Aucune limite

 Texte 1 ; Oublier dans les bois Texte 2 ; Les bruits furtifs dans la forêt (clic)

Désormais tout est différent dans mon doux refuge, l’image même de la quiétude et de l’apaisement que j’ai pu trouver dans ma maison isolée, est dissoute. Il n’en reste que des relents amers… Tout a une autre couleur, une autre saveur. La peur est revenue ramper le long de mes jambes, elle est réelle et me donne la nausée. Depuis la nuit dernière je sens sa présence, il est là, ma peau me le dicte, elle ne se trompe jamais. J’ai la gorge sèche et le coeur qui s’emballe, il est arrivé cette nuit, mes sens ne peuvent pas s’égarer ainsi, c’est impossible. Et il essayera de pénétrer dans la maison c’est une évidence… Qu’ai je comme défense, que puis je trouver pour le contrer ?!! Rien, à part peut-être ma détermination, mais jamais elle ne pèsera assez face à la sienne… Je me sens déjà écrasée, ravagée par sa colère… D’avance  elle me terrifie… La forêt elle même était muette… Cette nuit elle retenait son souffle, tout comme moi… Ce matin je me suis préparée une bonne dose de chocolat chaud, mousseux et cacaotée juste comme je l’aime, j’ai essayé de le boire en faisant abstraction de tout, j’ai allumé le plus de bougies possibles pour que les ténèbres se retirent… Avec lui elles viennent toujours en force… Mes mains tremblaient quand j’ai débarrassé mon bol, j’ai plongé mes mains dans l’eau chaude et j’ai lavé ce qui traînaient encore dans l’évier. Je pouvais presque sentir son regard sur mon front, je n’avais pas besoin de regarder par la fenêtre les premiers arbres de la forêt, je savais qu’il était là, immobile, à m’observer attentivement… Il était là c’est tout. Tout était figé, le temps, l’énergie dévastatrice qui l’entoure toujours telle une aura… Tout… et j’étais collé là dedans, tel un moustique dans une toile d’araignée, je ne pouvais qu’attendre l’ouragan qui ne manquerait pas de franchir cette porte… C’était une question de seconde…

Et puis, et puis… Tout cela a été si soudain… Tout a changé en une seconde, j’ai entendu un cri, un cri d’homme bref et effrayé. C’était si étrange, c’était sa voix à lui, comment aurais je pu en douter, cette voix a accompagné ma vie, mes nuits, elle était l’image même de ma terreur et de ma peine. Et je venais d’ entendre cette voix avec des accents de peur, et ça c’était quelque chose de tout à fait inhabituel. « Il » n’avait jamais peur, c’est sa personne toute entière qui était occupée à terroriser les autres, lui n’avait pas peur… Jamais. J’ai levé les yeux, cherchant derrière la fenêtre de l’évier sa silhouette que j’ai deviné tout à l’heure. J’ai cherché, cherché et la forêt s’est remise à vivre, à vibrer, à respirer… J’entendais les oiseaux chanter à nouveau,le froissement des petites pattes sur les feuilles mortes… Le soleil pénétrait à travers les branches. Tout renaissait… Tout recommençait… Il était parti. Voilà c’était fini, il était parti… La forêt l’avait avalé, englouti…la forêt m’avait protégé, la forêt m’avait sauvé… « Il » n’était plus. Je le sentais, le relâchement de mes muscles, mes poumons à nouveau libre, mon souffle apaisée, les larmes sur mes paupières, tout cela me disait ; c’est fini, tu n’as plus à avoir peur…

Je suis sortie sur le pas de la porte,  je savais que je ne le reverrais plus jamais, que la forêt avait fait ce qu’il fallait faire et qu’elle l’avait fait pour moi… J’ai respiré profondément plusieurs fois, la tête me tournait tellement je me sentais bien, tellement je me sentais libre et neuve… Le cauchemar était derrière moi, terminé, fini… J’ai levé le visage vers le ciel, j’ai perdu mon regard vers l’immensité, j’ai fermé les yeux, laissé couler les larmes… Toute la noirceur, toute la détresse, toute la douleur coulait en dehors de moi, elle imbibait le coton de mon pull, elle se frayait sa route sur la terre du chemin… Voilà le temps de vivre qui me revenait…

Dans quelques minutes je rentrerais dans la maison, je prendrais résolument le vieux téléphone dans mes  mains, je ferais ton numéro et te dirait de venir. Toi l’ami de toujours, toi le socle. Toi dont la solidité  avait réussi à me tenir debout durant toutes ces dernières années… Toi qui avait réussi à tenir ensemble tous mes morceaux fracassés… Et tu viendras… Tu seras là avant la début de la nuit… Je rajouterais des bûches dans l’âtre que je n’ai jamais laissé s’éteindre depuis que je suis là… Tu viendras…

Mais d’abord je vais perdre mes pas, enlacer les arbres, embrasser l’écorce si douce. Je m’allongerais sur l’herbe, je perdrais mes doigts dans le tapis de mousse et mes mots de reconnaissance éternelle je les laisserais monter dans l’air tiède de la forêt…  Je l’ai toujours su au fond de moi…Il n’y a jamais eu aucune  limite à son amour et à sa protection…

L’or

Texte personnel, fictif et non libre de droit

Ecrit pour le challenge d’Halloween de Lou et Hilde2705704458.jpg

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16 réflexions sur “Aucune limite

    • Merci Lewerentz :0) Oui je sais pour les trois petits points, mais quand j’écris j’en mets toujours partout (tiens tu vois même là je voulais en mettre ;0) Pour moi je crois que ça signifie que beaucoup de mots et de mystères se cachent derrière ceux que j’écris, je pense que j’aime ainsi stimuler l’imagination du lecteur. Tu trouves que c’est gênant dans la lecture ? Bises aussi

      • Ben oui, ça me gêne. Je comprend l’envie de stimuler l’imagination du lecteur mais, on peut aussi penser que l’auteur ne sait pas finir ses phrases – ne le prend pas mal ! je suis sûre que tu peux. Je pense qu’un éditeur détesterait cela 😉

  1. Bravo L’Or. Tu sais que tu arrives à mettre les chocotes. Moi qui vais beaucoup en forêt seule je connais bien cette sensation d’être épiée. La fin est bien vue! Ce mélange de fantastique et d’onirisme. Le lecteur garde toujours une petite inquiétude malgré tout. L’ami n’est pas encore arrivé… Y a une suite?

    • Merci Louise :0) Non, j’ai choisi que l’histoire s’arrêterait là, l’ennemi est vaincu et l’ami viendra bientôt la rejoindre, tout est bien qui finit bien ;0)

  2. Bravo pour ces 3 textes magnifiques l’or !!!!
    tu as su me captiver et me donner la chocotte aussi
    Quelle belle image tu as choisit aussi pour le début de ce texte
    Bonne semaine L’Or

  3. j’adore l’idée que la forêt protège quelqu’un d’un être humain malveillant, je trouve ça extra (un peu l’inverse du rôle qu’elle a dans les contes traditionnels en fait), les arbres qui protègent la femme qui a peur, c’est drôlement bien trouvé. Bravo Bravo

    • Merci :0) C’est vrai, mais dès le début de mon texte j’avais cette image là en tête, l’image d’une forêt protectrice et amicale. Le danger venait d’ailleurs.

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