Littérature

La patiente – Jean Philippe Mégnin

Sorti aux éditions « Le dilettante » en août 2012
Relecture, ma première lecture date d’octobre 2012

Mot de l’éditeur :
 » C’est l’histoire d’une femme qui ne dit rien. Et d’un homme qui tente de la comprendre. D’elle il sait très peu, elle sait tout de lui. Quand enfin elle va se livrer, il le regrettera, mais il sera trop tard. C’est elle qui mène le jeu.
Après l’histoire d’un transfert amoureux en montagne pour son premier roman, voici celle d’un trio amoureux entre Paris et la Bretagne. »

De cet auteur, j’avais déjà adoré son premier roman, « La voie Marion ». Un vrai coup de coeur !
Ce qui me plait à chaque fois chez cet auteur c’est ce mélange détonnant entre le charme et le vénimeux… Et j’aime beaucoup sa petite musique, les chapitres sont courts, ils vont droit au but, à l’essentiel. Vous suivez le fil et vous allez, comme ça, jusqu’au bout. Un peu comme si l’auteur vous prenait la main pour vous entrainer et on ne se pose même pas de questions, on le suit, incapable de résister…

Le narrateur, Vincent, un gynécologue, voit arriver dans son cabinet Camille, elle est enceinte et vient le voir pour la première fois. Vincent va tout de suite comprendre qu’il y a quelque chose qui cloche dans cette visite, pas si innocente que ça. D’ailleurs le ton est donné tout de suite quand Camille, avant de partir, lance au docteur cette phrase :
 » – Gynécologue, c’est un choix professionnel un peu étrange, pour un homosexuel, non ? » (p17)
Parce que, effectivement, Vincent fréquente un homme, David, depuis quelques années. Comment cette patiente pourrait-elle être au courant de ça ? Vincent va aller de surprise en surprise et le dénouement est assez surprenant en effet. En tout cas, moi, je ne l’ai pas vu venir. Bon, j’ai tout de même fini par comprendre à la page 109, et cela m’a fait l’effet d’un rideau qui s’ouvre, tout s’éclairait soudain. Mais il me faut vous en dire le moins possible pour vous laisser tout le charme et le mystère de cette histoire.
Vincent me semble un peu effaçé, timide, celui qui tient les rènes de leur relation c’est David. Il impose une certaine distance entre eux.
 » Je n’avais rien demandé, jamais.
Nous vivions notre histoire commune dans une indépendance scrupuleuse. Pas question de voir se créer entre nous la moindre contrainte, pas question de courir le risque que l’un devienne pour l’autre un poids ou un obstacle à quoi que ce fût. Quand je dis « pas question », c’est surtout de lui que je parle, plus que de moi;
Moi…
Mais lui savait, sans en avoir l’air, construire des défenses aussi infranchissables que des murs de pierre. » (p29)

David est un homme qui a beaucoup de charme
 » Maitre de conférences en histoire de l’art, il m’emmenait parfois à la bibliothèque , ou à des…conférences, justement ; nous y croisions des étudiants qui le saluaient avec respect, ou des collègues auxquels il me présentait comme un « ami ». Il évoluait dans ce milieu avec l’assurance détachée de celui qui est chez lui. Moi qui n’étais vraiment à l’aise que dans mon cabinet, j’adorais le voir déambuler dans la vénérable maison, saluer des gens, échanger quelques propos avec tel ou telle. Décontracté et brillant, il jouait en permanence la séduction, et je ressentais une sorte de fierté obscure à voir dans l’attitude de ses interlocuteurs opérer son charme, fierté parfois étrangement teintée de jalousie presque douloureuse lorsque je lisais, dans des yeux féminins, la petite lumière qui trahit les émotions secrètes.
Pourquoi dans les yeux féminins ?
Parce que même si je ne mettais pas de mots là-dessus, j’y ressentais comme une sourde, une obscure menace. Il y avait moi, et il y avait sa vie, autre, dense, pétillante, imprévisible. Je n’ai jamais su ce que je représentais exactement pour lui, et nous n’en avons jamais parlé. » (p30)

Vous rencontrerez dans ces pages ;
Keith Jarret que David venère
Egon Schiele dans une expo au Grand Palais, que vont voir Vincent et David.
L’île d’Houat, un voilier et « une petite maison, parmi les dernières du bourg sur le chemin du large »
Un homme intransigeant avec lui même et sa façon de jouer du piano.
Chopin, Debussy, ou Bach dont David cite la phrase de Mauricio Kagel : « Tous les hommes ne croient pas en Dieu, mais tous les musiciens croient en Bach »
Une femme qui finalement, maitrise tout et tous et joue à plusieurs jeux dangereux dont celui avec David :  » Elle continuait à mener le jeu. J’ai eu l’impression à cet instant que ce n’était pas au bout d’un fil qu’elle me tenait mais dans sa main. Depuis notre première rencontre, depuis notre premier échange de regards dans ma salle d’attente. Dans sa main. »

Une lecture envoutante et troublante, que je vous conseille fortement.

Un grand merci à Jean-Philippe Mégnin (en espèrant qu’il me pardonne pour le retard) et à Juliette des éditions « le dilettante »
Lu par Sandrine, à propos de livres, Hélène, Antigone et Charlotte

Et ma participation au challenge 1% rentrée littéraire

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