Publié dans Littérature Française

Trancher d’Amélie Cordonnier – Rentrée littéraire 2018

Amélie Cordonnier - Trancher. Le mot de l’éditeur ;  » Des pages et des pages de notes. Tu as noirci des centaines de lignes de ses mots à lui. Pour garder une trace, tenter de les désamorcer, avec le pathétique espoir qu’ils aillent s’incruster ailleurs qu’en toi. » Cela faisait des années qu’elle croyait Aurélien guéri de sa violence, des années que ses paroles lancées comme des couteaux n’avaient plus déchiré leur quotidien. Mais un matin de septembre, devant leurs enfants ahuris, il a rechuté: il l’a de nouveau insultée. Malgré lui, plaide-t-il. Pourra-t-elle encore supporter tout ça ? Elle va avoir quarante ans le 3 janvier. Elle se promet d’avoir décidé pour son anniversaire. D’une plume alerte et imagée, Amélie Cordonnier met en scène une femme dans la tourmente et nous livre le roman d’un amour ravagé par les mots » 

 » Et si tu as peur, pourquoi tu restes ? Parce que tu es la « boxeuse amoureuse » d’Arthur H.. Celle qui danse quand elle s’approche du ring, esquive les coups. Absorbe tout. Encaisse les uppercuts sans jamais cesser de danser. Celle pour qui tomber ce n’est rien, puisqu’elle se relève, un sourire sur les lèvres. Tu es une boxeuse amoureuse. Qui l’aime. Quand même. Y croit encore. (p131)

Le livre commence par une scène pourtant très douce sur un quotidien familial ; il est 10 heures du matin, le soleil pénêtre par les baies vitrées, la narratrice et ses enfants sont installés à leur grande table de ferme, un truc massif, brut, solide et qui a du vécu, une table réconfortante quoi. Diverses affaires sont éparpillés ; gomme, crayons, cahiers, ect. La petite Romane dessine, Vadim, l’ainé, fait ses devoirs, tandis que leur maman déguste une tasse de thé. Le moment est doux, calme, serein. C’est l’image d’une famille ordinaire. Mais l’arrivée du père, Aurélien, dans cette scène idyllique change toute la donne. Alors qu’il met la musique à fond la jeune femme râle gentiment, baisse le son, en expliquant qu’ils ont besoin de calme pour travailler. Alors la phrase terrible, glaçante, menaçante déboule dans la cuisine et dans la tiédeur du moment ;  » Je suis chez moi, quand même, alors ferme ta gueule une bonne fois pour toutes, connasse, si tu veux pas que je la réduise en miettes. »(p15).

Le ton est donné, nous voilà entrant dans une histoire de brutalité conjugale, même si la violence restera verbale (il y aura tout de même un geste violent à un moment donné) mais non moins terrible. Aurélien ce jour là n’en est pas à son coup d’essai et la jeune femme replonge instantanément dans un maelstrom de souvenirs, de tourments et de violence.  Il y a sept ans la jeune femme était tombée en dépression pour les mêmes raisons ; la violence verbale d’Aurélien.  » Les gens disent qu’ils l’ont échappé belle. Mais quand tu repenses à ce qui s’est passé il y a sept ans, tu as plutôt le sentiment de l’avoir échappé moche »(p21). A ce moment là il avait suivi une thérapie et depuis sept ans Aurélien n’avait plus prononcé d’injures ni de mots méprisants. Malheureusement Aurélien a fini par retomber  dans ses travers et la jeune femme sait qu’elle ne tiendra plus une seconde fois. Qu’elle ne veut plus tenir, ni supporter. Elle sait qu’elle doit trancher. Et cela rapidement si elle ne veut pas y laisser son mental, son énergie. Elle se doit de préserver ses enfants surtout. A ce propos il y a d’ailleurs une scène très forte et bouleversante où l’on voit le petit garçon avoir une réaction violente avec sa sœur. L’enfance est en effet un déclenchant certain pour la vie future.

 » Que tout cela se reproduise, voilà ce qui te terrorise. Que cela se transmette de père en fils et s’incruste comme une tache indélébile. Quand Vadim dérape comme ce soir, cela te broie. Tu te dis que ça y est, c’est foutu, tout est perdu. Cet être que tu chéris plus que tout au monde, que tu as porté et que tu t’efforces d’élever, plus haut que les étoiles, à son tour il va maltraiter sa femme. Ses mots à lui aussi seront des rasoirs sous sa peau à elle et entailleront sa chair. Non ! Tu préfèrerais en mourir. Mais il paraît que le plus terrible avec la violence, c’est qu’on en hérite malgré soi. » (p102)

C’est un roman qui, forcément, prend aux tripes. Forcément émouvant. La jeune femme souffre beaucoup parce qu’elle est prise entre deux feux si je puis dire. Son homme elle l’aime, elle aime leur vie de famille à tous les quatre,  celle qu’ils mènent en dehors des insultes, parce que le plus difficile est qu’en dehors de ses crises Aurélien est un homme attentionné  » il assure qu’il t’aime tant. Peut-être. Mais si mal. « (p79) Parce que voilà les insultes elles sont là. Elle sait donc qu’elle ne peut plus lutter et qu’elle ne supporte plus la violence et le mépris d’Aurélien. Elle sait qu’elle ne tiendra pas. Pour survivre elle doit fuir, elle doit penser à ces enfants aussi. Quel avenir auront-ils s’ils ont tous les jours devant les yeux, l’exemple de l’attitude de ce père envers leur mère. Comment pourraient-ils se construire une vie saine avec une enfance pareille. C’est très dur d’être témoin de sa détresse et de sa déchirure. L’amour est encore là mais le quotidien qu’elle vit avec Aurélien est juste insupportable et vraiment douloureux. Aurélien a vraiment deux versants, celui d’un homme amoureux, tendre et qui veut son bonheur, mais il en a un autre, sombre, effrayant d’un homme qui dit des mots terribles, des mots qui font mal, des mots qui brisent. Un livre qui fait naitre beaucoup de questions, entre autres et la plus importante peut-être ; est ce vraiment de l’amour quand la situation est aussi douloureuse ? Quand un homme est incapable de retenir des penchants aussi dévastateurs, aussi violents et brutaux ?

Les mots de l’autrice sont forts, impossible de ne être touché. La violence verbale peut-être tout autant dévastatrice qu’une autre. Les mots peuvent toucher aussi fort que des coups, même si, bien sûr, ceux ci sont évidemment bien pire, mais on tomberait là dans un tout autre sujet. Un très beau roman, vraiment, dont il serait dommage que vous passiez à côté.

 » Quand on a pas le choix on prend sur soi. On fait avec et on finit par s’habituer. On s’habitue à tout. A perdre, à souffrir, à manquer. Tu le sais. (p120)

Un autre roman sur ce blog dans un sujet ressemblant ; « Cette nuit là » d’Isabelle Minière (clic). Et je prépare le billet de « Baines » qui reste très proche aussi.

Lu par Agathe, Joëlle, Au fil des livres,

Lu pour le challenge 1% rentrée littéraire 2018 d’Hérisson 1/6   

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9 commentaires sur « Trancher d’Amélie Cordonnier – Rentrée littéraire 2018 »

  1. Comme Aifelle, je n’ai pas envie de lire sur ce sujet en ce moment (peut-être un jour) et pourtant je trouve que c’est bien d’écrire sur ce thème.

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