Les bruits furtifs de la forêt…

Les jours passent, immuables et doux, exempt de tout stress, de toute agressivité. Je soigne mes blessures, je lèche mes plaies, je prends soin de moi. J’ai froid, j’ai froid tout le temps. La cheminée tourne 24h sur 24, je me relève même la nuit pour l’alimenter. Je ne suis pas effrayée par les bruits de la nuit, le bois travaille, bouge et tremble. Mais je sais qu’il n’y a nulle danger ici, rien d’effrayant par rapport à cet appartement que j’ai fuis. Je marche, je marche énormément, j’arpente la forêt en tout sens. J’entends parfois, devant mes pas, fuir de petites pattes, j’entraperçois des mouvements furtifs derrière les arbres. Mais je sais que ce n’est pas d’ici que viendra le danger… Le danger est ailleurs et je l’ai fui. Je ne ressens aucune oppression par rapport à ma solitude. Le solitude me va très bien, depuis toute petite, aussi loin que je me souvienne j’ai toujours eu besoin de ces moments face à face avec moi. Ce silence me fait du bien, il m’apaise. Je me prépare des tasses et des tasses de thé brûlants, je me prépare des soupes onctueuses, des soupes réconfortantes, je ne mange pas grand chose d’autre. Je tiens juste mon ventre au chaud…

L’automne se pose doucement dans les bois environnants, les murs de cette maison m’enveloppent comme le ferait un manteau douillet. Je me love entre ses bras, je me laisse couler dans cette quiétude bienheureuse. Tu ne croirais pas à quel point je suis heureuse ici, non, tu ne le croirais pas… Et pourtant, oui, pourtant j’ai l’impression de revivre, de respirer à nouveau… Je t’ai écrit hier, une longue lettre que je ne t’enverrais pas. Mais qu’importe, je suis sûre que ça ne te rassurerais pas de me savoir ici. Et je ne prendrais pas ce risque, l' »autre », celui dont je ne parlerais pas, celui qui est la cause directe de tout cela, de cette fuite éperdue, ne doit savoir en aucun cas où je me cache. Non, en aucun cas… Certaines nuits je me réveille en sursaut, persuadée d’entendre un souffle à côté de moi, une respiration que je reconnais. Je me recroqueville sur moi même, je retiens mes inspirations, je fais la morte. Et pendant quelques instants je n’ose même pas vérifier qu’il n’y a personne allongé à côté de moi. Je n’ose pas m’assurer que ce n’est pas « lui » qui est là, juste là, près de moi. Je ferme les yeux très fort pour ne pas me retrouver face à face avec son regard perçant, son regard qui vrille, celui qu' »il » me réservait les mauvais jours. Ceux là même que je veux effacer de ma mémoire. Qu’importe ce qu’il adviendra de mon avenir, mais ne surtout plus revoir ce regard là, ces yeux sombres qui’étaient comme des doigts qui pénétraient mon âme, qui tâtaient là dedans pendant des secondes interminables pour que je n’ai plus aucun mystère pour lui.

Mais non, je ne parlerais pas de cela, non pas maintenant, pas déjà… Je ne veux ne penser à rien, à rien d’autre que ces heures banales et belles que je passe ici, dans cette maison au milieu de nulle part. Quand je finis enfin par avoir le courage de me retourner et de constater que non, « il » n’est pas là et que j’ai rêvé, alors je peux enfin à nouveau respirer, l’air pénêtre dans mes poumons et j’ai alors l’impression que de l’eau tiède et délicieuse coule à l’intérieur de mon corps et sur ma peau. C’est à cela que ressemble mon soulagement ; une renaissance. Je descends alors dans la cuisine, je me prépare une grande tasse de thé noir, bien fort et je rajoute quelques bûches dans la cheminée. Je regarde pendant quelques instants les flammes danser et ça finit de me rassurer. Souvent je m’enveloppe dans mon plaid doudou et je me rendors là, sur le canapé. Dehors, derrière les murs, la nuit ne me semble pas du tout effrayante, oui, cela tant qu’elle l’exclue, lui…

L’or (texte personnel, fictif et non libre de droit)

Ce texte est une suite de celui là (clic) et ce sera ma deuxième participation pour le challenge d’Halloween de Lou et Hilde2705704458.jpg Bon dimanche !!

Publicités

9 réflexions sur “Les bruits furtifs de la forêt…

  1. Bonsoir, c’est une suite au précédent ? C’est légèrement flippant, surtout que je n’ai pas encore fermé mes volets et que le soir tombe.
    Bonne semaine L’Or…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s