Le club de la petite librairie de Deborah Meyler

( Lecture du mot d’avril ) Le mot de l’éditeur : « Jeune femme brillante, Esme obtient une bourse à l’université de Columbia à New York. Dans cette ville où tout semble éphémère, elle tombe amoureuse de Mitchell. Tout va bien, jusqu’à ce qu’elle soit enceinte : là, Mitchell annonce qu’il la quitte. Déterminée à reprendre sa vie en main, Esme trouve un travail dans une petite librairie de quartier, tenue par George, son propriétaire excentrique et le taciturne Luke dont le rêve est de devenir guitariste. Au milieu des livres, la jeune femme trouve un réconfort bienvenu. Tout comme auprès des clients de la librairie qui deviennent des amis et des soutiens Et puis, un jour, Mitchell revient. Esme a-t-elle envie de lui accorder une seconde chance ? Le bonheur est-il à ce prix ? Un magnifique roman, une déclaration d’amour aux livres et à l’amitié. »

Vous vous en doutez mais le sujet avait tout pour m’attirer, forcément… Alors j’ai beaucoup aimé tous les passages se passant dans la librairie, tout ce petit monde travaillant dans la librairie aussi. Les personnages sont bien croqués, et attachants. Certains passages m’ont un peu étonnés, le style m’a déroutée et l’auteur parle de l’amour d’une façon très étrange. Je ne saurais pas expliquer précisément ce qui m’a déplu mais peut-être est-ce une certaine vulgarité, parfois, dans les propos qui m’ont heurtée.


Ce que je retiendrais surtout de cette lecture ;

* Ces comparaisons qui reviennent tout le temps, entre les moeurs des Anglais et des New Yorkais. C’est récurrent dans les pensées d’Esme.

* Les photos de Stella d’une « qualité élégiaque », mélancoliques et belles

«  – Mais toutes les photographies sont tristes parce qu’elles montrent quelque chose qui n’est plus, fait remarquer Stella. Elles attirent notre attention sur le fait que le temps passe, que rien ne dure. Mais qui n’est pas capable de le remarquer ? Je le remarque tous les jours, moi, avec ou sans mon appareil photo. Je me dis parfois que je ne fais rien d’autre que « remarquer ». Partout où je regarde. Chaque battement de paupières est une élégie. » (p186)

* Les remarques poétiques et compliqués de Luke guitariste et passionné de musique, mon personnage préféré ;

 » – Le parc est peut-être un tableau pour toi, dit Luke, mais pour moi il est plutôt comme la musique. Tout tourne autour du temps. Je crois qu’il me plaît parce qu’il change. Il change comme la musique. Il a des rythmes comme la musique…/… Le parc change aussi pour les gens. Ce sont des choses différentes pour des personnes différentes à des périodes différentes. Tu vois, pour les amoureux, pour les types qui marchent dans les Rambles, pour les joueurs de softball, pour les vendeurs de bière, pour les enfants, les touristes, les joggers… Ils se déplacent tous dans le parc, comme des notes de musique. Ils incarnent tous une note différente. Cela peut paraître dissonant, mais c’est harmonieux au contraire. » (p192)

* Les sans abris, bienvenus dans le magasin, George, le propriétaire de la librairie, toujours bienveillants envers eux. Ils ont leur propre place dans la vie de la librairie et elle est importante.

* Ce pamphlet contre am.zon et cie, immenses machines à broyer les petites librairies. La défense de ces mêmes petites librairies qui offrent des livres rares et d’occasions, et des conseils assortis de chaleur humaine.

* Les propos de Mitchell, insupportables pour nous qui aimons tant les livres ;

 » Il prend un ouvrage intitulé « La grève » d’Ayn Rand
– C’est un livre culte, un livre extraordinaire. Tu l’as lu ?
– Non
– Tu devrais. Il est très bien. Elle en a écrit un autre qui est bien aussi.
– D’accord, dis-je, tu pourrais me l’acheter.
Il regarde sur la page de garde.
– Il coûte huit dollars. Huit dollars pour un livre d’occasion abîmé. Je parie qu’on peut le trouver sur internet… gratuit.
Il le range à sa place.
– C’est grâce à ce genre de raisonnement que les gens n’écriront plus à l’avenir, dis-je
– Non, les gens écrivent pour satisfaire leur ego, pas pour l’argent.
– Nous avons une carte postale ici, une carte postale d’occasion bien sûr, avec la citation de John Ruskin, selon laquelle les gens préféreraient acheter un turbot plutôt qu’un livre.
– Moi aussi j’aime le turbot et je n’ai pas besoin d’acheter des livres. J’ai toute la bibliothèque de la New School ainsi que mon iPad. Pourquoi les gens continuent-ils à acheter des livres ? Les livres prennent de la place, c’est tout. Ils empiètent sur notre espace. » (p210)

* Le passage très émouvant où une certaine Mme Kasperek, vieille dame et grande lectrice, est obligé de se séparer de ses précieux livres parce qu’elle part dans une résidence médicalisée, maison de retraire, où il n’y aura pas de place pour ses livres. Un passage qui serre le coeur, impossible de ne pas imaginer la situation pour soi et d’en frémir.

 » – Je n’ai jamais aimé en emprunter à la bibliothèque. J’aimais les avoir chez moi, pour pouvoir relire des passages, quand j’en avais envie. J’aimais savoir qu’ils étaient à moi, qu’ils m’appartenaient. C’est important d’avoir Shakespeare, c’est important d’avoir… Churchill pour mieux comprendre la guerre. » (p 221)
 » – Ces livres…. Commence-t-elle
Puis elle s’interrompt. J’ai peur. Pour elle, pour moi dans des dizaines d’années, m’efforçant de rester digne devant ces deux étrangers qui emportent mes livres. Je vois la ligne droite qui l’emmène vers sa tombe, puis qui m’emmènera à mon tour vers la mienne.
– Je sais, madame, dit Luke
– Ils sont toute ma vie. Ces livres sont toute ma vie. » (p223)

Madame Kasperek qui connait les secrets de la confection d’un vrai thé, digne de ce nom ;

 » Je la regarde préparer minutieusement un vrai thé. Elle fait couler de l’eau fraîche d’abord. Toutes les veines bleues sont visibles sous la peau tendue de sa main pendant qu’elle remplit  la bouilloire. J’aime le fait que les Américains aient tous des bouilloires sur leurs cuisinières ; personne n’utilise de bouilloire électrique ici. On dirait que c’est en lien avec leur mode de vie pionnier. Qu’on se trouve dans un immeuble à New-York ou qu’on cherche à éloigner les coyotes de la prairie, on a besoin d’eau bouillante. Il faut donc une flamme. Elle réchauffe la théière et mesure quelques cuillères de thé.  » (p220)

* Cette phrase qui associe « la voie du chagrin » et l’amour ;

 » Quelle autre voie y a-t-il ? aimerais-je dire. Quelle autre voie compte dans la vie ? Aimer, c’est être vulnérable. Aimer c’est faire l’expérience du chagrin au centre même de l’amour. » p263)

La présence constante de la musique dans le roman ;

 » La musique, c’est comme la poésie. Elle peut vous permettre d’arrêter de penser. Elle peut aussi vous ouvrir. Je mets ma solitude, ma tristesse et mon bonheur dans la musique. Je joue ma « sonate au clair de lune » simplifiée pour les enfants comme si j’étais Alfred Brendel. Je joue comme un génie si on fait abstraction de toutes les fausses notes. » (p266)

* La dégustation d’un Smoothie couleur vert pomme ;

 » Elle revient avec deux smoothies vert vif de Whole Foods. J’en sirote un. J’ai l’impression de boire un jardin tout entier. » (p302)

Un moment, magique, où la neige envahit Broadway, passage qui ne me peut que me parler, admiratrice depuis toujours de cette beauté blanche.

 » Des flocons géants tombent sur la ville. Je sors du lit et m’approche de la fenêtre. Nous les regardons tomber, plus gros, plus rapides, plus nombreux qu’en Angleterre. A la maison, on les regarde tomber avec espoir, mais ils fondent sur le sol mouillé. Ici, ils restent. Il suffit de quelques minutes pour que nous nous retrouvions dans un monde tout blanc. Une lumière vive, aussi éclatante que de la porcelaine, emplit la pièce. » (p313)
 » La qualité intense du silence est trop précieuse. Il est difficile d’imaginer que quelque chose parvienne à arrêter les New-Yorkais et, pourtant, ils se sont arrêtés. La ville est recouverte d’un manteau blanc, et plus aucune règle ne s’applique. Je ne veux pas bouger, je ne veux pas qu’il y ait de temps. Je veux vivre dans un monde qui a toujours été recouverts de neige fraiche…/…
Je continue à regarder jusqu’à ce que la nuit tombe. J’ouvre la fenêtre et je sens les flocons fondre dans ma main tendue. Puis je me penche un peu. Broadway. Broadway sous une couche de neige toute fraîche. Il y a des moments où on prend conscience, que vivre, c’est douloureux non pas parce que c’est terrible, mais parce que c’est magnifique. » (p314)

Résultat des comptes ; des passages qui me restent en tête, une magie présente et indéniable. Une librairie et un personnel super sympathique. Mais l’histoire d’amour entre Esme et Mitchell vraiment déroutante et pas crédible à mon sens. Mais je me rends compte que j’ai finalement appréciés beaucoup de passages.

 Challenge le nez dans les livres de George

Publicités

40 réflexions sur “Le club de la petite librairie de Deborah Meyler

  1. Je crois bien que ce livre aurait tout pour me plaire !
    Je le note de suite !
    Malgré tes petits bémols je crois que l’atmosphère l’endroit et le sujet
    sont fait pour me séduire
    Bises L’Or.
    Profite bien de tes repos j’ai un peu des jours de ci de la dans la semaine en ce moment avant les grandes vacances le 1er Aout jusqu’au 1er septembre je n’attends que ça ! 😉

    • Oui l’atmosphère et tout ce petit cosmos gravitant dans la librairie est vraiment un petit bonheur… C’est ce que j’ai apprécié le plus :0) Courage Marielle, plus que quelques jours d’attente ;0) Profite bien de tes vacances ;0) Bises

  2. Franchement, un titre pareil, comment résister? (même si certains passages font peur)
    et tu me donnes envie d’une tasse de thé, c’est malin. ^_^
    Bises.

    • Le titre et le sujet forcément, ne peuvent que nous attirer nous LCA ;0) Oui le passage avec Mme Kasperek donne froid dans le dos, et ces mots de Mitchell tellement agaçants ! Bises aussi Keisha (je suis justement en train d’en boire une de tasse de thé :0)

    • Il faut passer outre l’histoire un peu bizarre entre Mitchell et Esme, le reste est très bien… Cette librairie et le petit monde qui gravite dedans sont tellement bien croqué qu’on s’y croirait :0)

  3. Beaucoup d’aspects m’appelleraient vers ce roman… Mais comme tu n’es pas entièrement conquise, je ne le mets pas dans mes priorités. En tout cas, les extraits liés à mme Kasperek sont très, très beaux… Bonne suite d’été, L’Or, bises !

    • Disons que c’est surtout ce personnage Mitchell, tellement exaspérant et irritant… Je ne comprenais pas du tout ce qu’Esme pouvait lui trouver ;0) Mais le reste est très intéressant.. Bonne suite d’été à toi aussi Fondant, et des bisous aussi :0)

  4. Malgré tes petites réserves ça me donne très envie de le lire, il regroupe tout ce que j’aime: librairie donc livres, musique, New-York…et tes passages choisis sont très beaux.

    • Pour moi aussi il regroupait tout ce que j’aime… Forcément il m’a attiré ;0) Je me suis rendue compte en faisait mon billet qu’il m’avait touché plus que je ne le croyais… Je te souhaite un bel été Flo

  5. J’ai ce roman dans ma PAL mais je dois avouer qu’il me tente de moins en moins. Tu n’es pas la seule à avoir souligné la vulgarité qui semble assez présente dans cet ouvrage et qu’on ne s’attend pas forcément à trouver là. Je redoute un peu cet aspect qui me rebute toujours en littérature (et en général d’ailleurs…).

    • Ah, ça me rassure, je me disais que peut-être j’étais une petite nature ;0) Mais bon, c’est supportable aussi… C’est juste que c’est un peu étonnant, on ne s’attend pas à ça dans ce style de lecture… Mais si tu es prévenue ça devrait mieux passer :0) Ne t’arrête pas à ça, il y a tout de même de très beaux passages, et puis le petit monde de la librairie est vraiment très agréable, on a du mal à les quitter ;0) Bisous MyaRosa, bel été !

  6. Je crois qu’hormis le titre, il n’a rien pour me plaire, tu sais que les histoires d’amour me laissent de marbre (à cause de mon coeur de pierre), et je n’arrive pas à être séduite par certains extraits. et en plus si c’est un peu vulgaire…..tu vois….
    Belle journée Lor

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s