Littérature

La grâce des brigands de Véronique Ovaldé

 » Il y a toujours ce moment parfait où vous détachez les cordes qui étaient nouées à vos poignets, les cordes y laissent leurs marques et leur brûlure et elles y laisseront longtemps leurs marques et leur brûlure mais quel plaisir de pouvoir regarder vos poignets, de le faire plusieurs fois par jour et de n’y voir que la trace du cordage et pas le cordage lui même. » (p276)

Quand j’ai vu qu’un nouveau roman d’Ovaldé allait sortir pour la rentrée littéraire je m’y suis tout de suite intéressée. De cette auteure j’avais vraiment adoré « Ce que je sais de Vera Candida » (lu avant le blog). Elle m’avait vraiment entraînée dans un monde moitié contemporain, moitié conte. J’avais été totalement conquise. Je pensais l’être autant par celui-là, ça n’a pas vraiment été le cas. Il faut dire que le sujet m’attirait et ne m’attirait pas… Une enfance que l’on veut fuir, une femme qui écrit, tout cela faisait partie des thèmes qui me plaisaient. Mais le pygmalion, l’excentrique et désagréable personnage que semblait être Claramunt me repoussait. Et puis il y a eu le billet de Cathulu qui m’a décidé finalement à me lancer. Alors, au final oui, ce livre n’est pas un coup de coeur. Mais ce n’est pas pour autant que la lecture a été désagréable. J’ai vraiment apprécié la longue partie parlant de l’enfance de Maria Cristina Väätonen. Ce père indifférent, cette mère à moitié folle, cette soeur ennemie et pourtant aimée, ce petit village du grand Nord qu’elle ne pense qu’à fuir… C’est la partie du récit qui m’a le plus emportée.

 » Quand elle était enfant, elle fixait la photo en espérant faire apparaître quelque chose qui avait trait à cette intimité, ses parents ne se touchaient pas sur cette image, se mère regardait l’objectif et son père regardait au loin, elle aurait tant voulu déceler une once de tendresse. J’aurais voulu qu’ils s’aiment, qu’ils s’effleurent, je ne demandais pas qu’elle lui prenne le bras ou que leurs doigts s’entrelacent, je voulais seulement qu’ils n’aient pas l’air si intensément isolés, ils sont déjà si asséchée et si raides, ils sont encore très jeunes pourtant, ma mère a t-elle ressenti un jour une langueur de jeune fille, ma mère a-t-elle été autre chose un jour que ce petit merle sec, personne ne sourit, sur cette photo, tout est silencieux, même  Meena a la bouche fermée, elle ne glapit pas comme elle glapissait toujours, on ne voit que son visage et sa minuscule main gauche ouverte comme un soleil, le reste de son corps est enveloppé dans une couverture blanche, c’est incroyable le silence de cette photo prise sur le perron de la maison rose devant la porte fermée comme s’ils avaient été foutus dehors, ils sont devant cette porte close, chaque protagoniste retranché, formé de nuances de gris, de petites taches de poussière d’argent, Marie Cristina est cachée dans cette photo, elle est dans les profondeurs de l’image, elle est dans le ventre de sa mère et personne ne le sait encore, c’est comme s’il existait un deuxième plan ou une infinité de plans indécelables et que la surface du papier impressionné les obstruait afin que soit seulement visible le chagrin sec des familles malheureuses. » (p43)

Pas une ambiance familiale très chaleureuse, vous l’avez compris… Maria Cristina partira de la maison à 16 ans mais laissera derrière elle sa soeur, incapable de partir, elle, pour une raison que je vous dévoilerais pas. Le roman commence par un coup de fil reçu par Maria Cristina de sa mère dont elle n’a plus aucune nouvelle depuis des années. Celle ci lui demande de venir la retrouver. Alors qu’elle même ne connait pas les raisons de cette obéissance soudaine à l’injonction de sa mère, elle s’exécute. De la suite je ne vous dirais rien…

 » On n’avait d’ailleurs pas le droit de prononcer le mot « amour » dans la maison si ce n’était pour évoquer celui de Notre Seigneur. Si l’amour n’était pas spirituel, il n’était qu’un échange de liquides plus ou moins malodorants, une confusion des sens ou une perte de discernement. » (p59)

Quand au personnage de Claramunt, cet abuseur, il m’a forcément déplu, comme je m’y attendais. Ce personnage déplaisant,  cette emprise dont on voudrait se détacher, mais sans y réussir d’ailleurs avait déjà une grande place dans un des romans de Véronique, je ne sais pas si vous l’avez lu, le titre est : « Les hommes en général me plaisent beaucoup ». J’ai retrouvé dans le personnage de Claramunt, cet homme plus que déplaisant  : Yöim des « Hommes en général… ». Une rencontre tellement désagréable et un personnage si détestable que je m’en souviens encore maintenant alors que ma lecture date de 2003.

En conclusion une lecture un peu mitigée, un seul personnage auquel j’ai réussi à m’attacher ; Maria Cristina et une partie vraiment aimée, celle de son enfance. Mais le reste m’a un peu laissée dubitative. A vous de voir donc, certaines ont eu un véritable coup de coeur dont Antigone et l’Irrégulière, Clara, Céleste. D’autres n’ont pas aimés, comme George et Theoma. Sylire a été un peu déçu, comme Val et comme moi qui me situe juste au milieu ;0)

Une lecture que j’ai partagé avec  Philisine, Nadäel, Lili et Piplo. Lu pour les matchs de la rentrée littéraire de Price Minister (merci à eux ainsi qu’à Olivier !!). Puisqu’il est d’usage je donnerais donc, exceptionnellement,  une note à cette lecture qui sera de : 12/20. 

Lu également pour le challenge de la rentrée littéraire d’hérisson.  rentrée littéraire 2013.jpg 1/6

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45 commentaires sur “La grâce des brigands de Véronique Ovaldé

    1. Celui que j’ai aimé le moins c’est « Les hommes en général me plaisent beaucoup ». C’était tellement énervant l’emprise qu’avait cet homme malsain sur la jeune femme, personnage principal du livre…

  1. J’avais l’intention de le lire mais tu as un avis si mitigé que je ne sais plus!
    j’avais aimé aussi Rosa candida. Je sais que l’optimisme du récit avait été critiqué mais que cela fa isait du bien! Surtout que c’était intelligent et sans mièvrerie.
    Après recherche dans mon blog ,je suis en train de me rendre compte que le livre dont je te parle Rosa candida est de Audur Ava Olafsdottir, ce n’est pas le roman d’ Ovaldé! Quelle méprise!

    1. En fait celui dont je parle c’est Vera candida, ou plutôt « ce que je sais de Vera Candida », celui de Olafsdottir c’est « Rosa Candida ». Mais tu as raison, c’est vraiment sujet à confusion. J’ai lu les deux, donc je ne les confonds pas ;0) Et j’ai adoré moi aussi Rosa Candida, et je suis d’accord avec toi, dès qu’un livre est optimisme il est doté de mièvrerie… C’est totalement réducteur, on peut être positif sans être mièvre… Et comme tu le dis, ça fait vraiment du bien de lire du positif :0) As tu lu « l’embellie » d’Olafsdottir ?? Bisous, bon mercredi

  2. 12/20 alors que tu avais adoré Vera Candida… Ayant déjà un peu peiné sur ce dernier, je crois que je vais passer mon tour pour ce nouveau roman. Tous les billets que je lis me conforte dans cette idée, même les positifs. Quand ça veut pas, ça veut pas 😉

    1. Tu trouves que c’est trop 12/20 ?? Non, il les mérite tout de même, ça n’a pas été un abandon et c’était une lecture agréable… Et puis j’aurais mis un 18/20 à Vera Candida, ce qui fait tout de même 6 points d’écart… Les 6 points qui changent tout ;0) De toute façon je n’aime pas donner de notes à un livre et je ne le fais jamais. Là c’est juste parce que ça fait partie du jeu et que j’étais obligé. Mais tu as raison sur ce point : quand ça veut pas, ça veut pas ;0) Et inutile alors d’insister !! Bisous Zarline

      1. Non, non, 12/20 ce n’est pas trop, c’est juste que ça montre quand même qu’il est en-dessous de ton expérience avec Vera Candida. Et comme si j’avais dû mettre une note à Vera Candida, j’aurais mis un 12/20, ben en faisant le calcul pour ce nouveau roman… ça ne justifie probablement pas une lecture.
        Bon j’arrête, je t’embrouille sûrement de plus en plus. Bisous l’or.

      2. Mais non, tu ne m’embrouille pas ;0) C’est vrai que j’aurais aimé aussi pouvoir lui donner plus, mais bon la magie qui n’opère pas pendant une lecture ça arrive… C’est décevant quand ce sont des auteures qu’on aime mais ça arrive… A toi de voir si tu as envie d’essayer… Attends le en poche et tu verras à ce moment là. Bisous encore Zarline ;0)

  3. C’est une écrivaine que j’ai vraiment envie de découvrir… mais après la déception « Lady Hunt », je suis dans une période d’errance littéraire 😉

    1. Oh c’est amusant je viens justement de chez toi, et je vais voir mes commentaires et te voilà… Si ce n’est pas de la transmission de pensée…. (ça c’est parce que je suis en plein dans Shining ;0) Lady Hunt a été une déception pour toi ??!! Mince, moi je l’ai beaucoup aimé !! Un vrai univers dans lequel j’ai tout à fait plongé !! Bisous Margotte, bonne fin de semaine

  4. J’aime le style de Véronique Ovaldé. J’avais hésité pour les matchs de price minister d’ailleurs avec cet opus là.
    Il n’est jamais facile de noter et comme toi je ne le fait pas sur mon blog sauf si on me le demande suite à un partenariat … et aussi sur Babelio avec les 5 étoiles qui d’ailleurs je trouve ne me permette pas de bien noter toutes les palettes d’émotions de mes lectures.
    Je note quand même ce livre sans doute quand il sortira en poche.
    Bises

    1. Mais moi aussi j’aime le style d’Ovaldé, c’est pour ça que j’étais déçu, je pensais retrouver la même ambiance un peu magique de Vera Candida. Bises aussi Didi

  5. Un auteur dont on parle beaucoup, mais j’avais été déroutée et déçue par « Déloger l’animal ». Donc je ferai l’impasse sur celui-là.

  6. C’est bizarre mais je ne suis pas convaincue même quand les billets sont élogieux, ce ne doit pas être une auteure pour mi ! Il ne faut jamais dire jamais alors peut-être un jour…

  7. J’ai adoré « Et mon coeur transparent » de Véronique Ovaldé et je compte bien la relire, mais pas avec ce titre je crois.

  8. Un livre courant d’air pour moi, j’ai trouvé qu’il manquait de profondeur, de densité que tout était survolé. Par contre je n’ai pas dit mon dernier mot et je compte lire un jour « Ce que savait… » !

  9. J’étais tentée en rencontrant l’auteure lors d’une conférence, et puis les avis ont été trop diverses pour me donner vraiment envie. Je pense que je vais passer !

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