Littérature

80 étés de Jeanne Henry

80 étés

C’est un tout petit livre très vite lue (126 pages à peine) et qui ne prend pas beaucoup de temps… Aucune hésitation à avoir donc…

Ce n’est pas un roman mais un récit. Jeanne parle de son enfance, de sa famille (plutôt connue)mais surtout de son grand-père, Jean, qui va mourir. C’est un petit livre sensible, frais, écrit avec beaucoup de naturel. Jeanne est une petite jeune fille un peu complexée, qui rougit facilement et qui a un attachement très poussé pour ceux qui forment sa famille, en particulier sa soeur Adèle et ses parents. C’est un récit très pudique, n’allez pas chercher ici des révélations croustillantes parce que vous n’en trouverez pas (et heureusement, parce que je fuis ce genre de bouquin). Juste avant la voix de Jeanne il y a cette citation d’Anton Tchekhov, un extrait d’Ivanov.

 » Je vais te dire : reprends tes esprits, considère les choses simplement, comme tout le monde. Ici-bas, tout est simple. Le plafond est blanc, les bottes sont noires, le sucre est sucré. »

Et voici les premières lignes du récit :

  » La vie, c’est 80 étés. En moyenne. Cela m’a frappée il y a trois ans. Je me souviens très précisément quand. 80 étés. On pourrait dire, je pourrais dire : 80 hivers… 80 printemps. Je pourrais le dire, mais ce n’est pas ça qui m’a frappée il y a trois ans. La vie, ma vie et aussi celle de maman, c’est 80 étés, et ça c’est frappant. C’est peu. « 

Et en plus ; ça, c’est quand on a de la chance… Jeanne a vécu une enfance plutôt dorée, et elle en a conscience, dans cette tribu, cette famille recomposée. Ses parents se sont séparés quand elle avait cinq ans, mais elle a de très bons rapports avec la nouvelle compagne de son père ainsi qu’avec celui qui partage la vie de sa mère désormais. Elle y a gagné une petite soeur Vanille et un petit frère Barnabé, pour qui elle a beaucoup d’affection.  Jeanne parle de son métier (elle est actrice), de son psy, de ses hommes et du réchauffement de la planète.

 » J’avais remonté la fermeture éclair du petit blond, pour le protéger. Au moins de la pluie. Il faut dire que les têtes brunes ont connu des hivers plus rudes et constants. Il faut dire que l’humidité flasque annonçée par les infos, je la respire tous les jours. Chaque jour. La pluie sur les cheveux blonds, pas les flocons. Et chaque saison je me dis : ça y est, on y est arrivés. On a réussi à bouleverser les climats. On l’a fait, je constate, c’est concret. Réchauffement.

Je m’étais redressé, j’avais laissé filer Barnabé. De tous ceux qui respirent près de moi, c’est toi qui vivras, qui constateras le plus longtemps ce dérèglement. J’ai voulu protéger ton cou avec une écharpe. J’ai voulu exécuter ce geste simple, perpétuer la tradition, te rendre comme de juste ce que l’on m’avait donné. Te protéger du froid. Mais pas de l’humidité flasque. Pas de ce qui menace véritablement ton cou, tes poumons de petit citadin. Je ne cherche pas tous les jours à renverser la vapeur. Je ne me bats pas pour que l’air de la fratrie reste pur. « 

Il y a un passage très émouvant quand Jeanne pense qu’elle aura un jour, sans doute, à affronter la mort de ses parents et qu’elle n’arrive pas à l’envisager…

  » Mes parents… comment vous dire que vous voir vieillir me donne parfois envie de mourir avant vous ? Je dois muscler mes épaules suffisamment, pour porter un jour le deuil de vous. »

Un autre qui m’a beaucoup touchée c’est ces quelques lignes sur sa soeur Angèle et de son asthme. Souffrant moi même de ce mal, je dois dire que ce passage m’a bousculé :

  » Ma soeur respire mal, asthme. Tu respires mal  : qu’est ce qui cloche là dedans ? Tu prends mal ton air ? Qui t’oblige à te rappeler si souvent que respirer n’est pas évident ? Prendre de l’air, le rejeter, prendre, rejeter comme les hommes, comme les plantes. Qui t’ordonne l’apnée ? Et pas l’apnée ludique de piscine, de chlore :  » Tu me chronomètres, s’il te plaît, je crois que j’ai des poumons de dauphin.  » Non, l’apnée d’appartement. Et quand tu cherches de l’air, crise d’asthme, dans le noir je t’entends, cela ne me berce plus, j’allume la lumière, et je te vois calmer le jeu. Tes yeux sont sur le qui-vive, rester tranquille, et scruter du regard : où vais-je trouver l’air pour mes poumons ? Là, là, partout… Angèle, c’est facile.

Perdre l’air : crise d’âme. Je ne vois pas d’autre explication. Tu n’es pas née asthmatique, tu l’es devenue. Ce n’est pas une maladie de vieillesse, mais une maladie de femme, de très vivante. Ne t’esquinte pas à chercher ton air. Il est à toi, prends-le, je vais t’aider… Viens dans mon lit, calme le jeu. J’éteins la lumière, je suis à cent millimètres de toi, Angèle. Tousse un peu, mais ne suffoque pas, tu n’es pas sous la mer, ta bouteille d’oxygène n’est pas vide, ne sois pas oppressée, ne te débats pas, je t’en prie. Sous la couette il fait bon. Tu sais respirer sur la terre. Tousse un peu. « 

….Perdre l’air : crise d’âme…..

Un petit livre très doux…

Je n’ai trouvé que le billet de Papillon, personne d’autre ?  objectif_pal_le_retour

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