Littérature

Il pleuvait des oiseaux de Jocelyne Saucier

 » Le grand âge lui apparaissait comme l’ultime refuge de la liberté, là où on se défait de ses attaches et où on laisse son esprit aller où il veut. » (p92)

Une photographe roule dans une forêt, elle n’est pas sûre d’avoir pris le bon chemin, elle a pourtant suivi les indications mais… Elle est à la recherche d’un certain Ted Boychuck, une légende, un rescapé d’un des Grands feux. Quand elle trouve enfin une cabane au fond des bois ce n’est pas celle de Ted, c’est celle de Charlie et de son chien Chummy. Charlie l’héberge pour la nuit parce que l’orage éclate et qu’il pleut des trombes. Charlie lui apprend que Ted vient de mourir et qu’il n’y a plus rien à apprendre de lui.

Voilà le début de ce livre émouvant et sensible au possible. Il est tendre mais dur aussi parfois. Il nous fait fondre de tendresse pour ce petit monde qui vit au coeur d’une forêt.

Il y a une photographe que son reportage mènera bien plus plus loin qu’elle n’aurait pu imaginer.

Il y a la mort qui n’est jamais bien loin mais qui n’effraie pas plus que ça.

 » La mort ils en parlaient comme de la pluie et du beau temps, il a bien fallu m’y habituer.

– Belle journée

– Ouais belle journée pour mourir

Ce n’était ni triste ni douloureux, tout juste une éventualité qu’ils évoquaient comme n’importe quoi d’autre. Ils s’amusaient d’être devenus si vieux, oubliés de tous, libres d’eux-mêmes. Ils avaient le sentiment d’avoir brouillé les pistes derrière eux. » (p49)

Mais il y a aussi la sensation de la maîtriser un peu cette mort,  il y a une histoire de choix, de pacte, et de boite en fer blanc sur une étagère.

 » Une petite boite en fer-blanc de forme cylindrique. Elle contenait des cristaux blancs de la taille du sel à marinade. De la strychnine. Du poison à renard, m’ont-ils expliquer, un reliquat de trappe, ça vous tue un renard en trois secondes et un homme en moins de dix.  » (p42)

Il y a 3 petits vieux ; Charlie, Tom et Ted rescapé des grands feux et une légende  » la légende Boychuck. Le garçon qui avait marché dans les décombres fumantes, l’homme qui avait fui ses fantômes dans la forêt, un des derniers survivants du Grand Feu de Mathesons de 1916″ (p45). 3 petits vieux et leurs 3 chiens ;  » On ne vit pas en forêt sans un chien » (p69) qui ont fuit la société, qui vivent reclus dans la forêt, libres et heureux. 3 petits vieux qui ont leur protecteur ; « le gardien des clefs de leur ermitage » un gardien de leurs vies à la fois « libre et difficile au fond des bois » (p35)

 » Ils avaient laissé derrière eux une vie sur laquelle ils avaient fermé la porte. Aucune envie d’y revenir, aucune autre envie que se lever le matin avec le sentiment d’avoir une journée bien à eux et personne qui trouve à y redire. A eux trois, ils ont formé un compagnonnage qui avait assez d’ampleur et de distance pour permettre à chacun de se croire seul sur sa planète.  » (p44)

Il y a une vie, une autre encore, qui commence enfin… Il y a une petite vieille qui se donne un nouveau nom ; Marie-Desneige. Un nouveau nom pour une nouvelle vie, un nom qui lui va comme un gant :

 » Un ébouriffement de cheveux blancs…/… des cheveux tellement vaporeux, on aurait dit de la lumière, un éclaboussement de lumière blanche…/… » (p57)

Il y a un lit de pelleteries moelleux, chaud, douillet, un nid de fourrures ;

 » J’ai dormi dans un lit de fourrures comme une princesse des contes anciens. Une couche moelleuse d’ours noir, de renard argenté, de loup cendré et même de carcajou, un brun profond qui luisait d’un éclat très noir dans mon lit de pelleteries. » (p18)

Et puis il y a Les grands feux, gourmands de vies, détruisant tout sur leur passage ;  » C’était une mer de feu, un tsunami de flammes qui avançait dans un grondement d’enfer » (p75)

Il y a cette scène hallucinante avec trois hommes qui ont trouvés refuge dans un étang, de l’eau jusqu’aux aisselles, aux regards hébétés et avec eux un orignal et un oiseau perché sur l’épaule du plus jeune.

Il y a un garçon sans regard qui marche sans s’arrêter dans des décombres fumants.

Il y a ce titre que l’on prend d’abord dans le sens poétique alors qu’il est à prendre dans le sens littéral.

 » Il pleuvait des oiseaux, lui avait-elle dit. Quand le vent s’est levé et qu’il a couvert le ciel d’un dôme de fumée noire, l’air s’est raréfié, c’était irrespirable de chaleur et de fumée, autant pour nous que pour les oiseaux et ils tombaient en pluie à nos pieds. » (p91)

Il y a 367 tableaux qui contiennent toute une vie, qui seront décodés par une personne dont les sens ont été aiguisés par des années de jours aux aguets.

Il y a tant, encore et beaucoup dans ce roman… Il vous faut le lire absolument… Un coup de coeur ! Lu aussi par ; Liratouva, chez Anne, Karine, chez SandrionLouiseCathulu et Aifelle, Suzanne, Lewerentz, Antigone.

Lu (et relu) pour le mois du Québec en septembre chez Karine 

Et aussi pour le Challenge  Petit bac 2014 de Karine, catégorie « animal » 

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Littérature

Sous la glace de Louise Penny

Sous la glace   Coup de coeur !! Lecture commune avec Valérie
 Le mot de l’éditeur :
 » Lorsque l’inspecteur Armand Gamache est chargé d’enquêter sur un nouveau meurtre survenu au sein de la petite communauté de Three Pines, il ne lui faut pas longtemps pour comprendre que la victime ne manquera à personne. D’ailleurs, personne ne l’a vue se faire électrocuter en plein milieu d’un lac gelé lors d’une compétition de curling. Pourtant, il y a forcément eu des témoins… Un deuxième roman qui confirme que Louise Penny est l’héritière naturelle d’Agatha Christie. »
 L’auteur est une auteur Canadienne, née à Toronto. Elle demeure actuellement, au Québec. C’est à peu près tout ce que j’ai pu trouver sur elle
   
J’ai vraiment adoré cette lecture !!!  Mais tout d’abord parlons des coupables ; j’avais très envie de découvrir cet auteur après la lecture des billets d’Allie, de Julie et de Richard… Vous savez déjà à quel point j’aime le Canada, j’aime sa grandeur magnifique, ses paysages sublimes, sa neige et ses lacs, et je trouve ses habitants très très chaleureux… Alors, comment aurais je pu résister à une lecture tellement faite pour moi ??
J’avouerais que, ce que j’ai aimé le plus dans ce roman, n’est pas l’ enquête policière, qui est pourtant pas mal du tout, mais bien l’ambiance et l’atmosphère qui règne dans ce roman… Ce roman est idéal pour les fêtes de Noël parce que vous y nagerez en toute béatitude… Il regorge de passages délicieux qui vous feront fondre j’en suis certaine… Et puis il y a aussi cette neige et ce froid qui j’aime tant mais que j’ai un peu du mal à trouver chez moi en ce moment… En effet, dans cette petite ville de Three Pines il neige, il y fait glacial et on y a tout intérêt à très bien s’habiller !!!
Les personnages eux aussi sont tout à fait craquants, j’ai beaucoup aimé l’inspecteur Armand Gamache, il m’a semblé d’une sagesse exemplaire cet inspecteur là… Il y a aussi les trois grâces, trois vieilles dames tout à fait originales… Et puis Clara et Peter, un couple éminemment sympathique…
Bref j’y étais si bien dans ce livre que j’y serais bien restée plus longtemps… Je compte bien prolonger le plaisir en lisant « Nature morte » chez le même éditeur…
Et il y a ce village, Three Pines, tellement bien décrit et qui apparait si chaleureux et douillet, que l’on ferait bien ses bagages immédiatement pour aller y vivre (en tout cas moi…)
 » En contemplant la boule à neige qu’était devenu Three Pines, elle se rendit compte qu’elle aimait observer le village à travers les formes magnifiques que dessinait le givre sur la vieille vitre.
Tout en prenant un chocolat chaud, elle voyait marcher sous la neige légère des villageois emmaillotés de vêtements aux couleurs vives. Ils se saluaient en agitant leurs mains enfouis dans des mitaines et s’arrêtaient parfois pour bavarder. Leurs paroles formaient des nuages de buée, comme des bulles de bandes dessinées. Certains allaient prendre un café au lait au Bistro d’Olivier, d’autres chercher du pain frais ou une patisserie à la boulangerie de Sarah. » (p19)
 
Le temps qui passe à Three Pines est d’une douceur absolu, on aurait presque l’impression d’être dans un conte de fées :
 » Arriver au cottage d’Em, surtout le soir, l’enchantait toujours. Il avait l’impression d’entrer dans ces contes de fées qu’il lisait, enfant, à la lueur d’une lampe de poche, sous la couverture, des contes remplis de maisonnettes couvertes de roses et de petits ponts de pierre, de cheminées rougeoyantes et de couples heureux, main dans la main. Son père, qui avait cru qu’il lisait Playboy, était soulagé, mais ce qu’il faisait était infiniment plus agréable et dangereux. Il rêvait de créer un jour ce monde de contes de fées et il avait réussi, du moins en partie. En regardant le cottage d’Em et sa lumière couleur de beurre qui brillait comme un phare, il savait qu’il était entré de plain-pied dans le livre qui l’avait consolé lorsque le monde lui semblait froid, dur et injuste.  » (p55)
   
Une lecture vraiment, vraiment délicieuse que je vous recommande chaudement… Des passages allèchants qui donne l’eau à la bouche, sur le réconfort de bons repas, de bonnes boissons chaudes et d’un feu de cheminée tellement attendus après des heures passés dans le froid…
Vous y croiserez aussi en vrac le concerto pour violon en ré majeur de Tchaikovski, le film  » Le lion en hiver » avec Katherine Hepburn et Peter O’Toole, Aliénor d’Aquitaine et son mari le roi Henri ainsi qu’ un rappel judicieux qu’il y a en toute chose une fêlure par laquelle la lumière pénètre…
Allez, un dernier passage, juste pour le plaisir :
 » Dehors, Gamache s’arrêta un moment pour s’orienter, puis se dirigea vers le lac Brume. Il avait toujours aimé Williamsburg. A la différence de Saint-Remy, qui était plus français, Williamsbourg était de tradition anglaise, bien que cela soit en train de changer en raison du mélange des deux langues et des deux cultures. Tout en marchant, il remarqua les jolies maisons et boutiques recouvertes d’une neige immaculée. Tout était tranquille : cette paix, ce calme hivernal, comme si la terre se reposait. Il entendait à peine les voitures sur le coussin de neige et les pas sur les trottoirs. Tout cela était assourdi. Une paix totale. » (p142)
Et ma première participation au challenge défi de Noël d’Evy 
Et à celui de Nadael pour l’hiver évidemment  challengeQuatreSaisonsGrand