Cher amour de Bernard Giraudeau

Cher amour Lecture commune avec AnnePascale et Sharon. (que je remercie en passant d’avoir décalé la date pour cette lecture)

 Quatrième de couverture :  » C’est à madame T., la femme aimée, sublimée mais jamais rencontrée, que s’adressent les lettres réunies dans ce magnifique carnet de voyage. De l’Amazonie aux bordels de Manille en passant par les planches de théâtres parisiens, Bernard Giraudeau arpente le monde et cultive son amour rêvé. Personnages légendaires et simples quidams se côtoient dans un récit poétique, cru, intime et flamboyant.  » 
Bernard Giraudeau c’est d’abord une écriture somptueuse, un style incroyable, une écriture qui vous emporte dans ses filets aussi sûrement qu’un souffle impitoyable. C’est une écriture qui vous prend par la main et qui ne vous lâche plus. Des mots qui roulent sous la langue et le palais… des mots comme une fièvre… Bernard Giraudeau c’est quelqu’un qui voyage à votre place et vous entraîne sans égoisme aucun et vous fait partager tout cela. C’est aussi un style très masculin pour raconter des histoires (à mon avis). Bernard Giraudeau c’est une voix très sensuelle qui vous murmure à l’oreille et vous êtes dans l’obligation de l’écouter… Mais c’est une langue qui demande concentration et un livre pas aussi évident d’accès, que je le croyais… « Cher amour » c’est un livre couvert de croix aux crayon de papier, presque à toutes les pages. C’est un livre qui ne se laisse pas apprivoiser aussi facilement que je le pensais, oui… c’est un livre qui m’a donné du fil à retordre. C’est un livre qui se lit plus facilement à petites gorgées et tout doucement que dans la précipitation et la gloutonnerie.
C’est un livre de voyages, de légendes, de voix cassés qui racontent des choses oubliés… C’est le milieu du théatre, des comédies et des comédiens… C’est aussi l’histoire d’un amour rêvé, fantasmé, grandiose… Bernard Giraudeau c’est un homme pour qui j’avais déjà beaucoup d’admiration avant de le lire et cela ne s’est pas refroidi après sa lecture, au contraire. Je ressens juste, maintenant, de la tendresse aussi, pour l’homme qu’il était. Un homme entier, fragile, et qui subit des défaites dans sa chair, dans son corps.  Loin du héros incassable que l’on pourrait imaginer dans le personnage de la star. Un homme que j’aurais aimé connaître… J’aurais aimé vous en dire beaucoup, beaucoup plus mais je préfère lui donner la parole… Parce que son style vous en dira certainement plus que tout ce que je pourrais moi, vous en dire… Ce billet aura certainement une suite parce que j’aimerais vous donner encore des extraits, parce qu’il y a tant à découvrir de cet auteur…

C’est un livre que je relirais forcément parce que j’ai eu l’impression de passer à côté de pas mal de choses tout à fait indépendantes de ma volonté mais je pense que ce n’était pas le meilleur moment pour le lire… J’aurais aimé avoir plus de temps devant moi pour le lire avec plus de concentration mais je ne voulais pas remettre encore une fois cette lecture commune… Ecoutez le plutôt :

  » Ces récits sont des voyages au pays des hommes. Voyager, on n’en revient jamais. Je vous écris pour prolonger l’instant, en garder une trace, tordre le cou à la fugacité, à l’oubli, à l »impermanence », ceci sans succès bien sûr puisque c’est vouloir figer l’éphémère et j’aime l’éphèmère, nul n’est parfait. « 

  » Pourtant ce cavalier mongol en haut de la montagne, qui regarde le soleil se lever sur la vallée sans frontières, sait que le monde est là où il pose son regard et nulle part ailleurs. Il n’y a pas d’autres territoires que celui où tu poses ton regard, où la lumière, d’un doigt te montre le chemin. Le voyage est une aube qui n’en finit pas. Comme Jim Harrison, je trouve que c’est beau, l’aube, les aubes du monde, à Saint-Pétersbourg, au Kenya, au Mexique, partout, que ce soit avec l’éléphant qui boit, les usines qui fument, les Andes poudrées, Paris la brume derrière Belleville. C’est l’aube qui est belle parce qu’elle embellit. C’est l’annonce de l’éblouissement, la naissance de la vie incompréhensible. Tu regardes l’aube, mon amour, non, tu la vis, tu es en elle, tu t’abîmes pour renaître. Le bonheur du voyage, c’est de faire tout pour la première fois. « 

  » Pourtant la forêt est là, tout autour, elle enveloppe, avale et digère parfois, mais je reviendrai. Je ne finirai pas comme Maufrais rongé par les fièvres, bouffé par les fourmis. « 

 » Une pluie de lumière illumine les visages des enfants, leur regard vers le ciel, vers les big-bang mystérieux. C’est ce regard là qui me fascine, le mien sans doute à leur âge, un regard qui s’échappe du monde, mon enfance, la même en eux. « 

Bernard Giraudeau, c’est aussi un homme profondément humain :

  » Un homme assis sur le pas de sa porte se lève en me voyant. Vous êtes venu à notre enterrement ? Filmez la mort du peuple amazonien ! Je viens du Nordeste, là-bas c’est la misère , la faim pour beaucoup. Le gouvernement nous a donné des terres à défricher, une maison, un peu d’argent. C’était le paradis. Mais les terres sont vite devenues stériles, la baraque se pourrit et le pécule d’Etat a fondu. Il y a bien l’école pour apprendre, apprendre quoi ? Les enfants regardent Tv Globo et ils disent pourquoi pas nous ? Dites-leur qu’on meurt, personne n’entend, on est trop loin. « 

la guyane est traversée par l'amazone et la forêt amazonienne. ce territoire

A la fin de ce billet je sens une grande tristesse m’envahir, et cela pour deux raisons. La première c’est que cet homme formidable n’est plus. Et que nous avons perdu avec lui un grand auteur. La deuxième c’est que je sens que je n’ai pas été à la hauteur de ce livre sublime…  J’aurais pourtant tellement aimé vous avoir donné l’envie suffisante de vous jeter dessus…

Merci à Blog O Book et aux éditions « Points » pour l’envoi de ce livre et pardon pour le (grand) retard.