J’ai nom sans bruit, extraits

J'ai nom sans bruit

  » J’ai toujours écrit des poèmes. Aussi loin que je puisse me souvenir, je me revois bataillant avec les pieds et les rimes, petite cela m’amusait beaucoup, j’étais assez systématique, poèmes  à trois vers,à quatre, à cinq, à six, rimes en on, en eille, en aire, je m’enivrais d’alexandrins, mais aussi d’octosyllabes, de décasyllables et même de monosyllabes. J’écrivais des sonnets, des rondeaux, des villanelles et quantité de choses qui n’ont pas de nom parce qu’elles ne répondent à aucune règle enregistrée.

J’ai voulu très tôt y consacrer ma vie. Ce que j’ai fait, durant les années de lycée, puis à l’université où je me suis penchée avec émerveillement sur de très vieux poètes, morts depuis des siècles. Je noircissais dans le même temps carnets et blocs avec entrain, mon inspiration se mélangeant à l’enthousiasme des premières découvertes. Non seulement je ne doutais de rien concernant la source où je puisais inlassablement et qui me paraissait intarissable, puisque les mots eux-mêmes servaient de réservoir, mais je ne me demandais pas non plus quel avenir était réservé aux poètes et à leur production. Me préoccuper de cela me semblait inutile et vain, voire complètement déplacé dans le mouvement que j’avais engagé, et qui dépassait largement les contingences matérielles de la vie quotidienne.

Je n’ai jamais eu l’intention de faire autre chose qu’écrire. Je niais farouchement la réalité qui veut que l’on doive gagner sa vie, travailler, avoir un métier. Je refusais d’en tenir compte, persuadée que l’on pouvait tenir à distance cette contrainte, pour peu qu’on en eût la ferme résolution. De la même façon, je ne voulais en aucun cas subir la tyrannie de l’argent et envisager l’existence sous l’angle unique d’un compte en banque à remplir. L’exercice de l’art et celui de la liberté sont en liance étroite et serrée, ils se pratiquent dans la même ascène et le même refus des aliénations de toutes sortes. Je ne me posais pas la question de savoir comment les choses se passeraient réellement, tout simplement parce que je ne concevais pas que le matériel puisse venir se mettre en travers de mon chemin. « 

J’ai nom sans bruit, extraits

Isabelle Jarry

Vous êtes plusieurs dont la curiosité à été aiguisés par le titre d’Isabelle Jarry : « J’ai nom sans bruit « .  Voilà donc de quoi vous rassasier en attendant mon billet.

No et moi de Delphine de Vigan

No et moi Existe également en livre de poche : No et moi

Le mot de l’éditeur :  »  Lou Bertignac a 13 ans, un QI de 160 et des questions plein la tête. Les yeux grand ouverts, elle observe les gens, collectionne les mots, se livre à des expériences domestiques et dévore les encyclopédies. Enfant unique d’une famille en déséquilibre, entre une mère brisée et un père champion de la bonne humeur feinte, dans l’obscurité d’un appartement dont les rideaux restent tirés, Lou invente des théories pour apprivoiser le monde. A la gare d’Austerlitz, elle rencontre No, une jeune fille SDF à peine plus âgée qu’elle. No, son visage fatigué, ses vêtements sales, son silence. No, privée d’amour, rebelle, sauvage. No dont l’errance et la solitude questionnent le monde. Des hommes et des femmes dorment dans la rue, font la queue pour un repas chaud, marchent pour ne pas mourir de froid. « Les choses sont ce qu’elles sont ». Voilà ce dont il faudrait se contenter pour expliquer la violence qui nous entoure. Ce qu’il faudrait admettre. Mais Lou voudrait que les choses soient autrement. Que la terre change de sens, que la réalité ressemble aux affiches du métro, que chacun trouve sa place. Alors elle décide de sauver No, de lui donner un toit, une famille, se lance dans une expérience de grande envergure menée contre le destin. Envers et contre tous. Roman d’apprentissage, No et moi est un rêve d’adolescence soumis à l’épreuve du réel. Un regard d’enfant précoce, naïf et lucide, posé sur la misère du monde. Un regard de petite fille grandie trop vite, sombre et fantaisiste. Un regard sur ce qui nous porte et ce qui nous manque à jamais. »

Ce livre est, indéniablement, très émouvant. Il vous touchera au cœur, forcément. Ce n’est pas un coup de cœur parce que j’avais sans cesse le souvenir, sur un sujet approchant, du livre d‘Isabelle Jarry : « J’ai nom sans bruit » que j’ai vraiment adoré et dont l’écriture me convenait beaucoup plus. Il n’empêche, c’est une belle lecture, il se lit très vite et très facilement. Lou est une gamine surdoué, qui réfléchit tout le temps et ne s’arrête jamais de cogiter.

«  Dans la vie il y a un truc qui est gênant, un truc contre lequel on ne peut rien : il est impossible d’arrêter de penser. Quand j’étais petite je m’entraînais tous les soirs, allongée dans mon lit, j’essayais de faire le vide absolu, je chassais les idées les unes après les autres, avant même qu’elles deviennent des mots, je les exterminais à la racine, les annulais à la source, mais toujours je me heurtais au même problème : penser à arrêter de penser, c’est encore penser. Et contre ça on ne peut rien. »

L’histoire de Lou est plus douloureuse qu’elle n’en a l’air, sa mère est plus que dépressive depuis la perte de son bébé, une petite fille. Son père essaye de tenir ensemble les côtés pour que, de tout cela, survive un semblant de normalité dans cette famille. Et Lou surnage dans une ambiance plutôt sinistre. Elle fait la rencontre de No, comme Nothing, comme rien, une jeune SDF de 18 ans. Au départ cette rencontre n’est que le prétexte d’un devoir, Lou fait un exposé sur les jeunes sans abri. Mais de fil en aiguille Lou décide de l’aider et No finit par emménager avec elle, ses parents sont d’accord de l’accueillir chez eux. Mais bien sûr rien ne sera aussi simple… Il y a aussi la rencontre avec Lucas, et l’ébauche d’un premier amour… Le beau Lucas, sauvage et rebelle

 «  Il est le roi, l’insolent, le rebelle, je suis la première de la classe, docile et silencieuse. Il est le plus âgé et je suis la plus jeune, il est le plus grand et je suis minuscule. »

Les deux passages qui m’ont semblés les plus percutants :

«  No se tait, pendant quelques minutes, le regard dans le vague. Je donnerais tout, mes livres, mes encyclopédies, mes vêtements, mon ordinateur, pour qu’elle ait une vraie vie, avec un lit, avec maison et des parents pour l’attendre. Je pense à l’égalité, à la fraternité, à tous ces trucs qu’on apprend à l’école et qui n’existent pas. On ne devrait pas faire croire aux gens qu’ils peuvent être égaux ni ici ni ailleurs. Ma mère a raison. C’est la vie qui est injuste et il n’y a rien à ajouter. Ma mère elle sait quelque chose qu’on ne devrait pas savoir. C’est pour ça qu’elle est inapte pour sontravail, c’est marqué sur ses papiers de sécurité sociale, elle sait quelque chose qui l’empêche de vivre, quelque chose qu’on devrait savoir seulement quand on est très vieux. On apprend à trouver des inconnues dans les équations, tracer des droites équidistantes et démontrer des théorèmes, mais dans la vraie vie, il n’y a rien à poser, à calculer, à deviner. C’est comme la mort des bébés. C’est du chagrin et puis c’est tout. Un grand chagrin qui ne se dissout pas dans l’eau, ni dans l’air, un genre de composant solide qui résiste à tout. »

«  On est capable d’envoyer des avions supersoniques et des fusées dans l’espace, d’identifier un criminel à partir d’un cheveu ou d’une minuscule particule de peau, de créer une tomate qui reste trois semaines au réfrigérateur sans prendre une ride, de faire tenir dans une puce microscopique des milliards d’informations. On est capable de laisser mourir des gens dans la rue. »

Un sujet grave, dramatique, triste qui est peut-être un peu trop traité à la légère dans ce roman. Mais cela a suffi pour me plomber le moral…

Parce qu’il n’y a pas d’espoir… Et que le monde dans lequel nous vivons est parfois bien laid… Pour info Zabou Breitman en a fait un film et comme j’adore tout ce qu’elle fait, j’aimerais beaucoup le voir.

Les billets de LilyLeiloonaClarabelNina et Emilie

Read a thon du 09 avril 2011 + Le bilan

RATAvril2011AllanRBanks  Logo de Joelle (avec son autorisation bien sûr)

Samedi 10h10 : Voilà, c’est parti !!! Quelques minutes de retard mais ce n’est pas bien grave…. Pas d’affolement… Je commencerais par Azilis, tome 2 (et par un thé bien fort !!!) Bonne lecture à toutes et à tous (il me semble qu’il y a un garçon cette fois ci). A bientôt !

Samedi 14h39 : Un petit passage rapide pour vous dire que tout va bien, doucement je continue ma lecture d’Azilis, La nuit de l’enchanteur et je me régale. La nuit de l'enchanteur J’ai fait une petite pause de vingt minutes environ pour le repas et maintenant une pleine théire de thé vert m’attend. Quelques douceurs aussi. Tout va pour le mieux ! Il fait un temps magnifique dehors mais je reste à l’intérieur pour me protéger du vent. J’espère qu’il tombera cette après-midi pour me permettre de lire un peu sur la terrasse. Je vais passer chez quelques unes d’entre vous et je reprendrais ma lecture tranquillement. A tout à l’heure… Bonne continuation à vous tous et toutes !!!

Samedi 20 h 06 : Alors voilà, tout se passe très bien… Pas de fatigue… Pas de lassitude… J’ai juste un petit peu plus de mal que la dernière fois à passer d’un livre à un autre mais l’envie de lire est toujours aussi forte. J’espère que tout se passe bien pour vous aussi. Le vent ne s’est pas calmé et je n’ai donc pas pu aller lire sur la terrasse (snif) mais c’est tout de même une journée formidable (autant que la dernière fois, finalement ça m’étonne !). J’ai enchainé thé noir et thé vert et même mangé un petit bout de Lamala. Ma fille est partie vers 14 h 30 chez une amie et les deux garçons ont joués toute l’après midi dans le jardin. Et même après, quand ils sont rentrés, je ne les ai pas entendus… Ils sont super sages (ouf !). Mon homme (qui est la perfection incarnée )est parti une petite heure pour aller chercher de l’essence pour la débrouissailleuse,il a travaillé lui ) et il est revenu avec le tome 3 d’Azilis (youpi, génial, ect…). Mais je ne pense pas l’entamer aujourd’hui… Alors pour l’instant j’ai fini Azilis, La nuit de l’enchanteur La nuit de l'enchanteur et encore une fois c’est un vrai coup de coeur. J’ai fini le tome 2 de Sambre La guerre des Sambre - La guerre des Sambre, T2 et le tome 3 de Sambre La guerre des Sambre - La guerre des Sambre, Hugo et Iris T3 Et je suis pratiquement à la moitié de « No et moi » qui est une lecture très sympathique !!! Là je pense que je vais grignoter un morceau. Quand à ma prochaine lecture, et bien je n’ai pas encore décidé… A plus et très bonne continuation !!!

Samedi 22 h 08 : Ouf… fini…. (bien sûr je me suis arrêtée à 22 h pile, ne vous inquiétez pas). Je peux vous dire que je suis beaucoup, beaucoup, plus fatiguée que la dernière fois et que je ne suis pas mécontente d’arrêter la lecture, je peux même dire que là, je n’en pouvais plus et que je commençais même à avoir la tête qui tourne pour les dernières minutes. Je crois que je n’ai même pas lu 30 pages durant la dernière heure… Je n’arrêtais pas de relire certaines phrases qui n’arrivaient plus à mon cerveau… Mais bon, j’ai à nouveau passé une journée super formidable et c’était vraiment génial… La seule différence c’est que j’ai fait beaucoup moins bien que la dernière fois, je n’ai pas le courage de calculer maintenant mais je crois que j’arrive à moins de 800 pages… Je ne sais pas ce qui s’est passé mais à partir de 19 h 30 c’est comme si le temps c’était mis à défiler comme un fou… J’espère qu’il ne fallait pas envoyer un mail à Virginie avec le nombres de pages, je ne sais pas, elle n’a rien dit à ce propos… Mais de toute façon je n’en ai plus le courage… Alors voilà pour mes lectures : J’ai continué ma lecture de No et moi  No et moi que je n’ai pas pu finir malheureusement et j’ai fini ma lecture du Sommet des Dieux, le tome 1 Le sommet des dieux - Le sommet des dieux, T1 Et c’est tout… Oui je sais, c’est pas grand chose… Je ne sais pas pourquoi, mais c’est un fait, j’ai lu beaucoup plus lentement que pour le dernier Read a thon… C’est un mystère… Mais qu’importe : c’était vraiment une superbe journée. J’espère que pour vous il en a été de même !!!

Le bilan :  Aujourd’hui je suis complètement K.O. Endormie au possible, incapable de rien faire… Bref, j’ai besoin de repos… Mais je ne regrette rien, la journée d’hier était fantastique… L’exaltation était bien là, toujours au rendez-vous !!! Voilà mon bilan :

Azilis, La nuit de l’enchanteur, roman jeunesse : 378 pages

Sambre, Hugo et Iris, tome 2, BD : 48 pages

Sambre, Hugo et Iris, tome 3, BD : 62 pages

No et moi, roman adulte : 155 pages (pas réussi à le finir)

Fini Le sommet des Dieux, tome 1, BD : 159 pages (de la page 177 à la page 335)

Et le total : 802 pages (et encore une fois, à 2 pages près, j’ai failli arriver à un chiffre rond…) Je suis un peu déçue parce que j’avais vraiment envie de battre mon propre record de la dernière fois, qui était de 1000 pages… Et j’ai échoué lamentablement… Mais aucune importance : ça sera mon défi pour le prochain Read a thon . Merci à mon homme pour avoir été à la hauteur hier, merci à mes garçons d’avoir été si sage. Merci à Virginie pour cette super expérience. Merci encore à Joëlle pour son super logo. Et merci pour tous vos messages de soutien, MERCI, MERCI !!!

La nuit de l'enchanteurLa guerre des Sambre - La guerre des Sambre, T2La guerre des Sambre - La guerre des Sambre, Hugo et Iris T3No et moiLe sommet des dieux - Le sommet des dieux, T1

Les insurrections singulières de Jeanne Benameur

Les insurrections singulières  coeur[1] Plus qu’un coup de coeur, un coup de foudre !!!

Mot de l’éditeur :  » Au seuil de la quarantaine, ouvrier au trajet atypique, décalé à l’usine comme parmi les siens, Antoine flotte dans sa peau et son identité, à la recherche d’une place dans le monde. Entre vertiges d’une rupture amoureuse et limites du militantisme syndical face à la mondialisation, il lui faudra se risquer au plus profond de lui-même pour découvrir une force nouvelle, reprendre les commandes de sa vie. Parcours de lutte et de rébellion, plongée au coeur de l’héritage familial, aventure politique intime et chronique d’une rédemption amoureuse, Les Insurrections singulières est un roman des corps en mouvement, un voyage initiatique qui nous entraîne jusqu’au Brésil. Dans une prose sobre et attentive, au plus près de ses personnages, Jeanne Benameur signe une ode à l’élan de vivre, une invitation à chercher sa liberté dans la communauté des hommes, à prendre son destin à bras-le-corps. Parce que les révolutions sont d’abord intérieures. Et parce que « on n’a pas l’éternité devant nous. Juste la vie ».

Je n’avais pas été aussi remué par un livre depuis décembre avec « Le livre de Dina » C’est le texte le plus fort que j’ai lu depuis le début de l’année. Pourtant j’ai bien failli passer à côté de ce texte, même si j’ai une véritable passion pour l’auteur, le sujet, vraiment ne m’attirait pas des masses… Le militantisme syndical, la sidérurgie, bon, tout ça…bof bof… Et puis, c’est Noukette qui m’a ouvert les yeux avec son très beau billet et quelques jours après je l’ai eu entre les mains dans ma librairie, j’ai lu juste la première page et là, paf, j’étais cuite… Impossible de rentrer sans lui !!! Et maintenant, après ma lecture je peux vous dire que j’ai eu chaud… Dire que j’aurais pu passer à côté de ce livre magnifique… Ouf, merci Noukette ! C’est incroyable comme chaque mot, chaque phrase, chaque ligne de ce roman a résonné en moi… m’a parlé… C’est un livre qui ne fait que 200 pages et pourtant j’ai rempli quatre feuilles pleines de notes. Pratiquement à chaque page, j’avais l’envie de noter des lignes.

Il faut lire ce livre… Absolument… Parce que vous y trouverez des vérités bien assénées… Une histoire de mots qui ont du mal à se dire, ceux qu’attendent Karima en vain. Un homme en colère mais qui s’apaise… Un autre qui aime les livres et qui va lire ses passages préférés à sa femme, sur sa tombe… La dureté du monde du travail mais aussi l’honneur et la dignité des hommes qui se battent pour le garder. L’histoire commence par le souvenir qu’Antoine (le narrateur) à de sa fugue à l’âge de huit ans. En regardant son père faire une de ses maquettes il ressent une sensation d’étouffement, d’enfermement.

« Les maquettes c’était le monde en miniature, un monde qui tenait dans le creux d’une main. Réduit. Moi, le monde, je le voulais grand. Pas réduit. Et ma respiration se cognait contre les bords…/… Nous quatre, dans notre maison, ma mère, mon père, mon frère Loïc qui faisait ses devoirs à l’étage et moi, je nous ai vus. Tout petits dans le monde. Si petits. Réduits, nous aussi ? »

Fugue dont ses parents n’ont jamais rien su puisqu’elle n’a duré que le temps d’une course éperdue jusqu’à la voie de chemin de fer. Aujourd’hui Antoine est revenu vivre chez ses parents suite à une rupture qui fait mal. Karima est parti.

 « C’est des moments comme ça qui disent que c’est fini, une histoire même si ça dure encore un peu. Ça s’étire, c’est tout, ça ne vit plus comme avant, ça essaie de tenir mais tôt ou tard l’élastique fera son œuvre. »

 « Ma mère s’est mise à monter, descendre : les draps, les serviettes de toilette. Elle m’installait. Mon père faisait le café. Et moi je les laissais s’occuper. De moi. Je me sentais comme un lieu vide. Désaffecté. »

Karima est parti parce que les mots lui manquent. Antoine ne les trouvent pas pour elle alors que ceux, pour la révolte viennent tout seul.

«  Je prenais la parole devant des groupes, au café, où ont se réunissait. Ils m’écoutaient. Plus ils m’écoutaient plus j’osais. Ces paroles là je pouvais. C’était facile parce qu’elles disaient des choses qu’on vivait tous ensemble. Ce que j’arrivais pas à dire, c’étaient les mots du dedans, les miens. Pas ceux de « la classe ouvrière » en lutte, ceux du gars que j’étais, moi tout seul, à l’intérieur. C’était ça qu’elle attendait, Karima ? On était sur une fausse piste, tous les deux. Elle voulait que je lise des livres. Je ne pouvais pas non plus. Les livres qu’elle me mettait dans les mains, ça touchait à des choses trop intimes. Je n’y arrivais pas. Elle ne comprenait pas. Elle s’éloignait. Elle n’avait pas envie de vivre avec la classe ouvrière tout entière. Comment je pouvais être si fort en paroles pour le collectif et pour elle, rien ? Nada. »

Parce qu’il y a le combat qu’Antoine mène avec les autres, avec Frank, pour se révolter de la délocalisation à Monlevade de Lusine (c’est comme ça qu’il l’a nomme). Il y a la révolte de Frank qui voudrait travailler en gardant son honneur.

 « La voix de Frank ne lui ressemblait plus. Ils se foutent bien de notre gueule, il disait, tiens ! Et qu’est-ce qu’on va leur dire, à nos enfants ils y pensent des fois ? On va leur dire de travailler à l’école ? De faire des efforts comme nous ? Et tout ça, pour être jetés au bout du compte ? Comme des moins que rien ? On peut plus leur dire de faire comme nous, à nos gosses . On n’est plus des exemples pour eux, ah non ! Alors on est quoi ? »

Il y a aussi la rencontre avec Marcel qui voyage avec les livres et qui entraînera Antoine dans la lecture.

Ce livre parle de nos rêves de mômes, plus grand que l’Himalaya.

« Je voudrais prendre le temps de demander à tous ceux que j’ai vus ici « c’était quoi votre rêve quand vous étiez môme ? » Juste pour savoir. Pour entendre de belles choses. Parce que je suis sûr que des rêves, ils en avaient. Il n’y a pas que moi, bon Dieu. C’est pas parce qu’on fait tous les jours des gestes simples, toujours les mêmes , que dans la tête il ne se passe pas des choses complexes. Les rêves c’est complexe, ça vous envoie là où vous ne devriez jamais mettre les pieds. Les ouvriers, on a tort de croire qu’ils ne rêvent que du dernier écran de télé ou du barbecue sur la terrasse du pavillon. J’ai côtoyé ici des gens qui avaient des rêves de fou, ils n’en parlaient pas c’est tout. J’en suis sûr. »

Et de l’enfance qui fait de nous ce que nous sommes

 « Je repensais à ma course effrénée Même si ma fugue n’avait duré que le temps d’un orage, c’est elle qui faisait qu’aujourd’hui je marchais dans ces rues. J’en étais sûr. Éric, le petit voisin, Elias, le garçon aux parents sourds-muets, m’avaient guidé jusqu’ici, jusqu’à cette part de moi remisée dans le mot « enfance ». Un mot bien pratique pour mettre le couvercle sur les désirs. Pourtant la force, elle était là. C’est de l’enfance que venait mon insurrection. »

Et puis, surtout, ce livre est une formidable apologie de la lecture. La lecture comme force, la lecture comme horizon, la lecture comme un ciel sans aucune limite… Il y a la rencontre avec Marcel, le bouquiniste qui fait découvrir à Antoine, le grand l’immense plaisir de lire.

«  Marcel : « Tu vois, moi j’ai des passions, les livres, ça me sauve… je traverse mes temps morts avec des gens qui ont œuvré pour ça, ceux qui ont écrit… je les aimes et je leur suis infiniment reconnaissant du temps passé devant leur table… Ils m’aident à traverser. Et qu’eux soient morts ou vivants ça n’a plus aucune importance. J’ai le livre en main et c’est du carburant pour ma vie à moi. »

Marcel qui donne de sacrées définitions du temps mort, de la vraie révolution, celle qui se fait dans la solitude, celle du désir qui meurt, foudroyé par le manque de temps et le stress de la vie actuelle… Ce livre parle des zones obscures, celles que l’on doit traverser forcément pour se sentir vivant. Ces zones obscures, dont on a peut-être besoin pour trouver la sérénité. Il y a tout ça dans ce livre… et tellement plus encore… Ce livre… Il est grandiose et puis c’est tout… Lisez-le !!!!!!!

Lecture commune avec Sandrine