Extraits·Littérature

Assia Djebar, hommage

« Je ne connais pas votre ville ; pourtant, je n’y suis pas encore l’étrangère. Pas encore.

Notre première rencontre, à Paris. Ces derniers mois, très régulièrement, toutes vos lettres postées de Strasbourg. Je vous lis, le coeur en suspens ; peu après, comme à présent, je vous parle tandis que je marche, je vous parle en moi. Ce que je devrais vous dire, ce que je vous dirai, ce que je n’oserai pas, au dernier moment, laisser échapper, ce que vous répondrez, à mes aveux, à mes silences…/… (p41) »

 » Au rendez-vous suivant , j’ai annoncé que je pourrais venir en Alsace, le mois d’après. Dix jours au printemps. J’ai retenu de justesse sur mes lèvres ce que j’ai pensé dans un élan, mais qu’aussitôt j’ai contenu : « Je viendrai neuf nuits ! Pour vous ! « .

Les nuits de Strasbourg, juste avant l’aube. Je n’ai pas dormi dans le train de nuit : la couchette de seconde classe s’avérait inconfortable. Le taxi à cinq heures du matin.Le brouillard sur les quais le long de l’Ill, et la moire grise de l’eau. La nuit glissait à l’horizon, tardait à disparaître d’un coup, sa chevelure s’effilochait au-dessus des toits de tuile en pente si basse… Une douceur, celle d’un calfeutrement, enrobait cette architecture que je découvrais pour la première fois…/… » (p49)

 » M’interrogeant, tout en marchant dans la fraîcheur de la première brume, je découvre que, plus je me sens ainsi passagère dans une ville d’Europe, plus je reconnais l’élan violent qui m’a saisie, il y a plus d’un an : quitter à la fois ma terre de soleil, un amour brouillé, un garçonnet aux yeux élargis de reproche, oui, à partir d’un coup à trente ans, cela me paraissait jaillir d’une tombe !…

D’une tombe ouverte au ciel certes, d’une tombe quand même ! Oh dieu, l’ivresse de déambuler, de goûter l’errance, plongée dans une telle intensité ! Jamais, pourvue que je marche, je ne cesserais de me sentir légère… » (p51)

« Les nuits de Strasbourg » Assia Djebar extraits, éditions « Un endroit où aller », Actes Sud 1997

Photo ; Robert Doisneau

Les nuits de Strasbourg est un de mes textes fondateurs (j’en ai quelques uns, comme ça). C’est une superbe histoire d’amour, quelques nuits offertes à un homme, une déambulation dans une ville que je connais bien ; Strasbourg. Un très beau roman dont j’ai gardé un souvenir impérissable. Une lecture que j’ai vraiment adoré ! Il serait peut-être, d’ailleurs, le moment de le relire. J’espère, en tout cas, vous avoir donné envie de le découvrir.

Assia Djebar aurait eu 78 ans bientôt, elle est morte à  Paris le 06 février 2015.

D’elle j’ai encore « Oran, langue morte » à lire… Encore du bonheur en perspective…

 

 

 

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