple de s’aimer : manger, marcher, faire l’amour, dormir, lire, parler sans penser au temps qui s’écoulait. Ces vacances, nous aurions été incapables d’en raconter la magie. « 

J’espère vous avoir donné envie de lire ce petit livre tout doux, un bel intermède pour accompagner les chaudes journées (ben oui, normalement) d’été. Je pense qu’il mérite que vous lui donniez sa chance.

L’amour secret

Paola Calvetti

Editions des Presses de la Cité

Et un grand merci à Suzanne de Chez les filles et aux Presses de la Cité pour m’avoir proposé ce livre…

D’autres billets : Clara, Keisha, MaggieMirontaineSaxaoul , Virginie et Sandrine

Publicités
Littérature

Garden of love de Marcus Malte

Cela faisait un petit moment que j’avais envie de vous parler de cette lecture. Je l’ai lu en Août 2008 et bien sûr pour faire un billet digne de ce nom il faudrait que je le relise… Mais le temps me manque pour l’instant. Si je vous en parle c’est que, j’aimerais vraiment que ce livre arrive entre vos mains. Il a été un vrai coup de coeur pour moi. Un livre très fort, que l’on oublie pas de sitôt. Il fait parti de ces livres, vous savez, ces livres qui sortent de l’ordinaire. Ceux qui vous rappellent pourquoi vous aimez tant lire. Un de ceux qui vous bouscule et vous malmène. C’est un livre qui vous empoigne, vous dévore, vous possède comme une fièvre. Vous tournez les pages comme envoutés, même si vous entrez dans un prodigieux cauchemar. Vous n’avez pas d’autres choix que de continuer. C’est une histoire qui a un sacré souffle, un roman qui a une sacrée personnalité…

La vie, le monde qui gravitent autour de vous s’effacent, s’écartent comme un rideau. Et vous avez devant les yeux un univers glacial mais prenant, une histoire incroyable. Et vous entrez là dedans à petits pas, timidement d’abord, et sans hésitation après comme on se jette dans une décision pour laquelle on a longtemps hésité. Vous avez le souffle court et le coeur battant… N’est ce pas là ce que l’on demande à n’importe quel livre ??? Cet évasion là ? Je l’ai lu il y a deux ans et les sentiments qui m’ont alors traversés sont encore tout frais dans ma mémoire.

Le sujet  : Troublant, diabolique même ce manuscrit qu’Alexandre Astrid reçoit par la poste ! Le titre : Garden of love. L’auteur : anonyme. Une provocation pour ce flic sur la touche, à la dérive, mais pas idiot pour autant. Il comprend vite qu’il s’agit là de sa propre vie. Dévoyée. Dévoilée. Détruite. Voilà soudain Astrid renvoyé à ses plus douloureux et violents vertiges. Car l’auteur du texte brouille les pistes. Avec tant de perversion que s’ouvre un subtil jeu de manipulations, de peurs et de pleurs. Comme dans un impitoyable palais des glaces où s’affronteraient passé et présent, raison et folie,Garden of love est un roman palpitant, virtuose, peuplé de voix intimes qui susurrent à l’oreille confidences et mensonges, tentations et remords. Et tendent un redoutable piège. Avec un fier aplomb.

Allez au delà des premières pages qui sont, à mon goût, assez glauques et sordides… La suite est une vraie petite merveille. Il vous faut le lire, oui absolument…

Un extrait :

  » Notre grande scène des retrouvailles avait duré moins de trois minutes. Je suis resté sur place une demi-heure de plus, je ne l’ai pas vu ressortir. Puis le ciel a tonné juste au-dessus de nous et l’averse est tombée d’un seul coup. J’ai rameuté les garçons et nous sommes repartis au pas de course, cette fois par la promenade qui longe la plage. En passant devant le Neptune, je me suis efforcé de ne pas tourner la tête. J’ai pensé qu’il était peut-être en train de me regarder, nous regarder, à travers les vitres teintées. La pluie m’a fait du bien. On est arrivés trempés. Les petits avaient encore des algues brunes collées aux bottes et aux pantalons comme des bouts de sparadrap. Piteux et hilares à la fois.

– Ben voyons… a soupiré Florence en nous voyant.

Sourire aux lèvres. Dieu qu’elle était belle. On s’est déshabillés et frottés avec des serviettes. Les enfants riaient. Tout cela représentait une tranche de vie familiale absolument parfaite. L’image même de l’harmonie et du bonheur. Des gens qui s’aiment. Je ne peux pas m’empêcher d’y croire, à chaque fois. Je cherche alors le regard de Flo et j’espère de toute mon âme qu’il ne se démentira pas. S’il y a  une chose que j’ai apprise, c’est à repérer les ombres qui planent au fond de ses yeux…/…

…/… Il a plu tout le reste de la journée par intermittence. Nous n’avons plus mis le nez dehors mais les garçons se sont tenus tranquilles. Le sapin, la crèche. Les derniers préparatifs. Et toujours cette impression de bonheur ordinaire et serein. Quelque chose d’extrêmement précieux pour moi. Hélas, avec ce qui se jouait dans les replis de mon crâne, il m’était impossible de me laisser aller et d’y adhérer pleinement. Je voyais ça de l’extérieur et ma propre joie, ma petite fête personnelle en était en partie gâchée. Ne serais-ce que pour ça, j’en voulais à Ariel d’avoir reparu juste ce jour-là. J’ai du mal à croire au hasard. On s’est fait notre petit repas de réveillon tous les quatre. Le sapin clignotait dans un coin du salon. Florence avait disposé des espèces de lumignons multicolores un peu partout dans l’appartement. J’ai chassé l’idée que ça pouvait ressembler à une veillée funèbre. Je me suis concentré sur leurs visages. Celui de Flo. Celui d’Etienne le Sage. Celui de Mattéo, Mat-au-Marteau, roi des bricolos. Mes trois merveilles. Mes trois étoiles dans la nuit noire. Les reflets avaient des éclats doux sur leur peau comme autour d’un feu et leurs yeux brillaient. J’ai souhaité qu’il n’y ait jamais de fin à ça. Mais qui sait où se perdent nos prières ? « 

J’espère vraiment vous avoir convaincus… Ce livre est beaucoup plus qu’un polar. Il a pour lui un vrai style et une écriture percutante. Vous pouvez faire un petit tour ici, prenez le temps de lire toute la page. Vous y trouverez toutes ses distinctions et sélections. Des extraits de la presse (nombreuses) et la critique du Elle. Et sur la colonne de gauche, toutes les blogueuses et blogueurs qui en ont fait un billet (et là aussi il y en a un paquet).

Je vous en donne moi même quelques-uns :Florinette, Karine, Amanda, Chaplum, Papillon, KathelRichard, Saxaoul, ect, ect…

Mais le meilleur conseil que je vous pourrais vous donner c’est de les lire après votre lecture. D’en lire le moins possible et d’arriver, comme moi, dans votre lecture sans en savoir plus que les quelques lignes, qui n’en disent pas trop, du quatrième de couverture. C’est un livre qu’il faut aborder dans la plus grande incertitude… Il faut entrer dans ce livre comme dans un brouillard… Vous verrez, les frissons sont aux rendez-vous… Et je le trouve parfait pour une lecture d’été. Bonne lecture !

Editions Zulma

 Challenge d’Anne : Des notes et des mots

Littérature

Ma soeur, mon amour de Chitra Banerjee Divakaruni

masoeurLecture commune avec Soukee, Hilde et Séverine.

D’abord je tiens à dire que je suis tellement ravie de la lecture de ce roman que je compte bien ne pas m’en tenir là pour ce challenge  » Bienvenue en Inde  » et que je lirais d’autres titres. C’est un très beau roman, une histoire poignante… Et encore une fois une histoire de soeurs, même si cette fois ci, c’est des soeurs de coeur puisqu’elles ne sont que cousines. C’est un roman que j’ai dévoré, avide de savoir la suite. Pour cela, je vais rester assez vague avec le sujet, préfèrant vous le laissez découvrir par vous même. Cela serait dommage de déflorer le coeur de ce roman.

C’est la voix de Sudha et d’Anju que nous entendrons, tour à tour, dans ces pages. Sudha et Anju ont été élevées comme des soeurs dans la même maison de Calcutta. Elles vivent dans un milieu presque exclusivement féminin avec leurs deux mères respectives et leur tante qui est veuve ; Pishi. Leurs pères meurent, à toutes les deux, le jour de leur naissance. Le Bidhata Purush ne s’est pas montré magnanime.

  » Les vieilles légendes racontent que, durant la première nuit qui suit la naissance d’un bébé, le Bidhata Purush en personne descend sur terre pour décider du sort de l’enfant. C’est pour cette raison qu’on baigne les bébés dans le l’eau parfumée au santal et qu’on les enveloppe dans du malmal rouge tendre, couleur de la chance. C’est pour cette raison qu’on dépose des sucreries à côté du berceau. Du sandesh aux feuilles argentées, des pantuas bruns flottant dans du sirop doré, des julipis, glacés au miel, d’un orange aussi vif que le coeur d’une flamme. Si la chance sourit à l’enfant, il ne restera plus rien de ces sucreries le lendemain matin. « 

Il y a dans ce livre les odeurs de l’Inde et les couleurs chatoyantes des saris, la douceur et la fluidité des tissus de satin. Mais il y a aussi la dure réalité des mariages arrangés et de l’emprisonnement que cela représente :

  » L’année s’écoule ainsi. Certains jours immobiles et opaques, comme si j’étais dans le coma, en attendant que ma véritable vie reprenne. D’autres, parfois, agités de soubresauts, haletants et postillonnants, me rappellent que ma courte vie de liberté est sur le point de s’achever. Bientôt le monde se limitera pour moi à ces murs et à ces figuiers. Tandis qu’Anju, jusqu’où ira t-elle, en me laissant derrière ? Comme je lui paraîtrai terne quand elle rentrera à la maison, aussi éclatante qu’un tournesol gorgé de lumière. Quand le temps viendra de m’échapper de ma prison, en aurai-je la force ? Ou serai-je comme l’oiseau trop apprivoisé qui préfère sa cage à la vaste étendue bleue du ciel, si effrayante ? « 

Il y a là l’affection entre deux soeurs, un sacrifice et un don de soi total. Et la découverte de l’amour :

  » Mais elle s’est déjà assise à côté de Sunil, épaule contre épaule, et a ouvert le livre. Je ne la blâme pas. Je sais ce que c’est que d’avoir son sang qui bat au rythme de celui d’un homme, de ne pouvoir penser à rien d’autre qu’au fait qu’il est là, près de vous. De ne désirer qu’une chose : rester seule avec lui, pour toujours. De ne conserver pour tous souvenirs que la brûlure satinée de ses lèvres, la légèreté de ses mains qui volettent sur votre corps comme des étourneaux, son odeur d’aubépine sauvage, semblable à nulle autre. Aviez-vous une vie avant lui ? Vous n’en savez rien. La seule chose que vous sachiez est que si vous ne le revoyez pas, vous mourrez.  » 

  » Je suis du sucre filé, je fonds sous sa bouche. Je suis du vin doux, qui nous intoxique tous les deux. Je suis la femme la plus heureuse du monde. « 

Inde2

Il y a aussi des passages allèchants, avec le goût des saveurs, des âromes, des effluves de bonheur :

  » La mère de Sunil est une fervente cuisinière. Comme pour tant de femmes, faire la cuisine est sa façon d’exprimer son amour. Sa tâche serait plus facile si son mari n’était pas si tatillon. Elle réussit réanmoins à réaliser des dîners qui sont de véritables oeuvres d’art. Ce soir elle a fait un dal de musoor avec des mangues vertes, aliments excellents d’après le père de Sunil pour adoucir le caractère, mais qui ne semble pas agir dans son cas. Il y a du riz basmati vieilli (facile à digérer), de la purée de pomme de terre accompagnée de potiron amer (pour nettoyer le sang), et un curry de gombos au gingembre (pour stimuler les organes digestifs). « 

Mais ce que je retiendrais en premier de ce roman, c’est cet amour grandiose, cette affection sublime, qui unit Sudha et Anju.

  » Mais finalement j’ai compris. Ce que les gens ne supportent pas, c’est le bonheur que nous éprouvons, Sudha et moi, d ‘être ensemble. De n’avoir besoin de personne d’autre. Il en est ainsi depuis notre naissance. Avant même que j’ai su marcher, m’a raconté Pishi, je me faufilais en rampant dans le dédale de couloirs, à la recherche de Sudha, et nous poussions des hurlements de rire quand je finissais par la trouver. Nous nous amusions pendant des heures, jouant avec les orteils, les doigts et les cheveux l’une de l’autre, et quand tante N arrivait pour emmener Sudha, nous nous mettions dans une telle colère qu’elle battait en retraite. C’était bien la peine, disait-elle à Pishi d’un ton amer, d’avoir enduré les douleurs de l’accouchement, pour se retrouver, au bout du compte, sans fille. Toute notre enfance, nous avons pris notre bain ensemble, mangé ensemble, souvent dans la même assiette, nous tendant l’une à l’autre nos aliments favoris : triangles de parothas, bruns et craquants, aubergines frites, boulettes de rasogollah sucrées et spongieuses. Notre jeu préféré c’était d’interpréter les contes de fées que Pishi nous racontait, Sudha était toujours la princesse et moi le prince qui venait la sauver. La nuit, nous couchions dans des lits jumeaux, dans ma chambre, bien que Sudha eût sa propre chambre, à côté de celle de sa mère, un  mausolée sombre et laid, rempli de vieux tableaux à l’huile et de lourds meubles d’acajou. Nous chuchotions, nous gloussions, jusqu’à ce que Pishi viennne menacer de nous séparer. Et quand nous faisions des cauchemars, au lieu de chercher le réconfort auprès de nos mères, nous nous serrions l’une contre l’autre, dans le même lit…./…

…/… Ils ne comprenaient pas que jamais Sudha et moi ne nous étions senties meilleures que les autres. Simplement, nous nous fournissions l ‘une à l’autre tout ce dont nous avions besoin. Comme dit Pishi : pourquoi aller jusqu’au lac chercher de l’eau quand on a un puits dans sa cour ? « 

Bien sûr, je vais me précipiter pour aller commander le deuxième tome  » la liane du désir « . Il me faut la suite… Et très vite… Et je vais, de ce pas,  lire les avis de mes accompagnatrices. Les lectures de Lounima, Antigone et George 

Ma soeur, mon amour

Chitra Banerjee Divakaruni

Editions poche 10/18

 Challenge  » Bienvenue en Inde  » (cliquer sur le logo pour le lien)

Littérature

Jour de juin de Julia Glass

Jours de juin        Jours de Juin Lecture commune avec Theoma et Keisha

C’est ma deuxième lecture de cet auteur.  » Refaire le monde  » avait été un de mes coups de coeur de mon été 2009 et franchement je resigne direct pour un troisième roman avec elle… C’est un livre qui fait 656 pages mais on ne voit pas le temps passer ! Fenno est un personnage qui a une place assez importante aussi dans  » Refaire le monde « , mais ça n’est pas très important de commencer par l’un ou par l’autre.

  » A la condition d’y consacrer assez d’énergie, l’amour ne finit jamais. « 

Jim Harrison, La route du retour. Phrase en bonne place, avant les premières lignes du livre.

Ce roman se situe sur trois périodes, trois étés de la famille McLeod. Le premier en 1989. Paul vient de perdre sa femme Maureen et part en Grèce pour ne plus ressacer ses souvenirs encore et encore…

  » Paul avait choisi la Grèce pour sa blancheur annoncée : la chaleur incandescente du jour, l’affluence nocturne des étoiles, l’éclat des maisons chaulées le long de la côte. La Grèce aveuglante, brûlante, somnolente, fossilisée. « 

Grèce

 

 

 

leucade -grèce

Si Paul est malheureux, il n’a pas l’intention de faire une croix sur sa vie.

  » Paul soupire,  » Je ne suis pas un grand collectionneur.  » Plus exactement, il aurait pu dire qu’il n’est pas venu ici pour en rapporter des souvenirs mais pour les oublier, pour y apporter une partie des siens et les laisser tomber comme des pierres, un par un, dans la mer. « 

Cette première partie nous permet aussi de faire la connaissance de Maureen, une femme dynamique et déterminée. Elle tenait un élevage de Collies, des chiens, gardiens de moutons. Un rêve qui lui tenait à coeur et dont elle fait mention dès sa première rencontre avec Paul. Il est aussi question des derniers jours de Maureen qui mourra d’un cancer des poumons.

Notre deuxième partie est concentré sur Fenno, l’un de leurs trois fils. Dennis et David, sont ses frères jumeaux. Fenno se sent un peu à l’écart de cette famille, différent, mais est-ce seulement parce qu’il est homosexuel ? Fenno n’aura jamais l’occasion de parler de son homosexualité avec son père. C’est sans doute quelque chose qui lui pèsera toute sa vie. La deuxième partie commence sur les retrouvailles de nos trois frères, lors de l’enterrement de leur père, Paul. Fenno se sent plus à l’aise avec Dennis, cuisinier, que de David, un peu railleur…

  » Avant même que j’ai atteint la porte d’entrée, Dennis me serre dans un étau parfumé à l’ail. Dennis et David sont tous les deux sensiblement plus grands que moi, mais Dennis me dépasse presque d’une tête, et la sensation que me procure son étreinte est sans conteste fraternelle, dans le meilleur sens du terme…/… Toute la tendresse, toute la gentillesse des deux côtés de notre famille, présente chez nos parents, certes, mais pas à un tel degré, ont dû couler comme de la sève au travers de notre arbre généalogique pour se condenser dans le débordement affectueux de mon plus jeune frère. Dennis est ce rare cliché devenu réalité : un joyau, un diamant à l’état brut. « 

Là, nous voilà en plein coeur d’une belle histoire de fratrie. Dennis et David sont mariés, Dennis a des filles mais David et Lillian n’ont pas d’enfants… Ce qui donnera suite à un évènement important dont je ne vous parlerais pas ( je ne vais tout de même pas tout vous raconter…). A cela se rajoute aussi la rencontre de Fenno avec Mal, critique musical, atteint du sida. J’avoue que qu’il y a un passage qui m’a donné les larmes aux yeux, et c’est une chose qui m’arrive rarement lors de la lecture d’un livre. Il ne faut pas oublier non plus Felicity, l’oiseau tellement tendre et affectueux dont Mal fera cadeau à Fenno, (sans en avoir trop le choix.)

La troisième partie (mais je serais bien resté plus longtemps avec Fenno…) est  consacré à Fern. Cette jeune femme dont Paul avait fait connaissance lors de son voyage en Grèce. Bien sûr tout cela se regroupe et nous ne perdons pas de vue Fenno ni ses frères… L’histoire en elle même n’est pas la plus importante. L’important c’est le style de l’auteur et son lyrisme. Les pages s’enchainent les unes après les autres et il n’y a pas de temps mort. Je n’ai ressenti de l’ennui à aucun moment, ce qui n’est tout de même pas évident, vu le nombres de pages. Fenno est un personnage très attachant. Un homme que l’on aimera bien connaître et avoir pour ami.

Si  » Refaire le monde «  pouvait faire partie des livres que j’appelle  » bonbons au miel « ,  » Jours de juin  » est plus grave, plus triste. Attention, je ne dis pas du tout que c’est un livre déprimant mais le sujet est plus pesant que dans  » Refaire le monde « . Malgré ça je considère que ce livre est un petit délice, un vrai, vrai moment de bonheur… Vivement le prochain… C’est un livre doux, tendre, moelleux… Je vous le recommande fortement… Avec ce livre vous vous promenerez entre la Grèce, l’Ecosse et New York… Il y a aussi des pages délicieuses et gourmantes qui parlent de cuisine… Et sans oublier le monde des livres, parce que j’ai oublié de vous dire que Fenno tient une librairie avec passion… Bref, lisez le, vous ne le regretterez pas !

Un dernier passage, pour le plaisir :

Véronique, la femme de Dennis :

  » – Ce jardin, vois tu, me rappelle ma vie avant l’arrivée des filles. Oh, une vie délicieuse, une vie pleine de couleurs et de passions. Et ce petit bois de cerisiers, dirais-je, est à l’image de mon mariage avec Dennis. Mais avoir des enfants… avoir des enfants, c’est comme planter des roses, du muguet, des lavandes, du lilas, des gardénias, des giroflées, des tubéreuses, des jacinthes… C’est atteindre une sensation de plénitude, une sensation merveilleuse que l’on ne connaissait pas auparavant. C’est donner à son jardin une autre dimension. Le parfum de la vie même. « 

Un passage magnifique page 450, 451 et 452 (il est un peu trop long pour vous l’écrire), à lire absolument. Et quand à moi, je file lire l’avis de Theoma et de Keisha. Rajout ; celui de Kathel

Jours de juin

Julia Glass

Editions des deux terres et Points poche