Littérature

Grand-père de Marina Picasso

Ce livre est encore un récit. Il est écrit par Marina Picasso qui est la petite fille du grand peintre Picasso. Son enfance a été désastreuse et toxique. J’ai été un peu partagée en lisant ce livre, je pense qu’il fait partie de la catégorie des livres qui font plus de bien à l’auteur qu’au lecteur. Ce qui m’a un peu déplu c’est qu’avec ces pages on a un peu l’impression de passer du côté des voyeurs. Comme si vous étiez là, à regarder par le trou de la serrure, quelque chose qui ne vous regarde en rien. Il y a là l’amertume et la colère qui dérange et d’un autre côté il y a l’admiration pour Marina qui s’en sort d’une très belle façon. En effet j’ai trouvé la fin de cet ouvrage lumineuse et positive.

En préface une phrase de Picasso qui est une très bonne introduction pour la suite du livre :

 » Pour faire une colombe il faut d’abord lui tordre le cou. »

Premières lignes :
«  On ne s’évade pas de Picasso. Je le sais. Je n’y suis jamais parvenue mais, à l’instant où tout à basculé, je l’ignorais encore. »

Le livre commence par Marina adulte, qui craque un après-midi, alors qu’elle est au volant de sa voiture pour accompagner ses enfants à l’école. Elle a un malaise, suffoque, étouffe et stoppe sa voiture au beau milieu de la circulation. Au bout d’une demi-heure d’angoisse et de terreur elle parvient à se garer et a appeler à l’aide.
A partir de ce moment là elle comprend qu’elle ne s’en sortira pas seule et prend la décision de consulter, de voir un psy.
Son analyse durera quatorze ans…
Quatorze longues années où elle se battra contre ses démons et son mal être.

« Quatorze ans à me perdre dans mes larmes, à m’évanouir, à hurler, à me tordre de douleur, à remonter goutte à goutte le fil du temps, à revivre ce qui m’a détruite, à taire, à balbutier puis à exprimer tout ce que la petite fille puis l’adolescente avait été au plus profond d’elle-même… Ce qui l’avait rongée.
Quatorze ans de malheur pour tant d’années de disgrâce.
A cause de Picasso. « 

Bien sûr on peux y lire de la haine et y voir un règlement de compte nauséabond mais ce n’est pas cela du tout. La suite vous le dira.
Et le livre tout entier tourne, finalement, autour de cette question là, qui me semble tout à fait pertinente :

 » Les créateurs ont-ils le droit d’engloutir et de désespérer tout ceux qui les approchent ? Leur quête d’absolu doit-elle passer par une implacable volonté de puissance ? Leur oeuvre, fût-elle lumineuse, mérite-t-elle un aussi grand sacrifice de vies humaines ? »

Je trouve qu’elle pose là les bonnes questions… Et qui pourrait être, il me semble, relatives aux artistes en général.
D’autres diront aussi ; encore un livre sur la pauvre petite fille riche ! Et bien pas du tout. Marina Picasso et son frère ont vécu leur enfance dans la pauvreté, aussi incroyable que cela puisse paraître :

 » Les jours après les jours, les semaines après les semaines, les mois après les mois… et toujours les vaches maigres. Faire attention à tout.
– Pablito, prends soin de tes vêtements, Marina, n’abîme pas tes chaussures. Pour le dessert, une banane pour deux.
Les repas irréguliers, les tartines sans beurre trempées dans le lait chaud, les oeufs brouillés à la pulpe de tomate, les pâtes sauce misère, le riz des sans-le-sou. »

Le livre continue donc sur les souvenirs d’enfance de Marina.
Leur père, le fils de Picasso doit mendier pour avoir le droit de voir « le maître » :

 » Mon père sonne à la grille. J’ai peur comme à chaque fois. Un bruit de pas, une clef que l’on tourne dans la serrure, et apparaît, dans l’entrebâillement d’un des vantaux de la grille, le concierge de « la californie », un viel Italien usé par l’âge et par la servitude. Il nous jauge du regard et dit à mon père ;
– Monsieur Paul, vous aviez rendez-vous à cette heure ?
– Oui, bredouille mon père.
Il a laché ma main pour que je ne sente pas à quel point la paume de la sienne est devenue moite.
– C’est bien, répond le vieux concierge, je vais voir si le maître peut vous recevoir. »

Une enfance douloureuse pour Marina et son frère :

« Dès le départ, nos biberons ne contenaient pas du lait mais un venin que l’on nous distillait chaque jour davantage : celui de Picasso, de la puissance de Picasso, celui d’un surhomme qui pouvait tout se permettre et nous écrasait tous, celui de ce génie dont nous étions les otages. Comment se construire à travers de telles images ? Comment se sentir sereins devant un grand-père qui occupe tout l’espace ? Devant un père qui baisse l’échine ? Devant une mère qui, tout à l’heure, lorsque nous rentrerons, nous harcelera de questions sur la « visite du siècle » à laquelle, bien sûr, « personne n’a voulu la convier » ?

Marina, parlant de son père :

« Aujourd’hui, je devine ses affres lorsqu’il venait affronter mon grand-père. Lui qui avait été adulé et choyé aux jeunes heures de sa vie, ne représentait plus grand-chose aux yeux de Picasso. Qu’était devenu « l’Arlequin » qui avait posé pour lui dans son costume en losanges jaunes et bleus, une ruche de tulle autour du cou ? Les inconditionnels de Picasso ont-ils remarqué à quel point cet « Arlequin » est triste sur la toile ? A quel point son regard mendie un peu d’amour ? A quel point, à l’époque, il savait qu’il ne devait pas grandir ? »

  » Paul en Arlequin » Picasso

La seule à leur offrir l’affection dont ils ont besoin, Marina et Pablito, c’est leur grand-mère Olga. Une femme pour qui Marina a beaucoup de respect :

 » Ma grand-mère Olga reste pour moi l’idéal des grand-mères, une sorte de magicienne qui avait le don d’aplanir toutes les difficultés, d’apprivoiser les démons de ma mère, de rehausser l’image de mon père, de nous apporter l’harmonie et le calme. Nous aimions le parfum de son eau de toilette, son accent mélodieux, ses gestes élégants, ses yeux pleins de caresses et son respect des autres. « 
 Olga peinte par Picasso

Quelle opinion avoir de Picasso quand il est votre grand-père et qu’il ne vous voit pas…

«  – Monseigneur ne veut pas qu’on l’ennuie.
Tête basse, nous rebroussions chemin. Grand-père appartenait aux autres. Il n’était pas pour nous.
Nous n’arrivions pas à comprendre pourquoi tant de gens l’admiraient. A t-on le droit d’admirer une personne qui refuse sa porte à des enfants ? »

Marina et Pablito grandissent. Pablito et elle sont très proches l’un de l’autre ! Mais Pablito devient fugueur et cela se renouvele de plus en plus.

 » Avec l’analyse, j’ai compris bien plus tard, hélas bien trop tard, qu’il n’avait plus d’espoir. Incapable de mettre des mots sur sa souffrance, il avait besoin de sortir du carcan de cette souffrance. Marcher à l’infini, dormir dans le creux d’un rocher, repartir au hasard des chemins le déchargeait du fardeau du réel. La recherche du vide. Le désir d’un ailleurs impalpable. « 

Heureusement Marina s’accroche, elle a un but. Elle veux faire sa médecine et devenir pédiatre.

«  Après une analyse, les voies que l’on a choisies cessent d’être impénétrables.
Ce n’est pas un hasard si j’ai fait ce travail. Ce n’est pas un hasard si l’on part au Viêt-nam aider des enfants en détresse. »

Dimanche 8 avril 1973 : la mort de Picasso. C’est à la radio que Marina et Pablito apprennent la mort de Picasso. Ils n’ont pas revu leur grand-père depuis bien longtemps. Pablito se précipite pour voir le corps de son grand-père et lui dire adieu. Jacqueline, la dernière compagne de Picasso a donnée des ordres et on lui refuse l’entrée.
Quelques jours plus tard Pablito se suicide à l’eau de javel.
Il mourra le 12 Juillet après avoir agonisé trois longs mois.
Sa sépulture sera payé par l’argent collecté par des étudiants, ses amis du cours Chateaubriand…
La mère de Marina a ces mots, terribles :

 » – Il n’y a pas de justice. C’est toi qui aurais dû mourir. « 

L’ironie de la situation voudra que c’est Marina qui hérite de Picasso une fortune.

Les dernières pages du livre se termine pourtant d’une manière optimiste. Marina s’en sortira d’abord grâce à son analyse. Et elle puise sa force avec ses enfants, deux naturels et trois adoptés. Même sa colère envers Pablo Picasso s’apaisera :

 » Muré dans son oeuvre, il avait perdu tout contact avec la réalité et s’était replié dans un monde intérieur impénétrable. Cette oeuvre était son seul langage, sa seule vision du monde…/…
Lui qui a traversé son siècle ne vivait pas comme ses contemporains. D’ailleurs, il ne les voyait pas. La vie n’était pour lui qu’un carnet de dessins, un livre d’images « croquées » au fil de sa fulgurante créativité…/…
Qui étions nous pour prétendre violer l’arène dans laquelle il combattait…/…
A la fin de sa vie, pour rester seul et créer avec ses dernières forces, il avait rejeté tout le monde. Nous en faisions partie. « 

Ce qui importe, finalement, c’est ce qu’elle fera de l’héritage de Picasso, comme pour l’alléger…
L’ argent servira à construire une fondation au Viêt-nam, elle fera batir un village qui accueillera des enfants dévaforisés, c’est là qu’elle y adoptera ses trois derniers enfants.

Son action ne s’arrête pas là, elle fait creuser des puits, s’occupe des retraités et des anciens combattants et fait percevoir des bourses à deux cents étudiants. Elle fait restaurer des hopitaux, ect…
Au final, devient une femme formidable…

Image manquante
Grand-père
Marina Picasso
Editions Denoel et Folio

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