Police d’Hugo Boris

Le mot de l’éditeur ;  » Ils sont gardiens de la paix. Des flics en tenue, ceux que l’on croise tous les jours et dont on ne parle jamais, hommes et femmes invisibles sous l’uniforme. Un soir d’été caniculaire, Virginie, Érik et Aristide font équipe pour une mission inhabituelle : reconduire un étranger à la frontière. Mais Virginie, en pleine tempête personnelle, comprend que ce retour au pays est synonyme de mort. Au côté de leur passager tétanisé, toutes les certitudes explosent. Jusqu’à la confrontation finale, sur les pistes de Roissy-Charles-de-Gaulle, où ces quatre vies s’apprêtent à basculer.  En quelques heures d’un huis clos tendu à l’extrême se déploie le suspense des plus grandes tragédies. Comment être soi, chaque jour, à chaque instant, dans le monde tel qu’il va ?  »

 » Elle s’était promis que sa vie ne changerait pas radicalement, qu’elle garderait du temps pour elle, ne se laisserait pas déborder. Sa mère, ses tantes, ses amies, peut-être, parce qu’elles avaient manqué de vigilance. Mais elle n’y avait pas coupé, elle non plus, sa vie avait été retourné comme un sac. »

Ce qui m’a attiré dans ce roman tout d’abord c’est ce huis-clos, en effet tout se passe (ou presque) dans une voiture de police. Ils sont trois pour reconduire un migrant à la frontière, via l’aéroport de Roissy Charles de Gaule. Mais c’est aussi un roman sur l’intime, Virginie est déstabilisée par l’acte qu’elle doit subir le lendemain (acte qu’elle a choisi) un avortement. Virginie est enceinte de son collègue Aristide mais il n’est pas son mari. Elle a pris cette décision mais ce n’est pas pour autant que cela  ne l’attriste pas, d’autant plus qu’Aristide vit très mal cet état de fait.

 » Il n’avait été qu’un homme pansement, une friandise, un tour de manège. Alors il était né à une douleur mystérieuse, sincère et profonde. Il s’était lassé de lui même, de son propre bruit, de ses plaisanteries usées, fatigué de lancer des Hola qué tal ? à tout va, de cette dissipation superflue de sève et d’énergie, pareil à un clown qui en aurait eu assez de chausser du 126, prisonnier de sa définition, de son inconsistance, épuisé d’être en représentation perpétuelle, sans fond ni réserve. »

Aristide qui apparaît au fil des pages bien plus sympathique que nous l’augurait les premières pages, il apparaît même très émouvant et bien plus fragile qu’il n’en a l’air (Aristide est du genre costaud ;0) Il y a aussi cette mission donné à Virginie et ses collègues (Aristide et Erik) qui font naitre des doutes et des sentiments mitigés, cet homme qu’ils doivent amener à l’aéroport est un homme en sursis. Elle sait pour avoir lu son dossier dans la voiture, et alors même que c’est interdit, que c’est la mort qui attend cet homme dans son pays. Toutes ses interrogations tournent sans relâche dans son esprit, elles lui mettent la tête à l’envers. Elle sait qu’elle ne peut pas se révolter et aller contre les ordres donnés. Mais elle sait aussi que c’est immoral de mettre cet homme dans cet avion en sachant ce qui l’attend là-bas.

Ce livre, j’avais vraiment envie de le lire après le billet d’Antigone (clic) (dont c’est un coup de cœur) tout m’attirait dans ce roman. Je l’ai lu en une journée (durant le dernier RAT) et je l’ai dévoré. Les pages se tournent toutes seules, il est difficile de se détacher de sa lecture et la fin m’a vraiment bouleversée. Pourtant quelques semaines après il ne m’en reste déjà pas grand chose. J’ai vraiment apprécié ma lecture sur le coup mais il ne m’a pas laissé une empreinte durable. J’aurais peut-être aimé que le personnage du migrant soit plus développé, que l’on entre dans ses pensées à lui aussi. Il me semble que ce personnage (qui est pourtant le centre du livre) est un peu laissé de côté. Le personnage de Virginie, celui d’Aristide, et même celui d’Erik même s’il est moins exploré,  sont bien représentés et restent attachants tout du long. Mais vraiment, il m’a manqué un petit quelque chose et surtout une présence plus forte du reconduit n’aurait pas été de refus. C’est un sujet qui me touche très fort, ce sort fait aux réfugiés en France (et ailleurs). cette inhumanité qui leur est apposée.

Bref, vous l’avez compris je suis un peu mitigée. Il n’empêche qu’il se lit très bien, la lecture est très agréable, et je me rends compte maintenant que je le relirais avec grand plaisir, à vous donc de vous faire votre propre idée.                                                                         #MRL16

Lu pour les matchs de la rentrée littéraire de Price Minister

Et pour le challenge de la rentrée littéraire chez Hérisson (clic)  ; 1/6

Le challenge d’halloween 2016

Edit du 02 décembre ;

Finalement je n’ai réussi à lire que ça ; « Minnow » et « Sacrées sorcières » pas de billets mais je n’ai même pas eu le temps de faire de billets, j’espère bien me rattraper l’année prochaine, mais je m’excuse auprès d’Hilde et de Lou, j’aurais vraiment aimé faire mieux :0( Les films dont je parle en bas du billet ont été tous vus, mais aucun billets de fait non plus, à part un brouillon pour « Only lovers left alive ».

A l’heure qu’il est le challenge d’Halloween est bientôt fini…. Pourtant j’ai tout de même envie de profiter des quelques jours qui restent (le challenge se termine le 02 novembre). J’avais prévu de me consacrer à la rentrée littéraire les deux premières semaines d’octobre puis, pour les 15 derniers jours, au challenge. J’ai malheureusement pris du retard, quelques soucis de santé m’auront à nouveau ralentis (toujours les mêmes évidemment, mais aussi une petite nouveauté guère sympathique ; une inflammation de la hanche et tout ce qui s’y colle ; des anti-inflammatoires et des séances d’ondes de choc chez le kiné ((même si elles soulagent il faut quand même les sentir passer, et ce n’est pas du tout une partie de plaisir)) mais bon, ça s’est tout de même arrangé depuis, puisque je supporte à nouveau la station debout, mais fermons la parenthèse). Tout cela pour dire que je n’ai même pas encore fini ma lecture en cours de cette rentrée littéraire (« Un paquebot dans les arbres ») mais j’espère tout de même lire une ou deux choses que j’avais prévu pour ce challenge de l’année 2016… Je vous redonne vite, en passant, les organisatrices qui sont toujours Lou et Hilde, voilà les liens vers leurs billets de récap. celui de Lou (clic), et celui  de Hilde (clic) 

Et mes lectures, qu’avais-je prévus alors me direz vous ?!! Et bien j’aurais pu tout simplement aller piocher dans ma liste de l’année dernière (clic) qui était déjà bien garni il faut le dire 😃 mais voilà, j’ai eu plusieurs nouvelles idées, et les voici ; « Docteur Sleep » de Stephen King, « Sommeil » de Haruki Murakami, « La dernière nuit à Tremore Beach » de Mikel Santiago, « Sacrées sorcières » de Roald Dahl (dont je suis en pleine lecture aussi), « Nous avons toujours vécu au château » de Shirley Jackson, et j’avais envie de relire aussi « Le passeur » de Loïs Lowry dont j’ai vu récemment le film, que j’ai adoré et qui m’a donné très envie de me replonger dans le roman. Pour finir une envie lecture de cette rentrée littéraire ; « Minnow » de James Mc. Teer II qui est une idée que j’ai puisé chez Claudia Lucia (clic) et qui semble avoir une jolie petite touche d’étrangeté et de fantastique.

Stephen King - Docteur Sleep. Haruki Murakami - Sommeil. Mikel Santiago - La dernière nuit à Tremore Beach. Roald Dahl - Sacrées sorcières.

Shirley Jackson - Nous avons toujours vécu au château. Lois Lowry - Le passeur. James McTeer II - Minnow.

Bon, si j’arrive à en lire deux d’entre eux je serais déjà satisfaite 😝 J’avais prévu de vous parler aussi des nombreux films que j’ai vu ces derniers temps, films vus à l’occasion du challenge. Il s’agit de « The secret » (beaucoup aimé), « Annabelle » (trop horrible pour moi),  » Only lovers left Alive » (coup de foudre total !! pour celui là j’ai déjà rédigé un p’tit brouillon)), « Le passeur » (très belle adaptation du roman), et j’ai prévu aussi de regarder « Insidious 3 ». Voilà, vous savez tout 🙂 Il reste encore quelques jours aussi pour le « Rat à week, happy Halloween«  (qui se termine lui le 05 novembre) et j’ai bon espoir de pouvoir participer la dernière semaine, mais je vous en reparlerais au cas où. Belle semaine et belles lectures !!

Trois grandes dames

Si vous n’avez pas vu l’émission de la semaine de la Grande librairie je vous conseille (très fortement) de regarder le replay (clic) Il y avait là 3 grandes dames de la littérature, tout d’abord Nancy Huston qui est une de mes autrices préférées (après Françoise Lefèvre :0) et que j’ai énormément lu (elle a écrit un de mes textes fondateurs ; « L’instrument des ténèbres ») qui est une femme dont l’intelligence n’est plus à prouver et que je prends toujours grand plaisir à écouter (et à lire ;0) ses propos sont toujours plus que pertinents. La preuve en est cette remarque qu’elle fait au présentateur, à savoir de s’interroger pourquoi on a séparés ainsi sur le plateau les auteurs et les autrices (clic) (c’est d’ailleurs aussi la remarque que je m’étais faite). Qui en fait une autre aussi sur Roman Polanski (et que d’ailleurs François Busnel va éluder très vite) qui a un rapport sexuel avec une jeune adolescente de 13 ans, consentante oui, mais de quelle façon ? N’a t’elle pas obéi elle aussi à une certaine pression (pas seulement celle que peut mettre un homme, mais celle aussi qui est plus générale) tout comme celle qu’à subi Annie Ernaux, dont le sujet de son dernier livre est justement celui ci (et qui était là d’ailleurs aussi hier soir).

Bref cette émission a fait naître en moi beaucoup d’interrogation, et pour cela je ne regrette en rien de n’avoir presque rien lu, je me suis régalée à écouter ces trois femmes qui ont vraiment fait monter le niveau très haut à cette émission (qui aura encore après cela le toupet de dire que les femmes sont des créatures inférieures ??!!). Bref je m’égare mais c’était ma minute de coup de gueule, parce qu’il y en a un peu marre de toute cette misogynie, parce qu’après avoir écouté Chahdortt Djavann (autrice que j’adore aussi, après l’excellente lecture de « Je ne suis pas celle que je suis ») – et qui depuis longtemps écrit sa révolte et qui prouve son courage à se lever contre ces hommes qui imposent aux femmes le voile, et qui voudrait bâillonner leur liberté – c’est vraiment cela que l’on ressent. Les femmes ont encore beaucoup de chemin à parcourir pour être enfin respectés au même titre que les hommes… ( à lire encore l’excellent billet d’Audrey sur les femmes et la BD clic)

L’actualité de Nancy Huston est avec deux livres, un roman et un textes divers (qui me tente beaucoup). Le roman ;  » Le club des miracles relatifs » et l’autre ;  » Carnets de l’incarnation textes choisis 2002-2015″Nancy Huston - Le club des miracles relatifs.  Nancy Huston - Carnets de l'incarnation - Textes choisis 2002-2015.

Celle d’Annie Ernaux ; « Mémoire de fille » Annie Ernaux - Mémoire de fille. lu déjà par ; Cathulu, Antigone, Clara, Saxaoul, Jérôme, Aifelle,

Celle de Chahdortt Djavann « Les putes voilées n’iront jamais au paradis ! » Chahdortt Djavann - Les putes voilées n'iront jamais au paradis !. lu par Joëlle

Source de la 1ière photo (clic) avec un article très complet sur cette grande dame qu’est Nancy Huston. A lire par ici sur Chahdortt Djavann (clic).

Petit bonus pour ce dimanche ; chez Aifelle un moment délicieux, sensuel et langoureux avec Gisela Joao (clic) (j’adore !!) (et parce que l’on peut-être féminine et sensuelle et féministe ;0)

Délivrances de Toni Morrison

Editions Christian Bourgois, édition 2015, 197 pages. Traduit de                                                              l’anglais (Etats Unis) par Christian Laferrière

 » La haine qu’éprouvaient les Blancs, leur violence, était le carburant qui faisait tourner les moteurs du profit. Ainsi, après sa licence, il s’était tourné vers l’économie, son histoire, ses théories, afin d’apprendre comment l’argent avait déterminé chacune des formes d’oppression dans le monde et créé tous les empires, toutes les nations, toutes les colonies, en se servant de Dieu et de Ses ennemies pour récolter, puis masquer les richesses.  » ‘p129)

 Chez Toni Morrison vous êtes sûr de trouver des thèmes forts, des thèmes qui frappent secs. Bride n’a pas eu une enfance facile, ni heureuse. Elle a été élevé à la dure par une femme qui n’a jamais accepté sa couleur (sa mère était claire de peau). Pourtant Bride (nommé Lula Ann par sa mère) est superbe. Sa peau est noire bleutée, noir d’ébène. La rencontre avec un homme « créateur de personne totale » (un relookeur) est importante pour Bride. Dès lors, Bride ne s’habillera plus qu’en blanc.

 » Tu devrais toujours être en blanc, Bride. Rien qu’en blanc et tout en blanc, tout le temps » insistait Jeri…/… « Pas seulement à cause de ton nom, me disait-il, mais à cause de ce que ça fait à ta peau réglisse. Et le noir, c’est le nouveau noir. Tu vois ce que je veux dire ? Attends. T’es plus sirop de cacao que réglisse. Cela rappelle la crème fouettée et le soufflé au chocolat à chaque fois qu’on te voit. » (p45)

Bride prend conscience de sa beauté, les gens se retournent encore sur son passage, mais plus pour la même raison.

 » …/… ce n’étaient plus les regards légèrement dégoutés que je m’attirais quand j’étais gosse. Ces regards-ci étaient emplis d’adoration, stupéfaits, mais affamés. » (p46)

Le roman commence par l’effritement de Bride suite à deux évènements ; l’homme qui partage sa vie l’abandonne avec ses simples mots  » T’es pas la femme que je veux. » Pourtant il lui semblait que leur relation était sereine et simple. Cet abandon elle le vit très mal, cela bouscule ses certitudes. L’autre évènement est que Bride se fait copieusement casser la figure, mais je ne veux pas lever le mystère sur ce personnage qui lui inflige cela. Sachez juste que Bride a menti quand elle était enfant, un mensonge lourd de conséquences sur ce personnage là. Un mensonge qu’elle a fait pour avoir des miettes de tendresse et de reconnaissance de la part de sa mère. Après, c’est l’histoire d’un départ. Cette jeune femme prend la route pour retrouver l’homme qu’elle aime et qui l’a quitté d’une façon si brusque. Elle veut comprendre, elle veut savoir. Sur sa route il y aura une petite fille, dont l’enfance a été encore plus brutale que la sienne. Il y aura aussi de l’angoisse suite à quelque chose de très mystérieux ; son corps change, son corps évolu et elle ne maitrise ça en rien. Et puis on en apprend plus sur Booker, son homme, lui aussi traîne un passé douloureux, un deuil dans son enfance et dont il ne se remet pas.

Je me suis vraiment attachée aux personnages cabossés de Toni Morrison. C’est vraiment un roman qui vous emporte, qui vous empoigne. C’est douloureux, ça écorche mais c’est la vie, leurs vies… Un roman sur ce thème universel ; avoir un passé qui ne passe pas, et ça me touche à chaque fois… L’enfance, parfois, est une griffure qui peut peser sur toute une vie.

Lu pour les matchs de la rentrée littéraire 2015 Price Minister #MRL15 PM

Lu aussi par  Noukette ; « Toni Morrison occupe une place à part dans mon petit panthéon d’auteurs… C’est une voix qui m’a longtemps accompagnée, une voix forte, tantôt rageuse, tantôt caresse. Une voix qui dit les souffrances, la honte et les destins brisés comme personne. 

Philisine Cave ; « Toni Morrison peut écrire n’importe quel texte court, mon cœur de lectrice lui sera définitivement acquis. Elle a cette façon subtile d’aller à l’essentiel avec un phrasé travaillé mais d’une simplicité déconcertante. Il n’y a aucune vulgarité chez elle même lorsqu’elle relate des faits divers sordides. Et pourtant, on ne peut pas dire qu’elle ménage son lectorat avec Délivrances (titre sublime au pluriel : c’est volontaire et veut tout dire). »

Alex ;  » Un roman sur l’importance de la parole pour se délivrer du poids des secrets. »

Jérôme ;  » Dans ce roman choral, Toni Morrison s’écarte de ses travaux précédents autour de la mémoire collective pour s’intéresser à la mémoire individuelle à travers deux quêtes personnelles, celles de Bride et Booker.

Jostein ;  » Toni Morrison nous livre une nouvelle fois un roman sur l’enfance et la ségrégation. Car, là est la vocation de l’auteur, défendre cette cause, redonner la parole aux enfants meurtris à cause de leur couleur. Et pour dévier le drame ou peut-être lui donner une dimension supérieure, elle ajoute une pointe de mystère, de fantastique. Comme si le seul chemin de délivrance était de s’évader dans une autre dimension. »

Pour le challenge 1% rentrée littéraire chez Hérisson  RL2015 1/6

Et ce livre sera aussi ma première pépite chez Galea 

L’hypnotiseur de Lars Kepler

 » Je citais souvent William Faulkner :  » Le passé ne meurt jamais ; il n’est même jamais passé. » J’entendais par là que chaque petite chose arrivée un jour à une personne la suit dans le présent. Chaque expérience influence chacun de nos choix, et, dans le cas d’expériences traumatiques, le passé prend pour ainsi dire le dessus sur le présent. » (p309)

Le mot de l’éditeur ;  » Erik Maria Bark, un psychiatre spécialisé dans le traitement des chocs et traumas aigus, a longtemps été l’un des rares véritables experts de l’hypnose médicale. Jusqu’au jour où une séance d’hypnose profonde a mal, très mal tourné. Sa vie a frôlé l’abîme et, depuis, il a promis de ne plus jamais hypnotiser. Dix années durant, il a tenu cette promesse. Jusqu’à cette nuit où l’inspecteur Joona Linna le réveille. Il a besoin de son aide. Josef, un adolescent, vient d’assister au massacre de sa famille. Sa mère et sa petite soeur ont été poignardées, mutilées et dépecées sous ses yeux. Le corps lardé de centaines de coups de couteau, Josef vient d’être hospitalisé, inconscient et en état de choc. Mais il est le seul témoin du carnage et Joona Linna, pris dans une course contre la montre, veut l’interroger sans tarder. Car tout indique que l’assassin est maintenant aux trousses de la soeur aînée de Josef, mystérieusement disparue. Et pour lui, il n’y a qu’une façon d’obtenir un quelconque indice de l’identité du meurtrier : hypnotiser Josef. Tandis qu’il traverse un Stockholm plus sombre et glacial que jamais, Erik sait déjà que, malgré toutes ses protestations, il brisera sa promesse pour tenter de sauver une vie. « 

Voilà une expérience de lecture assez forte. Le meilleur thriller que j’ai pu lire ses dernières années. D’ailleurs je tournais autour déjà depuis quelque temps. Les circonstances ont fait que ma soeur l’a emmené en vacances et j’ai enfin pu le lire. J’ai une attirance et une curiosité assez forte par rapport à l’hypnose depuis toujours, je dirais même plus ; une fascination certaine. Quand à cette évidence ; ce passé qui ne passe jamais, c’est juste une évidence pour moi… Le passé reste accroché à nous, tel de la mousse à des rochers, il ne nous quitte pas, il est là, on apprend juste à vivre avec. Avoir un passé qui ne passe pas est juste une phrase faite pour moi.

L’histoire est vraiment terrifiante, les corps retrouvés sont dans un sale état, c’est un massacre. C’est un peu ce qui me faisait peur et cela m’a longtemps fait hésiter à lire ce livre. Je n’aime pas les détails gores et la violence exacerbée. Mais j’ai été tellement entraînée par ces pages que je n’ai pas eu le temps de m’appesantir sur cela. Je l’ai presque lu en retenant mon souffle. Mais il faut bien l’avouer ; c’est noir, très noir… Il y est question de folie, d’obsessions, d’enfant qui disparaisse, de jeunes gens qui persécutent, bref c’est pas joyeux, joyeux. Néanmoins je conseille très fortement. On est loin de la Suède chaleureuse et douce d’Ikea, l’atmosphère est sombre, déprimante, les personnages sont de ceux que l’on a aucune envie de fréquenter, seuls l’hypnotiseur (ainsi que sa famille) et l’inspecteur semblent « normaux ». J’ai adoré la description des séances où l’hypnotiseur tombe dans l’hypnose avec ses patients avec sa propre perception qu’il en a, celle de descendre dans la mer, c’est très imagée et très beau ;  » Je me tournai vers l’intérieur, lâchai prise et plongeai à travers l’eau dans une cage d’ascenseur obscure. Nous nous trouvions dans une épave ou dans une maison inondée. Un courant d’eau frais remontait vers moi. Des bulles d’air et des petits bouts de varech dépassaient…/… Au bout de vingt minutes peut-être, nous étions tous au fond de l’eau, sur un sol en acier parfaitement lisse. ça et là, des coquillages isolés avaient trouvé prise sur le métal. Des algues s’étaient accumulés par endroits. Un crabe blanc traversa la surface plane.  » (p350) D’habitude j’oublie très vite les thrillers que je lis, celui ci me restera longtemps en mémoire.

 » Je n’avais jamais compris pourquoi ma propre transe, qui avait toujours lieu parallèlement à l’hypnose des patients, se déroulait invariablement sous l’eau. Mais j’aimais l’image de l’eau, elle était claire et confortable et j’avais pris l’habitude de lire à travers elle les nuances du cours des événements. Tandis que je plongeais dans la mer, mes patients voyaient tout autre chose, ils tombaient dans leurs souvenirs, dans leur passé, se retrouvaient dans la chambre de leur enfance, dans des endroits de leur jeunesse, dans le chalet d’été de leurs parents ou le garage de la fille d’à côté. Ils ignoraient que pour moi ils se trouvaient en même temps dans les profondeurs de la mer, tombant lentement d’un gigantesque récif corallien, d’une plaine abyssale ou de la paroi rocailleuse d’un rift océanique. Dans mon esprit, nous plongions maintenant tous ensemble dans l’eau bouillonnante. » (p311)

Littérature suédoise, traduit par Hege Roel-Rousson et Pascale Rosier

Editions Actes sud 2010, existe en Babel également

Zou ! d’Anne-Véronique Herter

 Le mot de l’éditeur ;  » Ce n’est pas seulement la maison de vacances appartenant à sa famille depuis plusieurs générations que Chance doit quitter, mais aussi tous les fantômes qui l’habitent, ceux de son imagination, ceux de son passé, ceux des histoires que lui racontait son père. Avec la perte de cette immense demeure, nichée dans un grand jardin séparé de la mer par un petit muret en pierre, lieu d’introspection privilégié de tous pour observer le bleu à l’infini, Chance perd également ses repères et se pose des questions quant à son identité.
Est-elle vraiment, comme l’a toujours dit sa grand-mère, la réincarnation de son frère qu’elle n’a pas connu ? « Zou », c’est le signal d’un nouveau départ, d’un renouveau qui s’impose comme une nécessité, un impératif de survie. « Zou », si simple à écrire, si court à prononcer et pourtant si difficile à accepter. »

 » Sa famille : le noeud gordien, à la fois l’oxygène et le poids qui l’étouffe. Le problème. » (p22)

On parle beaucoup de romans « Fell good » (des livres qui font du bien) en ce moment, je ne sais pas si ce roman peut être classé dans cette catégorie mais je sais qu’à moi il m’a fait beaucoup de bien… Je sais aussi que j’ai eu beaucoup de mal à me lancer à faire mon billet. Parce qu’il touche beaucoup trop de choses en moi, qu’il m’a touché au plus haut point et qu’il est très près de ma propre histoire. Alors vers quoi orienter mon billet sans que cela soit trop personnel ? Je ne le sais… Alors je vais juste être sincère et ne pas me me censurer. Alors ses mots là pourraient être les miens ;

« Petite dernière d’une fratrie de cinq enfants, son histoire est banale. Mortelle même ; elle est née trois ans après la mort de son frère, Frédéric. » (p46)

Mon frère ne s’appelle pas Frédéric mais je suis bien née trois ans après sa mort, et nous aussi sommes cinq, trois filles survivantes et deux frères morts. Mais je ne parlerais aujourd’hui que de celui qui est mort trois ans avant moi et qui aurait été si proche de moi en âge (mes soeurs ont toutes les deux rétrospectivement 10 et 12 ans de plus que moi). Cette phrase que j’ai donné en extrait dans le billet précédent (clic)  » j’ai appris très fort à aimer très fort quelqu’un que je n’ai jamais connu » est mienne. Il me manque… Il me manque infiniment et pourtant je ne l’ai jamais connu… Alors comment n’aurais-je pas pu être touché-coulé par cette lecture ??!! Et pourtant elle ne m’a pas plombé et c’est même tout l’inverse. Oui on peut avoir une histoire familiale lourde et oui on peut sortir la tête de l’eau. C’est ce que Anne Véronique m’a appris à sa façon… Chaque mot s’imprimait en moi, chaque mots (ou presque) étaient planqués en moi et n’attendait qu’à sortir prendre l’air… Anne-Véronique les avait écrits pour moi… Alors merci pour ça Anne-Véronique.

 » Quelle aurait été notre vie, si mon frère n’était pas mort, lui aussi ? Je me le demande souvent. Je l’ai imaginé mille fois : il devait être beau et secret, intelligent et courageux. Il devait être un ange. A neuf ans, on est forcément un ange. Je suis la seule de la famille à ne pas l’avoir connu, pourtant il me manque comme si c’était moi que je n’avais jamais connu. » (p30)

Cette question là moi aussi je me le l’a suis posé mille fois et comme le personnage je me suis souvent imaginée, lorsque nous partions à quelque part, en voiture, que s’il avait vécu nous pourrions être en train de rouler vers lui, vers sa maison pour passer une belle journée, ou quelques heures avec ce frère qui aurait pu être là, vivant parmi nous… Ou lors de fêtes familiales, avoir cette sensation de voir cette place vide, cette place vacante me fait souvent vaciller. Mon frère n’a pas eu la chance lui de vivre neuf ans, il est mort né, par conséquent personne dans la famille n’a eu la chance de l’avoir connu. C’est ma différence avec le personnage. Et d’autres aussi, mais dont je ne parlerais ici.

 » Le poids des choses, mes liens familiaux, ma grand-mère, mon frère, mon père, chez les morts. Ma mère, mes frères et soeurs, les gens que j’aime. Tous me lient. M’enchaînent. M’empêchent d’avancer dans ma propre histoire. Je dois m’en libérer. Je sais. Je dois me libérer. » (p73)

Nous avons tous nos valises familiales à porter, pour certains elles sont justes plus lourdes à porter que pour d’autres… Pour certains la sensation de liberté est peut-être plus facile à ressentir…

 » Du haut de mes vingt ans, je m’excuse encore d’être là;  » (p103)

Cette impression d’être là, alors que je ne le méritais pas plus que lui est quelque chose qui m’habite tous les jours…

Ces mots, page 105, que Frédéric adresse à sa soeur m’ont émue au plus haut point. Et ils m’ont fait du bien aussi, parce que si mon frère devait (pouvait) s’adresser à moi il aurait, j’en suis sûre, autant de bienveillance vers moi que cela…

 » C’est en respirant avec difficulté que l’on réalise que l’on respire. » (p120)

Oui sans doute… C’est aussi quand on ressent la douleur que l’on se rend compte le plus sûrement que l’on est vivant…

 » Est-ce toujours toi qui me parles, mon frère ? Celui que je ne connais pas, et qui me connaît si bien ? Est-ce toi qui te poses sur ma joue quand j’ai peur, quand je doute ? Est-ce toi qui me réchauffes de tout ton amour et de toute ta protection ? Est-ce toi à qui j’ai tant parlé, de qui j’ai tant rêvé ? (p137)

Et la réponse de Frédéric pour sa soeur, que j’ai décidé de prendre pour moi ;

 »  Regarde ta vie, regarde-la bien en face. Tu te laisses détruire par les vies des autres, celles des morts, celles d’avant, celles qui ne te concernent plus ! » (138)

 » Je vais te dire qui je suis, ma tendresse. Je suis qui tu veux que je sois. Je suis ton frère. Je peux même être ton père. Je peux même être ta grand-mère. Je peux être tous ceux que tu veux et qui t’ont aimée, car tu les portes, comme une preuve de ton origine. Je suis l’oeil bienveillant qui doit te dire d’avancer et de regarder devant toi, maintenant. Il est grand temps. » (p139)

Rien que pour cela ; merci Anne Véronique, ces mots m’ont donné l’impression d’un baume sur mon petit coeur ;0)

J’ai conscience que mon billet est peut-être décousu, un peu bancal et sans doute trop long mais j’espère que vous aurez eu la patience d’aller jusqu’au bout. Parce que c’est une lecture (même si votre histoire ne ressemble pas à la mienne) qui vous donnera du punch et du bien-être. Parce qu’elle est positive, bienveillante et réconfortante tout simplement. C’est lumineux, chaleureux, malgré la noirceur du sujet. On ressent tout l’amour dont la jeune femme à bénéficié toute sa vie. Une jeune femme dont j’aurais adoré me faire l’amie, on aurait des choses à se dire…. Elle pourrait être celle qui me donnerait ce petit coup vers l’avant, ce petit coup qui permet de rebondir… Cette lecture fait assurément partie de celles qui entrent dans votre vie, pour la changer indubitablement… Comme certaines petites bougies que l’on trouvent parfois sur le bord de son chemin… Cela m’a donné l’envie de prendre le taureau par les cornes, de parler (ou d’écrire) moi aussi de mon histoire familiale douloureuse… Il est peut-être temps…

Ce billet est naturellement adressé à mes deux frères dont l’absence m’accompagne tous les jours… Ceci est un peu la lettre que je ne pourrais jamais leur adresser…

Lu aussi par NouketteLeiloona, SophieStephie et l’Irrégulière, Saxaoul, Antigone,Sandrine

Et le site de l’auteure est juste par là (clic). Un grand merci aussi aux éditions Michalon clic) et un grand merci encore une fois à Anne Véronique pour ses mots et pour sa grande patience aussi ;0)

(pour laisser un commentaire cliquer sur le petit chiffre dans le petit rond, sous le billet)

 » L’écho des blessures familiales…  » extraits de Zou d’Anne Véronique Herter

« Notre maison bretonne. C’est chez moi. C’est beau, parfois effrayant. C’est gigantesque, mais suffisamment petite pour entendre l’écho des blessures familiales. Celles que l’on ne règle qu’en famille. Qui touchent le coeur des choses, les culpabilités, les remords, la responsabilité de chacun devant les morts.  » (p91)

 » Alors, tout naturellement, je parle aussi aux fantômes. Et naturellement, je les vois. Ils sont près de moi. Puisque j’ en suis aux confidences… Pour me calmer, je parle à Frédéric. Quand j’ai peur, je le sens contre ma joue. Quand je vacille, je le sens contre mon épaule. Quand je suis triste, je le sens derrière moi. Et quand je ferme les yeux, je le vois enfin. D’ailleurs, je l’ai toujours vu et je le verrai toujours. Des ombres qui passent, des souffles, il n’est distinct que dans mes rêves. » (p102)

 » Pour mes frères et soeurs, ça commence mal, mon premier grand frère étant mort avant que je n’arrive, j’ai appris à aimer très fort quelqu’un que je n’ai jamais connu. Il s’appelait Frédéric. C’est un prénom que j’articule rarement. C’est une photo en noir et blanc, figée sur le piano dans le salon, sur la coiffeuse dans la chambre, dans le bureau, à la campagne. Partout la même. Des anecdotes à son sujet et de belles histoires. On corrige l’injustice de sa mort par l’exagération de ses qualités. Dans la mémoire collective, c’est lui le plus intelligent, le plus beau, le plus réussi. En plus, je crois que c’est vrai. Nous avons tous essayé de mettre en avant un de ses traits de caractère, pour le refaire vivre à travers nous. Nous n’étions que de pâles copies. » (p 87)

Ce livre là est certainement celui qui m’a le plus bousculé, bouleversé, touché, l’année dernière. Cette histoire c’est un peu la mienne, certains mots je les reconnaissais comme si je les pensais moi même…

Je vous donne rendez vous demain ou après demain pour le billet complet.

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