Littérature

Jumelles de Saskia Sarginson

 » Personne ne m’aimera comme ma mère m’aimait. Je ne peux être la fille de personne d’autre. Personne ne me verra comme John m’a vue. Dans son amour, il percevait la vérité de mon essence : le fait que j’étais constituée de plusieurs couches, comme une peinture. Il voyait mon moi séparé, résolument et délicatement solitaire, transparent comme une aquarelle. Mais il savait que l’existence de cette personne-là était indissolublement liée à l’attraction magnétique de l’image de Viola-et-Issy, présente en dessous, tracée à coups de pinceau hardis et fougueux. Il le comprenait parce que, comme moi, il était pris dans l’insoluble équation d’être deux. » (p381)

Il y a une enfance qui colle aux doigts, qui jamais n’en finira de peser… Une soeur qui ne mange plus parce qu’elle ne digère plus cette vie depuis… Un amour d’enfance bien moins anodin qu’on pourrait le croire… Il y a une mère qui désire plus que tout élever ses filles dans la liberté… Deux soeurs, des jumelles, petites filles sauvageonnes, qui se sentent jamais aussi vivante qu’au contact de la nature….

 » Au coeur de la forêt, nous devenions souples comme les branches d’un arbrisseau, nous fondant dans l’ombre comme des Peaux-Rouges, marchant sans faire de bruit. Nous nous barbouillions les joues de terre et décortiquions les pommes de pin pour imprégner nos doigts de leur résine odorante » (p31)…

 » Isolde a envie de lui dire qu’il est impossible de revenir en arrière. Que rien n’est pareil. Que tout s’altère. Qu’aucun acte ne peut-être effacé. Aucun mot ravalé. Qu’il n’y a que mouvement et changement, et l’espoir que le temps puisse éloigner suffisamment de l’horreur pour qu’elle finisse par pâlir et s’effacer » (p177)

Il y a des petites filles qui s’imaginent avoir pour père Jim Morrison.  Un environnement magique, des kilomètres de pinèdes, des chemins sablonneux, la mer à proximité… Des promenades en vélo les cheveux au vent… Il y a des petits garçons, deux frères, qui n’en finissent plus de se battre… Mais il y a aussi un égoïsme poisseux, un rejet nauséabond dont la bénéficiaire ne méritait rien…

Les plus beaux passages de ce livre sont les vagabondages des petites filles dans la forêt, cette nature dont on croirait sentir battre le coeur, tellement elle nous en devient proche. Une vie que ces jumelles voudraient éternelles, dans une petite maison, loin de tout, au milieu des bois ;

 » Au-delà, les troncs des pins formaient un mur dense qui s’étendait sur des kilomètres. La soirée était pleine de battements d’ailes. Des chauves-souris, presque invisibles, passaient en flèche au-dessus de nos têtes. Les hirondelles étaient de retour et rasaient la pelouse avec la précision d’un pilote de chasse. Nous nous mîmes au garde-à-vous pour regarder le soleil passer derrière les arbres et les ombres recouvrir le jardin comme de l »encre. Les tulipes luisaient dans la pénombre, les jonquilles brunissaient déjà sur les bords. Notre bouleau argenté se dressait, tout pâle, devant un bosquet de pins comme un doigt impérieux. Pendant un instant, je devins une créature tapie au milieux des arbres, observant le jardin.  » (p101)

Et puis il y a la révélation du secret, dont je ne dirais rien, mais c’est quelque chose que j’ai eu du mal à comprendre, cela m’a mise en colère, mais sans doute plus par rapport à mon histoire de maman, celles qui me lisent régulièrement comprendront certainement quand elles liront le livre. Mais je ne peux en dire plus sans risquer de spoiler… Au final un très beau livre qui me laissé un arrière goût amer. Mais une intensité et une atmosphère dont il est difficile de s’extraire après lecture. Je me rends compte que, finalement, j’en ai gardé un souvenir bien plus marqué que ce ma lecture m’avait laissé entendre. Il y a des livres parfois, qui de cette façon là, sont aimé plus dans leur décantation que dans leur dégustation. Un livre que je relirais très certainement un jour. Ma tentatrice était, cette fois encore, Mya Rosa.

 » En bas nous entendions maman fredonner, parler au chat, ouvrir et fermer des placards. L’obscurité poussait contre la fenêtre de la chambre, apportant les sons de la forêt : le doux hululement d’une chouette, un bruit d’animal soudain, alarmant mais lointain. Je me glissai plus avant dans la chaleur combinée de nos corps. Tout au fond de moi, j’avais encore froid de ma baignade, le sang bruissait dans mes veines, comme de l’eau de mer. » (p194)

ChallengeVoisinsVoisinespett bac 2014

Challenge voisins voisine d’ A propos de livres pour le Royaume Uni, Angleterre et le Challenge  Petit bac 2014 pour la catégorie « sphère familiale »

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33 réflexions au sujet de « Jumelles de Saskia Sarginson »

  1. Je suis toujours méfiante vis-à-vis des histoires de jumelles (j’en suis une et je ne m’y retrouve jamais …). Je note tout de même pour la relation à la nature.

    1. Quand le thème est trop proche de notre histoire c’est vrai qu’on est souvent déçu de ne pas ressentir la même chose, je l’ai ressenti moi aussi déjà

  2. Très beau billet, L’Or. Je suis contente de t’avoir donné envie de lire ce livre et je suis d’accord avec toi. J’y ai beaucoup repensé après et je m’en souviens encore très bien aujourd’hui. C’est un roman fort. Difficile de le fermer sans plus y penser…

    1. Certains détails m’ont vraiment heurtée (le secret que cache les jumelles) mais le style, ainsi que les descriptions de la nature qui les entoures étaient vraiment très bien !!

  3. J’avais un un article sur ce livre dans un magazine. La présentation m’avait donné envie de le découvrir. Ta critique renforce cette envie.

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