Extraits

J’ai nom sans bruit, extraits

J'ai nom sans bruit

  » J’ai toujours écrit des poèmes. Aussi loin que je puisse me souvenir, je me revois bataillant avec les pieds et les rimes, petite cela m’amusait beaucoup, j’étais assez systématique, poèmes  à trois vers,à quatre, à cinq, à six, rimes en on, en eille, en aire, je m’enivrais d’alexandrins, mais aussi d’octosyllabes, de décasyllables et même de monosyllabes. J’écrivais des sonnets, des rondeaux, des villanelles et quantité de choses qui n’ont pas de nom parce qu’elles ne répondent à aucune règle enregistrée.

J’ai voulu très tôt y consacrer ma vie. Ce que j’ai fait, durant les années de lycée, puis à l’université où je me suis penchée avec émerveillement sur de très vieux poètes, morts depuis des siècles. Je noircissais dans le même temps carnets et blocs avec entrain, mon inspiration se mélangeant à l’enthousiasme des premières découvertes. Non seulement je ne doutais de rien concernant la source où je puisais inlassablement et qui me paraissait intarissable, puisque les mots eux-mêmes servaient de réservoir, mais je ne me demandais pas non plus quel avenir était réservé aux poètes et à leur production. Me préoccuper de cela me semblait inutile et vain, voire complètement déplacé dans le mouvement que j’avais engagé, et qui dépassait largement les contingences matérielles de la vie quotidienne.

Je n’ai jamais eu l’intention de faire autre chose qu’écrire. Je niais farouchement la réalité qui veut que l’on doive gagner sa vie, travailler, avoir un métier. Je refusais d’en tenir compte, persuadée que l’on pouvait tenir à distance cette contrainte, pour peu qu’on en eût la ferme résolution. De la même façon, je ne voulais en aucun cas subir la tyrannie de l’argent et envisager l’existence sous l’angle unique d’un compte en banque à remplir. L’exercice de l’art et celui de la liberté sont en liance étroite et serrée, ils se pratiquent dans la même ascène et le même refus des aliénations de toutes sortes. Je ne me posais pas la question de savoir comment les choses se passeraient réellement, tout simplement parce que je ne concevais pas que le matériel puisse venir se mettre en travers de mon chemin. « 

J’ai nom sans bruit, extraits

Isabelle Jarry

Vous êtes plusieurs dont la curiosité à été aiguisés par le titre d’Isabelle Jarry : « J’ai nom sans bruit « .  Voilà donc de quoi vous rassasier en attendant mon billet.

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