Mères de Myriam Cohen – Welgryn

Mères

Mères
Myriam Cohen-Welgryn
Editions Arléa

Mon billet sera très bref parce que je n’ai pas aimée ce livre.
Et je parle très mal des livres que je n’ai pas appréciée.
Pourtant le sujet était très intéressant, extrèmement émouvant.
Le livre est découpé en deux parties.
Deux parties, deux femmes.
L’une désire un enfant plus que tout.
L’autre ne supporte pas d’être enceinte.
Qu’est ce qui m’a déplu dans ce roman ?
Bonne question mais je ne peux pas y apporter une réponse sensée. Tout simplement, je n’ai pas pû m’immerger dans ce roman.
Je n’ai pas ressentie d’empathie avec aucune de ces deux femmes.
Le seul problème est le style de l’auteur auxquel je n’ai pas réussi à adhérer. Mais cela ne veut pas dire que vous ne l’apprécierez pas. Je parle uniquement de mon ressentie.
J’en parlais justement dans une de mes réponses à un commentaire.
Je m’interroge souvent, ces derniers temps, sur ce qui fait qu’un livre va vous engloutir, vous prendre dans ses filets et vous éblouir totalement alors que d’autres, à l’inverse, n’auront aucun effet sur vous et ne réussiront pas du tout à vous émouvoir. Et que nous serons incapable d’un saisir le coeur.
Qu’est ce qui fait que nous restons totalement imperméables à certains livres ?
Quel écho peuvent-ils rencontrer en nous ?
Pourquoi certains livres nous parlent tellement, et d’autres pas du tout ?
Certainement une résonnance en certains points sensibles que nous portons en nous…
Bon, je n’ai pas de réponse mais ce que je sais c’est que je déteste passer à côté d’un livre sans en avoir saisi tout le sens.
Peut-être, dans celui là, une écriture un peu froide, un style trop policé…

Quelques extraits de la première partie :

«  Attendre est un mot tout en temps. J’attends et, ce faisant, je me heurte aux heures qui fuient, aux limites de mon corps, de nos corps. Je bute aux angles de nos envies sans pourtant ressentir de douleur. Car attendre est tendre aussi, et regorge de bonheur. Le bonheur d’être tendue vers un but : notre enfant. « 

 » J’ai laissé couler le sang et, à mesure que s’écoulait le sang, monter la tristesse. Encore un mois perdu ! Je me suis repliée sur le bidet de faïence blanche en observant les gouttes rebondir et se casser. Les larmes pourpres ont progressé lentement, comme si le grain de la céramique faisait obstacle à leur cheminement. Elles se sont peu à peu rejointes en un mince filet rouge avant de disparaître dans le trou d’évacuation.
J’ai observé fuir la vie en écoutant le battement sourd de mon coeur, tandis que ma tristesse coulait le long de mes joues, en silence. « 

 » Depuis deux jours, j’ai cessé d’être grosse. Ou plutôt, depuis deux jours, je suis encore grosse mais sans l’être plus. Il y a les femmes qui tombent enceintes et celles qui tombent tout court. Il y a les femmes qui donnent la vie et celles qui accouchent de la mort. Il y a toi et il y a moi. Et voilà qu’il s’est fait la belle, sans prendre la peine de me faire signe : il m’a laissée plantée là. Désemparée. « 

Et cette phrase :

 » Est-ce possible tout cet amour et pas d’enfant ? J’ai si peur ! « 

Comme si l’amour ne pouvait pas avoir lieu d’être, qu’il ne pouvait avoir de réalité qu’avec la naissance d’un enfant. Comme si l’amour était complètement inutile s’il n’y avait pas au bout la concrétisation d’un enfant.

Et quelques extraits de la seconde partie :

 » Je ne voulais pas d’un homme. Ni dans ma vie, ni dans mon corps. Il s’est imposé. Il est resté près de moi après avoir montré patte blanche. Longtemps, il a gardé ses distances : surtout ne pas m’effrayer. Pas d’exigences, pas d’attentes. Il s’est fait minuscule. Il s’est fondu dans le décor pour que j’oublie de le jeter, de le faire sortir de ma vie. Il s’est frayé un chemin jusqu’à moi et m’a prise par surprise…/…  » C’est à l’usure qu’il m’a eue. Au bout de quelques temps, j’ai même oublié sa présence. Je me suis habituée à le trouver, là, dans ma maison, toujours, comme le lit ou le tapis, à sa place. Et dans mon corps de temps et temps. « 

 » Il voulait m’émouvoir, me toucher. Il pensait accéder à mon coeur et le dégeler. Il n’y a en moi rien à découvrir. Je n’ai pas de coeur. J’ai voulu croire que j’étais autre chose qu’une sans-coeur. Il faut me rendre à l’évidence. Et faire cesser cette imposture. « 

Et, quand elle tombe enceinte :

 » J’ai cru. J’ai cru que la haine suffirait à le tuer, qu’il ne pourrait passer à côté, ni au travers. Je lui ai parlé. J’ai été dure, plus tranchante qu’un laser, plus féroce qu’une hyène, plus haineuse encore, et rien…/… J’ai sauté, j’ai dansé, dévalé les escaliers quatre à quatre, je me suis tapé sur le ventre. J’ai tourné à l’estourbir. Puis, parce que rien ne se produisait parce que j’avais besoin de concret, de palpable, j’ai fouillé avec mes doigts. A tâtons, mes ongles ont tenté de le dénicher. Ils n’ont rencontré que de la muqueuse molle. Consentante.
C’est pour ça que j’ai mangé à le faire éclater; J’ai englouti à le vomir. J’ai bu, aussi, pour le saouler, le noyer. Mais il s’est accroché comme une moule têtue, lové au fond de moi. Il a lutté contre les vagues qui se déversaient en flots bien décidés à l’emporter. Il a survécu. « 

Pour finir, ces phrases, terribles :

 » Jamais je n’accepterai que ce parasite, cette mauvaise graine ait décidé, contre mon gré, de vivre, de grandir et d’anéantir le travail acharné que je mène sur mon corps : ma seule réussite. Je me sens faible. Dépossédée. « 

Ne cherchez aucune lueur d’espoir dans ce livre. C’est noir, sinistre et glaçant.

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