La joueuse d’échecs de Bertina Henrichs

La joueuse d'échecs      La joueuse d'échecs Editions Le livre de Poche et en grand format Liana Levi

Joueuse, avec Sandrine Bonnaire et Kevin KlineLe mot de l’éditeur :  » Un jeu peut-il faire basculer la vie d’une femme ? Difficile de le croire. Dans l’île de Naxos, les joueurs de trictrac sont légion, mais jamais aucune femme n’a approché les pions noirs et blancs. Quant à ceux d’un échiquier, n’y pensez même pas ! Cependant, pour Eleni, prise dans une vie sans aspérités et sans folie, le plus vieux jeu du monde sera le début d’une aventure qui la mènera jusqu’à l’émancipation. « 

Comme pour « Je suis une légende » j’ai suivie le même chemin, j’ai commençé par lire le livre (c’est donc une relecture) puis j’ai regardé le film et j’ai lu à nouveau le livre. Si j’ai une préférence certaine pour le livre je dois avouer que j’ai beaucoup aimé le film. J’aime beaucoup Sandrine Bonnaire, forcément ça partait bien… Ce qui m’énerve un peu c’est que les scénaristes ne peuvent jamais s’empêcher de changer l’histoire. Et, souvent, ce ne sont pas seulement des détails. Le changement le plus brutal, et qui a mon sens, change toute la teneur du livre c’est que, là où dans le livre c’est son ancien professeur Kouros, un vieil homme,  qui lui apprendra toutes les subtilités des échecs,  et bien dans le film il se transforme en un homme dans la force de l’âge très séduisant. Il y a donc un rapport de séduction entre ces deux là qui n’existe pas du tout dans le livre. Alors que sa patronne dans le livre l’encourage vivement et, est une alliée efficace, elle devient dans le film un personnage presque réfractaire à son projet. Et le couple français de joueurs d’échecs qui est le lien qui lui fait se jeter avec passion dans ce jeu devient dans le film des américains (la femme en tout cas).

Pourquoi ne pas suivre intégralement le fil de l’auteur du livre ? Je me le demande.. Dans le livre Eleni a une passion, une attirance assez grande pour la France, et surtout Paris, et pour sa langue. La France la fascine.

  » Eleni aligna amoureusement les produits de beauté portant des noms vaporeux dans cette langue qu’elle préférait parmi toutes celles qui glissaient sur l’île : le français…/…

Son approche linguistique était uniquement sonore. Parfois elle écoutait son murmure dans la salle à manger. Il lui semblait que cette langue, et c’était bien son atout majeur, manquait totalement de sérieux. Aux oreilles d’Eleni, elle n’avait aucun ancrage dans la terre. Ses mots dansaient sur un parquet ciré, faisant de petites arabesques, des courbettes, se saluant, tirant des chapeaux invisibles dans un frémissement de satin et de tulle. Ces douces glissades devaient bien avoir des significations précises, désigner de vraies choses. Eleni en convenait, et c’était justement ce paradoxe qui lui paraissait formidable. Ce déploiement ailé de danseurs d’opéra pour demander le sel ou s’enquérir du temps, n’était-ce pas le comble du luxe ? A la télévision, elle avait vu plusieurs émissions sur Paris, et à chaque fois, elle en avait ressenti comme un pincement au coeur. Une zone un peu douloureuse dans la poitrine, engendrée par un rendez-vous qu’on aurait eu jadis et auquel on ne se serait pas rendu, jugeant l’issue trop hasardeuse. Eleni n’était pas femme à pincements. Mais Paris constituait une exception. Sa passion rêveuse était demeurée d’ailleurs totalement inavouée. C’était son jardin secret. « 

Eleni fait les chambres d’un hotel tenu par une femme sympathique et qui la respecte. Tout les matins Eleni commence par une petite tasse de café offerte par sa patronne Maria. Son travail ne lui déplait pas. Il n’empêche pas son évasion. Son travail est assez répétitif pour cela.

 » Eleni connaissait tous les gestes par coeur et les accomplissait machinalement, les uns après les autres, dans un ordre immuable. Vingt chambres, quarante lits, quatre-vingts serviettes blanches ; les cendriers à vider étaient en nombre variable. « 

Eleni est marié avec Panis, ils ont deux enfants.

 » Trois ans après, elle avait épousé Panis, de cinq ans son aîné, qui travaillait au garage de son père à la sortie de la ville. Ce mariage avait été son heure de gloire. Toutes les filles de Naxos lui avaient envié ce garçon aux cheveux drus et au regard profond. Ils eurent deux enfants, Dimitra et Yannis. Même après leur naissance, Eleni avait continué à exercer son métier, car elle aimait ce travail qui lui permettait de rêvasser et d’entrer en contact avec le monde extérieur en son absence. »

Ce que j’ai aimé dans le livre ? Et bien d’abord le décor magnifique, cette île de Naxos si bien décrite. Et les petits verres d’ouzo qu’ils boivent sur des terrasses ombragées dans une petite taverne donnant sur le port, franchement, on s’y croirait… Mais surtout cette histoire de femme qui s’émancipe, qui se découvre une passion qui lui donnera un nouveau souffle. Cette folie douce dans laquelle elle se glisse, elle se perd… Une femme de plus en plus heureuse, tenant tête à son mari et même à tout un village. Elle ne lâchera pas prise…

  » Le lendemain, le travail sembla se faire tout seul, Eleni poussa son lourd chariot en chantonnant, salua les clients chaleureusement et fit les chambres avec le même dévouement que d’habitude. La seule ombre au bonheur qui la transportait de la sorte fut l’impossibilité de le partager avec quelqu’un. Une victoire ignorée perd toute sa saveur. L’immense joie qui habitait Eleni ce matin-là avait besoin de se répandre et d’exulter, comme l’oiseau recherche une branche où se poser pour chanter. « 

Ce que j’ai aimé dans le film ? A peu près la même chose, avec un petit peu moins de charme. Mais le décor est sublime et le jeu de Sandrine Bonnaire, comme d’habitude, impeccable. Laissez vous tenter par les deux…

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