Ma soeur, mon amour de Chitra Banerjee Divakaruni

masoeurLecture commune avec Soukee, Hilde et Séverine.

D’abord je tiens à dire que je suis tellement ravie de la lecture de ce roman que je compte bien ne pas m’en tenir là pour ce challenge  » Bienvenue en Inde  » et que je lirais d’autres titres. C’est un très beau roman, une histoire poignante… Et encore une fois une histoire de soeurs, même si cette fois ci, c’est des soeurs de coeur puisqu’elles ne sont que cousines. C’est un roman que j’ai dévoré, avide de savoir la suite. Pour cela, je vais rester assez vague avec le sujet, préfèrant vous le laissez découvrir par vous même. Cela serait dommage de déflorer le coeur de ce roman.

C’est la voix de Sudha et d’Anju que nous entendrons, tour à tour, dans ces pages. Sudha et Anju ont été élevées comme des soeurs dans la même maison de Calcutta. Elles vivent dans un milieu presque exclusivement féminin avec leurs deux mères respectives et leur tante qui est veuve ; Pishi. Leurs pères meurent, à toutes les deux, le jour de leur naissance. Le Bidhata Purush ne s’est pas montré magnanime.

  » Les vieilles légendes racontent que, durant la première nuit qui suit la naissance d’un bébé, le Bidhata Purush en personne descend sur terre pour décider du sort de l’enfant. C’est pour cette raison qu’on baigne les bébés dans le l’eau parfumée au santal et qu’on les enveloppe dans du malmal rouge tendre, couleur de la chance. C’est pour cette raison qu’on dépose des sucreries à côté du berceau. Du sandesh aux feuilles argentées, des pantuas bruns flottant dans du sirop doré, des julipis, glacés au miel, d’un orange aussi vif que le coeur d’une flamme. Si la chance sourit à l’enfant, il ne restera plus rien de ces sucreries le lendemain matin. « 

Il y a dans ce livre les odeurs de l’Inde et les couleurs chatoyantes des saris, la douceur et la fluidité des tissus de satin. Mais il y a aussi la dure réalité des mariages arrangés et de l’emprisonnement que cela représente :

  » L’année s’écoule ainsi. Certains jours immobiles et opaques, comme si j’étais dans le coma, en attendant que ma véritable vie reprenne. D’autres, parfois, agités de soubresauts, haletants et postillonnants, me rappellent que ma courte vie de liberté est sur le point de s’achever. Bientôt le monde se limitera pour moi à ces murs et à ces figuiers. Tandis qu’Anju, jusqu’où ira t-elle, en me laissant derrière ? Comme je lui paraîtrai terne quand elle rentrera à la maison, aussi éclatante qu’un tournesol gorgé de lumière. Quand le temps viendra de m’échapper de ma prison, en aurai-je la force ? Ou serai-je comme l’oiseau trop apprivoisé qui préfère sa cage à la vaste étendue bleue du ciel, si effrayante ? « 

Il y a là l’affection entre deux soeurs, un sacrifice et un don de soi total. Et la découverte de l’amour :

  » Mais elle s’est déjà assise à côté de Sunil, épaule contre épaule, et a ouvert le livre. Je ne la blâme pas. Je sais ce que c’est que d’avoir son sang qui bat au rythme de celui d’un homme, de ne pouvoir penser à rien d’autre qu’au fait qu’il est là, près de vous. De ne désirer qu’une chose : rester seule avec lui, pour toujours. De ne conserver pour tous souvenirs que la brûlure satinée de ses lèvres, la légèreté de ses mains qui volettent sur votre corps comme des étourneaux, son odeur d’aubépine sauvage, semblable à nulle autre. Aviez-vous une vie avant lui ? Vous n’en savez rien. La seule chose que vous sachiez est que si vous ne le revoyez pas, vous mourrez.  » 

  » Je suis du sucre filé, je fonds sous sa bouche. Je suis du vin doux, qui nous intoxique tous les deux. Je suis la femme la plus heureuse du monde. « 

Inde2

Il y a aussi des passages allèchants, avec le goût des saveurs, des âromes, des effluves de bonheur :

  » La mère de Sunil est une fervente cuisinière. Comme pour tant de femmes, faire la cuisine est sa façon d’exprimer son amour. Sa tâche serait plus facile si son mari n’était pas si tatillon. Elle réussit réanmoins à réaliser des dîners qui sont de véritables oeuvres d’art. Ce soir elle a fait un dal de musoor avec des mangues vertes, aliments excellents d’après le père de Sunil pour adoucir le caractère, mais qui ne semble pas agir dans son cas. Il y a du riz basmati vieilli (facile à digérer), de la purée de pomme de terre accompagnée de potiron amer (pour nettoyer le sang), et un curry de gombos au gingembre (pour stimuler les organes digestifs). « 

Mais ce que je retiendrais en premier de ce roman, c’est cet amour grandiose, cette affection sublime, qui unit Sudha et Anju.

  » Mais finalement j’ai compris. Ce que les gens ne supportent pas, c’est le bonheur que nous éprouvons, Sudha et moi, d ‘être ensemble. De n’avoir besoin de personne d’autre. Il en est ainsi depuis notre naissance. Avant même que j’ai su marcher, m’a raconté Pishi, je me faufilais en rampant dans le dédale de couloirs, à la recherche de Sudha, et nous poussions des hurlements de rire quand je finissais par la trouver. Nous nous amusions pendant des heures, jouant avec les orteils, les doigts et les cheveux l’une de l’autre, et quand tante N arrivait pour emmener Sudha, nous nous mettions dans une telle colère qu’elle battait en retraite. C’était bien la peine, disait-elle à Pishi d’un ton amer, d’avoir enduré les douleurs de l’accouchement, pour se retrouver, au bout du compte, sans fille. Toute notre enfance, nous avons pris notre bain ensemble, mangé ensemble, souvent dans la même assiette, nous tendant l’une à l’autre nos aliments favoris : triangles de parothas, bruns et craquants, aubergines frites, boulettes de rasogollah sucrées et spongieuses. Notre jeu préféré c’était d’interpréter les contes de fées que Pishi nous racontait, Sudha était toujours la princesse et moi le prince qui venait la sauver. La nuit, nous couchions dans des lits jumeaux, dans ma chambre, bien que Sudha eût sa propre chambre, à côté de celle de sa mère, un  mausolée sombre et laid, rempli de vieux tableaux à l’huile et de lourds meubles d’acajou. Nous chuchotions, nous gloussions, jusqu’à ce que Pishi viennne menacer de nous séparer. Et quand nous faisions des cauchemars, au lieu de chercher le réconfort auprès de nos mères, nous nous serrions l’une contre l’autre, dans le même lit…./…

…/… Ils ne comprenaient pas que jamais Sudha et moi ne nous étions senties meilleures que les autres. Simplement, nous nous fournissions l ‘une à l’autre tout ce dont nous avions besoin. Comme dit Pishi : pourquoi aller jusqu’au lac chercher de l’eau quand on a un puits dans sa cour ? « 

Bien sûr, je vais me précipiter pour aller commander le deuxième tome  » la liane du désir « . Il me faut la suite… Et très vite… Et je vais, de ce pas,  lire les avis de mes accompagnatrices. Les lectures de Lounima, Antigone et George 

Ma soeur, mon amour

Chitra Banerjee Divakaruni

Editions poche 10/18

 Challenge  » Bienvenue en Inde  » (cliquer sur le logo pour le lien)

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2 réflexions sur “Ma soeur, mon amour de Chitra Banerjee Divakaruni

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