Le soir autour des maisons de Murielle Levraud

Le soir autour des maisons    avril 2010, Pocket

Voilà donc ce petit livre, très vite lu, un peu plus de 110 pages… Là encore un style impertinent, très original, une atmosphère très particulière. Toute l’histoire se passe dans un tout petit village qui s’appelle « La Garde ». Il y a là Brune-Olive  et Solange qui se découvre une belle et grande amitié ; Roland et Paulet leurs époux et tout un petit monde qui gravite autour d’eux. Par exemple Josepha et Diane. Diane dont le mari est parti, et qui séquestre gentiment Josepha, qui a l’esprit un petit peu perturbé suite à un évènement « tout à fait choquant »… (Barate est un miraculé… Une histoire de gomme, de mots croisés et d’une remorque qui se détache d’un camion… rien que pour cet épisode complètement loufoque, le livre vaut d’être lu). Cela n’est pas pour plaire à Baratte, le mari de Josepha :

 » Depuis qu’elle l’avait recueillie, elle ne voulait pas la rendre à Baratte, qui, lui, voulait la convaincre de revenir chez eux. Baratte mécontent, parlait de séquestration. Diane, de longue concalescence. Josepha lui avait été confié le temps que le choc reçu ne laissât plus de traces. Mais ce temps-là n’en finissait pas de passer. « 

Mais Diane a trouvé là une ménagère parfaite, une cuisinière excellente. Elle n’a aucune envie de la laisser partir. Là aussi une belle branche de personnages atypiques et assez loufoques. C’est un roman tout en douceur, tendresse et humour compris. L’auteur se rapproche un peu de Barbara Constantine je trouve. Pour ma part j’ai trouvé ces pages absolument délicieuses et j’aurais bien lus quelques pages de plus. Mais tout d’abord, parlons de La Garde :

  » Pendant longtemps, La Garde n’avait été qu’un hameau isolé. A travers l’herbe reine, on comptait tout juste huit maisons, peut-être neuf, peut-être dix, tout dépendait de la taille de l’herbe, et si on se tenait accroupi ou sur la pointe des pieds. C’est discrètement que la ville s’était approchée. Une maison, puis deux s’étaient posées le long de la route, puis d’autres encore, par troupeau (on dit lotissement pour les maisons), envahissant les champs, dessouchant les arbres, faisant reculer la campagne, plus loin, dans le fond. Bientôt, le hameau devint un huitième de ville. Un quartier, pour se donner une idée par rapport aux mandarines. Toutefois, même citadine, La Garde était restée bucolique car autour des maisons, pour faire joli, on avait laissé de l’herbe, et derrière il y avait encore des chemins de promenade au détour desquels restaient des bois, des près, une mare ici, une clairière là, et, sur le bord des fossés, des fleurs sauvages, et cela, c’était bien gentil de laisser de la place aux fleurs sauvages. « 

Les premières lignes du roman commence par la représention d’un parfait goujat, le mari de Solande, Paulet :

  » Ni Solange, ni Paulet ne s’était habitué au réveil de l’autre. Il était lève-tôt, elle voulait dormir encore. Paulet, tenant à trouver son petit-déjeuner prêt sur la table, exprès pour lui, par ses soins à elle, poussait Solange hors du lit, d’une main, de deux mains, de tout son poids, et Solange s’agrippait à lui, le retenait sous les draps avec force et grognements. Cela durait cinq bonnes minutes jusqu’au moment où l’esprit de Solange, lassé de ces remuements, remontait à la surface et commençait à s’éparpiller dans le petit matin. Alors elle se levait et, à pas somnolents, se dirigeait vers la cuisine. « 

Le mari de Brune-Olive lui, a l’obsession des portes :

  » Mais elle aimait Roland, malgré son défaut d’ouvrir toutes les portes. Dès qu’il en voyait une, il était fasciné. Il l’observait longuement en se demandant quelle ouverture elle pouvait bien offrir, s’il arrivait, en l’actionnant, à pousser la porte. Car c’était cela, surtout, qui le captivait, l’horizon qu’elle scellait, et était-ce le même horizon à chaque fois ? Toutes les portes, il finissait par les ouvrir, et les rouvrir encore. « 

Cela finira par lui jouer quelques surprises puisqu’il fera quelques séjours en prison à cause de cela :

  » En amitié, il était fidèle et serviable, à la déraison, et comme ses amis étaient des individus louches, intéressés par la facilité qu’il avait à ouvrir toutes les portes, ils l’entraînaient avec eux devant des coffres-forts. Il les suivait fidèlement, et tous finissaient par se retrouver ensemble en prison. « 

Cela vaudra d’ailleurs, sur ce sujet de portes et de prison, quelques lignes très drôles. Comme quand les gendarmes reviennent le chercher chez lui, pour quelque porte qu’ils auront laissé, malencontreusement, ouverte… Mais l’histoire ne s’arrête pas là (nous n’en sommes là qu’aux toutes premières pages), Brune-Olive apprend qu’elle est très malade et qu’elle va mourir. Elle entreprend donc d’écrire quelques lettres pour les habitants de La Garde et cela pour chaque cas qui pourrait se présenter. Quelques lignes superbes sur les mots sauvages :

 » Elle prit un stylo et commença par regarder le plafond d’un air concentré comme si elle lui posait des questions. Puis elle pencha la tête et se mit à écrire. Longtemps. Les mots vinrent difficillement d’abord, car ils étaient méfiants, et elle allait les chercher loin, au pays des mots sauvages, qui se présentent comme ils sont – tout nus – et qu’ils n’aiment pas les regards. Le pays des mots sauvages est une forêt vert et brun, plusieurs verts, plusieurs bruns, et même ces couleurs changent à la lumière selon la courbe du soleil. On ne sait rien sur cette forêt, et tant qu’on n’y entre pas, on se trompe sur elle. On la croit petite d’abord, mais c’est illusion d’optique, une illusion provoquée par les buissons de parenthèses qui la bordent. Ces arbres, aux racines pointées, qui s’exclament et s’interrogent, ils n’en finissent pas, on peut les suivre plus loin qu’ils ne vont, on peut s’y perdre… Ces clairières parsemées de virgules, font hésiter. Laquelle choisir ? Lesquelles ? Et ces points finals que les mots mettent sous le stylo, comme des cailloux dans la chaussure, faut-il y croire ? Ces mots, fiers, chapeautés, qui demandent l’arrêt, le froissage des feuillets, saura-t-on les dompter ? Les faire siens ? « 

Il y a des passages très émouvants comme celui où Roland et Brune-Olive, transportant leur lit dans le jardin, passent des nuits d’été dehors et se réveillent le matin couverts de rosée. Et ce passage délicieux où l’amour et la musique se fondent et deviennent Jazz, percussions, clarinette, tambour, ect… Un très, très jolie passage. Je voulais le mettre en extrait mais il me faut m’arrêter là sous peine d’écrire, encore une fois, tout le livre….  Il y a des passages très drôles aussi, comme je vous l’ai déjà dit, dont celui avec un rond-point, Solange et un gendarme… (on se croirait dans le sketch de Raymond Devos). Bref, j’espère vous avoir convaincu de lire ce livre, j’ai passé un très bon moment en sa compagnie. Et il a l’avantage d’être mon premier livre lu dans le jardin, au soleil, ce qui n’est pas rien !

Un livre lu par : Clarabel,  Cuné et Yv

Publicités

Un commentaire sur “Le soir autour des maisons de Murielle Levraud

Ajouter un commentaire

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :