Littérature

Les heures chaudes d’Annie Lemoine

Voilà encore un tout petit livre ! A peine plus d’une centaine de pages, je l’ai lu en, même pas, une petite demie-heure. Un livre agréable à lire, d’une lecture très facile et fluide, là encore les pages se tournent toutes seules.

Une villa au bord de la mer… Un homme et une femme en couple depuis quelques années… La femme ressent une certaine lassitude, un ennui discret, une langueur qui n’est pas seulement dû à la chaleur. Le livre commence très mal, il y a là, dans les premières pages le récit d’un viol conjugal. L’homme n’en ressent pas de remords. La femme ne ressent pas de grande colère. Tout reste très plat, tout à fait dépourvu de passion. La maison, au bord de l’eau, a une grande place dans le récit. Celle là même qu’il a dessiné, construite d’après ses voeux, à elle. Je ne sais pourquoi, mais ce livre m’a fait penser à ce tableau d’Edward Hopper, une femme seule, perdue dans sa solitude et dans sa contemplation :

 Edward Hopper – Cape cod morning

La maison a une superbe terrasse qui donne sur la mer et elle aime y perdre son temps.

  » Le paysage ne la happait jamais instantanément malgré sa force. Il la percutait et elle entrait d’abord en résistance, soufflée par sa beauté, atterrée d’avoir pu se passer de lui aussi longtemps. Puis, le corps se relâchait, il n’y avait  aucun danger à accepter autant d’harmonie à la fois, en une seule dose. Enfin, accordée au spectacle de la nature qui se déroulait sous ses yeux, elle consentait à y participer, ne serait-ce que fugitivement. Disposée à l’accueil, elle goûtait alors pleinement, sans retenue, la joie de sa présence au monde. Il en allait ainsi depuis plusieurs étés. C’était sa définition du bonheur : la maison, là-bas, avec lui. Demain matin, rayant un ciel pur, des hirondelles raseraient la terrasse. Face à cet espace sans limite, il lui semblerait avoir l’éternité devant elle. « 

 » Elle dispose d’un mois, un mois entier, pour examiner ses plans et pour quoi d’autre exactement ? Pour souffler, changer de rythme, couper le portable, fuir l’ordinateur, ne pas sècher ses cheveux, combler son palais avec toutes sortes de saveurs exquises, regarder le soleil plonger dans la mer rougie, l’imaginer, elle ne l’oublie jamais tout à fait, se lever sous les yeux d’hommes et de femmes qu’elle connaît bien et qui, eux, n’ont pas cessé de se battre contre l’inacceptable, même momentanément, un mois pour marcher pieds nus dans le sable et sur le bois chaud de la terrasse, un mois entier pour faire des gestes qu’elle aime parce qu’ils lui rappellent l’enfance comme étendre du linge ou vider des poissons, et s’habiller le soir de jupes légères en soies multicolores et sentir le vent filer entre ses cuisses en se promenant sur les quais et encore ? Un mois pour ne rien faire, absolument rien, allongée sur le transat, à l’ombre du grand parasol de la terrasse, incapable de lire les premiers jours, entièrement absorbée par la beauté d’un lieu qui lui semble la purifier.  Ici, le temps n’a plus d’importance, on estime l’heure à la course du soleil, on l’écoute distraitement au clocher du village. Elle pense régulièrement à ces moments parfaits. De savoir qu’elle les a connus et qu’elle va les vivre à nouveau est source, pendant l’année, d’un plaisir infini. Elle y puise une part de son équilibre. « 

Voilà mes passages préférés, idéal à lire sur une plage, les pieds dans l’eau. Ces pages donnent très, très envie de faire ses valises et de partir en vacances !!! Le reste parle d’un amour qui se délite.

  » Elle eut du mal à retrouver la note juste au fond d’elle-même, elle entendait une véritable cacophonie qui l’empêchait de savoir ce qu’elle pensait vraiment. Elle s’accrochait à ses perceptions, au fait, par exemple, qu’elle ne ressentait plus jamais l’envie de s’asseoir à ses côtés et de poser la tête sur ses genoux. Ou encore à sa réticence quand, dans la cuisine, il l’avait prise dans ses bras en se serrant contre elle alors qu’elle coupait quelques légumes. Elle n’avait pas aimé qu’il entrave ses gestes au moment où l’huile d’olive chaude chantait pour réclamer un premier jeté de tomates. Elle s’était mise à observer son propre comportement comme elle aurait épié celui d’une étrangère, pour mieux la comprendre. « 

Au final, un livre qui se laisse lire, un joli style, pas désagréable du tout et que je relirais sans doute avec plaisir. Mais pas un grand coup de coeur non plus.

Editions J’ai Lu

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