Les arbres voyagent la nuit d’Aude Le Corff

 Le mot de l’éditeur :  » Un professeur de français à la retraite est intrigué par une fillette qui habite son immeuble. Chaque soir, après l’école, Manon se réfugie dans le jardin. Assise sous le bouleau, elle parle aux chats et aux fourmis, quand elle n’est pas plongée dans un livre. Depuis quelques mois, sa mère semble avoir disparu. Brisant la routine et sa solitude, Anatole finit par l’approcher. C’est autour de la lecture du Petit Prince qu’ils échangent leurs premières confidences. En côtoyant Manon, le vieil homme va rencontrer d’autres voisins : Sophie, une femme singulière qui le met mal à l’aise, et Pierre, le père de la fillette. C’est tous ensemble qu’ils entreprendront un voyage inattendu jusqu’au Maroc. »

 » On perd l’habitude d’exprimer ses sentiments avec les années. Or, sans manifestation de tendresse, que reste-t-il à l’autre ? Un affreux sentiment de vide et de solitude ; l’impression de ne plus exister » (p208)

Voilà une lecture dont je suis ressortie avec un grand sourire sur les lèvres. Ce livre fait partie des lectures qui font du bien et ça ne se refuse pas. Tout comme Anna Gavalda ou encore Constantine Barbara, l’auteur considère que l’union fait la force et que plusieurs détresses réunis peuvent former un bloc beaucoup plus fort que ce que l’on pourrait croire. Un peu d’optimisme ça change un peu des auteurs grincheux et blasés. Même si les personnages de ce livre n’ont pas « une vie comme un long fleuve tranquille », cela ne les empêche pas de croire au bonheur. Et de se battre pour l’obtenir. Et puis, cette petite Manon, qui se réfugie sous le bouleau, juste devant ses fenêtres et qui parle aux chats, est vraiment très émouvante. On a envie de la prendre dans nos bras, pour la consoler et la rassurer… Mais elle n’a pas besoin de nous, sur son chemin se trouve Anatole. Anatole « c’est un peu son aviateur et l’avion qu’il répare c’est sa vieille carcasse. » Anatole est un vieux monsieur, un peu fatigué de la vie, las, perclus de douleurs. Et Manon est celle qui va lui redonner de l’énergie, l’envie de continuer à remuer sa « vieille carcasse ».

C’est une belle histoire de voyage pour lutter contre la douleur… Un ôde à la nature source de sérénité… Une histoire de transmission de lectures, où Anatole fait découvrir l’histoire du Petit Prince à  Manon. Une histoire de mère qui ne peut plus respirer… Un homme qui n’a pas su consoler. Un rêve de petite fille qui s’imagine que les arbres voyagent la nuit… Vous partirez au Maroc, au Bassin d’Arcachon, à la Dune du Pilat et en Andalousie. Vous verrez l’araignée de bronze et de marbre de Louise Bourgeois. Vous y croiserez des marcheurs de St Jacques de Compostelle. Vous apprendrez la tolérance et la bienveillance envers la différence. Vous y lirez une phrase de Stefan Zweig et un poème de Jean Lahor. Vous y croiserez les peintres Delacroix et Matisse. Vous verrez un champ de coquelicot à travers les yeux émerveillés d’une petite fille :

 » Quelques instants plus tard, Manon depuis la voiture observe les champs de coquelicots entourant les oliviers ; des tonnes de fleurs à intervalles réguliers dans la nature, la fraise dans son chocolat : le rouge éclabousse et enflamme tout sur son passage »

Beaucoup de poésie, de douceur, dans ce texte… C’est comme une espèce de petite parenthèse, une petite bulle de tendresse dans laquelle vous entrez avec beaucoup de bonheur… J’ai beaucoup aimé !!

D’autres extraits :

 » Un vol d’oiseaux noirs traverse le ciel à basse altitude. Anatole se redresse sur la banquette : des ibis falcinelles ! C’est vrai que le Marais poitevin n’est pas loin. Il y venait le dimanche autrefois. Ravi de partager sa passion de l’ornithologie avec Manon, il l’emmène au creux de ses souvenirs, quand, les jumelles autour du cou, il glissait sur des marécages couverts de lentilles d’eau, sous une voûte de frênes, ou marchait au milieu des saules. Il observait des cygnes, des oies rieuses, des hérons cendrés, des bernaches avec de jolis motifs sur le plumage. Après des journées consacrées à des lycéens pas toujours attentifs, il avait besoin de cette coupure pour se ressourcer, laisser flotter ses pensées, retrouver la solitude de son enfance. Il marchait dans la nature pour évacuer le trop-plein d’angoisse. Le long de la Venise verte, à l’écoute des oiseaux, il n’était plus un professeur de français agrégé, un homme largué, un amoureux transi, un être incompris. La vue des étangs parcourus de barques silencieuses et de taches de soleil l’apaisait. » (p139 et 140)

 » Le soleil rend-il invisible les étoiles aux yeux des hommes pour leur cacher une part du mystère de l’univers ? Ainsi, quand ils ne dorment pas, ils oublient qu’ils sont cernés par l’infini » (p220)

 » Ce besoin de fusion avec la nature s’empare de nous de temps à autre, surtout quand les beaux jours reviennent. Mais au quotidien, dans nos grandes villes dont la luminosité des lampadaires dissimule les étoiles, on s’habitue à vivre déconnectés de ce qui n’est plus sacré, mais simplement exploitable. » (p221)

Lu par Delphine et Tulisquoi 

Challenge de Métaphore  pour le personnage d’Anatole

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34 réflexions sur “Les arbres voyagent la nuit d’Aude Le Corff

  1. C’est vrai qu’il y a des lectures qui font du bien et qui sont une invitation aussi à repenser le tissu social et à davantage s’engager avec les autres. Ou de manière différente peut-être.

    • Oh vraiment, il ne tente pas du tout… C’est pourtant une lecture toute douce, les personnages sont vraiment bien croqués. Merci pour le fond d’écran, il me plait de plus en plus à moi aussi, bises et bonne semaine Lewerentz

  2. Il me faut lire absolument ce livre. Je pense même que je dois regrouper ce style de livre: qui font du bien ensemble dans une bibliothèque à part. Une sorte de pharmacie littéraire. Les passages que tu as choisis sont vraiment très beau. Il me semble que cette petite fille a des choses à m’apprendre ??? Bises!

    • Oui, c’est une bonne idée, j’aime l’idée d »une pharmacie littéraire » :0) Cette petite fille est un personnage délicieux… Bises aussi

  3. Je ne suis pas trop fan de Gavalda mais celui là me tente, et puis le titre est beau je trouve, et avec le Petit Prince en fond…je pense qu’il me plairait!!

    • J’adore Gavalda, c’est tendre, et c’est au plus près de la vie… Oui le titre est beau, et ça m’a donné envie de relire le petit prince…

  4. Je viens de « faire connaissance » avec Barbara Constantine qui ne m’a pas du tout convaincue…. Je ne sais donc pas si ce livre est pour moi…

    • Ce n’est pas du tout le même style… J’ai juste comparé les deux pour l’optimisme qu’ils dégagent !! Tu peux le lire donc sans problème ;0) Bel été Géraldine

  5. Merci pour ce beau billet et bonne lecture à celles et ceux qui tenteront l’aventure ( j’aime bien ce fond de blog moi aussi !)

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