Sous les cahiers, la mort de Caroline Chabrol

Présentation de l’éditeur L’intrigue de ce roman nous amène à découvrir l’histoire douloureuse d’une famille détruite par le secret. Laure Théligny est venue passer quelques jours seule dans la maison héritée de ses parents. Après une rupture amoureuse, elle espère trouver un peu de quiétude et de repos dans le village de son enfance. Mais des événements étranges vont bouleverser sa vie : la découverte de manuscrits dans une décharge publique et la disparition d’une amie. Tandis qu’elle recherche le propriétaire des écrits anonymes, Laure est confrontée au comportement intriguant de l’entourage de son amie. Bientôt, la police la suspecte d’être mêlée à la disparition.

Je dois dire que ce livre a été pour moi une très agréable surprise. Je me suis vraiment laissée prendre dans ses filets. C’est un petit texte très court, très vite lue, mais c’est du concentré. C’est un petit texte, comme un café fort et serré, dont on sort la gorge nouée. Un petit texte d’une tristesse tenu, que je n’oublierais pas de sitôt. Il y a là les prémices d’un talent. Il y a là les premiers balbutiements d’un auteur et ils sont prometteurs. C’est une petite musique qui coule toute seule et j’ai suivi les yeux fermés, conquise… C’est une histoire d’amour et de haine, toutes deux étroitements entrelaçées dans une valse d’amertume. Je crois que je suis même à deux doigts du coup de coeur… En tout cas, pas très loin…

Page 10, déjà, ça commence fort. Voilà quelques lignes de l’un des premiers cahiers dont Laure commence la lecture : (ces quelques mots me touchent énormément)

  » Comme il est difficile de vivre quand on s’accuse toujours d’avoir mal fait et mal dit. La hantise de faire du mal. Je m’en veux toujours. Je me méprise. « Tu ne t’aimes pas » disait Nathalie Sarraute. Je répondrais que je m’aime encore trop. »

Laure a trouvé ces cahiers dans une boite, dans une décharge publique. Ces cahiers sont anonymes mais Laure a très vite une idée de celle qui pourrait avoir écrit ces lignes. Elle est à peine arrivée qu’elle apprend que Lou Anne a disparu. Quand elle avait quinze ans, la voisine, et amie de ses parents, avait perdu son mari dans un accident mortel. Laure s’est alors occupé de leurs enfants, la voisine est infirmière donc souvent absente. Elle demande donc à Laure de faire du baby-sitting  :

  » Quand elle avait quinze ans, elle s’occupait de Lou Anne et de ses frères. C’était après la mort de leur père. Lou Anne et Matthieu, son frère jumeau, faux jumeau, avaient alors dix ans. Franck en avait cinq. Elle les emmenait à l’école le matin avant d’aller au lycée. Elle allait les chercher le soir après l’étude si ses cours étaient terminés. Sinon, elle les retrouvait chez eux et attendait leur mère avec eux. Parfois, lorsque celle-ci travaillait de nuit, elle passait la soirée et la nuit avec les enfants. « 

La teneur des cahiers inquiète Laure. Extrait de la lettre du 10 févier 2003 :

  » L’écriture est l’aveu de mes défaites, de mon manque à dire et à comprendre et en dernière analyse, de ma conscience de la vie en train de se défiler. C’est le sable entre mes doigts échappé. « 

Elle décide donc d’apporter ces cahiers à la police. Très vite elle se sent elle aussi surveillée, menaçée. Quelqu’un pénêtre chez elle. Ses notes, prises à la lecture des cahiers lui ont été volées. Elle trouve des messages haineux sur son lit, accompagné d’extraits des cahiers. Elle qui venait pour se reposer et se ressourcer, c’est réussi…. Heureusement elle trouve des moments de sérénité et de paix dans ses promenades :

  » La beauté des paysages nus l’apaise. Ce dont elle souffre le plus à Paris, c’est du manque d’horizon. Le regard se cogne aux murs. Il manque parfois d’espace comme les poumons peuvent manquer d’air. Ici, elle voudrait étreindre les nuages, recouvrir de son corps le sommet des montagnes. Le contact avec la nature est à chaque fois brutal et salutaire. La ville et ses sollicitations, la ville et ses distractions lui font oublier qu’elle est perdue. Ici, ce savoir la sauve. »

Un dernier morceau d’un cahier, juste pour le plaisir, extrait de la lettre du 05 septembre 1992 :

  » Je ne suis à personne. Dans tes poèmes, je ne m’appartiens plus. Ce que tu fais avec ton stylo, c’est prélever un peu de ma matière. Tu la modèles à ta manière et tu me la rends sous une forme belle et terrible que tu me forces à regarder. C’est pourtant moi qui suis vivante, mais ce sont tes mots qui existent. Ils sont plus forts que moi. Tu trouves ta force en eux. Je reste stérile. Car je me refuse à me servir de toi. « 

Un grand merci à B.O.B. et aux éditions Le manuscrit. Et un grand merci à l’auteur pour m’avoir vraiment emporté…

D’autres billets : LiyahStefEsmeraldaeEmile et Lili

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