Littérature Française

Zou ! d’Anne-Véronique Herter

 Le mot de l’éditeur ;  » Ce n’est pas seulement la maison de vacances appartenant à sa famille depuis plusieurs générations que Chance doit quitter, mais aussi tous les fantômes qui l’habitent, ceux de son imagination, ceux de son passé, ceux des histoires que lui racontait son père. Avec la perte de cette immense demeure, nichée dans un grand jardin séparé de la mer par un petit muret en pierre, lieu d’introspection privilégié de tous pour observer le bleu à l’infini, Chance perd également ses repères et se pose des questions quant à son identité.
Est-elle vraiment, comme l’a toujours dit sa grand-mère, la réincarnation de son frère qu’elle n’a pas connu ? « Zou », c’est le signal d’un nouveau départ, d’un renouveau qui s’impose comme une nécessité, un impératif de survie. « Zou », si simple à écrire, si court à prononcer et pourtant si difficile à accepter. »

 » Sa famille : le noeud gordien, à la fois l’oxygène et le poids qui l’étouffe. Le problème. » (p22)

On parle beaucoup de romans « Fell good » (des livres qui font du bien) en ce moment, je ne sais pas si ce roman peut être classé dans cette catégorie mais je sais qu’à moi il m’a fait beaucoup de bien… Je sais aussi que j’ai eu beaucoup de mal à me lancer à faire mon billet. Parce qu’il touche beaucoup trop de choses en moi, qu’il m’a touché au plus haut point et qu’il est très près de ma propre histoire. Alors vers quoi orienter mon billet sans que cela soit trop personnel ? Je ne le sais… Alors je vais juste être sincère et ne pas me me censurer. Alors ses mots là pourraient être les miens ;

« Petite dernière d’une fratrie de cinq enfants, son histoire est banale. Mortelle même ; elle est née trois ans après la mort de son frère, Frédéric. » (p46)

Mon frère ne s’appelle pas Frédéric mais je suis bien née trois ans après sa mort, et nous aussi sommes cinq, trois filles survivantes et deux frères morts. Mais je ne parlerais aujourd’hui que de celui qui est mort trois ans avant moi et qui aurait été si proche de moi en âge (mes soeurs ont toutes les deux rétrospectivement 10 et 12 ans de plus que moi). Cette phrase que j’ai donné en extrait dans le billet précédent (clic)  » j’ai appris très fort à aimer très fort quelqu’un que je n’ai jamais connu » est mienne. Il me manque… Il me manque infiniment et pourtant je ne l’ai jamais connu… Alors comment n’aurais-je pas pu être touché-coulé par cette lecture ??!! Et pourtant elle ne m’a pas plombé et c’est même tout l’inverse. Oui on peut avoir une histoire familiale lourde et oui on peut sortir la tête de l’eau. C’est ce que Anne Véronique m’a appris à sa façon… Chaque mot s’imprimait en moi, chaque mots (ou presque) étaient planqués en moi et n’attendait qu’à sortir prendre l’air… Anne-Véronique les avait écrits pour moi… Alors merci pour ça Anne-Véronique.

 » Quelle aurait été notre vie, si mon frère n’était pas mort, lui aussi ? Je me le demande souvent. Je l’ai imaginé mille fois : il devait être beau et secret, intelligent et courageux. Il devait être un ange. A neuf ans, on est forcément un ange. Je suis la seule de la famille à ne pas l’avoir connu, pourtant il me manque comme si c’était moi que je n’avais jamais connu. » (p30)

Cette question là moi aussi je me le l’a suis posé mille fois et comme le personnage je me suis souvent imaginée, lorsque nous partions à quelque part, en voiture, que s’il avait vécu nous pourrions être en train de rouler vers lui, vers sa maison pour passer une belle journée, ou quelques heures avec ce frère qui aurait pu être là, vivant parmi nous… Ou lors de fêtes familiales, avoir cette sensation de voir cette place vide, cette place vacante me fait souvent vaciller. Mon frère n’a pas eu la chance lui de vivre neuf ans, il est mort né, par conséquent personne dans la famille n’a eu la chance de l’avoir connu. C’est ma différence avec le personnage. Et d’autres aussi, mais dont je ne parlerais ici.

 » Le poids des choses, mes liens familiaux, ma grand-mère, mon frère, mon père, chez les morts. Ma mère, mes frères et soeurs, les gens que j’aime. Tous me lient. M’enchaînent. M’empêchent d’avancer dans ma propre histoire. Je dois m’en libérer. Je sais. Je dois me libérer. » (p73)

Nous avons tous nos valises familiales à porter, pour certains elles sont justes plus lourdes à porter que pour d’autres… Pour certains la sensation de liberté est peut-être plus facile à ressentir…

 » Du haut de mes vingt ans, je m’excuse encore d’être là;  » (p103)

Cette impression d’être là, alors que je ne le méritais pas plus que lui est quelque chose qui m’habite tous les jours…

Ces mots, page 105, que Frédéric adresse à sa soeur m’ont émue au plus haut point. Et ils m’ont fait du bien aussi, parce que si mon frère devait (pouvait) s’adresser à moi il aurait, j’en suis sûre, autant de bienveillance vers moi que cela…

 » C’est en respirant avec difficulté que l’on réalise que l’on respire. » (p120)

Oui sans doute… C’est aussi quand on ressent la douleur que l’on se rend compte le plus sûrement que l’on est vivant…

 » Est-ce toujours toi qui me parles, mon frère ? Celui que je ne connais pas, et qui me connaît si bien ? Est-ce toi qui te poses sur ma joue quand j’ai peur, quand je doute ? Est-ce toi qui me réchauffes de tout ton amour et de toute ta protection ? Est-ce toi à qui j’ai tant parlé, de qui j’ai tant rêvé ? (p137)

Et la réponse de Frédéric pour sa soeur, que j’ai décidé de prendre pour moi ;

 »  Regarde ta vie, regarde-la bien en face. Tu te laisses détruire par les vies des autres, celles des morts, celles d’avant, celles qui ne te concernent plus ! » (138)

 » Je vais te dire qui je suis, ma tendresse. Je suis qui tu veux que je sois. Je suis ton frère. Je peux même être ton père. Je peux même être ta grand-mère. Je peux être tous ceux que tu veux et qui t’ont aimée, car tu les portes, comme une preuve de ton origine. Je suis l’oeil bienveillant qui doit te dire d’avancer et de regarder devant toi, maintenant. Il est grand temps. » (p139)

Rien que pour cela ; merci Anne Véronique, ces mots m’ont donné l’impression d’un baume sur mon petit coeur ;0)

J’ai conscience que mon billet est peut-être décousu, un peu bancal et sans doute trop long mais j’espère que vous aurez eu la patience d’aller jusqu’au bout. Parce que c’est une lecture (même si votre histoire ne ressemble pas à la mienne) qui vous donnera du punch et du bien-être. Parce qu’elle est positive, bienveillante et réconfortante tout simplement. C’est lumineux, chaleureux, malgré la noirceur du sujet. On ressent tout l’amour dont la jeune femme à bénéficié toute sa vie. Une jeune femme dont j’aurais adoré me faire l’amie, on aurait des choses à se dire…. Elle pourrait être celle qui me donnerait ce petit coup vers l’avant, ce petit coup qui permet de rebondir… Cette lecture fait assurément partie de celles qui entrent dans votre vie, pour la changer indubitablement… Comme certaines petites bougies que l’on trouvent parfois sur le bord de son chemin… Cela m’a donné l’envie de prendre le taureau par les cornes, de parler (ou d’écrire) moi aussi de mon histoire familiale douloureuse… Il est peut-être temps…

Ce billet est naturellement adressé à mes deux frères dont l’absence m’accompagne tous les jours… Ceci est un peu la lettre que je ne pourrais jamais leur adresser…

Lu aussi par NouketteLeiloona, SophieStephie et l’Irrégulière, Saxaoul, Antigone,Sandrine

Et le site de l’auteure est juste par là (clic). Un grand merci aussi aux éditions Michalon clic) et un grand merci encore une fois à Anne Véronique pour ses mots et pour sa grande patience aussi ;0)

(pour laisser un commentaire cliquer sur le petit chiffre dans le petit rond, sous le billet)

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48 commentaires sur “Zou ! d’Anne-Véronique Herter

  1. Mais c’est beau ce que tu dis L’Or ! ça me rapproche de ce livre que j’ai vu circuler et que j’ai noté…
    Non, ton billet n’est pas long.

  2. Ton billet est merveilleux l’Or. Merci de mettre si joliment Zou ! en valeur… je suis heureuse de te connaitre. Fière que mon livre trouve écho en toi et très touchée par tes mots…. merci. Vraiment.

  3. Cette histoire me touchait déjà auparavant, ce que tu en dis est merveilleux, et ton billet si long soit-il se lit jusqu’au bout sans peine tant il est dans un ton juste et intéressant.
    Bises

    1. C’est aussi rassurant de savoir qu’on est pas les seuls à vivre une telle situation… Les livres peuvent nous apporter beaucoup, j’en ai toujours été convaincue !

  4. Merci pour ce magnifique billet sincère et très émouvant. Ma maman a aussi perdu un frère qu’elle n’a pas connu puisqu’il est mort deux ans avant sa naissance. Ca doit être terrible de vivre dans l’ombre de quelqu’un qu’on n’a pas connu. Je me souviens que petite, l’histoire de cet oncle mort jeune m’a vraiment perturbé. Je me posais beaucoup de questions, j’essayais de l’imaginer… J’aime beaucoup les passages que tu cites et je l’ajoute tout de suite sur ma wish list. Ces mots t’ont fait du bien et ça se sent. Je garde encore des souvenirs très forts de livres qui ont aussi fait écho à ma propre histoire et m’ont beaucoup touché et même aidé à avancer. C’est une belle rencontre…

    1. Oui, c’est une chose que l’on porte en nous et que l’on oublie jamais… Moi aussi j’essaye souvent de me l’imaginer, il est très présent dans mon esprit et pourtant je ne l’ai jamais connu, c’est ainsi… Une magnifique rencontre avec ce livre, oui, tout à fait !!

  5. Eh bien ! Il y a tant de choses à dire, là…Ce que nous font les livres quand notre vie s’y trouve reflétée comme dans un miroir. Je comprends parfaitement tout ce que tu dis là, et je pense lire ce bouquin.
    « Nous avons tous nos valises familiales à porter, pour certains elles sont justes plus lourdes à porter que pour d’autres… Pour certains la sensation de liberté est peut-être plus facile à ressentir… »
    Ce sentiment de perte en nous, pour des absents…Et cette question lancinante : quel homme serait-il, quel grand frère serait-il ? Bel article, sujet qui me touche. Jamais trop long, la sincérité et l’émotion. Bises

    1. Oui, ma vie reflétée comme dans un miroir c’est cela… Une question qui est mienne depuis si longtemps oui ; quel homme serait-il, quel grand frère serait-il ? Merci, bises à toi aussi

  6. Une belle et fort expérience de lecture, rattachée à ta propre histoire : c’est ça, la magie des mots !
    Je comprends exactement ce que tu veux dire quand tu parles de ces livres-petites bougies… Que c’est bien dit… Exister malgré l’absence d’un autre… Merci du fond du coeur pour avoir partagé cela avec nous, c’est ton coeur que tu nous as ouvert là et ce roman a résonné tout particulièrement en toi, t’ouvrant de nouvelles portes : c’est aussi à ça que sert la lecture… Moi, ce n’est pas un frère, c’est une tante que j’ai « remplacée » mais je t’en parlerai par mail… Je t’embrasse.

  7. Chère L’Or, comme on peut sentir ce cri du coeur. L’auteure a placé les mots justes dans ce roman fait pour toi 🙂 Un cadeau! Ta lecture a dû être un moment de grâce. Peut-être sauras-tu maintenant ressentir cette ‘absence’ comme un ‘présence’? Un billet très, très fort! 🙂

  8. J’en ai les larmes aux yeux… quel beau texte, Lor ! En te lisant je repensais aux romans d’Isabelle Monnin « les vies extraordinaires d’Eugène » et « Daffodil Silver » qui ont eu exactement le même effet sur moi et c’est étrange comme nous avons utilisé les mêmes mots : le poids des valises, les phrases qui nous aurions pu écrire et cette impression de bien-être alors que ces romans portent sur des sujets si douloureux.
    Alors oui, bien évidemment je lirai ce roman et je penserai à toi en le lisant. Merci. Bises

    1. Merci George, oui j’ai beaucoup repensé depuis à nos échanges de commentaires sur ton billet des Vies extraordinaires d’Eugène, tu t’en souviens ? J’espère que tu le liras, je serais curieuse de lire ton billet aussi, si je le loupe tu viendras me le dire, ok ?!! Tu sais, j’ai moi aussi eu les larmes aux yeux en l’écrivant ce billet… Bisous aussi

  9. Ouf… je suis trop nulle. J’ai lu trop vite la première fois. On lit trop vite maintenant… en diagonale. Et maintenant, plus jamais ! Plus jamais, je ne vais lire un texte trop vite. Je me sens vraiment mal… Je suis vraiment désolée. Ton texte est unique, incroyable … et … je me sens comme la nulle qui ne pense qu’à sa vie… qui ne prend plus le temps de prendre le temps pour les personnes qu’elle aime. Je sais que nous ne vivons que par blogues… mais je tiens à toi et à tellement d’autres… ouf… ça va faire le « je suis dans ma bulle »…

    Ton texte me touche tellement. J’en ai les larmes aux yeux. Tu m’a fait penser à ma mère et mon père… les deux avaient des sœurs qu’ils n’avaient jamais connus – morts avant leur naissance. Mais les deux en parlaient comme un membre de leur famille.

    Et puis, ces disparus sont toujours là… mère, frère, sœur, père, oncle, tante, grand-parents, amis, …
    Peu importe les sentiments… nous sommes une somme de parties… de toutes ces parties, peu importe ce qu’elles sont…

    Et toi aussi… ne doute jamais… tu dis ce que tu veux dans le nombre de mots que tu veux…

    (Et comment va ton fils ? – J’y pense souvent…)

    Bises…
    Laila

    1. Je t’ai tout dit dans mon commentaire chez toi ;0) Merci vraiment d’avoir pris le temps de venir lire ce billet… J’en dit beaucoup de moi et ce livre me tient vraiment à coeur.
      Mon fils va mieux, mais forcément c’est les vacances, il n’en pouvait plus à la fin… C’est dommage, nous aurons vraiment un souvenir très moche de ses dernières années en primaire :0( Bisous aussi

  10. Tu as bien fait de me conseiller de lire ce billet ! Je suis sûre qu’écrire ces mots t’a fait du bien et grâce à eux, je découvre un coin de toi que tu nous as généreusement fait partager. C’est magnifique ce que tu écris et je trouve tellement émouvant et beau que des lectures puissent autant résonner avec nos histoires…

    1. Oui, c’est vraiment une lecture qui a résonné très fort en moi, elle m’a fait du bien et ça m’a permis de voir imprimer ses mots, ses sentiments que j’avais en moi…

  11. Ton billet est magnifique Lor rouge, je suis très émue. On m’a proposé ce livre en SP et je ne l’ai pas accepté (car je n’en prends aucun), mais je vais aller l’acheter, car vraiment, et je ne le dis pas trop fort, tu as écrit le premier billet qui me donne envie de me jeter dedans. Il est intime sans être impudique, triste sans être glauque. Bravo bravo, je vais m’empresser de le lire maintenant. Et je suis heureuse qu’Anne-Véronique ait pu lire un si beau billet sur son roman. Le poids des enfants morts dans une vie n’est pas négligeable.

  12. Bonjour l’Or, je viens de lire ce billet suite au texte sur le manque. J’en suis émue. Bien sûr qu’il n’est pas trop tard pour écrire ton histoire familiale. Pour ma part, j’ai commencé, il y a de nombreuses années, une centaine de pages imprimées et brochées, et cela m’a beaucoup, beaucoup aidée. Maintenant, avec encore plus de recul, je sens que je vais continuer, aborder l’adolescence sur le seuil de laquelle je m’étais arrêtée. Courage, vas-y ! Je t’embrasse.

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