La source cachée d’Hella S. Haasse

Cela ne vous étonnera pas si je vous dis que l’auteur est néerlandaise… Et oui, toujours cette attirance pour ces pays  nordiques. En tout cas je peux vous dire que là, j’ai été bluffée…
Le style de cet auteur est une pure merveille, j’ai vraiment adorée la lire.
L’histoire est, en plus, très originale et c’est la voix d’un homme que l’on entend là. Cet homme se relève d’une maladie qui l’a épuisé.
Pour se ressourcer il part pour la propriété familiale, de sa femme, pour vider les lieux, la vendre peut-être. Sa femme, Rina ne l’accompagne pas. Elle veut rester en retrait de tout cela, ne veut pas en entendre parler. Son histoire familiale est lourde, ceci explique cela.
J’ai notée tellement de passages qu’il faudra que je me retienne pour ne pas tout reproduire ici. Le début vous le connaissez déjà si vous avez lu l’extrait que j’avais donné dans ce billet.
Cet homme arrive donc dans cette maison et il est conquis par les lieux, on pourrait même dire qu’il est comme envouté.
Il ne connait rien sur la famille de sa femme, ni de son passé.

 » Comment étaient-ils, ceux qui ont habité ici autrefois, ta mère, tes grands parents ? Que sais tu d’eux, Rina ? As-tu des lettres, des portraits, des souvenirs ? Pourquoi ne parles-tu jamais d’eux ? Jusqu’ici, je n’ai pas éprouvé le besoin de connaître ton passé. j’ai toujours eu le sentiment que des images de ton enfance ne me renseigneraient guère plus sur toi et ta vie que ce que je savais déjà pour t’avoir vue vivre. Lorsque tu m’as dit que tu n’avais plus ni parents ni grands-parents et que le reste de ta famille ne signifiait rien pour toi ou si peu de chose, je l’ai accepté purement et simplement et me suis abstenu de te poser des questions, parce qu’il me semblait que tu n’en parlais pas  volontiers. « 

Dans ce couple, c’est lui qui est sensoriel et intuitif. Il est très conscient de l’atmosphère très spéciale de cette demeure.

 » Car tu es réaliste, Rina, si réaliste, si dénuée d’imagination qu’il m’arrive de ne pas comprendre comment il m’est possible de vivre avec toi. Personne n’est aussi éloigné de moi que toi justement, avec ton regard clair, impitoyable, ton sens des réalités, ton esprit exercé aux mathématiques. C’est incroyable en vérité que tu sois partiellement originaire de cette vieille maison pleine d’odeurs de roses et d’herbes cuisant au soleil, avec le murmure du vent entre les murs. Ta mère est née ici, dis-tu, tes grands parents y ont vécu toute leur vie. Serais-tu telle que tu es aujourd’hui si tu avais connu ce cadre ? Je ne sais. L’idée de ta présence ici m’effraie. Tu voudras en faire une demeure confortable, débarrassée de tout le superflu. D’une manière presque scientifique, tu couperas quelques roses et tu les mettras dans les vases sphériques en verre dépoli qui font songer aux lampes éclairant une table d’opération. »

En fouillant, Jurjen, trouve des carton remplis de feuilles de papier à dessin. Les dessins sont d’Eline (la mère de Rina). Ce sont des esquisses au crayon de la forêt, du jardin, de la maison. Il y a aussi un autoportrait d’Eline en Dryade signé : « Et in Arcadia ego – E.B.; Aout 19… » Eline est une artiste.

Très vite Jurjen est contacté par un certain Meinderts, un médecin. Celui ci lui confie qu’il était très proche d’Eline. Cet homme lui fait certaines confidences, il affirme qu’en fait Eline se serait suicidée. Jurjen comprend très vite que Meinderts était fou amoureux d’Eline (qui en a épousé un autre) et qu’il ne s’est jamais remis de sa disparition. Jusqu’à l’obsession…
Ce livre est un encore une histoire de secrets de famille, de mystères, de douleurs cachées et de trahisons… Il ne servirait à rien de vous en dire plus. Sachez seulement que vous devez lire ce livre, oui, devez… Parce qu’il est vraiment une merveille. C’est un magnifique éloge de la nature comme vous n’en avez jamais lue, j’en suis sûre.
Un petit trésor de verdure et de fraicheur.
Une belle introduction au printemps…

Il y a deux parties très distinctes dans ce roman à mon sens. La première est cette description superbe de la fôret, du jardin, de la maison et des alentours. Et la deuxième est plus concentrée sur les liens qui relie Jurjen et sa femme (Jurjen trouve sa femme trop distante et trop froide) et sur la créativité. Il y a d’ailleurs, sur ce thème de très beaux passages. Comme je l’ai déjà dit je voudrais pouvoir recopier tout le livre et c’est très difficile de choisir lesquelles je vais encore vous donner… (et ici, un autre extrait sur la créativité)


 » Les saisons triomphaient, l’odeur de l’herbe et des roses faisait insensiblement place à l’arôme épicé non moins torturant des champignons, mais cela aussi était emporté par le vent lorsque le brouillard et la neige arrachaient à la terre un parfum plus fugace. En été, le feuillage murmure, il semble qu’il n’existe pas de plus riche mélodie pour celui qui est allongé dans l’herbe tiède ; mais l’on change d’avis en automne, lorsque les feuilles roussâtres bruissent dans le vent ; et pendant les longs mois d’hiver l’on entend, encore plus ému, le bois gelé craquer et le givre tomber de branche en branche. Infinie est la diversité des images d’un solstice à l’autre ; celui qui observe d’un regard aiguisé par un si grand désir voit comment, à chaque seconde, naît une nouvelle situation sans rapport avec tout ce qui précédait et différente de tout ce qui suivra. Jamais une tache d’ombre n’est deux fois le même sur une feuille ou sur le sol ; comment puis-je conserver l’image de la courbe décrite par une volée d’oiseaux fendant le ciel comme une flèche ?  » 

 » Je n’aurai de repos qu’après avoir couché sur le papier ce qui ne cesse de hanter mon esprit depuis mon aventure dans le bois : le fait d’attribuer à Eline Breskel, que je  n’ai jamais connue, des pouvoirs et des penchants que je voudrais pouvoir posséder. Je tente de recréer cette ombre, de la transformer en un autre moi plus doué, capable de vivre plus intensément. Jamais je ne vendrais, comme Faust, mon âme au diable pour connaître la jeunesse éternelle, mais je serais prêt à la sacrifier en échange d’une étincelle de génie. Pour pouvoir vivre un seul instant cette décharge libératrice, je renoncerais à toutes les autres certitudes, la puissance créatrice est un don du ciel, une grâce, le seul miracle que je reconnaisse.Il y a plus. Au fond de mon coeur est enfoui un voeu : celui d’avoir le droit de briser les liens qui m’empêchent de progresser dans mon développement jusqu’à atteindre cet idéal. Si je pouvais croire pour moi-même au droit à la liberté, je saurais choisir ma voie sans hésiter. Mais je n’y crois pas. Je ne suis pas sûr de pouvoir payer le prix de cette liberté : l’idée parvenue à sa plénitude, l’oeuvre d’art. « 

La source cachée
Hella S. Haasse
Editions Babel et Actes Sud

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5 réflexions sur “La source cachée d’Hella S. Haasse

    • Non c’est magnifique !! Il faut que tu le lises, c’est vraiment très bien… Mais c’est un vieux billet, je me suis juste trompée sur la date, j’ai réparé cela ;0)

  1. C’est fou comme nos goûts sont proches, ça me laisse absolument sans voix 😀
    J’aurais aimé mettre beaucoup de citations aussi. J’ai eu du mal à choisir et je ne suis pas sûre que ce soient les meilleures mais bon. Le mieux est de le lire de toute façon 😀
    Je vais lire d’autres de ses livres 🙂
    Je n’avais pas vu que tu avais lu ce livre là 😉

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